MARQUISE DE COMBALET, DUCHESSE D
Fille de Françoise de Richelieu et nièce du cardinal, veuve à dix-huit ans du marquis de Combaletj madame d'Aiguillon obtint la duché-pairie par lettres-patentes du i" janvier i638. Elle habitait le Petit-Luxembourg, que son oncle lui donna en 1639; le testament de Richelieu confirme la donation en ces termes : « Je donne et lègue à madame ta duchesse d'Aiguillon^ ma nièce... la maison où elle loge à présent, appelée le Petit- Luxembourg, ma maison et terre de Ruel, et tout le bien-fonds que j'ai et aurai audit lieu... tous les cristaux, tableaux et autres pièces qui sont à présent ou pourront être ci-après, lors de mon décès, dans le cabinet principal de ladite maison, vulgairement dite le Petit-Luxembourg, et qui y servent d'ornement, sans y comprendre Targenterie du buffet dont j'ai déjà disposé... Je lui donne aussi toutes mes bagues et pierreries, à
Texception seulement de ce que j'ai laissé cidessus à la Couronne^ ensemble un buffet d'argent vermeil doré neuf, pesant cent trente-cinq marcs quatre gros, contenu en deux coffres faits exprès. »
L'abbé de Marolles^ parlant des principaux cabinets de Paris ', cite a les tableaux très-exquis » de la duchesse d'Aiguillon. Dans le nombre figuraient une Hérodiade attribuée à Léonard de Vincij la Madeleine du Guide^ une Charité du Pérugin^ la Sainte Vierge de Jean Bellin^ la Parabole ou le Songe du Caravage^ Saint Joseph et sainte Anne du Tintoret^ VAdoration des rois de Rubens, Saint Matthieu par Albert Durer ^ V Enlèvement des Satines et la Prise de Jérusalem par le Poussin*; ce dernier tableau composé dans l'origine pour le cardinal Barberini.
« Ce cabinet, dit encore l'abbé de Marolles, soufïre peu de comparaison pour la magnificence des cristaux,, des lapis, des agattes, des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aiguës marines, des ametystes, des escarboucles^ des topazes, des grenats, des saphirs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y sont mises en œuvre dans l'argent et dans for, pour y former des vases, des statues, des obélisques, des
' Mémoires, III, 21 5.
* FéuBiEN, II, 321-22, 327.
escrins, des miroirs^ des globes, des coffins, des chandeliers suspendus et autres choses semblables. De sorte que Ton pourroit dire en quelque façon qu'il ne s'en perdit pas tant au sac de Mantoue qu'il s'en trouve en ces lieux-là, tant la magnificence y éclate ' . »
A cette énumération de richesses qui rappellent les collections opulentes de nos grands amateurs, il faut ajouter des tapisseries remarquables, entre autres ï Histoire de Lucrèce, chef-d'œuvre de la fabrique d'Arras^ des beaux tapis de soie et d'or, présents de la reine de Pologne, un Bacchus et un Faune antiques, un Moïse en bronze d'après celui de Michel-Ange, et les deux bustes du cardinal dont nous avons déjà parlé, celui du cavalier Bernin et celui de Jean Varin. Un exemplaire de ce dernier fut légué par la duchesse à la bibliothèque de la Sor bonne'.
Après la mort du cardinal, la duchesse avait accepté la tutelle difficile de ses neveux; en i652, elle leur remit l'administration de leur fortune. Libre désormais de vivre à sa guise, elle se retira du monde pour se consacrer entièrement aux bonnes œuvres, sous la direction de Tabbé Vincent, celui qui devait être un jour saint Vincent de Paul.
I De Marolles, ibid,
* Donnée par la duchesse d'Aiguillon à la duchesse de Chevrense.
* G. BaicE, II, 174.
Dans ses dernières années, « détachée de toutes choses et de la vie même, dit Fléchier ^ elle n'était plus occupée qu'à se disposer à bien mourir ». Elle avait vendu une partie de ses objets les plus précieux, pour en donner le produit aux pauvres. « Tous les salons de Thôtel étaient démeublés, et, peu à peu, les objets d'art et de curiosité qui les encombraient avaient fait place à de grandes tables vertes entourées de chaises qui en faisaient alternativement des ateliers de charité, des salles d'exposition ou çles laboratoires de pharmacie. Les meubles magnifiques que Richelieu s'était plu à réunir au Petit-Luxembourg autour de sa nièce, gisaient pêle-mêle dans la poussière d'un garde-meuble. On retrouvait là le dais ducal en velours bleu brodé d'or, et les drapeaux de satin blanc fleurdelisés d'or, qui avaient abrité le grand ministre. Des housses de lits, en velours rouge brodé d'or-, des coffres de cuir doré; des paravents et des cabinets en laque de Chine; des plafonds de carrosse en velours brodé d'or et ornés de plumets d'autruche; des lits à colonnes d'ébène, garnis de rideaux de brocatelle, avec des , matelas de satin rouge; des rideaux de toile d'argent et de gaze brodée d'or; tout un monde de carreaux de damas, de coussins de velours frangés
