‹ Recherches sur les centres nerveuxChapitre 77 sur 93 · BK DE LA FOLIE INTERMITTENTE · texte numérisé non relu

BK DE LA FOLIE INTERMITTENTE

et surveillev en même lemps son mënoge et sa famille. Ce n'est qu« vent les dcroiers tempe, depuis deux sas seulement, que son ialelligeace coinmenca à [>résenter quelqui?s signes d'aflsiblissement . En ce monieol la malttde est paiTaitemeat lur^ide, elle b des souvenirs précis de toule aa vie jiaBsée, sauf pour les évéoemenls des dernières enaées, eur lesquels on constata quelques lacunes de U mémoire.

Toutes ces observations font voir l'influence active de l'h6ré(lilê créant une prédisposition qui, latente pendant longtemps, n'en fait pas moins sentir plus tard son intervention énergique par le développement de toute pièce et la reproduclion, souvent snns cause déterrainanle aucune, d'accès parfois d'une intensité et d'une soudaineté élonnantcs. Moins accusée, toutefois, ici que chez les dégénérés, l'action héréditaire s'exerce plus fortement que chez les délirants chroniques, et les fous intermittents, au point de vue étiologîque, viennent s'intercaler entre les deux groupes.

Nous avons passé en revue les éléments essentiels de la folie intermittente, cl tous les l'jiils (jui se trouvenl trroupés dans cette espèce pathologique sont unis par des caractères communs, constants, qui reposent sur l'étiologie; sur l'évolution de l'accès, l'invasion, sa marche, son déclin; sur la forme et le contenu du délire ; sur la nature des intermittences qui séparent les accès, que ceux-ci soient simples, isolés ou combinés ; sur leurs rapports réciproques et sur les modiflcatioiis qui se produisent avec les progrès de la maladie.

C'est sur cet ensemble de caractères que repose la folie intermittente qui, tout en étant très compréhensive, repousse, néanmoins, de son cadre, des faits qui appartiennent à d'autres espèces pathologiques, notamment à la folie héréditaire.

DES HALLUCINATIONS BILATÉRALES DE CARACTÈRE DIFFÉRENT SUIVANT LE COTÉ AFFECTÉ (1)

Les hallucinations, qui ont déjà été Tobjet de tant de travaux, conservent le privilège d'attirer l'attention et de susciter constamment de nouvelles recherches. C'est qu'en effet, ce syndrome, qu'on l'envisage au point de vue de la clinique, de la physiologie pathologique, de l'histoire, de la médecine légale, ne cesse pas de présenter d'intéressants aperçus.

Les hallucinations affectent habituellement les deux moitiés symétriques du même sens ; c'est-à-dire que Thalluciné, comme l'homme normal, entend des deux oreilles, voit des deux yeux, perçoit, en un mot, par les deux côtés, les images subjectives qu'il extériorise.

Dans quelques circonstances, ainsi que Calmeil (2), Moreau (3), Michéa (4) et bien d'autres l'ont signalé, l'hallucination est unilatérale et frappe l'une des deux parties similaires de l'appareil sensoriel. C'est par un œil, par une

(1) Maonan. [Archic. de Neurol. n* 18, novem. 1883, p. 336)

(2) Calmeil. Dictionnaire en trente rotumet ; Hallucinations, t. XIV, p. 517.

. (3) MoREAU (de Tours). La Psychologie morbide dan$ ses rapports avec la philosophie de l'histoire^ 1850, p. 331. (4) MiciiÉA. Du Délire des sensations, p. 106.

Sn ' DES HALLUCINATIONS BILATÉRALES

oreille, par un cdté du corps que le patient se tnnive influencé.

Enfin, dans quelques cas plus rares, l'halliuîinatioa est bien bilatérale, mais elle se montre avec des caractères qui varient suivant le cdté ; l'oreille droite, par exemple, entend des choses agréables, tandis que l'oreille gaui^ ne perçoit que des injures. C'est là un phénomène curieux qui n'a pas encore été étudié, qui mérite de nous arrêter et que l'onn^ procfaera, avec fruit, des expériences de ph^nsh^gie paÉfaotogique auxquelles se prête l'hystérie.

L'examen des quelques faits que nous allons rapportw donnera une idée nette de cette dualité symptom^que et apportera une preuve de plus à la théorie du dédoublement ^de l'indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux. Nous verrons aussi que l'hallucitt&tion, en tant que manifestation des délires chroniques, suit une marche pa- .rallèle aux conceptions délirantes, et comme celles-ci, après avoir préaaatè à l'origine un caractère pénible, elle affecte plus tard un caractère ambitieux, qui se met en harmonie avec les idées expansîves du délire.

L'observation suivante est des plus caractéristiques à ce double point de vue ; elle nous fournira aussi un exemple remarquable de la coexistence d'un délire épîleptique et d'un délire vésanique chez le même sujet.

