‹ Recherches sur les collections des RichelieuChapitre 3 sur 19 · MI · texte numérisé non relu

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* ViGNiER dit : « feu monsieur Prévost » ; je pense qu'il s'agit de

pisserieSj or et soie, de Bruxelles, la Guerre de Troie; lit d'or et d'argent brodé sur fond incarnat, sièges pareils, grand tapis de Perse. — Dans une Chapelle attenante, V Adoration des Rois, la Naissance de Notre-Seigneur et la Fuite en Egypte, triptyque d'Albert Durer; sur Tautel, un Saint Sébastien d'albâtre a qui est admirablement beau ». — Au Cabinet du Roi, trois Bacchanales du Poussin * ; Minerve chassant les Vices, et le Parnasse, par Andréa Mantegna; la Cour d'Isabelle d'Esté et une Scène mythologique, par Lorenzo Costa; le Combat de l'Amour et de la Chasteté, par le Pérugin. Ces cinq derniers tableaux faisaient partie de la collection de la marquise Isabelle d'Este-Gonzague et figurent dans le catalogue de son cabinet fait au seizième siècle*. Enlevés du palais de Mantoue, lors du sac de la ville en i63o, ils furent transportés à Richelieu et agrandis pour remplir les panneaux du cabinet du Roi\ Au plafond, V Apothéose d'Hercule ;suv la cheminée, la Libéralité de Titus, par Stella.

Nicolas Prévost, peintre ordinaire du Roi, qui figure sur les registres des bâtiments pour neuf cents livres, « pour trois quartiers de ses gages ». Dict, de Jal.

* Dans son journal du Bernin (Ga:^ette, XVI, 2« pér., 176), Chan- TELou dit qu'il montra au Cavalier quelques copies du Poussin « dont les originaux sont à Richelieu ».

• Imprimé dans le Cabinet de l'Amateur, de M. Eug. Piot, vol. IV, p. 38o.

^ Inventaire de Visconti et Dufourny. Appendice, page 140.

DES RICHELIEU. 3f)

Appartement de la Reine, à la suite dans l'aile droite et en retour^ décoration d^or bruni sur fond d'azur parsemé de fleurs de lys; au plafond et sur la cheminée, ï Histoire de Minerve; tenture de Renaud et Armide, du dessin de Vouet; meubles de soie à fond violet, brodés de fleurs d'or, d'argent et de couleur; « il y a tant d'or, dit la Fontaine, qu à la fin je m'en ennuyai ». — Dans la pièce voisine, les panneaux du lambris représentent les Femmes illustres, au nombre de dix; au-dessus, les Quatre Éléments en quatre tableaux, figures peintes par Deruet, paysages attribués à Claude Lorrain.

La Garde-robe, les chambres de Lucrèce, de Porcie et de Moïse continuent l'appartement de la Reine. La Garde-robe est tapissée de portraits

Pour la plupart environ grands Comme des miroirs de toilette.

Si nous eussions eu plus de temps, Moins de hâte, un autre interprète, Je vous dirois de quelles gens.

(( Vous pouvez juger que ce ne sont pas gens de petite étofle'. » La chambre de Lucrèce ou des dames d'honneur est meublée de velours rouge et or; tenture d'Apollon et Daphné. Desmarets décrit ainsi la chambre de Porcie :

* La Fontaine.

Des lambris, des planchers la peinture est d'azur Sur qui rampe un feuillage éclattant d'un or pur. D'un bleu pasle à fonds blanc sont du lit les courtines, Et d'or meslë d'argent sont les longues crespines. Les sièges, les tapis dans ce doux logement Ont l'estoffe pareille et pareil ornement.

La chambre de Moïse,

Où tout le meuble est verd, et d'or la riche frange,

termine Taile droite et aboutit à la terrasse.

Reprenant le grand escalier^ on trouve du côté gauche une première galerie, la seule partie de l'ancien château que l'on ait conservée; les panneaux sont ornés de quarante-trois cartouches contenant des devises. Les peintures représentent Moïse recevant les tables de la loi, Salomon et ses femmes, le Reniement de saint Pierre, Un concert (que Vignier appelle Y Hérésie) par Titien^ les portraits de Gustave- Adolphe et de la Reine d'Angleterre, ce dernier par Van Dyck.