1 Oraison fanëbrede la duchesse d'Aiguillon, 1G73.
d'or, et de sachels de point d'Espagne doublés de moire éclatante. Enrin, tous les brillants costumes d'un ballet, tristes épaves, débris oubliés de quelque fête royale, souvenirs effacés d'une grandeur qui ne devait plus renaître'. »
La.duchesse mourut le 17 août 1675, à l'âge de soixante et onze ans; Fléchier prononça son oraison funèbre. Elle fut enterrée, suivant son désir, à l'église des Carmélites de la rue d'Enfer.
RICHELIEU (armand-jean de wignerod du plessis,
DUC de)
Pair de France, général des galères, lieutenant général pour le Roi es mers et armées du Levant, substitué par testament au nom et aux armes de Richelieu, le nouveau duc, était petit-neveu du cardinal par son père le marquis de Pontcourlay, lequel était fils de Françoise de Richelieu et frère de la duchesse d'Aiguillon. Il se maria de bonne heure, à vingt ans"; en i652, sa tante ayant rendu ses comptes de tutelle, il se trouva maître de l'héritage du cardinal; il avait vingt-trois ans.
Un de ses premiers soins fut de terminer les travaux inachevés du château et des jardins.
Quelques remaniements furent effectués à Tintérieur : Tappartement des dames d'honneur reçut
* En 1649, il épousa Anne Poussart, veuve de Pons, morte en 1684; elle fut première dame d'honneur de la Reine, puis de la Dauphine.
LES COLLECTIONS DES RICHELIEU. 5i
une décoration élégante imaginée par la duchesse, et formée d'une alcôve revêtue de glaces avec des peintures allégoriques \ Une « bibliothèque très propre et composée seulement de livres rares et des meilleures impressions^ tous reliez en veau noir avec des filets d'or », fut logée dans Taile droite, au-dessus de la chambre de Moïse*. A la bibliothèque était jointe une imprimerie ; Desmarets de Saint-Sorlin, intendant de la maison et affaires du duc de Richelieu, s'en servit pour publier plusieurs de ses ouvrages. Les Morales d'Épic tète portent la mention : Au chasteau de Richelieu, de l'imprimerie d* Es tienne Migon, i653s la Vie spirituelle, le Traité des perfections de Dieu, les Maximes chrestiennes , sont imprimés avec les mêmes caractères que les Morales, ^n^m les Psaumes de la pénitence, d'un caractère plus petit, paraissent appartenir au même imprimeur '. Je ne saurais dire combien de temps fonctionna rimprimerie du château, mais en i656 le duc fit imprimer à Paris l'édition de la Bible dite ^ible de Richelieu, Biblia latina jussu ducis de Richelieu édita, Parisiis, Seb. Martin*; et les mêmes
• ViGNIER, p. 79.
" ViGNiER, p. 143. — Avis au lecteur en tête du recueil de Marot.
' Brunet, au mot Desmarets.
* Trois tomes en i vol., très-petit in-S'». On prétendait que ces caractères étaient d*argent ; Brunet dit qu'il n'y a rien de fondé dans cette légende.
caractères servirent à l'impression des nouveaux opuscules de Desmarets.
En i660j le château était achevé, Jean Marot fut chargé d'en faire les dessins ^ et quand Louis XIV, revenant de Sainl-Jean-de-Luz avec rinfante d'Espagne qu'il venait d'épouser, passa par Richelieu, le duc et la duchesse purent enfin lui faire les honneurs de leur belle résidence et la montrer dans toute sa gloire.
A Paris, Thôtel que le cardinal destinait à ses successeurs était à peine commencé*; on n'avait achevé que le corps de logis consacré à la bibliothèque. Le jeune duc fut donc obligé de chercher sa résidence ailleurs et s'installa place Royale, dans l'ancien hôtel occupé jadis par son grandoncle. La maison était une des plus belles de la place; elle donnait sur un vaste jardin. Le nouveau propriétaire avait d'ailleurs sous la main tout ce qu'il fallait pour la garnir : par son testament, le cardinal lui laissait « la tapisserie de l'histoire de Lucrèce achetée de M. le duc de Choiseul, ensemble toutes les figures, statues, bustes, ta-
1 Le magnifique chasteau de Richelieu , en général et en particulier.., gravé et réduit au petit pied par Jean Marot , aussi architecte et graveur de Sa Majesté. Dédié à Monseigneur le duc de Richelieu,
* PiGANioL, 17O5, II, 340, et Topographie du Cabinet des estampes. Le duc de Richelieu avait acheté en i633 de la duchesse de Rendan la maison de Conflans; Louis Testelin fut chargé de décorer le cabinet. (Mém, inéd., I, 223.) En 1672, Richelieu vendit cette terre à François de Harlay, archevêque de Paris.
bleaux, cristaux, cabinets, tables et autres meubles qui sont à présent dans les sept chambres de la Conciergerie du Palais-Cardinal et dans la petite galerie qui en dépend » . Le duc fit porter toutes ces belles choses à la place Royale, et, comme il était grand amateur de peinture, il s'occupa tout d'abord de monter une galerie.
