M8 DE L.\ POUH
quelques mois il c'y a plus de rorme délirante nettement définie;
c'est un mélange incoliéreat d'cxcilalion avec idées ambitieuses et de dépression avec pi-éoi^cupations hypochondriaques, mnia derrière ces ninnifeslalions multiples commence à se faire acnlir un certain de^ de déchéQuce ititellecluella.
Dans deux longues visites que nous avons faites, M. Charcot et mni, à M, V... K..., a huit jours do distance, nous l'avons trouré dans deux dispositions mentales très difTërenteB. La première fois, il était resté au lit, il se disait accablé, très malade, néanmaios il flnit par entrer dans des détails confus sur de nombreux méfait* dont il prétend avoir été l'objet. Il s'interrompait souvent dans si conversation pour pouaeer un cri rauque ou exhaler un grand soupir commo s'il edt éprouvé une violente douleur, mais son puiiia restait calme, et sa physionomie n'éprouvait aucune soulTrance : c'était, en quelque sorte, un tic plutôt que la traduction d'un maUi»' réel. D'ailleurs, il continuait tout aussitâl son récit sur le mémB
La seconde fois la scène est toute autre : M. V... K... est levé, alerte, très actif et s'empresse de commencer un discours qu'il avait longuement préparé, mais qui n'en est pas moins incoliérent et plein de conlmdîclions. Il s'élcnd tout d'abord sur ses habitudes de luu, sur ses besoins de confort, qu'il met en opposition avec la eilualioa misérable < qui lui est, dit-il, faite > ; mais aussitôt il raconte que, dès qu'il sera libre, il donnera tout ce qu'il possède. U di'S héritera sa famille et ne conservera qu'une petite pension; " (> luisuffini ■, dit-il, 11 a des goills modestes, il vivra simplement, et, t'n oubliant ce qu'il vient do dire, il Irace do ses besoins un tableau tout difTérenl.
On a prétendu, ajoute-t-il, qu'il gérait mal sa fortune, et il fût lui-même le récit de ses prodigalités, ne se rendant pas compl« d« l'absurdité de la plupart des actes dont il se vante.
En B'animant peu k peu, il parle ensuite de ses grandes relations, de sa liante intelligence, des nombreux pi'ocos qu'il a intentés à tous ceux qui lui ont nui, et se complaît dans des récits contradictoires el
Tel est actuellement son élal mental, et nous devons ajouter qu6 l'évolution des accidents dans les dernières années ne laisse plus guère l'espoir d'une intermittence de quelque durée, I^ mal a progressé d'une façon lento et mélhodiquo. Après des accès longtemps espacés, les intervalles lucides se sont raccourcis, les périodes délirantes se sont étendues, le contenu du délire a changé de caractère et nous touchons aux périodes uHimes où le niveau intellectuel commence i baisEer.
Observation IV. — Folie intermittente ; succession irrégulière d'accès maniaques et dP accès à double forme.
G..., Eugène, 46 ans, entré dans le service de Tadmission le 30 avril 1889, est né d^une mère qui, après une attaque de paralysie, est morte à Tasile de Vaucluse à l'âge de 63 ans. Elle était très gaie, d^un caractère un peu léger ; la moindre des choses la remuait : « elle s^emportait comme une soupe au lait. • Le père est inconnu.
Une sœur a été internée à la Salpôtrière, il y a une vingtaine d*années, pendant un mois. Elle était mélancolique, ne parlait pas, restait immobile, blottie dans un coin. Elle était très coureuse, on ne pouvait la tenir à Page de 18 ans. Mariée aujourd'hui, elle n*a pas d'enfants.
Une tante maternelle n*a pas la tête très forte, elle n'a pas d*énergie. Lorsqu'elle vient à Paris, les voitures lui font perdre la tète.
Les grands-parents maternels, morts ftgés, ont toujours été bien portants.
Quatre enfants intelligents et bien portants, un enfant mort à 6 ans de méningite.