\J Appartement du cardinal occupe le pavillon d'angle à gauche^ et fait pendant à l'appartement du Roi. Dans l'antichambre, un dais magnifique de velours vert à découpures d'étoffes d'or; le ^Ravissement des Satines, par le Bassan; David et Goliath; un Combat de lions et de âavaliers, les personnages de Rubens, les animaux de Sneyders et le paysage de Fouquières ; Judith, par le Caravage; Hercule vainqueur de l'Hydre, par le Josépin, et trois portraits de famille. — Dans

une petite chapelle y Saint Jérôme en mosaïque * et plusieurs copies d'après Raphaël et Titien^ parmi lesquelles la Fontaine ne manque pas de remarquer « une Madeleine, dondon grosse et grasse, et fort agréable,... comme au premier jour de la pénitence, avant que le jeûne eût commencé d'empiéter sur elle » .

Chambre du cardinal : plafond chargé de sculptures et d'ornements peints, le tout d'or bruni et d'or mat entremêlé d'azur; sur les murs, des tapisseries de Flandres à grands personnages aux armes du cardinal. Lit à panaches et à impériale de velours cramoisi, brodé d'or à franges d'or, rideaux pareils doublés de moire d'or, sièges de velours avec cartouches à fond d'or, brodés de bouquets rouges. Sur la cheminée, le Portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne. « Il y a dans la même chambre, dit Vignier *, un tableau d un Saint François qui se voit au travers d'un rideau, peint par Fratre Bastian» del Piombo, sur le dessin de Michel-Ange. Ce tableau fut donné à Son Éminence par M. de Montmorency. »

Au sujet de ce tableau, les versions sont diffé-

' a Un Saint Jérôme tout de pièces rapportées, la plupart grandes comme des têtes d'épingles, quelques-unes comme des cirons. » La Fontaine,

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rentes. L'auteur de V Histoire péri table \ d'accord avec Vignier, dit qu'il s'agit d'un Saint François ; mais Simon du Cros^ dans ses Mémoires^, assure que c'était un Saint Sébastien mourant, a tableau de grand prix ». Telle est aussi la version de Y Histoire de Henri 11^ dernier duc de Montmorency^. Enfin Saint-Simon raconte* que le duc ce allant à Téchafaud avec le courage et la piété qui l'ont tant fait admirer, fit deux présens bien différents de deux tableaux du même maître (le Carrache) et uniques de lui en France, un Saint Sébastien percé de flèches, au cardinal de Richelieu, et une Vertumne et Pomone à mon père » . Nous sommes donc en présence d'un Saint François par Sébastien del Piombo, ou d'un Saint Sébastien par le Carrache. A-t-on fait confusion entre le nom du saint et le nom du peintre? Le Louvre possède un Saint Sébastien percé de flèches par Annibal Carrache^ qui paraît être celui de Montmorency et de Richelieu; toutefois ne rejetons pas trop vite l'opinion de

ï Histoire véritable de tout ce qui s*est fait et passé dans la ville de Toulouse en la mort de monsieur de Montmorency, p. 19. Voir à ce sujet, dans la Revue universelle (VII T, 43), une notice curieuse de M. Dc MoNTAiGLON auquel j'emprunte la plupart de ces citations.

* In-4'», p. 289.

^ Paris, 1699, p. 475.

* Éd. 1821), I, 59.

* Louvre, Nouv, Cat,, i3o.

DES RICHELIEU. So

Vignier^ il est précis, minutieux, et bien placé pour voir et se renseigner.

