‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 72 sur 93 · DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE

Les accès se montrent quelquefois périodîqueraenl; ceiïS périodicité chez la femme peut, dans quelques cas, se rattacher à la menstruation, parfois elle paraît suivre le cour* des saisons. M™ M. T L. a eu plusieurs accès mensuels; M""" D. f ' A. a, pendant quatre années consécutives, présenté un petit accès vernal, sous forme d'exaltation maniaque.

Il me suffira de donner quelques observations à l'appui de ce qui précède, chacun de nous pouvant facilement, dans la pratique, trouver de nombreux exemples analogues.

OsBBRVATion 1. Longue tnterinittenee scpurant deux séries de t'tecès à double forme.

M... Eugénie J. L..., ftgce de 58 ans, enlréQ n l'admission le 10 juillet iSSO, est petite-fllle, <lu cAté maternel, d'une femniB qui aurait présenté un accès d'aliénalion mentale. Une sœur de la malade est nerveuse et très émotive.

M... a Joui d'une boune eanté jusqu'à l'âge do 24 tmû. Ad point àf vue moral et inlello::luel elle aurait été, pendaul son enfance et son

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vive émotion, un grand 1 lendemain et dut quil-

adolosceacc, tout à Tait normale. Elle t BQB apris, elle L'bI Hccouchée d'un fils, ("e monte le début de sa maladie actuelle.

Pendant sa grossesse, elle éprouva une chagrin. Son mari perdit sa place du jour i ter sa femme pour aller au loin gagner sa vie.

La malade se retira chez ses parents où l'accouchement eut lien dans des conilitioiis tout à fait normales. Elle nourritson enfant pendant 3 mois, au sein, puis lui donna 1o biberon. Elle vivait chez set parents, 1res chagrinée de l'absence de son mari.

Six mob après l'accouchement, elle fui priso pour la première fois, en revenantde l'église, d'une excitation assez grande. — L'agituUoo augmentant, on dut la placer, le ta août ISSô, ù l'asile de la Madeleine à Bour^'. Elle avait Si ans. L'accès maniaque avec délire général dura une quiuznine de jours, puis le calme se rétablit peu à peu, et la malade sortit guérie le G septembre, après un séjour de trois semaines environ à l'asile.

Quelque temps après, le mari de la malade, qui exerçait le métier de mécanicien, obtint une place flse, ol put garder auprès de lui sa femme qui le suivit d'abord à Orléans, puis à Limoges. Ils s'établirent dans cette dernière ville en 1858 et y firent un séjour d'à pea près dix ans. Au mois de septembre 1858 elle accoucha d'un deuxième Sis et le nourrit au sein sans accident.

Au mois de février 1861, la malade accouche d'un troisième enfant et le nourrit encore elle-même. Au 9« mois de Tallaitement survient un nouvel accès d'excitation, qui dure en tout 16 jours, et pour lequel elle entre à l'asile de Naugeat, d'où elle sort guérie le 14 octobre 1861. De retour chez elle, elle reprend sa vie habituelle et s'occupe de son ménage; mais, au bout de cinq semaioes, elle est reprise d'un nouvel accès de manie qui nécessite, le 22 novembre 1861, son entrée à l'asile de Naugeat, où reste jusqu'au elle 31 décembre de la môme année.

A cette époque se place une série d'accès plus ou moins longs pour lesquels la malade n'a pas été internée. Les accès ne surviennent pas à époque fixe et n'ont pas tous le môme caractère. Ainsi nous trouvons au mois de septembre 1862 un court accès d'exaltation maniaque, au mois d'août 1863 un nouvel accès à peu près semblable. A partir de Tannée 1864 et jusqu'en 1878, les accès prennent le caractère de la double forme (manie-mélancolie) et surviennent tous les 5, 6, 7 mois. Tout en se ressemblant dans leur composition, ils se distinguent par la durée et l'intensité de chacune des phases qui est de3à5 jours, pour la phase maniaque, et de 4 a 8 jours pour la phase mélancolique.

