HURTAUT, III
* A Richelieu, il y avait un ce Mercure de bronze dans la £ace du dôme qui regarde Taile gauche des anti-cours ». Vignier, p. 9.
les peintures fameuses^ les chefs-d'œuvre consacrés de la Grèce et de Rome^ de Tltalie et de la France! Les grandes collections ont fait leur tempSj le règne de la petite curiosité commence. Nos amateurs se jettent à corps perdu sur les meubles et la porcelaine, le chine et le sèvres, les tabatières et les bonbonnières. On couvre d'or le moindre petit Flamand, on vend Titien et Véronèse pour acheter les soupières et les bouteilles, les pendules de goût, les pagodes singulières et plaisantes , Cependant l'Angleterre, l'Allemagne et la Russie viennent en foule s'approvisionner sur nos marchés et nous enlever nos plus belles reliques, l'honneur de nos vieilles collections, a Presque tous nos cabinets, dit un contemporain qui voyait de près *, ne sont remplis que de ces petits tableaux flamands ethoUandois. Déjà nos pertes trop fréquentes nous ont suffisamment avertis que les étrangers s'étoient prodigieusement enrichis à nos dépens, et que, si nous n'y prenions garde, ils achèveroient bientôt de nous dépouiller, t)
Richelieu n'était pas homme à réagir contre la décadence de l'admiration, c'est le mot de Montesquieu; il marchait avec son siècle et poussait à
> RÉMY, Catalogue de Tallard. — Collectionneurs de l'ancienne France, chap. xi. Paris, Aubry, 1873. — Abecedario de Mariette, vol. I, p. 28.
la roue^ sans souci du lendemain. Dès Tannée 1749^ on le rencontre chez Lazare Duvaux^ le fournisseur à la mode^ achetant les magots d'ancien blanc et les pots pourris de Saxe. A BordeauXj où il réside une partie de Tannée comme lieutenant général de Guienne et Gascogne, son hôtel est encombré de porcelaines qui font le désespoir du maréchal de Mouchy, chargé de le remplacer '. Mais c'est à Paris qu'il faut étudier Tamateur, au milieu des livres et des curiosités de son cabinet. La collection des porcelaines est au complet; on y trouve tous les échantillons, depuis la jatte et le cornet jusqu'au magot d'un caractère riant, et toutes les variétés, la première sorte coloriée, V ancien japon de couleur, le truite fin, le bleu céleste d'ancien la Chine (sic) ', le céladon, V ancien blanc, ï ancien bleu et blanc, les pagodes et les terres des Indes. Puis viennent les laques, les terres d'Angleterre, les porcelaines de Saxe montées et de service, le chantilly, le sèvres, et, pour terminer, la série obligée des boîtes précieuses en cailloux, montées en or. A côté de ces bagatelles de la curiosité, on est tout surpris
' Livre-Journal de Lazare Duvaux. Paris, 1873.
' Vie privée du maréchal de Richelieu, lettre du maréchal de Mouchy, III, 439.
' On disait le la Chine et le lachinage : « M. Dorigny, rue Quincampoix, M. Laitier et mademoiselle Brun, à la porte de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de porcelaines et de lachinage. » Livre commode, I, p. 23(j. Ce mot s'appliquait surtout aux laques.
de rencontrer une belle suite de deux cent quarante portraits^ « depuis le quatorzième siècle^ peints par Jean Clouet dit Janet^ Lucas de Leyde^ du Cayer^ Boyssard, Beaubrun et autres' »; — plus de six cents miniatures historiques; — quelques manuscrits; — des livres sur l'histoire de France à l'époque des guerres de religion; — enfin un recueil relatif aux événements de 171 5 à 1736^ contenant des estampes sur les modes^ les usages, les manufactures, et des échantillons d'étoffes d'or, d'argent, de velours, de soie et de toile, fabriqués pendant cette période. Le maréchal est là tout entier avec son amour du joli, du brillant, avec ses défauts, ses qualités et ses contrastes. C'est toujours l'homme qui loge les ébauches formidables de Michel- Ange dans une façon de boudoir en treillage, enjolivé de dentelles en bois découpé.
Richelieu s'était marié trois fois, comme son père. Sa première femme, mademoiselle de Noailles, mourut en 171 6; il perdit la seconde, Elisabeth-Sophie de Lorraine, fille du prince de Guise, en 1740. En 1780, âgé de quatre-vingtquatre ans, il épousa Jeanne-Catherine-Josèphe de Lavaulx, veuve d'un officier irlandais au ser- . vice de la France.
* La plupart portant i3 pouces de haut sur lo de large (o",35 sur o'",27). Catalogue delà bibliothèque du maréchal, 1788.