Sa première passion fut pour le Poussin; Félibien raconte que le vieux maître acheva pour le duc, en 1664, ses quatre derniers tableaux, les Saisons. En même temps Richelieu achetait à la succession Reynon ' les Aveugles de Jéricho j aux héritiers du banquier Poîntel ' Élié{er et Rébecca, et le Moïse sauvé des eaux^-j il obtenait de Jabach* le célèbre Ravissement de saint Paul que le Poussin avait peint pour Scarron en 1649, et donnait trois mille livres* pour avoir les Philistins frappés de la peste, vendus dans l'origine soixante écus. On voit que le noble amateur choisissait en homme de goût et payait en grand seigneur. D'autres acquisitions, faites parmi les
'Reynon, fabricant de soieries à Lyon, grand amateur de tableaux.
* Pointel, banquier et amateur à Paris, ami particulier du Poussin.
' Galette des Beaux-Arts, XXI II, 276, Journal du cavalier Bet^in.
* Les Amateurs d'autrefois f parle comte Clément de Ris, et \es Collectionneurs de V ancienne France. Paris, 1873.
* FÉLIBIEN, II, 324. Les plus beaux Poussin se payaient, de son vivant, 200 pistoles, environ 2,000 livres. Le Surintendant Foucquet. Paris, Rouam, 1881, p. 40, note i.
maîtres de Técole italienne^ vinrent s'ajouter à l'ancien fonds réuni par le cardinal; — de ce nombre était le Petit Pont du Carrache, provenant du cabinet de Brienne ^; — si bien que la collection de la place Royale passait pour une des plus belles de son temps.
Malheureusement, si le duc aimait la peinture, il n'aimait pas moins la paume et y jouait gros jeu*. Or un jour que le Roi lui tenait tète, il s'avisa de risquer tous ses tableaux sur une partie, et perdit le coup. Louis XIV, qui ne voulait pas apparemment bénéficier d'une perte au jeu, chargea Le Brun d'estimer la galerie, et le peintre courtisan fixa le chiffre à 1 5o,ooo livres, « bien qu'elle valût le double », dit Brienne*. Colbert reçut Tordre d'indemniser le duc, et les tableaux quittèrent la place Royale pour entrer dans le cabinet du Roi * .
Mais le duc n'était pas homme à se décourager; ni la passion, ni la fortune ne lui faisaient défaut; il se remit à collectionner de plus belle.
^Catal. de Brienne. Paris, Aubry, 1873, p. 22.
* ViGNiER rapporte, p. 5, que le duc fit disposer, en i665, à l'entrée du château,un jeudecourte-paume, aundesplusbeaux du royaume». Il y en avait déjà deux.
' CataL Brienne, p. 9, note, et Mémoires de Brienne, II, 26.
' Florent le Comte, IIl, 36, fait sans doute allusion à la partie jouée et perdue quand il dit, parlant du Ravissement de saint Paul, que « le duc tout d'un coup le jugea digne d'être placé dans le cabinet de Sa Majesté. »
Dans ce temps-là, le monde des arts était en émois la guerre venait d'éclater entre les rubénistes et les poussinistes. ce Les écoles de peinture retentissoient de ces fameuses disputes dans lesquelles les uns cherchoient à détruire les charmes du coloris en faveur du dessein, et les autres, passionnez pour le coloris, marquoient tant de
mépris pour les solides beautez du dessein
Dans cette guerre pittoresque, les uns arboroient l'étendard de Rubens, les autres celui du Poussin; et, tandis que les partisans de Rubens accabloientle Poussin d'injures, les adorateurs du Poussin traitoient Rubens avec indignité ' . » Nous ne comprenons plus guère ces luttes ardentes qui rappellent les beaux jours du romantisme s eh ! qui songerait à prendre feu pour Rubens ou pour le Poussin? Les convictions chaudes et la foi batailleuse ont disparu; on préfère les demiteintes, les opinions crépusculaires : l'opportunisme règne dans les arts comme dans le reste. Jadis on y mettait plus de chaleur et moins d'hypocrisie; chacun prenait parti pour ou contre et se jetait résolument dans la mêlée ; artistes, amateurs et critiques bataillaiejit à qui mieux mieux à
* Antoine Coypel, Discours prononcé dans les conférences de V Académie royale. Paris, 1721. Voir la curieuse étude de M. le marquis DE Chennevières : Peintres provinciaux, III, 21 3, les Poussinistes et les Rubénistes.