Il s'agit d'un forgeron, âgé de trente-quatre ans, qui puise dans l'hérédité sa double prédisposition morbide. Lagrand'mère maternelle et la mère sont épileptiques de même qu'un de ses frères. Le père alcoolique, violent et brutal, est mort infirme à Bicêlre ; un cousin germain maternel est atteint de délire chronique ; d'abord persécuté, il en est arrivé aujourd'hui à la période ambitieuse.

Dès l'âge de quatorze ans, la grande névrose s'affirme chez le malade G..., de la manière la plus manifeste : il péchait sur le bord de la Seine, lorsque, sous le coup d'un vertige, il tombe à l'eau; on le retire promptement, on l' étend

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sur la berge et, au bout de quelques instants, revenant à lui, il témoigne sa surprise de voir ses vêtements mouillés.

Plus tardjTattaque s'accompagne de violentes convulsions et G... se voit réformé du service militaire pour cause d'épilepsie. Un phénomène singulier précède Tattaque, c'est une saveur acre, un goûl de sang ; cette aura se montrait également chez la grand'mère et chez le frère, désignant ainsi la partie faible, la région cérébrale sur laquelle frappe d'a^)ord la décharge épilepti([ue. Après Tatlaque, G... reste habituellement hébété, il se brosse, se frotte les mains, secoue ses habits, répète machinalement les mêmes gestes ; mais, parfois, il entre en scène d'une fa(;on plus active. Un jour, par exemple, il déplie le volet d'une boutique, l'agite et le casse, sans garder le moindre souvenir de cet acte. Une autre fois, il saisit à la gorge une femme qu'il ne connaît pas, la serre avec force, et l'eût étranglée, sans Tarrivée du mari, qui le repousse et lui assène deux coups de balai sur la tête. Conduit au poste, il reste silencieux, hébété ; puis étonné, il regarde autour de lui et s'informe des motifs de son arrestation, tout ce qui s'est passé étant non avenu pour lui.

Il est bon de noter que, sous l'influence des bromures, les attaques sont actuellement plus rares. L'épilepsie ne saurait être mieux caractérisée : hérédité directe, aura, vertiges, attaques, délire inconscient, action favorable de la médication bromurée.

Le délire chronique est tout aussi bien dessiné chez ce malade. G... est d'abord triste, vit à l'écart, se plaignant de son entourage. « J'élais, dit-il, le souiTre-douleur de la maison ». L'épilepsie mettant obstacle à son mariage, il devient irritable, impressionnable, se croit en butte à des injustices et traduit sa résignation intiuiéle par les mots : t Je n'ai jamais de chance». Peu à peu le délire s'accuse; les camarades l'injurient, le menacent, et il commence à en-

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6S0 DES HALLUCINATlONi? BILATÉRALES

tendre par l'oreille droite des propos grossiers : « Tète de cochon, hure de cochon, bon à tuer, fainéant... • ; c'est de ce côté aussi que le diable lui parle plus tard et que se trouve lo mauvais génie. Au milieu des idéea tristes, se font jour peu à peu des préoccupations d'un autre ordre. Il doit faire, dit-il, un héritage de plus d'un million qui s'accumule depuis sept générations. La nuit, il contemple le Qrmamenl, il interroge les astres, les étoiles, la lune. Pour se rapprocher de la voûte céleste, il se loge sous les toits, dans les maisons les plus élevées; il fait des découvertes, il cherche le point du centre du soleil et voilà travers, â l'aide d'un instrument de sa composition. De plus en plus orgueilleux, plein de son propre mérite, il en arrive à se demander s'il n'est pas le fils do Dieu, Il éraot divers apophtegmes sous forme sentencieuse : la plus petit est le plus grand ; le plus bas le plus haut ; la pauvreté est la richesse, etc., etc. A ce moment les injures perçues par l'oreille droite diminuent, et il commence à entendre des encouragements, des éloges; mais c'est par l'oreille gauche : ■ Ne te fais pas de mauvais sang, tu seras heureux i. On lui dit souvent des choses qui le font rire. Dieu lui-même lui conseille de persister dans le bien... C'est à gauche que se tient te bon génie. Parfois, il entend un bruit de sonnerie ; quand la sonnerie se produit à droite, il lui arrive quelque chose de fâcheux, quand elle est à gauche, c'est l'indice d'une bonne nouvelle.

Le bon et le mauvais génies forment ainsi une sorte de Manichéisme qui le gouverne. Depuis deux ans, les hallucinations gaies, ambitieuses prédominent, et c'est toujours par l'oreille gauche qu'il entend, l'oreille droite ne lui transmettant que des choses désagréables, d'ailleurs de plus en plus rares.

De même que pour t'épilepsie, rien ne manque au délire chronique : influence héréditaire, périodes d'inquiétude, de persécution, phase ambitieuse, tendance à la systématisation.

