ATTAQUES SPINALES DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE
symptômes accidentels ou accessoires tels que les attaques épileptiformes ou apoplectiformes, c'est-à-dire que ces accidents relèvent, suivant les cas, de la moelle ou du cerveau. Jusqu^ici, dans la paralysie générale, ont s'est occupé uniquement des attaques apoplectiformes ou épileptiformes d'origine cérébrale, et M. Hanot, en particulier, a eu l'occasion de signaler à la Société plusieurs cas de ce genre,* qu'il a étudiés surtout au point de vue de la température, rapprochant, d'ailleurs, ses résultats thermométriques de ceux que M. Charcot avait fait connaître sur Thémorrhagie et le ramollissement du cerveau. Je tiens aujourd'hui à attirer l'attention sur les attaques convulsives ou épileptiformes et apoplectiformes d'origine médullaire. Les attaques spinales convulsives peuvent, dans la paralysie générale, affecter deux formes principales : elles se traduisent par de la contracture ou bien par des secousses cloniques plus ou moins étendues ; les attaques apoplectiformes s accompagnent d'engourdissements, (le fourmillements et de faiblesse musculaire; dans tous les cas il y a élévation de température. Il est important de noter que, pendant ces attaques spinales, il ne survient aucune modification cérébrale; Tintelligence, pendant et après les attaques, reste ce qu'elle était avant l'apparition des troubles accidentels.
Paralysie générale, avec contracture des extrémités, s*accompa-' gnant cTune élévation de température d'un degré. — B... (Joséphine), âgée de 32 ans, mécanicienne, entre à Sainte-Anne le 3 juin 1872. Cette malade, à antécédents alcooliques, présente une paralysie générale avec délire ambitieux, hallucinations et idées de persécution.
Le 7 juin, quatre jours après son entrée, B... (Joséphine) ne peut se lever ni se tenir debout; les membres sont contractures, les mains et les pieds sont dans la flexion forcée, Tuvant-bras est légèrement fléchi sur le bras; les muscles fléchisseurs, fortement contractés, forment une saillie en avani du bras et de Tavant-bras; les muscles du mollet sont durs et saillants; la pression est douloureuse sur toutes ces régions; la flexion s'exagère par moments et s'accompagne dé vives douleurs. La température rectale, avant Tattaque tétanique, donne 37^2/5, le pouls 76 pulsations par minute; pendant Tattaque la température rectale s'élève à peu près à 38<* 2/5 et le pouls donne
148 ATTAQUEti SPINALES
68 puisatione. I.n coati-aclure cosse au Lout de sis jours, laisMol
a|i[C8 elle quelcguee suuousses irrégiilières daas le» doigts «t les or* IoIIa, du trembtemenl îles nmins itiins Toxlension, un peu de faiblesne des JHiabes et une exni;érnlian des tnouvemenls renexes. 1^ malsile, peadoul toute lu durée de rnttniiue, n'scuuse aucune donlenr à lu itit, i^oitoerve le ui^iiie ilcliic et ne présente sueun trouble inlellectui:! Douventi : rhoailQiina de In piirole ii'augmenlo pas, la pupille gauche renie, comme avaut, plus iBr^e.
{"juillet. — Il survient uiu- deaiièroe attai^ue, moins intense que II première, d'une durée de (rois jours, avec élévatiou de la t«mpératui'c: il 38*. A partir de ce moment, il se produit, par intervalles, de peùted secousses irréguliores dans lea doi^its, mais pas de coalneluru.
30 airil I8~3, — Coulraclure douloureuse des e<(trémitêe comme i lapremièreel, iiltaqiie, de plus, diavj'hco, avecrougeuri'lsêchcressflde la longue. Im tempérai lire s'élève à 40° i;5. Au bout de huit jours, la coci'raelure ces&e, la lempériiture s'abaisse, mais lea membres inftii'ieurs restent liiibles et 1» marche ehancolanlo.
I.'élévoliua de lempéroture dans celle dernière attaque est plus considérable que dans les deux pi'écddenles, eu raison, sans doute, de la compllcntion intestinale.
Pendant les nltaquen, ou a fait le long delà cnlonue vertébrale des tiudigeonuages avec de la teinture d'iode; la mnlade était, en outre, soit'iii^a, peudant et en deboiB des attaques, k l'usage de l'iodure dipolr.Msiuin il la dose de 2 grammes par jour.
Les cas de paralysie générale, avec convulsions cloniques dans les membres, sont plus fréquents, et la température rectale s'élève de 1 degré â un degré et demi. Une femme de -41 ans, atteinte de paralysie générale avec idées hypochondriaques, chez laquelle on notait habituellement 76 pulsations et 20 respirations par minute et une température de 37°,4, a présenté, après trois jours de secousses irrégulières dans les membres avec mouvements spasmodiques des doigts, 39° au rectum, 116 pulsations, 34 respirations.
Les attaques spinales apoplectiformes sont le plus souvent légères; elles s'accompagnent de fourmillements, d'engourdissement des membres, suivis de parésie passagère; la température s'accroît de deux à trois cinauièmes de degré. Les attaques graves sont plus rares, et dans un cas, chez un
homme de 60 ans, atteint de paralysie générale avec délire ambitieux, la température s'est élevée de 3Tfi à 39**, le pouls de 80 à 100 pulsations. Avec Tengourdissement et les fourmillements des membres^ il était survenu assez brusquement une paralysie presque complète des jambes et une faiblesse très grande des bras. L'intelligence était restée, pendant et après l'attaque ce qu'elle était avant.
Ces faits sont importants parce qu'ils mettent en saillie le rôle de la moelle, qu'ils sont une preuve de plus du caractère inflammatoire de la paralysie générale et qu'ils peuvent, enfin, devenir la source d'indications thérapeutiques.
jCAeiiAii. u. i9
■^ uT TEMPÉRATURE A LA SUITE D'UNE ATTAQUE APOPLECTIFORME DANS UN CAS DE PARALYSIE GKXÉRALE (1)
Excès de boissons pendant plusieurs années; alcoolisme chronique suivi de paralysie générale ; persistance des hallucinations pénibles et du délire de persécution dans le cours de la paralysie générale; existence simultanée des délires ambitieux, hypochondriaque et de persécution. Attaque apoplcctiforme ne s'accompagnanl pas les premières heures d'élévation de température.
