SIMULATION DE LA FOLIF
I elTet, à tracer quelques lignes.
papier et commme il commence on lui apporle des plumes et de
11 remijlit trois pages d'une écriture Lien formée, râgulièrr. sans ratures, avec quelques fautes d'orthographe qui tieaneal, non à un affaiLlissement iatellecluel, mais à une instruction première incoinplète.
Celte lettre fait ressorlir de nouvelles contradiclions et proteste encore contre la réalité de la folie. Loisier s'y représente, â la fois démeol et délirant très actif, c'est-à-dire dans dos dispositions mentales opposées, qui s'excluent réciproquement et ne s'observeol jamais chex le même aliéné.
D'abord, comme calligraphie, comme sspeol général de Vécritare, c'est la lettre d'un homme bioii porlnnl et non d'un aliéné persécute; il n'y u pas, eu elfcl, de ponclunlion exagérée-, pas de mots soulignés, pss de signes particuliers; c'est une écriture absolument correcte.
Celte lettre adressée à Gambetta est datée de Rouen le IS novembre 1882. Un mélancolique persécuté pourrait â la rigueur p*r le fait d'une idée délirante, dont il parlerait, se croire à Rouen an lieu de Paris, mais il no prendrait pos l'été pour l'hiver, ei ne daterait pas de novembre la lettre Ocrite en juillet. U n'entre pas non plus dans ses habitudes do prendre pour ennemi actuel, un personnage mort depuis plusieurs années.
Voici, du reste, les principaux passages de oetle letlre : I. Rouen, le 15 novembre 1 • Monsieur Gambella,
« Depuis 50 ans que je souffre au fond de celle lugubre citad» ( où je fus jeté par vos ordres, après le terrible échec, o
■ détruites mon nrmée, ma famille, ou ensuite vous faisiez
• mon superbe châleau de Plessis où depuis 50 ans je n'avt < d'y accueillir les chefs-d'œuvre des artistes les plus disliogués, tels
• que Raphaël, etc. Dans ma lugubre détention qui ne cesse de con- I linuer où la parole que j'y ai perdue depuis il ans, les infirmité
■ m'y accablent de jour en jour. J'ai k y ajouter colle de la surdité « qui vient m'acoabler depuis quelques jours. Enlin, épuisé par tani •I de lorlures morales et physiques, d'avoir continaellement devant >■ mes yeux le terrible incendie de mon manoir où toulo
• avait vu le jour, et où ils ont trouvé leur tombeau. • Il continue plus loin : ■• N'ajant jamais su lire, je pense bien
t ces quelques mois écrits par la main que vous redoutiez tant - fois et qui portait ombrage à votro puissance, vous eaurci rendre « faveur ti ma prière en me faisant luer par quelque mort que vous g voudrez, quand ce serait de m'allacher à la queue de votre chei " de bataille pour orucr votre triomphe. Ma famille a touji
evanl .
« renommée dane lo monde entier, je supporlorai la morl nvec boa- < heur afin d'aller retrouver mon fils que vous files mourir ullaché
■ au pied du BU|ierbe marronnier qui de son ombrage ornait la cour 1 de mon manoir, et ensuite Jeté dans l'horrible rournaiflc où il me « fut refusé d'ï ûlre précipité afin de me faire mourir au fond d'un
• cachot, par la faim et le poids écrasant des ebaînes dont vous
• m'avei fait cbargei' juRqu'à la Un de mes Jours. Je vous prie de
• m'accoi'der la mort. ■
Dans les lignes suivantes il demande encore la mort : i< Afln de me f retirer de devant les yeux la vue terrible pour moi de cet immense € brasier OÙ toute ma famille est engloutie et avec elle la gloire du c6-
• lèbre château de Pleasis qui pendant des siècles n'a cessé de faire
■ la France; mais hélas cette prison où des soldais armés me lienu Dent sous leur ^arde doit T'tre mon tombeau séparé de bien loin
• de mon pauvre Dis. l'Iongé dans le chagrin qui me consume nuit
• et jour, je vous supplie de me donner la mort tout de suite- J'ai « toujours été voire ami dévoué, mais contre les fatalités de la guerre
■ tout doit succomber. •
Nous n'insisterons pas de nouveau sur lee lacunes de la mémoire incompatibles avec le délire actif manifesté dans sa lettre et avec la manière d'élre de Loisier, depuis son entrée au bureau d'admission.
Il rappelle qu'il est muet depuis onze ans et il ajoute qu'il est sourd depuis quelques jours, et pour justifier ce dire, il ne se lève plus, depuis celte époque, quand on l'y invite et alleiid qu'on le touche en faisant signe do se lever, mais parfois il s'oublie et obéit à la voix ; quelquefois aussi le matin, il trcssaille ù l'appel dans
IBon lit.
Dans une longue lettre écrite très facilement, il dit : ■■ n'ayant |amais su lire n ce sont là des contradictions qu'on ne trouve pas >dans les écrits d'un mélancolique persécuté. En adoptant ce nouveau rùle de sourd-muet ne pouvant pas lire, U espère sans doute échapper a de nouvelles investigations et éviter it se compromettre par des coniradiclions. Mais si la surdi-mutité était réelle, il s'elloi'cerail lui-même de suppléer par les gestes, la vision et le tact, lï la privation du langage articulé et de l'ouEe. il se conduirail en sourd-niiiet, mais il n'eu fuit rien, il fuit nu contraire le regard, tenant les pupilles cachées en haut, il reste immobile,
»Bans la moindre mimique, ne se détourne pas lorsque le choc violent d'un corps dur lancé sur le parquet vient éveiller sa sensation tactile. D'ailleurs cette cécité psychique quiempâche de lire après avoir écrit, cette surdité survenues sans troubles préalables, ne sauraient en imposer un seul instant.
D'autre piirt, tin mélancolique qui se croirait au fond d'un cachot pour y mourir de faim, qui se verrait couvert de chaînes, qui aurait devani les yeux l'immense brasier où toute lu famille est engloutie.
«itt