Si Tépilepsie s'est améliorée sous Tinfluence du traitement, le déljre chronique paraît devoir suivre sa marche progressive pour aboutir après sa phase ambitieuse à la période de dissolution des idées, à la démence.

Au point de vue spécial où nous nous plaçons, le cas est des plus démonstratifs. Les hallucinations pénibles se cantonnent, dès le début, à droite ; très fréquentes d*abord, elles marchent d'un pas égal avec le délire. Celui-ci se transforme peu à peu, change de couleur, il s'éclaircit, et simultanément, les hallucinations agréables se produisent, mais c'est à gauche qu'elles se fixent ; elles deviennent de plus en plus fréquentes, tandis que les hallucinations pénibles résidant à droite s'atténuent insensiblement.

D'autre part, un même trouble fonctionnel, une sonnerie, se produit dans l'une et l'autre oreille ; le malade lui donne une interprétation différente, suivant qu'elle siège à droite ou à gauche. Comme les hallucinations, elle est de bon augure à gauche, de mauvais présage à droite. C'est bien là un phénomène sipgulier, l'hémisphère gauche répondant au côté droit, voué à la tristesse et marquant la première période de la maladie ; l'hémisphère droit répondant au côté gauche disposé à la joie et faisant presque entièrement les frais de la seconde période. Je rappellerai, à propos de l'interprétation différente donnée à la sonnerie suivant le côté affecté, une observation d'hallucination bilatérale du toucher, rapportée par le fameux publiciste Jean Bodin, d'Angers, dans son ouvrage sur la démonomanie (1).

Il s'agit d'un personnage qui, après avoir pendant un an prié Dieu de lui envoyer un bon ange pour le guider dans toutes ses actions, avait fini par entendre la voix de Dieu qui lui disait : « Je sauverai ton âme ». Depuis cette époque, un esprit familier l'accompagnait, t lui donnant un signe

(1) Bodin. Angevin. La démonomanie des sorciers, CIC, IC, XCVIII, p. 72 (livre I*', chap. ii, de VAêsociation des esprits avec les hommes.)

5SS DEi^ UALLOGINATIOS-S mL.\TÉnALE* 1

sensible, commp le louchant à l'oreille dextre, s'il faisait ()U('I({U(! cliDso qui ne fui bonne, el à Vorcille senestrc, s'il rnisait bien ; t;l s'il venait quelqu'un pour le tromper ou le surpi-eniirt!, i! sentait soudain le signal à l'oreille dextre; si c'était quelque homme de bien et qui vint pour son bien, il sentait aussi le signal â l'oreille sonestre ■ . C'est ici une hallucination du toucher, de même nature n droite et a gauche ; oe qui varie, c'est l'interprétation du malade donnée au signal favorable à gauche, défavorable à droite. J

Danïi les trois observations suivantes les hallucinatioof I ont un Mracfére ptiniblo à gauche, el agréable à droite. *

Un homme de quarante-huit ans, ancien soldat du j^i-nie, adonné depuis longtemps aux boissons alcooliques, a prèaonl6, à la suite d'abus plus fréquents, plusieurs accès Je délire toxique, a'accompagnanl d'hallucinations péoibk'S, multiples, mobiles : on l'ii^uriail, il sentait de mauvaiiie^ odeurs, il voyait des chitls, des rats, des oiseaux, un singe qui lui sautait sur la poitrine et l'étouffait, il éprouvai! de» démangeaisons et des picoleuients sur tout le forps.

Au bout de quelques jours, le délire perd de son activité, le malade se calme, mais il conserve longtemps des idées de persécution .

Il a déjà été traité une fois à l'asile de Dijon et deux fois à Sainte-Anne. A sa dernière entrée, le 2 novembre 188â, il raconte qu'il entend des voix, deux individus dont l'un l'injurie et l'autre le console. L'insulleur lui parle à gauche, le traite d'imbécile, d'animal, critique son travail ; le protecteur intervient par l'oreille droite, l'encourage et te console. Parfois, ils ne sont pas seuls el d'autres voix s'ajoutent aux premières. Ils parlent tantôt simultanément, tantôt les uns après les autres, mais chaque groupe conserve son côté, sans se départir de son langage particulier.

Un autre malade, âgé de trente-quatre ans, serrurier, dont le père était alcoolique, avait trois sœurs atteintes d'hystérie, et un fi'ère traité à Bicêtre pour de l'alcoolisme. Lui-

même, après de nombreux abus de boissons, a été pris deux fois de délire alcoolique et conservait, après les accès, des préoccupations hypocondriaques et des craintes d'empoisonnement.

A sa seconde entrée à Sainte- Anne, le 16 février 1881, pendant plus de dix jours, il entendait par Toreille droite des propos convenables, des paroles édifiantes sur Dieu, la sainte Vierge ; par l'oreille gauche, au contraire, arrivaient des discours orduriers et Ton parlait des obscénités du diable.