C... ConstsDce, figée de 40 ans, entreà Sainte-Anne le 14 féTiier 1S7S. Cette malade a eu sept enfants, loua sont morts en bas âge. Oepnis pluBieurs années, et notamment depuis huit ans, elle avait contracté des habitudes alcooliques; elle prenait le matin, de t'eau-de-vie, du vin pur, du vulnéraire et de l'anisetle.
Pendant longtemps, elle s'est plaint de maux de tâte, d'AtonrdÎBsemente, mais sans phëuomones hallucinatoires. Depuis trois ans, elle est indifTérente, apathique et néglige son ménage. Les nuits sont de temps en temps troublées par des visions; elle se croit poursuivie, entend des menaces, s'imagine tomber dans un précipice. Elle parvient à se rassurer en allumant la chandelle. Vers la mémo époque, la céphalalgie et les étourdisse mente augmentent, et il survient des nausées et des vomissements pituiteux. Depuis huit à neuf mois, elle n'est plus capable de travailler, elle a des idées de satisraclion, fait des projeta de voyage, puis elle devient triste et hypochondriaque.
Depuis trois semaines, elle n'a plus conscienoe de ses actes; ses
(l) Haohan. {Corn, à la Soe. de Biot. Mai 1874, compt. rend., p. 198J
TEMPÉRATURE Î)AN9 LA PARALYSIE GÉNÉRALE it des main
;eUfi
neqlsftCPUt iocertaiiis, lee objets lui êuhaiipeut à eut oonlente, elle aura dit-elle, t<e l'argent, elle acliètei-a des robes, desohapeaux, elc; à trois n-p ri se s, ea février ISll, janvier ISlâ et janvier 1813, des allaquesépili'pliformes se sont pi'odui tes, sans perte de connaissaoce: le visage était gi'iini3i;aat el après chaque attaque, la paille restait embarrassée et le câté droit plus faible. A son arrivée à l'asile, C... prét-eotR un affaiblisBemenl notable de riiitelligeiice; elle a des idées de persécution, on la chahsc de la maison, on parle mal d'elle ; la nuit, on lui fait des frayeurs, ou frappe à sa |iorte, on la menace. Elle a été arrêtée sur In voie publique, aiTachant des planches pour se chauffer. Elle a des êlourdissemonls fréquents et lomhe quelquefois; la mobilité et la sensibilité sont uffaibliMs du côté gauche; il y a six mois, iraprès lesrenseii^nenicnls, le cùlé droit était plus faible.
Le lendemain de l'ealrée, C.est halluclués ; elle aperçoit des rata, • des souris, des crocodiles qui courent sur son lit; elle voit des fanlûmes, ries ilamnies, des boules de feu; elle entend frapper. Elle mnnifes-te, en outre, des idées hypochondriaques et des idées de satisfaction : Ma langue ne peut plus tourner, son gosier est malade, son pied droit entlé; elle aura une voiture, elle vendra beaucoup, elle gagnera 30 francs par jour, etc-
Mars. — La malade reste excitée, lo(|uace avec des idées ambitieusee; elle a le diplôme de la médecine, elle donnera de grands diners, elle possède des diamants qu'elle mettra à la cour, elle est reine, sainte, dÔL-opée trois fois, sept fois, son père est colonel. Par moments,elle a des idées hypochondriaqucs '. elle so dit sans forcée, n's pas de sang jusqu'au coude.
La parole est hésitante, la pupille gauche plus large. Il survient, en outre, des douleurs de tète, des étourdissemenls, des crampes dans tes mollets.
Avril-aiai. — Les idées ambitieuses elhypochoudriaques, les idées de persécution persistent et donnent à la malade une pliysionomie tantôt gaie, tantôt iriate, mais le môme délire ne se prolonge pas d'habitude longtemps, et la malade pleure ou rit, sans la moindre transilioD, à des intervalles très rapprochés. Elle a. dit-elle, des billets de banque grands comme la table, elle possède de belles maisons, des lits en acajou, se dit bliodéo d'or, sa tète est en or, ses yeux ea diamants. Les médecins la travaillent, lui élargissent les boyaux, elle a dix mille enfants dans le ventre.
La pnrole est hésitente, la pupille gauche plus large, la mobilité et la sensibilité sont amoindries à gaucho.
Jairi-Juillel. — Les facultés intellectuelles, morales et affeotivea sont très nlTaihlies; la mulode ne peut donner aucune date précise, ceple SB séquestratiou avec la plus grande indilTérenre : elle ad nul souci de ses parents ni de ses amis. Le délire de perse-
ut TBMPËR\rURS
culioD >e montre 1 pluiieurs raprises, et amèDS de rexoiUtioo Mt cria, meaacflB, iajnres contre des voleurs et des ■BBsasina. !.«• Uém ambilieuses et hypochoadriaquee exislent ea mâme temps et conservent leurs caractères d'absurdité, de muIUpIieité et d'incobérence.
L'embarras de la parole augmente, la lèvre supérieure est prise de ft-émissemente dès que la malade veut parler. La pupille ^uche reste plus dilslée que la droite.
La sensibililé est obtuse sur tout le corps.
Le tracé ephymogmphique doane au eommel de la li^e aecendaDl* un plateau qui lémoi);no de la diminution, de l'élasticité artérielle, et, par suite, de l'envahissement de la paroi par l'athérome.
Août. — Les rncullés continuent à baisser, le jugemeol, la mémoire, la volonté fiont très affaibli»; la malade ne peut appliquer son atten' tion sur aucun objet, par moments, elle s'excite, parle, crie, mais tou- ■terois ac calme très vito et recommeiice quelques instants après. Le délire ambitieux est fort étendu, elle veut broder tout en or, elle a des millions, elle se promènera dans des ballons en or, son corps est très long, i! va jusqu'en Amérique. C... préseute, en outre, des hallacinalions avec des idées de persécution ; elle entend des Anglais, des voleurs qui veulent lui prendre ses marmites pleines d'or, ses châteaux, ses églises, elle entend des menaces, des gémissements, on tue nés enfants.
Septembre-octobre. — Le niveau intellectuel est le môme, la malade s'excite, crie, est elTrayée pendant la nuit; des individus assaesioeDi son mnri, elle entend sous terre des voix qui la menacent. On lui ■ mis un paon dans le ventre, il fout, dit-ello, U passer au apéealum pour le lui Ater, il ■ remonté dans la poitrine, elle ■ deux filles dana le flanc gauche. A côlé des idées hypoohondriaqaM et de persécution, les idées ambitieuses persistent tout aussi nombreaaes. La température raelale prise é diverses reprisée, et plusienra jours de suite a varié entre 31*4 et Bl'Q.