Il mourut à quatre-vingt-douze ans^ le 8 août 1788'.
La vente des curiosités se fit quatre mois après; le catalogue imprimé porte que la vente du maréchal, dirigée par J. Folliot, F. Delalande et F. Julliot fils, <c commencera le jeudi 18 décembre 1788, trois heures de relevée, en son hôtel, rue Neuve-Saint-Augustin, où l'on verra les objets qui la composent le dimanche 14, lundi i5, mardi 16 et mercredi 17 inclusivement, depuis dix heures du matin jusqu'à une heure de l'aprèsmidi. — Prix : deux livres huit sols. Au profit des cultivateurs malheureux. » Ala suite de l'Avertissement, on lit : « Nota. — Le produit du présent catalogue sera distribué aux pauvres habitans des paroisses de Romainville et de Bagnolet, par MM. les curés desdits lieux. »
La vente de la bibliothèque, annoncée pour le lundi 29 décembre 1788, n'eut lieu que le mercredi 7 janvier 1789, rue Ncuve-Saint-Augustin. Le catalogue (imprimé chez Pissot, 1788), précédé d'un Avertissement sommaire, contient deux mille vingt-trois numéros, sous les titres suivants : Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles- Lettres, Histoire.
^ La statue en pied du maréchal, de marbre blanc, est au Louvre, n<* 290. Le Cabinet des estampes conserve un portrait de lui d*aprcs le modèle en terre fait en 1785 par de Seine, sculpteur sourd et muet.
Que sont devenus ces palais, ces hôtels et leurs trésors, le contenant et le contenu, les écrins et les joyaux? C'est la question finale du lecteur à Thistorien, le point d'interrogation qui termine invariablement nos études sur les collectionneurs d'autrefois. Car enfin ces amoureux de l'art ne vivent pas seulement dans le passé, dans le souvenir du rôle qu'ils ont joué, de la noble passion qu'ils ont ressentie, des monuments qu'ils ont recueillis; ces monuments mêmes, quelquesuns du moins, ont survécu; où sont-ils? H faut les suivre à la piste, les retrouver, reconstituer leur état civil, leur généalogie; ainsi se perpétuent la gloire des maîtres qui les ont créés, l'honneur des hommes de goût et de flair qui les ont sauvés. Est-ce à dire que la tâche soit facile? Nous qui vivons dans les ruines et les nécropoles, cherchant notre chemin parmi les décombres, nous savons ce qu'il en coûte de tâtonnements et de patience pour retrouver nos morts. Combien d'entre eux.
8o LES COLLECTIONS
recueillis jadis et pieusement conservés^ ont disparu de nouveau sans laisser de trace? Combien attendent encore dans l'oubli et l'incognito qu'un hasard vienne révéler leur origine et leur patronage illustres? Les trésors des Richelieu ont subi le sort commun; le grand nom du cardinal ne les a pas protégés contre la dispersion et la ruine. Raison de plus' pour découvrir les derniers survivants de ces collections fameuses^ en dresser l'inventaire et les marquer de l'estampille définitive de leurs anciens possesseurs.
J'apporte sur le chantier ma part de matériaux, d'autres apporteront la leur; ainsi se formera peu à peu Tœuvre commune. La première publication de ces études * a fait naître des concurrences inattendues; on a même vu des impatients coller leur affiche sur la mienne ; rien de mieux, il y a place pour tout le monde. L'histoire des collections des Richelieu est l'histoire même de la curiosité française depuis les débuts du dix-septième siècle jusqu'à la fin du dix-huitième; un programme de cette envergure ne demande pas moins que le concours de toutes les bonnes volontés^
PALAIS-CARDINAL. — Le Palais-Royal a pris sa place. Bouleversée pendant deux siècles par
* Ga:çette des Beaux- Arts, Juillet-août-septembre 1882.
• DES RICHELIEU. 8i
tous ses architectes, Mansard, Oppenord, Cartaud, Contant, de Cotte, Moreau, Louis et les autres, Tœuvre de Le Mercier a disparu . On voit encore à Taile droite de la cour d'honneur* un reste de l'ancienne décoration, des proues de vaisseaux et des ancres sculptées en relief; ce sont les insignes du cardinal grand maître de la marine, qui se répétaient entre chacune des arcades formant la terrasse, remplacée elle-même par la galerie d'Orléans.
Parmi les objets d'art du palais, les uns, transportés à Fontainebleau par Anne d'Autriche, sont entrés immédiatement dans les collections du Roi; d'autres ont dû servir à décorer plus tard Versailles et les maisons royales. Le reste, devenu la propriété du duc d'Orléans, donataire du Palais-Cardinal en 1692, a traversé la Manche avec la galerie du Régent. Quelques morceaux placés à Bagnolet, au Raincy, à Saint-Cloud, etc., propriétés du duc d'Orléans, ne faisaient pas partie de sa collection proprement dite et sont restés en France.