Ce malade, adonné à l'absinthe, a présenté, en outre, comme certains vertigineux épileptiques, une phase délirante inconsciente.

Le dernier malade est encore un héréditaire abusant des boissons alcooHques, âgé de trente-cinq ans ; il est né d'un père ivrogne qui a voulu se suicider, et d'une mère hystérique qui, à la suite d'une contrariété, eut un jour une attaque convulsive suivie de délire avec paroles extravagantes et grossières. Il a toujours eu une tendance à la tristesse, et son chagrin est augmenté par la crainte d'être un enfant naturel ; il ne sait comment cela finira, dit-il, car son esprit est depuis plusieurs années hanté par des idées de suicide.

Il a commencé de bonne heure à abuser des boissons spiritueuses, et parfois, quand surviennent des idées mélancoliques, il est poussé impulsivement à boire. C'est aussi après avoir bu, dans ces conditions maladives, qu'il est porté au suicide. Il fait, en peu d'années, de nombreuses tentatives : il se jette dans la Saône d'où il est repéché; il se pend, on coupe la corde; il tente de s'asphyxier, mais s'étant levé du lit, il tombe et le bruit de sa chute attire les voisins; il fait sans succès plusieurs tentatives d'empoisonnement. Dans les cinq dernières années, il a plusieurs accès de délire alcoolique, accès très courts d'une durée de deux à trois jours^ débutant la nuit et s' accompagnant d'hallucinations caractéristiques : il voyait des rats, des journaux étalés, des affi-

M4 DES HALLUCINATION:^ BILATÉRALES

ches qui défilaient sur le mur, des ligures grimaçâmes qui (^ossissaient et diminuaient, des personnages costumée, sautant, dansant, riaut, se moquant de lui. Peodatit ces aca!:s passagers d'alcoolisme, les hallucinations se prodaisaient avec les mômes carattères des deux côtés.

En dehors de celle efflorescence dêlipante, et dansTialervatle des crises, il conserve des idées de persécutioD. il s* croit poursuivi dans la rue, il craint d'être assassiné. Parfois il entend, dilr-il, une conversation dans une oreille a une conversation différente dans l'autre ; par l'oreille gauche, arrivent des injures, des menaces : < Tu n'es qu'un vulour, uu propre n rien; viens donc, misérable, que je le « frappe.., •

Par l'oreille droite, au contraire, ce sont des choses agréables : on fait son éloge, on l'encourage, il entend des paroles arfcctueusoe : • Mon chéri, nous serons iieureux... >

L'ûreillc gauche, qui reçoit les injures et rtans laquelle les voix sont plus fortes, est plus souvent mise en jeu que la droite.

Ces trois derniers malades, adonnés aux boissons spirilueuses, ont présenté à diverses reprises des bouffées de délire alcoolique avec des hallucinations très actives, occupant tous les sens, apparaissant aussi bien à droite qu'à gauche. Ce délire très bruyant se superpose à l'état mental préexistant qu'il masque pour un temps. Puis, avec la disparition de ces accidents passagers, nous voyons persister le délire primordial auquel cette secousse donne plus d'intensité (1).

Le mélancolique impulsif multiplie ses tentatives de suicide et tend à systématiser ses idées de persécution, le délirant chronique est plus vivement persécuté, et, chez tous les trois, nous voyons commencer à paraître quelques idées ambitieuses.

(11 Maonan. De l'Atcootûme, dex dioertes formes du dt<Ure ahooUque et de leur traitement. P&ria, 1874, p. 66 el 155.

Pourquoi, dans Talcoolisme, cette généralisation du délire? C'est que la cause, le poison, distribué dans tout Tencéphale, agit sur tous les centres sensoriels et provoque, dès que la dose est suffisante, des hallucinations de tous les sens; mais, au début ou à la fin de l'accès de délire alcoolique, à mesure que les phénomènes s'atténuent, il peut y avoir des localisations spéciales qui ont pour siège Yorgane fnihle plus vivement impressionné par l'agent toxique ; de là des hallucinations limitées à un sens et parfois même à un seul côté.

Chez les quatre malades, Toreille ne présentait aucune altération, l'acuité de l'œil était la même à droite et à gauche, ils entendaient le tic tac de la montre à des distances à peu près égales des deux côtés, il n'y avait rien localement.

Pourquoi sur quatre cas, trois fois les idées ambitieuses, celles qui marquent une étape plus avancée de la maladie étaient-elles prédominantes à droite? Est-ce que l'hémisphère gauche, en vertu de sa prééminence serait frappé le premier dans l'évolution du délire? En soulevant cette question, nous ne chercherons pas à la résoudre, puisque nous sommes là en présence défaits exceptionnels, et qu'en général, au contraire, les hallucinations dans le délire se montrent également des deux côtés avec leur caractère pénible d'abord et ambitieux plus tard.