Lui-même aurait joui d'une bonne santé jusqu'au moment de son mariage vers 1870. Il n'a jamais fait d'autre service militaire que celui de garde national pendant le siège de Paris. Au moment où il qaitta le service, son retour dans ses foyers fut une véritable odyssée. C'était en pleine Commune. Il fut traqué dans les rues de Paris et faillit être fusillé, tant par les communards que par les Versaillais. Enfin il retrouva sa femme, il était sain et sauf, mais très ému. Le quatrième jour qui suivit son retour, il commença à déraisonner; il disait à sa femme en parlant de sa fillo : « Ma petite fille est morte ; cette enfant-là est une poupée à ressort. » Cette idée-là le faisait pleurer. Puis il s'est excité peu à peu. Son accès d^agitation a duré huit jours. On dut le maintenir. Le malade porte à la tempe droite une cicatrice résultant d'un coup qu'il s*est donné, à ce moment, avec un verre qu'il tenait à la main. Il se rétablit peu à peu complètement et il resta sept ans sans rien présenter <i*anormaL II était ébéniste, établi pour son compte, sobre et rangé au dire de sa femme.
^ accès, — En 18*78, trois mois après la mort de sa mère, il fut pris d'un accès maniaque, pour lequel il entre à Sainte-Anne le 3 novembre. Il était très agité, criait, chantait, se roulait à terre, ne répondait aux questions que par des propos incohérents. Quelque temps avant Texplosion de l'accès, les nuits étaient sans sommeil ; il se levait, était inquiet. Cet accès dura trois semaines seulement.
3" accès. — L'année suivante, au mois de novembre 1S79, la oulado eut un nouvel accès ; celui-ci débuta par uue période de mélancolie, qiii dura quelques jours. Il était triste, anxieux, craignait de ne pas réussir dans ses aftaires. Puis, ù la suite d'un repas copieux, où il nvnit benucoup bu, survint une crise d'encilation violente qui dura peu de jours. Il voyait des gens armés qui le poursuivaient. C'est â CD moment qu'on fut obligé de le conduire à Sainte-Anne (le 9 novembi-e). Cette crise d'agitation fut suivie d'une seconde période de dépression mélancolique pendant laquelle le malade se lamentait, pleurait, tenait les yeux fermés; il présenleit des tiallucinalions de la vue ut do l'oujo, avait des idées vaguei de persécution. La guéri- Btiu Burviut BU bout do trois semaines environ.
A* aoeès. — Eu août 1883, après une période de quatre ans pendant laquelle il est resté bien portant, le malade a un aouvel accès u à l'occasion, dit sa femme, de lu mort d'un enfant >. It cutencorcdes hallucinations, des idées rJe persécution, une période d'excitation avec gesticulations et cris, de l'insomnie persistante.
b* accès. — Le S novembre de la méms année, un accès du même genre survint encore. U avait présenté, avec de l'msomnie, une excitation génitale très grande. Sur le reCus de sa femme de le satisfaire, il l'accusait de vouloir le faire enfermer, d'en avoir asseK de lui. 11 disait des choses iucohérentes, il était très excité, halluciné, inquiet. Il sortit de l'asile de Vaucluse à la lin de décembre 1883.
6° arci's. La veille du jour de l'an 1885, il eut un nouvel accès précédé d'une période d'insomnie, puis peu à peu l'excitation s'accrut. U voulait tout casser chei lui. Il disait des injures i si femme et lui en demandait pardon. " C'est un accès qui va passer >, disait-il. Il entra à l'asile le 12 janvier et sortit au bout de 4 semaines.
T accès, l^ 7 juin 1886, il entrait da nouveau à Saint-Anne, présentant cette fois des phénomènes très nets de dépression mélancolique. Son attitude était anxieuse, il regardait autour de lui, na pouvait rester en place, paraissait halluciné, se figurait être ruiné, dans la misère, s'imaginait devoir mourir prochainement. Cet accès avait débuté par de l'insomnie. Il était énervé, inquiet, appelait des gens morts depuis longtemps. Sort de Sainte-Anne le 12 juillet.
8* accès. Il rentre à l'asile le 20 juillet, sans avoir fait d'excès de boisson, avec des symptémes d'excitation : cris, gesticulations, propos incohérents. Le soir même de sa dernière sortie il était drftie, agacé, n'avait pas dormi da la nuit. Il causait avsc les photographies. U était furieux contre sa femme; elle le trahissait, parce qu'elle refnsait d'avoir des rapports avec lui. La crise diminua d'intensité après trois semaines. Il fil un séjour de 16 mois à Saint-Anne, et en sortit le 15 septembre 1887.