Novembre-décembre. — Le délire ambitieux a'assode aux hallucinetione et aux idées de persécution : elle voit aur le mur dea individus qui loi tirent des coups de nisîl ; on veut lui voler «es bellas robes; elle a fait la guerre avec Napoléon; elle bêche la terre avee une pelle en or ; elle taille les arbres avec une échelle de marbre.
L'hésitation de la parole est très marquée ; la pupille gauche est dilatée. Pendant huit jours, il survient un gonflement douloureux de l'épaule gauche; les maioa, surtout la gauche, aont tremblante* et présentent par moments, de petites secousses.
Janvier-février 1B74. — G... s'excite par intervalles, crie, pleore,
menace les volenrs. Elle se barbouille avec les matièrait féealee;
aon urine eat, dit-elle, de ta pondre d'or, toal oa qni aort de aoa
corpa sent trèa bon.
Ia parole est embarraasAe, la pnpille ganehe ploa larg*. L'«xeil»>
Uoa M inatntient, à pltuieura reprîsea, âne grande partie de U jonni^, et la température e'élàve chaque fois de quelquea dixièmea de degré aana dépasser toutefois S8* 3.
Pendant une partie du mois de mara, l'excitation augmente, les hallneinatioua et les idées de persécution sont plus fréquentes et s'assodent d'une manière incohérente avec les idées ambitieuses et hTpochoRdriaq ues .
SS A«r«, S heures du matin. — La malade C... pAiit et s'affaisse, regardant Ssement devant elle, ne pouvant prononcer aucune parole; on essaye vainement de l'asseoir sur un fauteuil, elle glisse sur le Kd; le odté droit est complètement paralysé.
A 10 heures, C... est dans le coma; elle ne répond à aucune question et parait étrangère à tout oe qui se passe autour elle; la tète est tournée i gauche, les yeux offrent une déviation conjuguée à gaoohe, la pupille droite est plus large; le bras droit, 'soulevé, retombe comme nue masseinerte; le pincement, les piqûres d'épingle ■ont sentis sur le bras et la jaiabe. Le pouls donne 80 pulsations, la température rectale 31*7.
Vers une heure, Cl. parait se réveiller, elle regarde un inatant l^nfinniéra, ne prononce ancitne parole et retombe dans le coma.
A six heures, même état: déviation conjuguée des yeux et rotation de la tête à gauche; hémiplégie droite; sensibilité conservée; quelques secousses dsns le bras et les doigts de la main gauche. Pouls : 92, T. R. 38<8.
S8 mars. — Etat comateux; le cAté droit est sans mouvements; les yenx et la tâle reatent déviée i gauche; le bras gauche présente quelques secousses. Pouls : 84° ; T. R. S9^.
Le soir, la nulade ne répond à aucune question; elle ouvre les
1M TEMPÈflATURE
yenx quniid on l'interpelle, mais les paupières s'abaissent atiBBiUt après. PnaU : 96; T. R, 10°2.
24 mars. — I/état comateux persiste ; les yeux n'offrent plusda àbviation, mais la tâte resla tournée A ^uche; la pupille diMite est plus large; même paralysie ù droite; frémissements el secousses dam le tftlé gauche. Pouls : 92; T. R. iO'.
L'après midi, à plus reprises, la malade regarde et semble reconnaître les personnes qui sont auprès d'elle; la tâte reste déviée à gauche. Poub : 96 ; T. H. 39-8.
2b mars. — C... parait comprendre quelques questions, elle tend la main quand elle y est invitée ; elle avala des potages. La téta est tournée à gauche, les youx sont êgalemenl déviés à gauche, la papills droite reste plus large. Pouls : 100; T. R. 39°2.
1,6 soir, sueurs profusea; seoous!»BS el soubresauts dans le cAU gauche, même paralysie à droite. Foula 100; T. H. 39°*.
26 mars. — Trois attaques épilepliformes dans le cAlé droit. Il tële est Ifluroée â droite, les yeux déviés à gauche. Etat oomateux. Pouls: 90; T. R. 38-6.
Ue onze heures du malin à cinq heures du soir, quatre attaques épllepti formes aveo convulsions dans la côté droitseulement. Pouls : 120; T. R. 38-8.
21 mars. — Pas de nouvelles convulsions du câté droit; quelques frémissements daua le bras gauche; rotation de la tête à gauche. Pouls : 120; T. B, 3>i->8.
Le soir, mÈmc lilnl. Pouls : 116; T. R. ii9'2.
28 mars. — Ëtat comateux, respiration stertoreuae; soabreaants et frémissements musculaires, légère contracture à droite. Pouls trèa traquent, petit, irrégulior; T. S. SO^.
Mort h huit heures du soir.
Le traitement a eu pour baae principalement l'emploi de l'iodnrfl de potassium et des toniques.
Autopsie. — Les artères de la base du cerveau et leurs plus grosses divisions présentent par places des plaques athéromateuses. Les méninges sont épaissies, injectées; des suffusions sanguines in61' trent la pie-mère des deux cAtés, à la surface externe des deux lobes sphénoïdanx. Adhérences nombreuses des méninges à ta couche corticale, qui reste ulcérée dans des portions assez étendues. Ependyme épaissi, granuleux sur les ventricules lalérssx, hmis principalement sur le 4' ventricule. I>es coupes, dans l'épaisseur des bémiephères, ne montrent ni foyer hémorrhagique, ni foyer de ratoolliseement. Les ganglions centraux sont très injectés; la troisième portion (exlerne) du noyau exlra-ventriculaire du corps atrié est d'une («nie rAuge jambon. La eubstànce blanche montre un léger eabté dan> toute l'étendue du cerveau. Le» coupes de la protubérance, du certielet oar font découvrir a ucuo foyer. La, cbire-màre taot|idiwm9.fat
éptissie sans présenter, toutefois, de fausses membranes. La moelle est légèrement injectée.
Le cœur est mou, flasque, surchargé de graisse. liOs fibres musculaires elles-mêmes ont subi la dégénérescence graisseuse. L'aorte est jaunâtre, sa surface interne est plus jaune par places, inégale, légèrement saillante, mais sans ulcérations.
Les reins sont jaunâtres dans la couche corticale et dans les pro* longements qu'elle envoie entre le» pyramides.
Le foie offre une teinte jaunâtre plus accusée en quelques endroits, surtout dans sa moitié droite.
Les poumons sont rouges, légèrement engoués à la base, mais ils crépitent et les portions jetées dans Teau vont à la surface.