Chez ces quatre malades le délire, remontant à une date déjà ancienne, commençait à revêtir les caractères de la chronicité; il affectait, en effet, avec une systématisation plus grande, une forme expansive. Les hallucinations suivent en général, sous ce rapport, la marche du délire, et c'est ainsi que nous avons vu surtout chez le premier malade G... les hallucinations pénibles s'installer les premières dans l'oreille droite, tandis que les hallucinations agréables siégeant à gauche ont été plus tardives.

Les premières, d'abord très nombreuses, ont diminué progressivement d'intensité, suivant en cela une marche

mverse anx secondes, qui, d'abord très rares, sont develues prédominanies et se montrent parfois seules, mais lou-

irs â gauclie.

Les troubles sensoriels unilatéraux ou bilatéraux de ca- •aclère différent, qui sont rchitivemeiiL rares dans le délire chronique, se montrent plus fréquemment dans l'hystérie el

îuvenl, on tous cas, iJtre facilement provoqués. (Voir Clla^

ut. Progrès médira}, 1878, p. 37.) Parmi les nombreuses expériences faites sur des hysléri- [ues hynoplisées dans le service de M. Charcot à la Salpcrière, expériencHs rapportées avec beaucoup de détails dans e bel ouvrage de M. Paul Richer ',on agit successivempjit

:ir l'un et l'autro hémisphère (]iii simultanément répondent

3 façon différente aux diverses incitations, si bien que le sujet peut se trouver cataleptique d'un côté, léthargique

le l'autre, ou bien somnambuiique. Si, pendant que le pant, sous le coup d'une hallucination provoquée, se livre à

ne mimique active, on ferme l'un des yeux, le côté correspondant se trouve immobilisé ; le discours continue, l'hallucination se poursuit, si c'est la paupière gauche qui a été abaissée, mais la parole est supprimée immédiatement, l'aphasie intervient si l'occlusion porte sur l'œil droit.

Une hystérique entrée plusieurs lois à Sainte-Anne m'a présenté un exemple très net de transfert d'une hémipl^e droite à gauche et de la cessation immédiate de l'aphasie, sous l'influence d'une vive émotion.

Cette malade, âgée do quarante-six ans, était entrée une première fois le -i août 1879, avec une aphasie accompagnée d'hémiplégie droite rpii, restée stalionnaire environ un mois, disparut très rapidement. A une seconde entrée, le 5 décembre 1880, la malade arrive non plus aphasique, mais avec une perle absolue de la mémoire ; elle ne pouvait indiquer ni son nom, ni son adresse, ni sa profession, ni son étal

ID 1'. RiiiiKH. Êtuilet cllniquet sur fhyitéro-épileptie. 18S2.

civil : « Je ne me rappelle pas, disait-elle, si je suis mariée, si j'ai des parents; mais si j'avais un mari ou des parents, ils viendraient me chercher. »

Elle était hémianesthésique et hémiparétique du côté droit. Au bout de trois mois d'amnésie persistante, la mémoire revint en quelques jours. Le 30 juillet 188:2, elle est encore amenée, avec de l'aphasie et de l'hémiplégie droite. Elle sort au bout de trois mois améliorée, mais non guérie, elle est encore aphasique et faible du côté droit. Le soir même de sa sortie, elle a une violente discussion avec ses parents, et le lendemain, au lever, elle se trouve paralysée du côté gauche; mais la parole est redevenue entièrement libre et il n'y a plus traces d'aphasie.

Tous ces faits se prêtent un mutuel appui pour prouver l'indépendance des hémisphères cérébraux, mais la démonstration est surtout éclatante lorsqu'on provoque des hallucinations différentes de chaque côté, comme M. Dumontpellier l'a fait sur une de ses malades de la Pitié, dans une de mes leçons à l'asile Sainte-Anne. Après avoir placé la malade dans l'état de somnambulisme, il lui dit à l'oreille droite qu'il fait beau et que le soleil brille, pendant qu'une autre personne lui dit à l'oreille gauche qu'il pleut. Du côté droit le sujet sourit, tandis qu'à gauche, l'abaissement de la commissure labiale traduit le désagrément que cause le mauvais temps. Puis, continuant l'expérience, et faisant intervenir la vue et rouïe, on décrit à l'oreille droite le tableau d'une fête champêtre à laquelle prennent part des jeunes tilles et des jeunes gens. Ce tableau qui est perçu par l'hémisphère cérébral gauche, se traduit par le sourire sur la moitié droilo du visage, tandis qu'à gauche le visage exprime l'émotion qu'a causée l'imitation de l'aboiement d'un chien à roroillc gauche. Cette double expression du visage si opposée est des plus saisissantes. « Il me semble, ajoute M. Dumontpellier, que, quand on peut à volonté mettre en évidence, par certains procédés, l'activité psychique, sensitive et motrice des

:s IIALLUCINATIUNS BILATÉRALES

nerveux el cela isolément d'un seul côté, ou simulnéraenl des deux côtés du corps, on a démonli-é de la façon : plus absolue el la plus indiscutable l'indépendance foncmnelle de chaque hémisphère cérébral. » ( Union médi- 1e, 15 et 19 mai 1883.)