coups de livres, de satires et de pamphlets. Roger de Piles \ le chef des rubénistcs, mène la campagne avec de La Fosse* et Dufresnoy', contre Félibien*, Le Brun* et leurs amis qui guerroient pour le Poussin; derrière eux marche la troupe des amateurs partagée en deux camps et dévouée à ses chefs. Une lettre anonyme, répandue dans le public, ayant déclaré que a si Raphaël avait connu Rubens,
n eût avec le temps acquis quelque mérite >,
aussitôt un amateur parisien, Gamard®, riposte en accusant Rubens « d'avoir le goust flamand et de tenir peu de Tantique » . Sur quoi les partisans de Rubens prennent la plume : le Banquet des curieux'' met en scène, sous des noms imaginaires, Tétat-major du camp ennemi. Voici d'abord Gamard-Pantolme^ un ignorant ridicule^ bon à mettre aux Petites-Maisons,
Qui courut l'Italie Pour en écumer les tableaux ; Mais il n*y laissa que les beaux Pour nous en rapporter la lie.
* Peintre et critique, 1 63 5- 1709.
' Peintre, 1640-1716. Ch. de la Fosse travailla pour le duc de Richelieu. Mémoires inéd., II, 5.
' Peintre et poète, i6x i-i665.
* Hubert Gamard, sieur de Crezé, lieutenant des chasses du Louvre, rue Taranne.
'' Sans lieu ni date. Rev, univ., IV, 47, avec la clef des noms.
DES RICHELIEU. Sy
Voici Chantelou-Po/emo/z et Censicr-Lysidor " ^ les fidèles du Poussin; le Drewi-Lystmante^^ qui
Choisit entre mille tableaux Aussitôt les laids qfue les beaux;
Stéila-Lyrot et ses soeurs ^ qui tremblent <c pour leurs pauvres poussins »; Passart*^ maître des comptes, ce sçavant comme le premier jour »; Tabbé EizouLubin \
Curieux sans raisonnement
Qui prend sans choix et sans mesure.
La veuve Lescot-Jrèwe % une des plus célèbres curieuses de son temps, d'abord hésitante entre les deux camps, paraît enfin se décider pour Rubens.
Quant au Poussin lui-même, on lui dit son fait :
Il sçavoit manier la règle et le compas, Parloit de la lumière et ne Tentcndoit pas;
* Sur Chantelou, voir les Frères Fréart de Chantelou, par H. Chardon, le Mans, 1867. Cerisier, négociant lyonnais, établi à Paris près Saint-Merri.
* Dreux ou le Dreux, conseiller au Parlement de Paris.
' Antoine Bouzonnet Stella, 1637-1682; ses soeurs Claudine, Françoise et Antoinette. Voir Tétude de M. J. J. Guiffrey, Nouv, Arch, de l'art français, 1877, ^^ G. Brice, I, 34.
* Quai de la Mégisserie, tableaux du Poussin et de Claude Lorrain.
* Pierre Bizot, chanoine de Saint-Sauveur-d'Hérisson : « Vix uUum esse in orbearbîtror», dit Charles Patin, « qui omnis generis cimeliorum notitia eum superet. »
* Veuve de François Lescot, orfévre-joaillier de Mazarin. c< Madame Lcscot, sur lequay des Orfèvres : tableaux anciens et modernes, médailles des impératrices, etc. » (Jacob Spon.)
Il étoit de Tantique un assez bon copiste , Mais sans invention, et mauvais coloriste.
Le Banquet des curieux ne pouvait manquer de provoquer la Response au Banquet des curieux \ dont Fauteur, sous le pseudonyme de Fabbé Faydit , malmène assez durement Rubens et les siens; quant à Ly caste, Fauteur du Banquet, Fabbé l'apostrophe de la belle façon :
Huissier du cabinet des merveilles flamandes, Instruis les curieux et pre'viens les demandes... Fais remarquer k l'œil avec une baguette La bonté des tableaux parce qu'on les achette... Et partage le gain du bonhomme Picart'.
Un autre poussiniste arrive à la rescousse avec un nouveau factum intitulé : le Songe d'Ariste^, attaque violente contre Ly caste, qui pourrait bien être Roger de Piles lui-même. Mais de Piles avait bec et ongles pour répondre, et la bataille n'était pas près de finir.
Quelle était cependant Fattitude de Richelieu en présence des deux partis? Nous l'avons laissé dans les bras du Poussin; quelle influence le jeta tout à coup dans le camp ennemi? Saint-Simon Fappelle un homme à boutades; faut-il voir dans ce revirement subit le caprice d'un amateur blasé?