Cette observation est un exemple d'alcoolisme chronique terminé par paralysie générale; elle montre également la persistance du délire toxique, hallucinations pénibles et idées de persécution, pendant le cours de la paralysie générale, à une époque déjà fort éloignée des excès alcooliques (1). Qu*il nous suffise d'indiquer ici ces particularités, désirant insister plus particulièrement sur Tattaque apoplectiforme qui s'est montrée six jours avant la mort.
En tenant compte du mode de développement de cette attaque, des symptômes dont elle s*est accompagnée, de l'influence de l'alcoolisme comme cause prédisposante d'hémorrhagies cérébrales ; en remarquant, déplus, deux heures après le début de Tattaque, l'absence d'élévation thermique, ce qui pouvait môme permettre de supposer que la température avait un peu baissé immédiatement après l'attaque, puisqu'elle a ensuite continué à s'élever d'une manière progressive pour atteindre 38"8 à la fin de la journée ; toutes ces considérations militaient en faveur de l'existence d'un foyer hémorrhagique.
D'autre part, on sait que les attaques apoplectiformes qui se montrent dans le cours de la paralysie générale, s'accom-
(1) La première partie de cette observation a déjà été publiée. Voir LoLLiOT : De Talcoolisme comme cause de paralysie générale. {Compte rend, de la Soc, de méd. de Parig, 1873) ; et Gam bus : De l'alcoolisme chronique terminé par paralysie générale. {Thèse de Paris, 1874, p. 48:)
«ye (TEMPÉRATURE
pagnent .habituellement d*une élévation dé température. Ainsi, dans le travail de M. Westphal, sans compter les cas où s'étaient montrées des complications pulmonaires et peux dans lesquels la température avait été prise plusieurs heures après Tattaqué, nous voyons chez trois malades la température s*élever à 39 et 40 degrés au bout dé quinze, de quarante et de soixante minutes. Deux cas communiqués à la Société de biologie par M. Hanot, ont également fait voir une élévation de température, Tun quinze minutes, Tautre une heure après le début de Tattaque apoplectiforme. Nous avons nous-mêmes noté plusieurs fois cette élévation thermique après les attaques apoplectiformës des paralytiques ; nous devons dire toutefois que, dans quelques cas, Taccroissement de la température avait fait défaut immédiatement et plusieurs heures après le début des accidents, mais nous n^avions pas eu affaire dans ces cas exceptionnels à des attaques ayant si franchement les allures d*une attaque d*apoplexie. On sait enfin, et M. Charcot Ta démontré, que Thémorrhagie cérébrale s*accompagne d*un abaissement thermique, quelquefois il est vpai très léger et de peu de durée, mais se produisant immédiatement après Tattaque.
Le fait que nous communiquons est donc une exception à une règle assez générale, et le défaut d'élévation de la température plusieurs heures après une attaque apoplectiforme, chez un paralytique général, ne devra pas faire repousser l'idée d'une attaque apoplectiforme simple, ne dépendant pas d'une lésion en foyer.
J'ajouterai qu'il est bon de remarquer chez cette même malade, cinq jours après l'attaque apoplectiforme, la tendance à l'abaissement de la température, malgré l'apparition de plusieurs attaques épileptiformes. Celles-ci, on le sait, s'accompagnent ordinairement d'élévation de la température dans la paralysie générale.
Le pouls a présenté cette particularité que sa fréquence a continué à s'accroître dès le début de l'attaque apoplecti-
forme jusqu'à la mort, malgré Tamélioration des autres symptômes survenus vers le troisième et le quatrième jour. Enfin, chez la malade C... la dégénérescence graisseuse du foie, des reins, du cœur, du système vasculaire est la preuve anatomique de rinfluenC'C de Talcoolisme, mais ces altérations n'excluent pas, on le voit, les lésions inflammatoires chroniques qui caractérisent la paralysie générale.
DElÀtÉMPÊRATURE DANS LE COURS DE U PARAIYSIE GÉNÉRALE, EN DEHORS DES ATTAQUES ÉPILEPTIFOR- MES OU APOPLEGTIFORMES (1)
Lorsque L. Meyer publia, bii"1858, ses recherches therraoïnétriques sur la paralysie générale, il insista sur le fail, déjà établi d'ailleurs par Galmeil el Bayle. que la paralysie générale, maladie chronique fébrile, présente des temps de repos et des exacerbations, et que les périodes de manie incidente sont marquées le plus souvent par une élévation notable de la température. Ces résultats ont été depuis confirmés par les observateurs de tous les pays. Mais ce n'est pas seulement dans la forme expansive de la paralysie générale et avec l'excitation maniaque que l'élévation de température se produit; elle se montre également dans les formes dépressives avec le délire hypochondriaque, le délire mélancolique et même la stupeur.
Deux observations choisies parmi plusieurs cas de ce genre feront mieux comprendre ces résultats cliniques. 11 s'agit dedeux femmes observées parallèlement dans lecourant de septembre, toutes deux à la première période de la paralysie générale; aucune d'elles ne présentant de complîca-
{1) Maonan. (Compt. rend, de la Soàitt de biologie, «oût 1S7S, p. BM.)
tion pectorale ni d'affection inlercurrente d'aucun genre pouvant provoquer une élévation tliermique; mais, tandis que l'une, B.., était dans une agitation extrême avec un délire ambitieux très étendu, l'autre, W.,., était plongée dans la stupeur, immobile, inerte, les bras pendants, les mains froides et légèrement cyanosées; elle ne répondait à aucune question, avalait à peine les aliments placés dans sa bouche, laissait écouler la salive et ne gardait ni les urines, ni tes matières fécales. Ces deux malades, offrant le contraste le plus frappant au point de vue symptomatique, ont eu presque en même temps une période exacerbante, et la température, prise deux fois par jour, â dix heures du malin et à cinq heures du soir, a donné pour B... (maniaque) 39" le soir du troisième jour, sans que le thermomètre se soit toutefois abaissé le soir au-dessous de 38", et enfin, pendant sept jours, des oscillations entre 38° et 39' centigrades. La température a repris ensuite son chiffre normal entre 37° et 38°, comme on le voit sur le tracé n° 1. La malade \V... (stupide) a présenté du 5 au 11 septembre une période d'exacerbation avec oscillations du thermomètre entre 38* et 39* centigrades, après laquelle le thermomètre à oscillé entre 37* et 38*, chiffre normal, comme on peut s'en assurer par le tracé n* 2.
