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DÉLIRES DE NATURE DIFFÉRENTE

Avec la dipsomanie, forme particulière de mélancolie impulsive, il est rare que les abus de boissons, s'ils se répètent, ne provoquent un accès de délire alcoolique très différent de l'accès dipsomaniaque.

Le dipsomane, avant de boire, se trouve dans des conditions analogues à celles du mélancolique; il est, en effet, triste, inquiet, il devient sombre et taciturne, il fuit la société de ses amis, de ses proches; il perd l'appétit et le sommeil, et éprouve de Tanxiété précordiale; c'est un aliéné ordinaire. Au début, quand les accès de dipsomanie sont séparés par de longs intervalles, l'ivresse seule les accompagne ne laissant aucune trace de son passage; mais, plus tard, quand ils se rapprochent et que le poison agit d'une façon plus continue, les hallucinations, le délire, ne tardent pas à se développer, et comme pour les autres formes mentales, après avoir joué le rôle d'excitant, l'alcool imprime sbn délire spécial, le dipsomane se présente sous les dehors de l'alcoolisé simple, et ce n'est qu'après la disparition des accidents aigus que Ton retrouve la maladie principale, la dipsomanie.

OnsKRVATiox VI. — Chez une femme mélancolique, dipsomane, dont M. Briaut a publié l'observation (Mouvement médical, 8 novembre 1879, n" 45) les excès bachiques, agissant à titre de stimulant, réveillaient des impulsions jusque-là silencieuses et poussaient au suicide et à l'homicide; ils provoquaient, d'autre part, un accès d'alcoolisme dès qu'ils se prolongeaient.

OnsERVATioN VII. — Chez une autre dipsomane, âgée de 51 an«, entrée pour la troisième fois à Sainte-Anne le 1 aoQt 1877, le retour fréquent des impulsions à boire provoque à diverses reprises du délire alcoolique pendant lequel elle aperçoit des chats, des rats, des serpents, des oiseaux; elle voit grimacer les personnages des tableaux; à l'église, les saints et les saintes remuent et dansent: elle entend des injures et des menaces, des gens armés veulent la tuer. L'accès alcoolique une fois passé, elle retombe dans son état mélancoli(jue ordinaire ; elle est anxieuse, craintive, attendan- toujours un malheur, s'imaginant olre ruinée, dépourvue de tout, et craignant que, pousses par le désespoir, son mari et elle-même n'en viennent au suicide ; dans les rues, elle passe vite et loin des maga-

sins pour ne pas ôtre écrasée par la chute imminente des devantures; elle entend aussi des voix intérieures qui lui font des reproches; sans cesse hésitante, elle exprime cet état d'indécision en disant que sa volonté n'est pas d^accord avec son esprit, elle veut une chose, mais son esprit Tarrôte, elle craint de mal faire.

De temps à autre, la tristesse, le découragement augmentent, l'estomac se serre et l'impulsion à boire se développe.

L'analyse clinique chez cette malade, permet donc de voir trois états différents : un fonds mélancolique, un état impulsif, la dipsomanie, et un état acquis, le délire alcoolique.

III. — Les combinaisons du délire alcoolique avec les diverses maladies mentales n'offrent pas, on le voit, de difficultés très grandes, l'analyse clinique réclame un peu plus d'attention lorsqu'il s agit chez le même individu de la présence simultanée de deux maladies nerveuses. La coexistence de Tépilepsie, dont les caractères sont si tranchés avec un délire partiel ou chronique, se prête toutefois assez bien a cette démonstration.

Observation VIIL — L. Célestine, âgée de 32 ans, lingère, entre pour la quatrième fois à Sainte-Ânne, le 29 janvier 1880. Elle est atteinte à la fois de délire de persécution avec idées ambilieuses, et d'épilepsie se traduisant par des vertiges et des accès de folie.

L'hérédité, chez cette femme, offre un de ces exemples de fatalité morbide, irrémédiable, qui, déjouant toute hygiène, toute thérapeutique poursuit, sans déviation aucune, la route pathologique tracée par les ascendants. La grand'mère paternelle était mélancolique, le grandpère paternel s'est pendu dans un grenier ; le père s'est brûlé la cervelle après avoir, quelques années auparavant, tenté de se tuer d'an coup de couteau; l'oncle paternel 8*est pendu, le frère s'est noyé. La mère, de son côté, avait des crises la nuit avec perte de connaissance, et son épilepsie a laissé également sa marque chez cette pauvre fille. Les dispositions maladives du père et des gi*and8-parents semblent s*étre prêté un mutuel concours pour produire ce que la mélancolie impulsive peut donner de plus profond. Dès Tâge de 8 ans, en effet, Célestine achète de la « mort aux rats » pour s'empoisonner; quelques années plus tard^ elle avale de Teau de cuivre et en est quitte pour des vomissements et de la diarrhée ; plus tard encorey croyant se donner la mort, elle s*enfonce des aiguilles dans les seins. A 16 ans, aux idées mélancoliques s'ajoutent des phénomènes d'un autre ordre. L... éprouve des absences, des vertiges ;

par aanMat éO» pâlit, na hrodlkrd pUM devant sw Tant, «Ht m sait plus M qu'elle fût, et perfoia aa Une à det aolea luauna 4aat •Ile n'a point oonaoienoe ; na joar, à la «nite d*!» de «M vimyi, «Ue ae traverae de put an part la aain droH mnt on aortiii, Irè* ■oipriae na instant après, de sa voir oonverie de aaaf st «tlMiéa de pOTBimnea ampreaséea aotonr d'idla.