La collection des portraits est dispersée; plusieurs doivent se retrouver à Versailles, sans qu'il soit possible d'en suivre la trace à coup sûr. Le
• Dans la partie dite la Galerie des Proues, — Piganiol, II, 320 Sauval, II, 160.
beau portrait de Richelieu^ par Philippe de ChampaignCj est au Louvre, après avoir appartenu au comte de Toulouse. L'inventaire d'Alexandre Lenoir' cite un autre portrait sans nom d'auteur, provenant de TAbbaye-au-Bois. J'ignore s'il faisait partie des collections du cardinal.
Trois exemplaires du buste de Jean Varin ont survécu : l'un est à la Mazarine, l'autre chez M. André, le troisième chez M. le comte Paul de Chabrillan. Ce dernier, d'une patine un peu louche, pourrait bien être un surmoulage postérieur.
Le Musée de la Société des antiquaires de Poitiers garde, dans sa précieuse collection, le sceau du cardinal; nous en donnons le dessin. Les armes sont d'argent à trois chevrons de gueules^ avec la couronne et le manteau ducal, le cordon du Saint-Esprit et l'ancre du grand maître de la navigation, le tout surmonté du chapeau de cardinal*.
Hercule terrassant les chevaux de Diomède, par Lebrun, a passé dans la galerie du Régent^ et de là en Angleterre.
Le catalogue du Palais- Royal (1727) indique
1 N<> 166 du Catalogue des peintures et tableaux réunis au Dépôt national des monuments français,
* Inventaire des sceaux-matrices du Musie, par M. Charles Barbier, conservateur de la Bibliothèque de Poitiers.
DKS RICHELIKU. «3
le Jugement de Paris, de Rubens, comme provenant de la collection du cardinal. Vendu en Angleterre cinquante deux mille cinq cents francs à lord Kinnaird, ce morceau capital du maître fut acheté^ en 1844, plus de cent mille francs par la National Gallery*.
Le l-ouvre conserve :
La Sainte Anne de Léonard de Vinci, n* 459'.
Ce tableau célèbre, porté à Fontainebleau sous la régence d'Anne d'Autriche, était placé, comme le suivant, dans l'appartement de la Reine.
La Famille de la Vierge, par Andréa del Sarto, n' 38i. Le tableau du Louvre est très-probablement celui du Palais-Cardinal.
Énée et Anchise,à\iS^diàdLy vC 401. Attribué dans l'origine à Louis Carrache ou au Dominiquin.
Les Pèlerins d'Emmaûs, de Paul Véronèse, n*99. Les deux catalogues du Louvre ont omis d'indiquer la provenance de ce tableau.
Deux Bacchanales du Poussin, n"* 440 et 441 . Elles étaient à Versailles en 1709-17 10, la première dans le cabinet de Monseigneur, la seconde dans le petit appartement du Roi.
Le Louvre possède encore (n" 1 29-131) les
• ReiseT; Gajette des Beaux- Arts, XVII, 2« pdr., p. i5.
* Les numéros indiqués sont ceux du Nouveau Catalogue du Louvre, 1879.
trois bustes de Henri II, Chartes IX et Henri III, dont nous avons parlé plus haut, et qui se trouvaient dans la Galerie des Hommes illustres^ détruite en 1727; ils sont de la main de Germain Pilon . a Ces trois bustes^ fort curieux comme portraits, dit M. Barbet de Jouy dans son catalogue de 1873, décoraient le château du Raincy; l'état de destruction des têtes de Henri II et Henri III indique un long séjour en plein air. Ils ont figuré au Musée des Monuments français, n"* 547-49, et au Musée d'Angouléme, au Louvre, n • 14, 25 et 26. )) Le Raincy fut acheté et considérablement embelli par le duc d'Orléans, lorsqu'il se défit de sa maison de Bagnolet ' .
Nous avons déjà parlé des livres du cardinal légués à son petit-neveu. « La communauté de Sorbonne, dit M. Léop. Delisle*^ était chargée de vérifier les catalogues et de présenter les candidats, entre lesquels devait être choisi le bibliothécaire. L'exécution de cet article du testament donna naissance à des difficultés que le Parlement trancha le 14 février 1660, en ordonnant que la bibliothèque du cardinal serait transportée à la Sorbonne. » A la Révolution, le fonds de la Sorbonne fut réuni à celui de la Bibliothèque nationale.
HuRTAUT et Magny, III, 41 3.
' Cabinet des manuscrits, II, 204.