1 Imprimé à la suite du Banquet des curieux.
' Marchand de tableaux établi, je crois, au pont Neuf. ' ln-8'* de 3o pages, date de 1678, s ms indication de lieu d*impn> meur ou de libraire. Rev. univ,, IV, 232.
DES RICHELIEU. 3o
Fut-il entraîné par Texemple de son ami le duc de Liancourt^ admirateur enthousiaste de Rubens \ ou par de Piles lui-même, qui lui dédia sa Dissertation sur les ouvrages des plus fameux peintres? Je ne saurais le dire, mais la conversion était faite, et le duc se mit en campagne sans désemparer.
Le moment était bien choisi : les Flandres, ruinées par une guerre onéreuse, jetaient sur le marché le meilleur de leurs collections. Richelieu sut profiter habilement de Toccasion, et son choix fut superbe*, a Touché d'un goust et d'une affection particulière pour les tableaux de Rubens, dit Félibien*, le duc a fait une recherche et une dépense digne d'une personne de sa qualité, pour avoir de ce peintre ceux qu'on estimoit le plus dans les Païs Bas : de sorte que, quand vous voudrez voir ce que Rubens a fait de plus considérable, vous pourrez, sans sortir de Paris, vous donner cette satisfaction en visitant la galerie du
* a Vous saviez, il y a longtemps qu'il n'y avoit que Rubens qui put remplir cette idée que vous avez conceue (de la peinture)... monsieur le duc de Liancourt, vostre illustre ami, grand connoisseur, vous avoit confirmé dans cette vérité. » Dissertation, etc., dédicace au duc de Richelieu.
* a Vous avez seu profiter des rapides conquestes de notre invincible monarque, et la Flandre et les autres provinces ont laissé partir ce qu'elles ont craint de ne pouvoir conserver dans les désordres d'une guerre qu'elles avoient à soutenir contre un ennemi si redoutable. » Jd., ibid.
*II, 2i5, et Florent le Comte, II, 290.
6o LES COLLECTIONS
Luxembourg, le Cabinet de Sa Majesté^ et celuy de rhostel de Richelieu. »
De Piles a fait imprimer deux descriptions de cette collection. La première et la plus ancienne^ — un petit in- 12 sans lieu ni date^ — porte le titre suivant : le Cabinet de Monseigneur le duc de Richelieu. L'exemplaire de la Bibliothèque nationale, le seul que je connaisse, contient le catalogue des douze tableaux suivants, tous de la main de Rubens : Neptune, la Chasse aux lions \ la Pénitence de la Madeleine, la Décollation de saint Jean-Baptiste, le Massacre des innocents, le Saint George, la Vue de Cadix, le Bain de Diane ^, le Satyre, Suzanne et les deux vieillards, la Continence de Scipion, la Rêveuse. A la suite se trouve une apologie de Rubens et la comparaison de sa manière avec celle des Italiens.
A cette liste il faut joindre David et Abigaïl, que le duc donna plus tard à Roger de Piles '^ et la Vue de Matines, qui, d'après Mariette, faisait partie de la collection*.
Le livret était à peine imprimé que des remaniements furent effectués dans la galerie : le Neptune, la Décollation, le Massacre des inno-
* Peut-être celle du château de Richelieu.
' De l'ancienne collection du cardinal.
' Mariette, Abecedario, au mot Rubens,
* Id.
cents, le Satyre et la Continence de Scipion disparurent, remplacés par deux toiles exceptionnelles, la Chute des réprouvés et le Silène, bacchanale à plusieurs personnages. On détruisit le premier catalogue, ce qui explique sa rareté, et de Piles fit imprimer une seconde description définitive sous ce titre : Dissertation sur les ouvrages des plus fameux peintres y dédiée à Monseigneur le duc de Richelieu, Paris, 1 68 1. A la fin de la dédicace, on lit ces mots : « 11 me reste. Monseigneur, à vous supplier de trouver bon que je mette à la teste de la description de vostre cabinet, celle que vous avez bien voulu faire de ce terrible tableau des Reprouvez, ce chéd'œuvre de l'art. » En eflfet, la description ducale accompagne celle du critique. Ce morceau de style descriptif et banal paraît avoir fait une certaine sensation dans le public; Germain Brice en parle' et arrive à cette conclusion imprévue, et qu'un homme de qualité a moins de peine et réussit bien plus aisément qu'un autre à s'expliquer noblement et à se faire entendre, quand il veut en prendre la peine ».