Au mois d'août 1879 et au mois de janvier 1880, la malade a eu deux courts accès d'exaltation et, à partir de cette époque, c'est-àdire depuis 1880 jusqu'au mois de juin 1884, la malade reste bien portante. A cette époque elle présente un nouvel accès de courte durée, composé d'une phase de manie suivie d'une phase mélancolique, et au mois de juin de l'année suivante, un accès semblable. Au mois d'octobre 1885 et au mois de mai 1886 so placent deux accès très courts d^exaltation.

Au mois d'octobre 1886 commence une série d'accès constitués par une période d^exaltation suivie d'une période de dépression. A partir de ce moment, les accès ne sont plus séparés que par des intervalles d'un mois à un mois et demi. La phase maniaque reste la môme à peu près et est de courte durée (3 à 5 jours), mais la phase mélancolique devient plus longue, dure de 10 à 18 jours, et la dépression est beaucoup plus profoude.

L'accès qui a motivé l'internement de la malade le 10 juillet 1889 a eu un stade d'excitation de 4 jours et un stade de mélancolie de 15 jours. L'accès a débuté le 4 juillet; le 8, la malade était déjà triste, et, le 23 du môme mois, tout est rentré dans l'ortlre.

L'exaltation ne débute pas d'emblée; elle est précédée d'une courte période prodomique, caractérisée par des symptômes qui permettent d'annoncer l'accès.

La malade devient un peu plus active; elle possède un vieux peignoir presque hors d'usage qui reste toujours accroche au fond d'un placard. Avant chaque accès ,elle revêt ce peignoir et ne le quitte

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plus Jusqu'à la (în de ['accès. Elle se aenl ainsi, dil-olle, plus & l'aise pour tnivailler, et ne lave jamais son liage â la maison, mais, avant chaque accès, elle ramasse [oui sou linge, lous ses chifrons et ne met à les blBDchir elle-mènic. La naïade est assez casaaière; elle ue fait jamais de vielle et s'iiitcresâi^ mèdioci'emeiit à ses parents. Cependanl un ou deux jours avant le début de l'exeitalion, elle va n^gulièremenl voir so nièce pour laquelle elle nemaniresle aucune afiection en temps ordinaire.

Elle ne dort pas ou dort mat, se promène la nuit.

Cette période proJomique dure un joui- ou deui et alors eommeoce l'excitation. La molade devient bizarre, esubérante, parle seule; ses paroles sont incoliërenle»; ce sont des mots isolés ou des lamboaux de phrases qui n'ont nucune signincalion. Elle rit par momeols et pleure sans moliTs. En m?me lamps elle se promène partout, va et vieni, se couche n'imporle où, par terre, dans un escalier, se lève et ee met à marcher très vite, puis tout d'un coup s'aiTAIe, lève les brBB en l'air et tourne sur elle-même. Elle s'empare d'un torcbuo, d'un tablier, frotte les murs, les tables, les chaises qu'elle soulève et dont elle nettoie les quatre pieds, non pas aulomatîquemeol, mais avec une certaine iulolligence el en paraissant obsorbée par son occupation. Dans ces moments elle no Tait aucune utlenlioa à ce qu'on luidit et nerëpondpasoo répond par la première phrase qui lui vient à l'esprit. Elle n'est pas violente. C'est une simple suravlivilé avec une série d'actes insolites qui dure 3 à 6 joui-s. Elle n'a pas d'htllucinatioos pendent cette période.

Le passage à la période de dépression se fait pendant la naît, t* malade se couche excitée et se lève le lendemain triste, abattue, lee traits tirés, les yeux cernés, la face bouffie. Elle ne fait pas sa toilette, ne se peigne pas et reste la plupart du temps assise, le corps courbé, la tète penchée, le menton contre la poitrine. Elle ne reste pas immobile : par moments elle balance légèrement sa tète de droite à gauche et fait quelques mouvements des bras et des jambes.