An commancemeat de 1869, akwa a«ée de 11 ans, ails davital Mate, s'exaila et ofaerahe i se fidre dn mal ; elle eatre à Saîda- Anaa et paase neuf noia dsoa la* aailaa, oft«Bl daa aUataaUfw d'agîtalion et de dépreasion, et eonaervaat toiijonrs daa Uées da anidde. La 10 jnîllet 1874, elle est aménéa i Saintfr-Aïuse pour la aaoonde fols ; alla aat méUnooliqaa, hallneinfe ; rile-eidaBd daa voix qoi la menaeent, qni la ponsseat an smolde; rite croit «es rij^nnti empoisonnée, nfusa de manger, at l'on aat obligi, poir la BMom, de recourir ao eatbétériame ffisopbagien. De temps i entre, rile «t prise de verUges aveo parle complète dn aentlawat. ^a paaaa traii aaadens lea aeîles. Le S mars 1878^ elle wt aéqoeatréa aprta vaa nonvelle tentative de anteide : elle a avalé dea dpiag^, eHe a vorii ae pendre, probablement à la snite d'un vertige; elle ignora, en ttM, M qui s'est paaa4. Elle entend toujours des voix qiù la poosaeat, dit-elle, i ae détruire; alleconaerve lesmAmea craiateaeiteaméaM idèea de persécution. Elle rentre pour la qBatrîima /oia le n jaa* vier 18S0. Le délire de persécution a fait un pas de i^as vers h ohrooioiti ; les menacée, lea injures, les empoiaonnamanta eontinoeat, mois elle pi'ésenla de plus des couceptions ambitieuses ; elle ee dit prinéease de l'univers, elle régnera sur le inonde et c'est à cause de ea grande position qu'on la persécute. Soumiae pendant Irais mois à une médication bromurée, L. ne préaenle presque plua de vertiges, mais le délire n'a pas varié, il se sysiématise de plus en plus et devient immuable.

Ce dernier point est très intéressant à relever, l'épilepsie s'amende sous l'influence du traitement, le délire chronique n'est nullement modirié et poursuit sa marche d'un pas égal, absolument comme chez tout autre aliéné. — ' Il suffira de résumer le fait suivant, qui offre avec le précédent de grandes analogies.

Observation IX. — A. Eugénie, veuve 0, 45 ans, passementièrc, entre h Sainle-Anne le 5 sepiembre 1819. I^s renseignements que l'on peut obtenir apprennent que son grnnd-père peternel est mort subilemcnt, que son père a eu un accès de mélancolie d'une dorée d'un un ; qu'un de ses frères est mort épiteptique ; du oAlé matent).

on ne peut savoir rien de précis, si ce n'est, toutefois, que la mère est sourde.

Dès Tftge de 13 ans, elle a eu des vertiges, elle pâlissait, urinait quelquefois sous elle, laissait tomber les objets des mains, se déshabillait, tout à fait inconsciente, ou froissait automatiquement son tablier, sa robe ; quelquefois elle sortait, allant droit devant elle, rantrant plusieurs heures après à la maison, incapable de dire d'où elle venait, ni ce qu'elle avait fait. De temps à autre, elle avait de grandes attaques la nuit.

Depuis 1870, elle est triste, inquiète, scrupuleuse, s'imagine avoir volé, s'accuse de fautes imaginaires ; elle éprouve des craintes, croit qu'on lui en veut, prétend qu'on Télectrise, qu'on la magnétise. Ce délire est continu, mais, par moments, il devient plus actif et s'accompagne d'excitation.

En 1876, elle prétend que tout le monde s'occupe d'elle, puis, changeant de personnalité, elle se dit successivement le Christ, Voltaire, Robespierre, Napoléon; elle croit aux esprits, ajoute-t-elle, et c*est par eux qu'elle se transforme.

En 1877, le délire chronique continuant, elle est frappée de plusieurs attaques épileptiques suivies d'un violent accès mélancolique, pendant lequel elle exprime des idées mystiques; elle avale des épingles et cherche à se précipiter par la fenêtre. Cet accès dure trois jours sans laisser aucune trace dans le souvenir de la malade ; le délire de persécution avec les idées ambitieuses continue, offrant des exacerbations par intervalles irréguliers.

C'est à la suite d'une période d'excitation avec prédominance d'idées mélancoliques que la malade s'est fait arrêter, se lamentant dans la rue et déclarant qu'elle avait empoisonné son mnri. Depuis cinq mois, le délire n'est pas modifié; avec les idées de persécution prédominent les idées ambitieuses, et l'état intellectuel n'est pas sensiblement modiBé par l'apparition, à intervalles irréguliers, de vertiges épileptiques.

Les deux délires vésanique et épileptique s'offrent dans ces observations avec des caractères d'une telle netteté, que l'analyse en devient des plus simples. Pour compléter le tableau clinique, il eût été nécessaire de déterminer Tantécédent héréditaire, auquel on pourrait légitimement rattacher l'épilepsie ; il y a là une lacune, mais Texistence de Tépilepsie chez le frère de la malade est une preuve de l'influence d'une cause héréditaire, peut-être similaire, qui a échappé, et sur laquelle nous n'avons pas pu obtenir de renseignements précis.

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