L'élévation de la température est donc indépendante de la forme du délire; la fièvre n'est pas en relation avec le caractère des manifestations symptomatiques ; son origine est entièrement dans les modifications organiques qui se passent dans les centres nerveux. D'ailleurs, l'examen du cerveau dans la paralysie générale montre, à côté de la lésion fondamentale, de l'encéphalite interstitielle diffuse, les traces de lésions accessoires, manifestes principalement sur les parois des vaisseaux, et dans leur voisinage où l'on voit les résidus des transsudatioas sanguines ou des petites hémorrhagies capillaires de date différente.
DE LA SCLÉROSE DU NERF OPTIQUE ET DES NERFS MOTEURS DE L'ŒIL (3*, 4" ET 6* PAIRES) DANS LA PARALYSIE GÉNÉRALE (1)
La paralysie générale, en dehors de raffaiblissement général et progressif de la motilité et de la sensibilité, peut présenter, à des périodes irrégulières, des paralysies partielles, tantôt brusquement développées, mais, dans ce cas, passagères et consécutives le plus souvent à une attaque apoplectiforme ou épileptiforme, d'autres fois lentes, mais permanentes et sous la dépendance immédiate d'une sclérose de^ cordons nerveux. Cette lésion peut occuper les nerfs du mouvement et du sentiment aussi bien que ceux de la sensibilité spéciale. Parmi ces derniers, le nerf optique est le plus fréquenmient atteint : la vision diminue peu à peu, le champ visuel se rétrécit, et, sauf des cas exceptionnels dans lesquels Fœil devient le siège de sensations lumineuses, d'éclairs, d'étincelles, de mouches volantes, la faiblesse progressive de la vue aboutit à l'amaurose. A l'ophlbalmoscope on voit au début une pâleur de la pupille, une netteté plus grande de son contour, puis le disque se rétrécit légèrement, prend une teinte blanc nacré ou bleuâtre; le calibre des vaisseaux
(1) MAOHAir. Com. à la Soc. de biol« {Areh, de phy$iol, norm. et paih.^ noT. 1S77.)
mt ' DB LA, scuteoeB
diminue et l'atrophie de la papille devient complète. Quelquefois l'amaurose s'accompagne de strabisme ou bien de paralysiedc la paupière; d'autresfois,etces cas sont plus rares, c'est la chute de la paupière, le strabisme externe avec dilatation de la pupille, ou le strabisme interne, ou bien encore la diplopie qui précèdent l'amblyopie et l'amaurose. A côté de la solidarité fonctionnelle qui existe entre les nerfs moteurs de l'œil et le nerf de la sensibilité spéciale, on obser\-e donc une sorte de solidarité palhologique, si bien que la sclérose spontanée de l'un de ces nerfs fait craindre le développement de la même altération sur les autres. On ne peut pas, sans doute, entre ce groupe de nerfs destiné à l'appareil de la vision et les paires rachidiennes, établir une analogie parfaite, puisque d'une part, nous avons un nerfdescnsibilité générale et qu'il s'agit ici d'un nerf de sensibilité spéciale, mais on ne peut s'empêcher de reconnaître et de noter cette tendance parfois si marquée à un môme mode d'altération. On doit remarquer en outre, le peu de fréquence de la sclérose du trijumeau, afffcté à la sensibilité générale, dans les cas même de sclérose des nerfs moteurs de l'oeil. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons déjà souvent fait ob3er\'er, à propos des relations étroites entre les lésions nerveuses, médullaires et cérébrales dans la paralysie générale, ce qui domine dans cette maladie, c'est la disposition générale de tout le système nerveux à oft mode particulier d'irritation présidant aux déterminalions! locales multiples qui se produisent (1).
Les deux observations suivantes donneront une boane idée de la succession de ces phénomènes pathologiques.
Obs. I. — Cécité complète en 1865; débat de ta paralysie génénh en 1S67; maladie conRrmée en ISfiS; atrophie papillaire coostalét à Tophtlialmoacope. — Autopsie: névrite interstitielle très avancée des nerts du chiasma et des bandelettes optiques; névrita commençante des moteurs oculaires commuas; méniago-aacépbtlit» chronique interstitielle diffuse.
H..Paul,aai8siar, -î*? aii8,iÇDlrq.;i i'Asile Sainte-Aïuie U.^ octobre (1) Maonan, (Recherche* fur Itt centre» nereeua, PaJKtf -1876, ]k-7(kf^
1868. Ce malade doDt l« père est mort £i la suite d'une aSectioa de U moelle, a joui d'une eanté eatisralsanle jusqu'en 18&1, époque où sa vue s'est progressivement affaiblie, pour arriver l'année suivante à une cécité complète En 1861, les facultés intellectuellea ont commencé à baisser; dans les premiers mois de 1868 il est survenu du délire ambilieui, et dans le courant d'aoïlt et de septembre trois attaques é pi le pti formes se sont produites et ont été suivies pendant quelques jours d'une paralysie notable de la langue. A son entrée, nous trouvons un alTaiblissement intellectuel avec une diminution marquée de la mémoire, un délire ambitieux très éicndu, du délire hypochondriaque par moments et des idées de suicide. ■• II se dit riche, puissant, il est le Saint-Esprit ; il a une voix magnifique; il veut se faire habiller par les meilleut's tailleurs de Paris.... Il n'a plus de cervelle, son crâne est vidé, on l'a rempli avec du vin (te Bordeaux... u La parole est légèrement hésitante, et les lèvres offrent un peu de tremblement ilbriUaire. Les pupilles sont dilatées. L'examen à rophlhalmoscope montre une atrophie papillaire des deux yeux: à droite, papille d'un blanc nacré à contour net avec des vaisseaux grSIes ; à gauche papille légèrement ovale présentant sur les bords quelques grains de pigment noirâtre ; les artères sont minces, les veines variqueuses.
Les urines ne présentent ni sucre ni albumine,
I^s symptômes paralytiques marchent et s'aggravent peu à peu; au commencement de 1869, il survient des hémorrhagies inteslineles al une cystite purulente avec rétention d'urine, le malade succombe le 16 avril.
Aalopsie: méninges épaisses infiltrées, opalines par places, léger»ment injectées, adhérentes en plusieura endroits à la couche corticale.