Dans les hallucinations bilatérales de caractère diiTêrcnl, ique groupe est sous la dépendance évidente de Tun s hémisphères ; mais dans quelle région de rhémisphêre ii-on les localiser ?

Lorsque M. Baillargar (1) publia son remarquable mé-

loire, il corabatlit avec succès la théorie exclusivement pé-

lérique qui place dans l'organe lui-même le siège fie

illucination; il repoussa également la théorie psychique

centrale qui fail de ce syndrome un phénomène purement

iiellectuel, et il mît en avant la théorie mixte ou psycho-

nsorielle qui paraissait répondre à toutes les exigences.

^Ue théorie, acceptée par la plupart des auteurs, qiii

sblait ne plus devoir donner prise â la discussion, se trouve

ae nouveau mise en question depuis les recherches sur les

localisations cérébrales de Fritsch, d'Hilzig (2), de Ferrier (3)

de Munck(4), eldepuisquela clinique, étayée par ranaiomie

pathologique, est venue prouver qu'une lésion d'un centre

cortical déterminé, donne lieu, suivant son intensité, à la

perturbation ou à l'abolition d'une fonction déterminée.

Tamburini, s'appuyant principalement sur l'anatomie et sur la physiologie expérimentale, démontre avec un rare lalent de critique l'insuffisance de la théorie psycho-sensorielle;

(1) Baillaroek. DeÈ Hallucinations; de» r:aa$e* gui les produiient et rfe* maladies qu'elles caractérisent, 1845.

(2) Fritsch el Hitzio. [Reichert's und Du. Bois Reymo/uf» Arch., 1870. heft, III. HcTzio. Reickert's und Du Boit Reymond'i Arch., 1873- 1874.)

(3) Pbrkikr. Des /onction» du cerveau, Pari», 1878; De la locaUaatiort des maladie» cérébrales, Paris, 1880; ouvrages traduits par H. de Varignj.

(4) MuNCK. {Berl. Klm. Wockenschr., 1877; Ver/iandlang der phytiol Ge$ell»ch. tu Berlin, 1877-78-79.)

il donne pour siège aux hallucinations les centres corticaux où sont perçues les impressions, et arrive à cette conclusion que les hallucinations ont comme cause fondamentale un état d'excitation des centres sensoriels de Vécorce (1).

Aux nombreux arguments fournis par la physiologie expérimentale en faveur de cette théorie, la clinique vient tous les jours ajouter de nouvelles preuves. Jusqu'ici, en effet, toutes les fois que dans les cas de cécité ou de surdité psychiques le résultat analomo-pathologique a pu être fourni, chaque fois, dis-je, les régions que la physiologie expérimentale avait désignées comme centres sensoriels corticaux, onl été trouvées altérées ; dans quelques cas, il est vrai, la lésion était plus étendue et dépassait les limites assignées à ces centres, mais néanmoins en comparant ces faits, en superposant les divers schémas fournis par les auteurs, on trouve toujours une région commune qui correspond justement au centre sensoriel cortical. On peut s'en assurer en comparant pour la cécité psychique, les cas de Déjerine (2), de Broadbent (3) et le mien (4), d'après lesquels la région du pli courbe est plus particulièrement intéressée ; pour la surdité psychique, les faits de Wernicke (5), de Giraudeau (6), de Fritsch (7), (service de Meynert) et le mien (8), qui dési-

(1) Tamburini. La théorie des hallucinations. (Reoue seierUi/lque^ 29 janvier 1881.)

LuciANi et Tamburini. Recherche sperlmentale sull funsioni del cercello : centre psycho-sensori cortvcali. Reggio Emilia, 1870.

(2) DÉJERINE. In thèse. (SkwortzofT, Cécité et surdité des mots dans Vaphasie^ p. 53.)

(3) Broadbent. Cérébral mechanism of thought and speech. (Aferf. chir. Trans.y t. LV, 1872.)

(4) Magnan. Cécité des mots ou cécité psychique. {Compte rendu de la Société de Biologie, 5 mai 1883.)

(5) Vernicke. Der aphasùiche Symptomen complex. Breslau, 1874, p. 39.)

(6) GiRBAUDBAU. Note sur un cas de surdité cérébrale . (Revue de Médecine, 1882.)

(7) Fritsch. {Wiener Medicinische Presse, 1880.)

(8) Maonan. Aphasie, surdité des mots ou surdité psychique. (Compte rendu de la Société de Biologie, 19 mai 1883.)