Nous n'avons encore parlé que de Rubens, mais il ne faut pas se figurer qu'il fût seul dans la galerie; le duc avait fait un choix parmi les grands coloristes de toutes les écoles pour tenir compa-
» Ed. 1698.1,331.
gnîe à celui qu'il considérait comme leur chef de file; en outre, il possédait « dix des plus beaux tableaux » du Petit -Luxembourg et la Sainte Vierge avec Jésus et saint Jean, légués par sa tante madame d'Aiguillon ( 1 675 ) . De Piles annonce le projet de compléter bientôt sa Dissertation et de décrire la collection tout entière : a Quoy qu'il y ait, dit-il, dans ce cabinet des tableaux de quelques-uns des grands maistres que j'ay nommez, on a seulement fait la description de ceux de Rubens qui en font la plus grande partie, et Ton remet à faire celle des autres, que quelques tableaux rares que Ton attend soient arrivés' ».
En recueillant les œuvres choisies de ses maîtres de prédilection, le duc avait formé le projet de les envoyer au château de Richelieu; il voulait, s'il faut en croire de Piles, « renouveler par la comparaison qu'on en feroit avec les chéd' œuvres de la sculpture, la fameuse dispute autrefois esmeiie entre ces deux arts lorsqu'ils fleurissoient dans la Grèce ». Un musée de peinture et de sculpture comparées, au dix-septième siècle!
Voilà une surprise à laquelle on ne s'attendait guère deux siècles avant l'ouverture du Trocadéro. Par malheur, le projet n'eut pas de suite, et les Rubens restèrent à l'hôtel de la place Royale.
* Dédicace de la Dissertation.
DES RICHELIEU. f>3
Le duc occupait encore cet hôtel en 1692; il figure à cette date dans le Lipre commode des adresses de Paris ^ parmi les « fameux curieux des ouvrages magnifiques ' ». En 1698, il continue à demeurer place Royale, et Germain Brice , qui se mêle de donner son opinion sur la querelle à la mode, après avoir énuméré les principaux tableaux de la galerie , ajoute que a Rubens n'a pas des mieux entendu le dessin, mais qu'il a possédé toutes les autres parties de la peinture* ».
En 1702, le duc, déjà veuf de sa première femme, Anne Poussart, et de la seconde, Anne- Marguerite d' Acigné *, mère du futur maréchal de Richelieu, épousa en troisième noces la veuve du marquis de Noailles*; il avait alors soixantetreize ans. La marquise, qui avait une fille unique, a étoit fort riche et vouloit un tabouret. M. de Richelieu, qui Tétoit fort aussi, mais qui, avec des biens substitués et une conduite fort désordonnée, en étoit toujours aux expédiens, lui donna le sien pour se mettre à flot, et n'avoit aussi qu'un fils unique*. En s'épousant, ils arrêtèrent le mariage de leurs enfants , dont ils passèrent et signèrent le contrat, en attendant qu'ils fussent en âge
' Éd. FOURNIER, p. 217.
' G. Brice, 1698, I, 33 1.
* Née i653, mariée 1684, morte 1698.
' Marguerite-Thérèse Rouillé.
^ Le futur maréchal de Richelieu.
de se marier. Le vieux couple avoit de l'esprit, mais l'humeur de part et d'autre peu concordante, ce qui donna des scènes au monde '. »
A l'occasion de ce troisième mariage, le duc
quitta la place Royale avec armes et bagages pour
habiter un superbe hôtel que la marquise venait
j<'J^:^>^ de faire bâtir à l'extrémité de la rue de T Université:
> j : j^ oc les curieux pourront y voir des tableaux du
c' ^ ' > fameux Rubens et de quelques autres grands maî-
très, avec des raretez de prix et des meubles très . riches, qui sont du goût et du choix du duc de Richelieu son époux* ».
En 171 1, le ménage était déjà brouillé. La duchesse, « épouze séparée de biens », fut même obligée de se faire autoriser par justice, « au refus de Mgr Armand- Jean du Plessis, duc de Richelieu », pour répondre à une demande d'Antoine Benoist, le fameux peintre en cire, qui lui réclamait une somme de 210 livres, restant due sur le prix du portrait de sa deuxième fille, « deflfunte mademoiselle de Noailles au mois de juillet 1703' ».
Trois ans plus tard, l'habitation commune était devenue intolérable; le «vieux duc prit le parti
1 Saint Simon, éd. 1829, III, 290.
" G. Brice, 171 3, III, 164. PiGANioL, VIII, 171. L'hôtel de la marquise de Noailles fut bâti en 1699- 1700.
• Sur Antoine Benoist, notice de MM. de Montaiglon et J. J. Guif- FaEY, dans les Archives de l'art français, 1872, p. 3oi.
de quitter la rue de l'Université, pour rentrer seul à la place Royale; mais il avait loué son hôtel « à l'archevêque de Reims, qui, feute de savoir où se mettre, vouloit soutenir son bail ». Heureusement l'affaire put s'arranger : a Cavoye et sa femme, amis de tout temps de M. de Richelieu, et qui ne venoient presque jamais à Paris, prêtèrent leur maison à l'archevêque jusqu'à ce qu'il en eût trouvé une à louer, et se mirent à prendre soin de M. de Richelieu, qui avoit quatre-vingt-six ans, et qui en sa vie n' avoit su prendre soin de luimême'. »
11 mourut l'année suivante, en lyiS.