Les artères de la base présentent des plaques jaunâtres d'athérome. L'épendyme est épaissi, la surface du 4° ventricule eut granuleuse. Les nerfs optiques grisâtres ont â peine le tiers de leur volume ordinaire : le chiasma, les bandelettes, d'un gris gélatineux, sont atrophiés ; les corps genouillés semblent normaux ; les tubercules quadrîjumeaux paraissent petits, mais ne présentent pas de changements de coloration. Les nerfs moteurs oculaires communs offrent une légère teinte grisâtre, mais peu de changement dans le volume. Au microscope on trouve sur des préparations fraîches des nerfs optiques, colorées par le carmin, de rares tubes complots, des cylindres d'axe dépouillés de la gaine de myéline, quelques-uns hypertrophiés et bosselés, des capillaires et des vaisseaux pourvus d'une paroi épaisse couverte de noyaux ; on voit par places, entre la gaine lymphatique et les parois, des amaa irréguliers de granulations graisseuses; on trouve encore des faisceaux de tissu conjonctif finement striés, on- Snlés, parsemés de noysax, et en quelques endroits des corps gra*
ans sont dss oollules inflltrées, grmnoleussa n ■.paroiB, et d'autre* de simples agglomérations irréfr"''^'^ lations, com'ne on peut s'en aseui-er par l'acide aoétique od
niW.
''AyréMfcdurcisBemenl dans une solution étendue d'acide chromiqaa, ■ÉH'MMlAnB mincies duncrf optique, colorées par la liqueur ammonîa- 4tl04OiMrmin et placées dans le baume de Canada, permettent de h ùàn tua idée exacte de la forme du nerf dovenu ovalairo. de la dis- B l'étendue de la lésion. La figure I, dessinée à la chamin grossissement de 60 dlamèlrea, montre une sclérOM « la), soi'le de gaine péHphérii]uc, qui, parsa i^ouc^he profoodi H'Bifssance à de larges cloisons {b). Celles-ci pénétreot dans terf, s'unissant à de gros Ilots de lissu conjonclifqaî it'commo des foyers de renforcement (c): de ces foyers a'imdlaaA'dàas toutes les directions des travées plus ou moins vol umineoii IbnUtiat des espaci's très irréguliers où se trouvent pressés les B les autres de rares lubea nerveuE et des oylindres d'sM b de leur gaine de myéline. De nombreux vaisseaux [d}de Jlbre, mais à parois très épaisses, se voient dans toute la pr»k et témoignent de la vascularisatioa exagérée du nerf. Examinées à un giassissemenl de âtiO diamèlree, les cloisons M WMiranI composées d'un lissu coDJonctir, ondulé par places (afig.S), feBHMda nombreux corps fustformes(e)i en quelques endroits, mtis Mflevtir la périphérie du nerf, on voit, au milieu des fibres coojoDotivea, une muUiplicstion ëaoime de pelilM oellule», élêmMUs embryonnaii-es qui forment en quelques points un véritable semis. - . Dans les espaces que les cloisons tendent k réduire de plua an piM par leurs nombreuses irradiatioua (/), se montrent coupés perpendieulairement des cylindres d'axe (e) de volume très -variable et quilques tubes nerveux {d) avec le cylindre d'axe et la gaine de my^ liM.
LsB vaisaeaux, très nombreux, sont remarquables par l'ëpûsanr de leurs parois qui ont doublé et mâme triplé fie volume, . Sur ces pièces durcies par l'aoide cbromique on ne retrouve pis* trace des granulations et des corps granuleux si nombreux dana Itl préparations fratchSs.
. Sur des coupes pratiquées suivent l'axe du nerf, od voit les boaa^ Iur«s offertes par les tubes nerveux, l'bypertropbis inégale des oylin; drea d'axe et surtout la multiplicatioa des éléments etobryonoainc i la périphérie du nerf.
Les moteurs oculaires communs sont également frappés de seUr
rose, mais à un degré beaucoup moindre; les cloisons ioterslitidlMi
en effet, sont épaissies, mais les tubes nerveux n'oatpaa eDooresaU
d'altération appréciable.
Le oervean a pr«aenU le» allérationa habUoeUaa d« la ;anl|él
SCLEROSE^
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générale : une hypertrophie des parois des vaisseaux avec multiplication des cellules conjonctives; une prolifération des éléments delà névroglie avec un léger épaississement du tissu interstitiel et production de petites fibrilles ; un état granuio-graisseux et pigmentaire des cellules de la couche corticale, plus accuse dans les régions où prédominent les adhérences méningées.
Ce cas est intéressant non seulement par l'existence des mêmes lésions dans les nerfs optiques et moteurs oculaires communs, mais aussi par leur mode d'évolution et leurs rapports avec rencéphalile chronique interstitielle diffuse. Un temps d'arrêt d'environ deux ans sépare la production de la sclérose des nerfs optiques du début do la paralysie générale, puis celle maladie suit sa marche progressive. Malgré ce long intervalle, on ne peut s'empêcher de reconnaître le lien intime qui unit tous ces faits pathologiques, qui dépendent du même travail morbide à marche lente, mais à tendance toujours envahissante.
Obs. II. — Amblyopie en 1863; début de la paralysie générale en 1867; maladie conûrmée en 1868; chute de la paupière supérieure gauche; faiblesse de jainbos. — Autopsie : névrite interstitielle très avancée du moteur oculaire commun et névrite commençante des nerfs optiques: myélite interstitielle diffuse; méningo-encéphalite chronique interstitielle diffuse.
B... (Remy). 42 ans, cordonnier, fils d*un père alcoolique, s'adonne depuis longtemps aux excès de boissons. La vue commence à s'affaiblir en 1863, puis Tamblyopie poursuit lentement une marche progressive. En 1867, affaiblissement léger dos facultés, changement do caractère, céphalalj^ie, crampes dans les jambes. P2n 1808, attaque apoplecliforme avec paralysie passagère du côté gauche; faiblesse des jambes, rétention d'urine à plusieurs reprises, hésitation de la parole, idées ambitieuses.
Le 13 août 1867, B... entre au bureau d'examen, venant de l'hôpital de la Pitié où, d'après le cerlilioat, il troublait le repos de la salle. Les symptômes à ce moment sont les suivants : affaiblissement considérable des facultés intellectuelles; délire ambitieux; embarras de la parole; tremblement de la langue, des lèvres et des mains; pupille gauche dilatée, paupière supérieure gauche abaissée; vision notablement affaiblie des deux côtés; parésie des membres inférieurs; petites secousses brusques passagères dans des muscles isolés des bras et
IIAONAN. II. ^
DE LA SCLEROSE
quelquefois des jambes; escharc pi-oToade au eacrum; réteotion d'ariue: Bèvr? nvcu redouble ment le soir. Cea phéDoiuèoes s'ag^p^vcnl rapiOBaiont et la mort survient le iti août.