MO IffiH HAI.UI'CINATIONS BILATÉRALES

gnent lu partie moyL'nne de la première temporale ; enfin deux t-as mixtes, de cécité et de surdité psychiques de Chnuffard (1). et de d'Hcilly et Chanteraesse {3), dans lesquels les deux pi^'gions sont atteintes.

Deux fois, c'est une tumeur qui Faisait les frais de la destruction: la lésion bien cii-conscrile se trouvait limitée pour la cécité psychique au pli courbe (fait de Déjerine) et pour le surdité psychique k la partie moyenne de la première temporale (fait de M. Giraudean).

Dans un récfmt article du Progn'-s médicul, M. Bernard rapporte un cas de suppression brusque et isolée de la visiim moniale dus signes nt des objets, qui a fait l'objet d'une importante leçon de M. Charcot. Dans les rêves, ce malade n'a plus comme autrefois la représentation visuelle des choses; seule la représentation des paroles lui reste. • Le sens de la représentation inlérieure me manquant absolument, fait observer le malade, mes rêves se sont également modiliés. Aujourd'hui, je rêve seulement paroles, tandis que je possédais auparavant, dans mes rêves, la perception visuelle. »

La destruction du centre cortical, qui recueille et conser\-e les images visuelles, explique entièrement cette situation mentale nouvelle. Quand, an contraire, ce centre cortical se trouve excité, c'est l'inverse qui se produit, les images visuelles font les principaux frais des rêves. A l'état normal, en effet, si, pondant le sommeil, une lumière est approchée des yeux du dormeur, ou si des substances odorantes sont répandues auprès de lui, les centres corticaux visuels, olfactifs, sollicités par ces impressions donnent naissance â des images qui, suivant leur carnctère, produisent un rêve ou un cauchemar. Les contres psychiques supérieurs sont au repos

il) CiLAUFtAHi) Sur un cas do cécité ei de surdité cérébrales. [Repuede Mi'deriiie, 10 novembre ISSl.)

i3l D'ILeim.v et CiiANTBMHSSE. Note sur un cas de cécité et de surdité veilialcs. {Bulletins de la Sodi<té nnntamique. avril, mai, juin 188*, p. 324.)

et rautomalisme seul concourt à la production de ce phénomène. Dans certains états pathologiques, dans Tépilepsie par exemple, surviennent des phénomènes analogues, seulement la cause excitante, au lieu d'être une impression extérieure, est une décharge centrale qui, du même coup, annihile la conscience (région antérieure) et stimule, au contraire, les centres sensoriels de l'écorce (région postérieure).

Dans ces conditions, le patient se trouve transformé en un véritable automate, agissant d'une façon inconsciente, poussé par les incitations de la région des centres sensoriels à des actes qui échappent au contrôle supérieur momentanément voilé.

Quelques mots encore sur les hallucinations unilatérales qui, par leur évolution et leurs caractères généraux, ne diffèrent pas des hallucinations bilatérales dont nous venons de nous occuper. Si les hallucinations unilatérales se montrent au début d'un délire chronique, elles sont de nature pénible; elles sont expansives, au contraire, si elles interviennent à la période de systématisation et de transformation ambitieuse du délire; en un mot, elles suivent celui-ci dans sa marche progressive. D'autre part, il n'y a nulle différence pour le siège et la genèse, et c'est encore aux centres sensoriels de l'écorce qu'il faut les rattacher.

Dans un travail sur les hallucinations unilatérales {EncôphalCy 1881), M. le docteur Régis a publié l'observation d'un malade atteint d'hallucinations unilatérales de l'ouïe avec otorrliée purulente, dont la guérison a été obtenue après un traitement efficace contre l'inflammation de l'oreille. Ce fait prouve qu'une otite a pu faire développer des hallucinations chez un individu prédisposé, en état de réceptivité morbide; mais que cette prédisposition, suffisante pour entrer en action dès qu elle était sollicitée par un stimulant étranger, restait latente dès que l'équilibre physiologique se trouvait rétabli.

5*2 DES HALLUCINATIONS BlljVTÉRALES

Les faits analogues soat nombreux en pathologie mentale, sans qu'une lilialion iatime puisse être établie entre la cause apparente et le phénomène obtenu.