' Saint-Sihon, XI, 106. On trouvera dans les volumes I, 174, et X, 4(19 (éd. 182g], deux anecdotes piquantes sur les habitudes privées du duc de Richelieu.
RICHELIEU (marie-charlotte de la porte mazarini,
MARQUISE de)
Née en 1 665, elle était fille du duc de Mazarin et d'Hortense Mancini. Le marquis de Richelieu^ neveu du précédent '^ l'enleva en 1682 du couvent de Sainte-Marie de Chaillot et l'épousa à Londres. (( Elle s'est rendue fameuse^ dit Saint-Simon^ par les désordres et les courses de sa vie errante , belle comme le jour. » Elle figure parmi les Dames curieuses du Livre commode et demeurait alors quai d'Anjou^ île Notre-Dame, à l'ancien hôtel de Lauzun, qui devint Thôtel des Pimodan et se nomme aujourd'hui l'hôtel de M. le baron Pichon. Je n'en sais pas davantage sur la marquise, son logement et ses curiosités*.
' Il était fils d'Amador-Jean-Baptiste, marquis de Richelieu, frère du précédent, et de Jeanne-Baptiste de Beauvais, fille de la Beauvais.
■ Livre commode, éd. Fournier, p. 234. Le Cabinet des estampes possède plusieurs portraits sous le nom de marquis: de Richelieu, mais tous de fantaisie.
RICHELIEU (lOUIS-FRANÇOIS- ARMAND DE WIGNEROD DU PLESSIS,
DUC de)
Pair et premier maréchal de France^ connétable, premier gentilhomme de la chambre, lieutenant général de la haute et basse Guienne, noble génois, Tun des quarante de l'Académie fran-
çaise '
Fils du précédent et de sa seconde femme Marguerite d'Acigné, le futur maréchal de Richelieu recueillit de son père une succession tellement obérée, qu'il prit le parti d'y renoncer pour s'en tenir à une substitution qui lui laissait encore les duchés de Richelieu, de Fronsac et quelques seigneuries. Le reste, terres, maisons, peintures, objets d'art, fut partagé entre les créanciers, et le duc désintéressa de ses propres deniers ceux qui n'étaient pas remboursés. Quanta recommencer les collections paternelles, il n'y songeait guère;
I Intitulé du Catalogue des curiosités du maréchal, 1788.
les duels et les femmes^ les ambassades et les campagnes ne lui laissaient pas de loisirs.
En 1749^ devenu maréchal de France, Richelieu voulut se fixer à Paris, où il n'avait logé jusque-là qu'en passant. Pour commencer, il acheta rue Neuve -Saint- Augustin Thôtel du duc d'Antin, directeur des bâtiments. La maison, bâtie en 1707 pour le financier La Cour des Chiens' qui sy était ruiné, appartenait en 171 2 au comte de Toulouse, qui la revendit Tannée suivante au duc d'Antin. Piganiol et Hurtaut disent que Richelieu en fit l'acquisition en 1757 s c'est une erreur, l'hôtel lui appartenait déjà en 1749*. Chevotet, a architecte en réputation* », reçut Tordre de le transformer à la nouvelle mode : au rez-dechaussée, trophées, chutes de fleurs, guirlandes, etc., le tout doré d'or de plusieurs couleurs; dans Tescalier, décoration élégante peinte parBrunetti* pour Tarchitecture et par Eisen** pour les personnages. Aux salons du premier étage, « panneaux de vieux laque avec des peintures chinoises, dont
> François Maurîcet de La Cour, connu sous le nom de La Cour des Chiens. Son hôtel, construit par Pierre Levé, lui avait coûté plus de 200,000 écus. Piganiol, 1765,111, i3o.
" Papiers de Bachaumont, lettre du 23 septembre 1749; voir ciaprès.
* Chevotet (Jean-Michel), membre de l'Académie d'architecture en 1732, mort en 1772.
^ Les Brunetti, père et fils, rc peintres décorateurs à la fresque ».
DES RICHELIEU. hg
les formes^ toutes variées et ornées de glaces, offrent un coup d'oeil tout à fait séduisant* ». Enfin le jardin fut complètement remanié. Bachaumont écrit au maréchal, à la date du 23 septembre 1749 : « Tout y est d'un goût exquis et de la plus grande propreté. Je connoissois votre petite maison avant qu'elle vous appartînt; mais je ne l'ai pas reconnue tant vous l'avez embellie, ainsi que le jardin; c'est de vous. Monseigneur, qu'on peut dire en vérité : Quidquid calcaveriSy rosafiet. J'avois mené avec moi M. de Mayran, homme de goût et bon connoisseur, et le sieur Falconet, un de nos meilleurs sculpteurs. Nous ne pouvions nous lasser d'admirer vos belles statues et surtout celles de Miquelange {sic)y qui sont de la plus sublime beauté. »
En effet, le maréchal avait eu l'idée, pour compléter la décoration du jardin, de faire venir de son château de Richelieu les deux Captifs, un Bacchus et huit autres figures antiques. Piganiol de la Force* nous apprend de quelle façon singulière on les avait placés dans le jardin : « Le fond du parterre est ingénieusement terminé par un grand bassin au delà duquel sont, des deux côtés, de hautes palissades de treillage isolées et ouvertes
" HuRTAUT, Piganiol, etc.