9' accès. Après sa sortie il resta un an chez lui, travaillant tranquillement à sou métier d'ébéniste. En aofit 1888, il a été sombre.
inquiet pendant 8 jours. Sa femme avait peur qu'il ne tombftt malade, mais cela n*a rien été. Avait maigri un peu. Céphalalgie.
10" accès. Le 3 mars 1889 il entrait encore à Sainte-Anne. Trois semaines auparavant, il avait changé subitement; son attitude, ses manières n'étaient plus les mômes, il devenait brusque. Depuis ce moment, il ne dort pas la nuit et se plaint de douleurs de tête. Il a de Texcitation sexuelle. Il injurie sa femme; t Tu me trahis i, lui dit-il, puis il ajoute : « C^est une bonne femme, je ne voudrais pas lui faire du mal. » 11 se livre à Ponanisme, Texcitation augmente : il envoie des baisers, il embrasse son mouchoir, fait des gestes obscènes et désordonnés; il pleure, rit pour un rien, parle bas de toutes sortes de choses, évoque des souvenirs de tout ordre. 11 adresse à son entourage des injures grossières et supplie qu'on ne réponde pas. Il crie, chante, est incohérent : « Je suis entré dans les premiers moments que les instruments, par trahison du chef, la police du colonel, Tarrestation. »
Cette période d*agitation est suivie d'une phase de dépression d'environ 8 jours, pendant lesquels il est triste, il pleure, se lamente.
Il garde un souvenir assez net de son délire : « J'étais malade, j'avais des idées comme cela, j'étais agité. > — Il sort le 24 avril 1889.
11* accès. — Le jour même de la sortie sa femme remarque un peu d'excitation. Les nuits sont mauvaises, il ne peut pas dormir; il voit des étincelles, des éclairs : « C*est du feu, comme si on l'électrisait. » — Il parle de la guerre, de la Commune. Il a de Texcitation génitale : « Viens vite, tu es ma femme pourtant. »
Il rentre à l'asile le 80 avril et en sort le 3 juillet, mais il ne peut rester que 6 jours chez lui.
12* accès. — Il rentre à Saint-Anne le 9 juillet dans un nouvel accès maniaque, il s'améliore au bout d'un mois, mais en septembre nouvelle recrudescence dans le service ; au moment où il était question de sa sortie, on a dû pendant quelques jours l'isoler.
Les accès débutent par une période prodromique d'insomnie, d'agitation pendant la nuit; le malade se lève, ne peut dormir.
L'excitation est caractérisée chez lui par de la loquacité, de l'incohérence de langage, une propension très marquée à l'acte génital, une gesticulation désordonnée. Très halluciné, le malade envoie des baisers, nt sans motifs. Son passé relatif à la guerre et à la Commune lui revient à la mémoire, il en évoque les souvenirs. Il dit des injures et supplie souvent de ne pas loi répondre.
La dépression se manifeste par des idées de ruine, de misère; il se figure devoir mourir dans un avenir prochain; il est anxieux, inquiet, se lamente et pleure. Ha des idées vagues de persécution, quelquefois de la céphalalgie. Ordinairement cette période s'accompagne d'amaigrissement.
Il revoit ses parents morts depuis longtemps, se souvient des
su LA FOLIB ^^^^^^^1
maladies qu'ils ont eues, dos circoDstances de leur mwtT^^^ Le 26 novembre, pendant l'examen, il ne peut foui-oir aucun ren-
scignemeul, no i^e souvient pas de la duto de son entrée. — l'tr
moments, conlraclioii brusiiue du hnul du front. — No dormail pis,
dit-il, depuis deu\ nuils.
Quelques en gourd isec monts dans les bras. Lo ââ, légère exoilalion. ^6, cxaltatiou maniaque. i8, exeilation
raaninque.
OitBKRVATiON V. Folio inlermillenle : aeciis mélancoliques, maniaques, à flo-jbte forme circulaire.