Quels que soient d'aHleurs le maître et le sujet du tableau, la peinture était excellente, à en juger par la place qu'elle occupait dans la chambre même du cardinal et le soin que l'on prenait de la protéger par un rideau. Par quel motif Montmorency, au moment de monter à Téchafaud, fit-il présent à son plus implacable ennemi, à celui-là même qui lui faisait trancher la tête, de deux merveilles comme le tableau et les Captifs? Espérait-il par ce moyen obtenir sa grâce? Voulait-il plutôt témoigner son repentir? Servien, écrivant à son frère, lui dit que « le duc donna un tableau à Monseigneur le cardinal en lui envoyant des excuses de l'incivilité qu'il avoit commise, lorsqu'il le luy avoit refusé, une fois qu'il avoit témoigné le souhester * » .

A ce propos, M. de Montai glon signale un troisième cadeau de Montmorency au cardinal : la bibliothèque de l'Arsenal possède un volume* où se trouvent des «Vers sur une statue deDidon faite en marbre par Cochet et donnée à Monseigneur le cardinal de Richelieu ». A la suite on lit : Pro marmorea et insigni statua Didonis ensem manu tenentis à nobiliss. Duce Monmorencio,

* Jal, Dict,

• Rev. univ., VIII, 3<j.

illustriss, et omnium celeberrimo cardinali Richelio, rerumque Galliarum sapientiss. moderatori dono data. Christophe Cochet, élève de Pierre Biart le père, est peu connu. J'ignore si la Didon fut donnée en même temps que les Captifs et le tableau; elle ne figure pas au château de Richelieu.

Il est temps de rentrer à l'appartement du cardinal pour visiter en passant le Cabinet qui fait suite à la chambre. Des sirènes supportent un plafond chargé de cartouches avec « entrelacs d'ancres, de grapins, de cordages et d'autres instrumens servans aux navires, le tout d'une sculpture et d'une dorure extrêmement délicate * ». Ce sont les attributs du grand maître du commerce et de la navigation de France.

Au sortir du cabinet se trouve la Galerie, immense salle longue de soixante-dix mètres environ sur dix, éclairée par vingt-deux croisées et haute de sept mètres cinquante centimètres; elle occupe toute la longueur de Tailc gauche. La décoration murale se compose de vingt tableaux, dix par côté, représentant les Conquêtes de Louis XIII sous le ministère de Richelieu, auxquels correspondent, dans le plafond, des« histoires grecques et romaines qui toutes ont du rapport et de la

' ViGMIER, p. 93.

conformité avec celles qui sont peintes en dessous ». Ces histoires sont séparées par des ovales contenant les Travaux d' Ulysse. Devant chaque tableau^ un buste de marbre antique^ entre autres celui de Jules César en porphyre -, aux deux extrémités de la galerie, les Portraits à cheval de Louis XIII et du cardinal. « Toute la sculpture, tant du plat-fonds que du lambris, est dorée d'or bruni, mêlé de blanc poly, ce qui donne un brillant incomparable à cette galerie. »

La galerie terminait, dans l'origine, les appartements de Taile gauche; à la suite venait la Grande Chapelle, placée au rez-de-chaussée, et dont le vaisseau occupait les deux étages. On eut l'idée de couper la chapelle par le milieu dans la hauteur; un plancher fut jeté au niveau du premier étage, et la nouvelle salle venant à la suite de la galerie, prit le nom de Salon. Cette pièce, une des plus magnifiques du château, est pavée de marbre et décorée de blanc et d'or; la coupole porte sur des colonnes de marbre disposées en manière d'arcs de triomphe ; alentour, six statues antiques des plus belles et des mieux conservées : Auguste, Tibère, Lipie, M animée, Germa^ meus, Alexandre Sévère, avec autant de bustes excellents de marbre blanc et d'albâtre oriental. Peintures de la main du Cangiage (Luca Cambiaso) ; dans la coupole, les Quatre Docteurs et

les Quatre Évangélistes par Freminet, restes de la décoration de Tancien plafond de la Chapelle .

Ce salon^ placé dans le pavillon d'angle, à gauche, aboutit à la terrasse en retour d'équerre. A l'étage inférieur se trouve la Grande Chapelle, où Ton remarque une Assomption de la Vierge par Rubens, un Saint Sébastien « qui est d une grande réputation » et une Vierge dn Gaudenzio. Enfin la Salle oii Von mange règne sous la grande galerie et contient les portraits de tous les rois de France. Encore une nouvelle série de portraits historiques ! Évidemment, c'est un goût décidé chez le cardinal.