' Éd. 1765, UI, 134. — Voyage pittoresque, 1765, p. 162.
en arcades, dont le vuide est rempli par huit statues antiques assez médiocres, et la plupart peu décentes. Entre les ceintres de ces arcades sont placés des vases de fleurs aussi de treillage. Dans la partie du milieu qui fait le fonds de ce parterre, sont trois grandes niches en treillage, élevées sur différents plans et couvertes en baldaquins, avec plafonds en coupoles et campanes. Dans ces trois niches sont placées trois statues qui sont d'une grande perfection. Celle du milieu est un Bacchus dont la suavité des contours ne laisse point douter de son antiquité. Les deux autres que Ton assure être de la main de Michel-Ange, faites pour le tombeau de Jules II, sont fort supérieures à celle
de Bacchus qui est froid et sans expression
Derrière le fond de ce parterre, on a planté des bosquets où seront placées de belles statues. »
A l'extrémité du jardin donnant sur le rempart, Chevotet construisit plus tard un magnifique^alon ouvert par trois grandes portes cintrées, orné à rintérieur « d'une belle menuiserie sculptée et d'un grand nombre de glaces, avec quatre tableaux d'architecture par Machy' ». Le pavillon seul coûtait, dit-on, cent mille écus; on le baptisa
' Élève de Servandoni, membre de PAcadémie en 1758. Vers 1780, le jardinet la cour d'entrée de Thôtel furent encore modifiés par Louis. V. page 98.
Captif, par Michel-Ange. (MusiJc du Louvre.)
du nom de Pavillon de Hanovre^ qui lui est resté .
Et le château de Richelieu? J'imagine que le maréchal y séjournait le moins possible. En 1740, à la mort de sa seconde femme, mademoiselle de Guise, qu'il avait aimée, — par exception, — il se retira en Poitou et passa, dit-on, un mois à la pleurer; c'était beaucoup pour lui*. A vrai dire, ce grand palais sévère et majestueux n'était pas fait à sa taille et devait lui sembler mortellement ennuyeux; il lui fallait des escaliers dérobés, des boudoirs et des petites maisons. 11 se mit donc en quête d'un pied-à-terre dans la banlieue de Paris. Précisément le Roi venait de lui donner la capitainerie des chasses de la plaine de Gennevilliers. Il y avait une maisonnette, juste de quoi faire un rendez-vous galant ; Richelieu l'achète, il appelle Servandoni pour faire le strict nécessaire : le bâtiment est repris à neuf, on fait venir du Poitou les meubles, les vases, les bustes et les tentures, — il faut bien que le vieux château serve à quelque chose. — On plante un jardin délicieux, on construit une glacière à Tabri des inondations; <c cela forme un monticule en pain de sucre, planté de bois taillis, du sommet duquel s'élève
1 Dans un des appartements, il avait fait placer son propre portrait, ayant à ses côtés un << valet de chambre qui le pomponne et Tadmire ». Tiiibaudeau, Append., p. i3o.
un salon superbement orné et galamment meubléj en forme de temple rond. Il est couronné par un dôme surmonté d'une statue dorée^ représentant Mercure, environné d'une colonnade de douze colonnes, qui portent chacune une statue d'une des divinités du paganisme, et qui forment une galerie couverte'. y> Le Mercure* et les douze dieux venaient-ils du château avec les meubles, le Bacchus, les Captifs et le reste? Cela paraît bien probable. Gennevilliers avait coûté cent mille écus. Le maréchal y reçut plusieurs fois Louis XV. Un beau jour, il ne voulut plus y retourner et vendit le tout, maison, jardin, glacière et statues, au duc de Choiseul.
En 1758, la carrière politique et militaire du maréchal était finie, son hôtel achevé, sa fortune refaite; \q petit père la Maraude, comme l'appelaient ses soldats, rentrait à Paris chargé, disaiton, des dépouilles de la Saxe et du Hanovre. Il fut pris, comme tous ses contemporains, du goût à la mode, et voulut à son tour se mêler de curiosité.
La seconde moitié du dix -huitième siècle marque le déclin de la curiosité française. Adieu les nobles galeries d'autrefois, les belles antiques.