Si, chez un individu prédisposé, le froissement du nerf cubital devient pour le patient les morsures d'un animal qui ronge le petit doigt, sera-t-on en droit de soutenir qu'une irritation du cubital produit une hallucination du loucher? D'ailleurs, les hallucinations unilatérales ne sont pas rares et sur quatre cas d'hallucinations unilatérales de l'ouïe, (jue j'ai eu l'occasion d'observer récemment, uue fois on notait de la dureté do l'ouïe et une hémiplégie faciale du même oâté, et trois fois l'oreille était intacte des deux côtés. Voici en quGl({Uâs mots une de ces observations :

Une femme. Agée de quarante-trois ans, après une phase délirante do persécution, pendant laquelle elle prétendait qu'on la poursuivait, qu'on l'injuriait, qu'on l'empêchait de travailler, qu'on faisait des expériences sur elle, qu'on la forçait à pousser des cris d'animaux, a commencé à présenter des idées ambitieuses. Elle a subi, dit-elle, l'opération du Saint-Esprit, et elle va donner lejourà un (Ils aussi savant que le Christ. Dieu lui fait des révélations; elle doit renouveler le rôle de Jeanne d'Arc, elle doit sauver la France, Dieu lui parle, mais seulement et exclusivement par l'oreille droite, c'est un talisman qui va jusqu'au ciel. Il lui a ordonné de venir ii Paris, et, guidée par le soleil, elle s'est mise en route. Elle doit gouverner, elle sera présidente de la République.

L'ouïe est normale et la malade entend également bien des deux côtés. Au début de la maladie les hallucinations de l'ouïe étaient bilatérales, ses ennemis lui parlaient des deux côtés.

En résumé :

1° Les hallucinations bilatérales de caractère différent, suivant le côté affecté, sont indépendantes d'une altéralioa locale des organes périphériques ;

2^ Elles ne diffèrent des autres hallucinations ni par leur mode d'apparition, ni par leur évolution, ni par leurs caractères généraux. Elles marchent parallèlement au délire lui-même;

3** Elles sont une nouvelle preuve du dédoublement et de l'indépendance fonctionnelle des hémisphères cérébraux, et elles désignent comme siège organique les centres sensoriels de récorce;

4** Les expériences dans les différents états d'hypnotisme de l'hystérie corroborent de tout point les résultats de la clinique.

SIMULATtON DE LA FOLIE ET FOLIE MÉCONNUE "

Lu niL'decin expert est uppplé le pins hal)iluellciu<.*nl à constnter îles irùublGs intelioctuels qui permettent de conclure soit ii l'irresponsnlnlilé nbsolue de l'inculpé, soit à un* rosponsalHiUé atliJiiuée, nolaniment chez certains déséquilibrés dont la volonté sans être encLainée par une idée déliruute, une liallucinatioti, une obsession uu une impulsion, n'en est pas moins dans une certaine masure entravée dans son tbnctionnenicnt régulier par l'instabilité du moral et du caractère.

Parfois, au contraire, le rôle du médecin expert est tout autre, et, dans l'intérêt de la vérité et de la justice, il est appelé à démasquer la fraude on aliénation mentale, c'està-dire la simulation de la folie.

L'article (Si du (Iode pénal consacre l'irresponsabilité légale du fou. •> Il n'y a ni crime, ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l'action... • Le mot démence comprend toutes les formes de la folie; c'est celle immunité qui a inspiré à certains criminels l'idée de simuler la folie.

La plupart des simulateurs sont, en enét des inculpés de crimes ou de délits surtout, comme l'a déjà fait remarquer

M. Garnier, depuis la promulgation de la loi sur la relégation des condamnés récidivistes, qui inspire une salutaire terreur aux délinquants d'habitude.

La folie n'est pas facile à simuler.

Chaque psychose est un tout harmonieux dont la marche^ révolution, est soumise à des lois précises, suivant lesquelles les symptômes doivent s'enchaîner et se combiner; aussi, dès que l'un des symptômes fait défaut^ ou qu*au milieu du tableau symptomatique surgit le signe d'une autre maladie, dont l'existence simultanée est impossible, tout l'ensemble détonne et cette discordance frappe l'observateur.

D'autre part, le public s'imagine que la folie consiste dans la production d'actes bizarres, extravagants, désordonnés ou de propos décousus et incohérents, ou bien, au contraire, dans cet état de torpeur où l'individu paraît frappé d'une complète inertie; aussi la folie simulée, pleine d'exagérations, est plus accusée que la folie réelle. Le simulateur se présente d'emblée sous Tune ou l'autre de ces formes; il se montre brusquement excité ou déprimé, ne se doutant pas qu'il fournit *ainsi la principale preuve de la simulation, ces états n'étant, en général, que des phénomènes secondaires dont l'apparition marque déjà une étape avancée et est précédée d'autres troubles nettement définis. On pense que l'aliéné ne peut pas répondre deux mots sensés aux questions qu'on lui adresse. Aussi les voit-on se livrer à des actions ridicules, et évidemment affectées et mettre leurs paroles en complet désaccord avec les questions qu'on leur pose; prendre le contre-pied de ce qu'on leur demande. Si on les interroge sur leur âge, leur profession, leur domicile, ils feront des réponses absurdes, composées de mots rassemblés au hasard et indiquant qu'ils ne soupçonnent même pas le sens des phrases qui sont prononcées devant eux, et comme Derozier, un simulateur observé par Morel, ils répondront à la question quel âge? par une mesure métrique, 5"*,75; ou par une somme d'argent 243 fr. 35. Si on

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