Autopsie ; Mi.'Diii(;pH cérébrales épaissies, iuntlrces de sang, ailherSDlPs en plusieurs puinls aux lobée Trootaux et ephéiioidaux. »t à la b't»a\ autour clu iiliiiisma i^es membmnes ont une teinte verdllre. eu arrière ilo In faci' inTérieure du ccrvdel et du bulbe. Les cou|ie« praliquéOH sur las différentes pnrties du cerveau ne montrent Je léaiouH eu foyer en niiruse régiOQ.
LeH iierfd optiques, eeueiblcmenl diminués do volume, sont lëgèremcul gri^âtrus dans leur moitii! infâriouro, I.oh uerfs moteurs oou- ' lairofl communs, d'une teinte gris perle, eoni ti-és slrophiés. L'épendyme est Épaissi; In surtace du quatrième ventricule est tapissée de granulations qui gagnent môma les ventricules latéraux. La région aacri^e et la tin delà région lombaire, profoudément ulcérées, sont reeouverlos do matières pu I ri I agi pauses demi-liquides qui fusent à Iravars les trous de conjugaison jusque dans le canal i-achidien. I^ts enveloppes médullaires sont verdûtres: la dure-mère préseute par places de larges plaques rouges, finement vnaoularisées : la pie-mère flt l'arachnoïde sont èpaitisies; à celle derntùre membrane so trouvent Sppondues deux lamelles ossiformes.
Lee coupes pratiquées k diverses hauleiira de In moelle monirenl dans toute leur épaisseur den slriations grisQtreii rayounées, maiti bàuUiMiifi plus aciiiÀBée6 dotihuquo <iMè du niHoa potlèiiaui'. Les plumons sont engoués, surtout en arrière ot en bas : les plèvres oDrenl quelques adhérences anciennes. Le cœur est mou, flasque; la paroi ventriculaire droite, amincie, cstjauuâtre et surchargée de graisse.
Les reins sont volumineux; la substance eortiea le et ses prolongements outre les pyramides offrent une teinte jaunâtre. La paroi vésicale est épsiseie, la muqueuse est boursouflée et rouge au niveau du bas-fond.
Le foie, d'un volume normal, est un peu jaunâtre.
L'examen microscopique à l'état frais fait voir, sur les préparations provenant des nerfs de la troisième paire, un développement considérable du tissu interstitiel, ondulé par places, et au milieu duquel se trouvcntde nombreux éléments embryonnoires, les uns arrondis, d'autres légèrement allongés: quelques éléments ont l'aspccl de Shroplastiques. Les parois des vaisseaux épaissies sont couvertes de noyaux : la gaine lymphatique pérîvasculaire contient de nombreux corps granuleux. Sur les préparations colorées par la liqueur ammoniacale de carmin, on aperçoit un grand nombre de cylindres d'Bie dépouillés de leur gatne de myéline; on trouve ci et là dans la préparation et sur les vaisseaux de grosses granulations graisseuses isolées et des corps granuleux.
Les préparations des nerfs optiques provenant des portions gri-
sâtres montrent des granulations fines en très grand nombre, quelques-unes forment des corps granuleux irréguliers; les parois des vaisseaux, riches en noyaux, offrent aussi entre elles et la gatne lymphatique, surtout à Toriginc des ramifications, des amos irréguliers de granulations graisseuses. Le tissu interstitiel est épaissi et pourvu de nombreux éléments embryonnaires. La plupart des tubes nerveux paraissent normaux, on aperçoit toutefois quelques cylindres d'axe dépourvus de myéline.
La moelle et le cerveau présentent des altérations analogues, mais à des degrés moins avancés.
Après le durcissement dans une solution étendue d'acide chromique, des sections minces du nerf optique, colorées par le carmin, permettent de se rendre un compte exact de la lésion. La coupe du nerf est légèrement ovalaire, à cause du retrait de la partie sclérosée (ûg, S). On aperçoit, en effet, à un faible grossissement, un épaississement notable des cloisons interstitielles (b) au pourtour des vaisseaux centraux (a), mais plus particulièrement d*un côté, dans lequel existe déjà un commencement de sclérose corticaie (e); là les espaces qui limitent les faisceaux nerveux se sont rétrécis et les tubes se trouvent pressés, tassés en quelque sorte les uns contre les autres.
Examinées à un grossissement de !260 diamètres {ûg, 4), les cloisons (a) épaissies, finement striées, pourvues de noyaux (c), se dessinent de lu manière la plus nette; on voit, au milieu de ces cloisons, des vaisseaux coupés perpendiculairement à parois épaissies (b), La plupart des tubes paraissent sains mais toutefois on remarque (les cylindres d'axe tuméfiés dont quelques-uns (o) sont dépourvus de gaine do myéliue.
Les coupes des nerfs moteurs communs n^offrent que de larges cloisons du tissu conjonctif interceptant des espaces très limités dans lesquels on ne trouve plus de tubes nerveux, mais simplement des cylindres d'axe de volume et de forme variables.
Ici comme dans le cas précédent, les troubles de la vue ont été les premières manifestations de la maladie ; plus tard se sont développés progressivement les symptômes de la paralysie générale avec faiblesse des membres inférieurs. II est probable que les nerfs de la troisième paire ont été atteints dès Torigine, leur altération très avancée permet de le penser ; toutefois, les parents du malade n'ont pas pu nous renseigner sur Texistence, dès le début, soit d'un strabisme, soit d'une paralysie de la paupière, soit d'une diplopie.
Qui «• panlytiqw, M)» avws, im««tr»» tnHnédaacles MIÉnl, le odBnr, les Ttissemix; lasr dégénéimeeik» igraiB- «iapel ta^neUe les éxc&B alcocdiqara n'ont pas été ébwigara.