Quand on s'approche d'elle et qu'on lui adresse la parole, elle se pelotonne davantage sur elle-même en détournant la tête et laisse entendre tnntât un marmottement inintelligible, tantôt des soupirs.

Quelquefois elle se lève et va se blottir dans un coin ou erre dans la pièce en repoussant les chaises qu'elle rencontre ou passant d'uae main à l'autre son mouchoir.

Elle ne mange que quand on l'y invite; une fois à table, elle accepte les aliments sans résistance.

Lanuit, elle ne dort pas du tout ou dort peu; elle roule et déroule ses draps, remue et retourne son oreiller; quelquefois on la Iroavs pelotonnée, assise par terre dans un coin de sa cellule. La malade doit avoir peur; elle s'imagine que ses enfants sont perdus.

Elle est (entée par le diable et par des esprits invisibles : ■ Je ne les ni jamais vus, dit-elle, mais j'ai éprouvé les tourments de )■

volupté, toutes les sensations de la chose » . Elle s'imagine alors être en enfer et se sent prise d'une angoisse extrôme. Elle entend parfois frapper de petits coups sous son lit. « C'est le diable. qui vient me tenter», dit-elle. Elle éprouve des désirs voluptueux ; descend de son lit, reste d'abord nu-pieds sur le plancher pour calmer ses sens, et, 8*imaginant que le diable ou un esprit invisible s'est glissé sous la couverture, elle défait son lit, tourne et retourne Toreiller et les couvertures dans tous les sens pour les en chasser.

La terminaison de Taccès est annoncée par une nuit de bon sommeil. Au réveil la malade est encore un peu hébétée, mais elle commence à parler, à slntéresser à son intérieur, et le lendemain elle revient à son état noi*mal.

L'accès une fois terminé, la malade se retrouve en pleine possession d'elle-même. Elle travaille, s'occupe de son ménage.

Elle garde seulement un souvenir très confus de ce qui s'est passé pendant son accès. Elle garde un souvenir très précis des faits éloignés, et rintelligence semble normale pendant les intervalles des accès.

La malade a présenté 18 accès cycliques semblables depuis le mois de janvier 1886 au mois de juin 1889.

Depuis son entrée à Tadmission (juillet 1889) jusqu'à ce jour, les accès, au nombre de dix, ont continué à se produire avec les mômes caractères.

La malade a été pesée à deux reprises pendant un môme intervalle de santé. Le 19 août 1889 elle pesait 62 kilogrammes, le 5 septembre 1889 son poids était de 50 kilogrammes.

Le 19 novembre 1889, au milieu d'un accès cyclique dont le début remontait au 14 du même mois, dans la période de dépression, la malade a été pesée de nouveau. Elle pesait 49 kilogrammes.

La température, qui a été prise au moment où l'on a pratiqué les injections d'hyoscine, c'est-à-dire à la fois dans la phase maniaque et la phase dépressive, s'est maintenue en moyenne à 31^,5 le pouls ^tait à 'IG, le nombre des mouvements respiratoires 18 par minute.

La malade a eu cinq accès, du 24 décembre 1889 au 15 juin 1890. Pendant deux de ces accès on a fait à la malade quotidiennement une injection de chlorhydrate d'hyoscine (1 demi et 1 milligramme). Le soir ces injections produisaient une période de calme et de sommeil momentanés, mais elles ne semblent pas avoir eu d'influence sur la marche de l'accès, pas plus que sur la durée de la phase d'excitation qui a été de cinq jours pour le premier accès et de trois jours pour le second.

Ces accès, pendant lesquels la malade a eu tous les soirs une injection d'un 1/2 milligramme pour le premier accès, de 1 milligramme pour le second, ont duré le premier 11 jours, le second 10 jours.

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