Dans cette rapide promenade à travers le château nous avons omis bien des particularités intéressantes : les meubles d'une richesse sans pareille et qui varient, dans chaque pièce, suivant la saison; les serrures et les crémones de cuivre doré ou de fer argenté, délicatement ciselées à jour, aux armes et au chiffre du cardinal; le fanal du grand escalier, surmonté d'une couronne fleurdelisée, le tout de cuivre doré au feu, avec ses glaces de Venise « d'un travail fort exquis »; la table de mosaïque à compartiments de cornaline, d'agate, de jaspe et de lapis, qui inspire à Vignier un enthousiasme poétique :

Assemblage pompeux des plus rares joyaux...

Chef-d'œuvre industrieux, merveille sans seconde,

Table, qui n'eut jamais de prix,

Tu passes dans dans tous les esprits

Pour la mieux couverte du mondée

11 faudrait encore citer un grand nombre de tableaux sans nom d'auteur^ des bustes, des urnes et des tables de porphyre, une foule de statues disséminées soit dans les appartements^ soit dans les parterres 3 «il y a^ dit Jean Marot, cent figures presque toutes antiques^ à la réserve de douze ou quinze, et cent six bustes antiques à la réserve d'aucuns ». Marot ne parle que des sculptures qui sont dans le château.

' Gravée dans \g Magasin pittoresque, IX, 34. La Fontaine en parle :

Saint-Denis et Saint>Marc, le palais du grand-duc, L'hôtel de Mazarin, le sérail du Grand Turc, N'ont rien, à ce qu'on dit. de plus considérable. Je me suis informé du pri\ de cette table :

Voulez-vous le savoir? Mettez cent mille écus. Doublez-les, ajoutez cent autres par-dessus ; Le produit en sera !a valeur véritable.

SoOyOoo écus ou 900,000 livres! Il fallait que la Fontaine fût bien naïf pour croire et répéter un pareil conte! u Je me rappelle, dit Thibaudeau dans ses notes, qu'en 1794» comme bibliothécaire du Comité d'instruction publique, je fusa Saint-Denis avec la Commission temporaire des Arts, pour choisir les objets qui pouvaient intéresser rhistoire, afin d'en enrichir le Musée national. Nous apportâmes au Comité lâchasse de saint Denis du règne de Philippe Anguste;elle représentait une église en vermeil enrichie de pierres précieuses. Guithon-Morvaux, chimiste, nous dit que toutes ces pierres étaient fausses, que le cardinal de Richelieu avait fait enlever les vraies pour en décorer sa fameuse table, qui est maintenant à la Bibliothèque du Roi à Paris. On y voit les cornalines, les agates, le jaspe, le lapis-lazuli et autres pierres données par les rois de plusieurs monarchies. » Cette fable n'a pas besoin d'être discutée; la table de Richelieu est au Louvre; c'est un ouvrage de mosaïque fait à Florence, estimé 3,000 fr. en 1800.

Tel était cet ensemble incomparable, le musée de la sculpture antique au dix-septième siècle, logé dans la plus belle maison de France. Le « magnifique château de Richelieu » passait pour une des curiosités du royaume; on venait le voir de tous les pays, et trois éditions du guide Vignier suffisaient à peine à la curiosité des visiteurs. Chose singulière, que l'on se refuserait à croire si Desmarets, un des familiers du cardinal, ne l'affirmait d'une façon positive : ce palais fameux, si vanté, si décrit, si chanté, si visité, un homme ne Ta point vu, et cet homme, c'est Richelieu luimême, qui,' sans cesse retenu par les affaires de l'État et les soins d'une santé languissante. Fit bastir la merveille et ne la vit jamais'.

' Desmarets de Saint-Sorlih, Promenades de Richelieu, p. bi.

AIGUILLON (marie de wignerod de pontcouklay,

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