L'Mode oomparathre dis léûtts Bm^anaes dans ces deux dis met en saillie mi fait snrleqad nons avons déjh insisté i^ pn^tos des lésions médullaires et. cérétn«les dans la paralysie générale; il s'agit dn développ^aeat pins considérable d0 la lésion dans les r^ons où prédominent les vaisseaux file tissu ooigonotif. On voit, en effet, chez le mahide B..., la nerf optique intéressé dans sa cooehe corticale, la sclëme forme Ift un arc épais i sa'partie moyenne et d<»itles floçtrémités effilées paraissent tendre & gagner de proche en proche toute la cùroonféreoce, comme oniçyoit tixez N... En oQtre, ches le malade B..., dans les parties pn^trades, c'est surtout au pourtour des vaisseaux - «ntratix, oô la gatne adventice est considérable, que la lésioi^ s'accuse davantage; de ces deux foyers, la sclérose «ivahît psu k pea toute l'épaisseur du nerf dont une moitié se trouve déjà atteinte. Sur le nerf optique de N,.., l'altération est arrivée à son développement presque complet {fig. 1). La lésion est ici d'autant plus intéressante à étudier qu'elle rappelle des états analoiîues (te la moelle dans la paralysie générale. D'ailleurs en dehors de cette maladie dans laquelle la myélite interstitielle diffuse, avec les localisations les plus diverses, s'associe n l'cncéphalile interstitielle diffuse, la moelle peut être frappée de sclérose annulaire à l'exclusion de toute lésion cérébrale. Un cas de ce genre, sclérose annulaire de la moelle avec sclérose corticale des nerfs optiques, a été publié dans ce même recueil par M. Vutpian, qui insiste sur les relations intimes entre les lésions optique et médullaire et les rapports entre les symptômes et la sclérose du pourtour de la moelle (1). Dans ce fait, comme dans beau-
coup d*aulres cas de sclérose du nerf optique, le processus pathologique qui s'empare à la fois de la moelle et des nerfs n'est pas seulement identique au point de vue de sa nature, mais encore sous le rapport de sa forme et de son mode de distribution. C*est ce que Ton voit encore dans Tataxie locomotrice el que M. Charcot a fait ressortir dans sa leçon sur l'amaurose tabétique (1).
Chez le malade B..., avec la myélite interstitielle diffuse, plus accusée sur les cordons postérieurs le long du sillon médian, nous trouvons la névrite optique et la névrite du moteur oculaire commun. Nous n'avons pas suivi les lésions de ces nerfs jusqu'à leur origine, mais l'altération des fibres qui unissent l'extrémité centrale du nerf optique avec
l'origine de l'oculo-moteur a été signalée par M. Jaccoud, d'après Wernicke, dans la paralysie générale (2). Toutefois, malgré les relations étroites qui unissent ces nerfs, la clinique montre de fréquents exemples, dans la paralysie générale, de sclérose isolée, soit du nerf optique, soit du moteur oculaire commun.
Les pupilles ne se présentent pas sous le même aspect chez tous les paralytiques affectés d'atrophie papillaire. Ainsi chez N... les pupilles offraient une dilatation en rapport avec Tamaurose, tandis que chez B... la pupille gauche était seule dilatée, malgré le même degré d'altération du nerf optique des deux côtés. Ce défaut de rapport entre l'état de la pupille et l'atrophie papillaire se montre assez souvent dans la paralysie générale, et j'ai sous les yeux en ce moment un nouvel exemple de ce genre : c'est un homme de 53 ans, à la fois ataxique et paralytique général; la vue est entièrement abolie du côté gauche et l'examen ophthalmoscopique montre une atrophie complète de la papille ; cependant la pu-
(1) Charcot. Leçons sur les maladies du système nerveux ^ !••" fascicule; Des anomalie!* de Vataxlc locomotrice^ 1876, p. 38. Voir aussi PiKKRF.T : Essai sur les symptômes céphaliques du tabès dorsalis.
(2) JAtroui). Appendice du traité de path. int. (article Paralysie générale, p. 16.) Wernicke. Das Verhalten der Pupillen bei Geisteskranken. (Virc/ww's Arc, LVl, 1872.)
■nlenx dont Im uns sonl des cellules inflltréee, gTennleusai a de leurs parois, el d'aulres de simples agglomérations îrrégnUèrei de granulations, cornue on peut s'en assurer par l'acide acétique ou i'éther.
Après )e durcissement dans une solution élendue d'acide chromiqua, des sectione minces du nerf optique, colort-ea par la liqueur ammoaiicelede carmin el pincées dans le baume de Canada, permettent de** faire une idée exacte de la forme du nerf devenu ovalatre, de la distribution et de l'étendue de la lésion. La figure I, dessinée à la chambre claire a un grossieeemeni de 60 diamètres, montr? UDe sclérose annulaire (a), sorte de gaine péiiphérique, qui, par sa couche profonda donne naissance à de larges cloisons (b). Celles-ci pénétrent dans l'épaisseur du nerf, s'unissaot à de gros tlols do liasu conjonctif qui forment comme dos foyers de renforeenient (c); de ces foyers s'irradient dans toutes les directions des travées plus ou moins- volumineuses, limitant des espaces très irrégnliers où se trouvent pressés les unsconlre les autres de rares tubes nei-veax et des cylindres d'au dépouillés de leur gaine de myéline. De nombreux vaisseaux |(^de petit calibre, mais à parois très épaisses, se voient dans toute la prèparslion et lémoignent de la vasculariaatioa exagérée du nerf.
Examioées à un giossiesement de 360 diamèlres, les cloisons K montrent composées d'un tissu conjonctif, ondulé par places (ailg.3}, offrant de nombreux corps fusiformeste); en quelques endroits, mais surtout à la périphérie du nerf, on voit, au milieu des fibrea conjonctives, une multiplication énorme do petites cellules, éléments embryonnaires qui forment en quelques points un véritable semis. - . Daos les eapsces que les cloisons tendent à réduire de plus eu pies par leurs nombreuses irradiations {f}, se montrent coup^ perpendieulairemeni des cylindrée d'axe (e) de volume très variable et quslques tubes nerveux {d) avec le cylindre d'axe et la gaine de my^ fine.
LfCS vaisseaux, très nombreux, sont remarquables psr répsissBar de leurs parois qui ont doublé et même triplé d« volume. . Sur ces pièces durcies par l'aolda chromique od ne rstronve ptM trace des granulations et des corps granuleux si nombreux dans la* préparations fratchBB.
. Sur des coupes pratiquées suivant L'axe du aerT, on voit les bosai^ lures offertes par les tubes nerveux, rhypertropbis inégale dos ejUBr dres d'sxe et surtout la multiplication des éléments embrypiuuins A la périphérie du nerf. ,
Lob moteurs oculairea communs sont également frappés da sd^ rose, mais i un degré beaucoup moindre; les cloisons inlaratitieUssi an effet, sont épaisaies, mais les tubes nerveux n'ont pas SDoare saU d'altération appréciabls. . •
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