DES RICHELIEU. 8h
PETIT-LUXEMBOURG. — Après la mort de la duchesse d'Aiguillon^ la maison du Petit- Luxembourg échut à Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé*, qui lui donna le nom de Petit-Bourbon. Sa veuve^ Anne de Bavière Palatine, fit faire à l'hôtel des modifications considérables sous la conduite de Boffrand*. Un corps de logis, destiné au logement des officiers, aux cuisines et aux écuries, fut bâti de l'autre côté de la rue de Vaugirard, avec un passage souterrain pour mettre en communication les deux bâtiments. Dans la suite, le Petit-Bourbon fut occupé par mademoiselle de Clermont et par la princesse douairière de Carignan.
Sous le Directoire, le palais devint le siège du gouvernement. En 1812, on démolit les bâtiments qui le reliaient au Grand-Luxembourg. En 18 14, il servait de logement au président de la Chambre des pairs.
On a vu plus haut que la duchesse avait déjà vendu, de son vivant, une partie de ses objets les plus précieux, pour en donner le produit aux pauvres s le reste fut dispersé après sa mort. UHérodiade, attribuée à Léonard, paraît être ' celle du Solario, achetée par le Régent avec le
Comme faisant partie de la succession de sa mère Claire-Clémence de Maillé-Brézé, nièce du cardinal.
^ G. Brice, 171 3, III, 76. — PiGANioL, vu, 267, éd. 1765.
Songe du Caravage ; ces deux toiles sont en Angleterre. Le Louvre a gardé la Madeleine du Guide (n' 3 19?), la Sainte Vierge^ donnée à Jean Bellin et qui est de son école (n^* 62), X Adoration des Rois, de Rubens (n" 427), et V Enlèvement des SabineSy du Poussin (n" 435). Ce dernier tableau fut vendu par les héritiers de la duchesse d'Aiguillon à Neret de la Pavoye, trésorier de la marine et amateur distingué*. Un autre amateur^ Sainctot, introducteur des ambassadeurs^ acheta la Prise de Jérusalem du Poussin*. Quelques tableaux moins importants furent transportés, dans le courant du dix-huitième siècle^ au château d'Aiguillon, en A génois.
En 1793, la municipalité d'Agen fit vendre les meubles et effets dépendant du ci-devant château de Vignerot, émigré ^ et larchiviste du château racheta, pour le compte de la duchesse, ceux des tableaux qui avaient un intérêt de famille. Mais peu de temps après, la citoyenne Vignerot ayant été arrêtée, ces tableaux furent portés à Agen et brûlés en partie lors de la fête civile du T' vendémiaire an II. La Terreur passée, le district fit faire un inventaire des peintures échappées au
* G. Brice, I, 273.
* 1632-I713. FéLIBIEN, II, 321-22.
' Le duc d'Aiguillon (Armand-Désiré de Vignerot), pair de France, avait émigré en Allemagne, où il mourut en 1800.
feu; quelques-unes furent déposées au Muséum du département, les autres à la préfecture'.
Dans le nombre figurent un Saint Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, ouvrage présumé de TAlbane; Saint Jean- Baptiste dans le désert, bonne copie d'Andréa del Sarto; le Portrait d'Hortense Mancini, une Bacchanale, le Triomphe d'Amphitrite et le Passage de la mer ^uge dans la manière du Poussin. Ces peintures pourraient bien provenir de l'ancien fonds de la duchesse d'Aiguillon.
Pour en finir avec ce que je sais de cette collection^ on voyait autrefois dans le cabinet de Girardon « plusieurs excellentes statues, bustes et vases, d'une beauté toute particulière, qui la plupart ont appartenu au cardinal de Richelieu » ; ces morceaux devaient provenir du cabinet d'Aiguillon, autrement ils n'auraient pas été vendus et seraient restés entre les mains du Roi ou du duc d'Orléans. Germain Brice, qui nous apprend ce détail *, signale notamment « un buste de porphyre d'Alexandre le Grand, d'un goût de dessin et d'un ouvrage qui l'emporte sur tous les antiques renommés dont on ait connoissance jusqu'à présent, que le même Girardon a décoré avec
' Archives du Lot-et-Garonne, — Notice de M. Aimé Champollios- FiGEAc, Rev. univ., XIII, 197.
• Éd. 1698 et 1706.
une draperie de bronze qui Tenrichit infiniment » . Le cabinet Girardon a été vendu à sa mort; le maréchal d'Estrées en acheta plusieurs pièces^ et dans le nombre l'Alexandre de porphyre, qui depuis est entré au Louvre. (Salle du Puget, n'2i3.)
RUEIL. — La maison de Rueil était restée dans la famille d'Aiguillon jusqu'en 171 9. A cette époque, le duc d'Aiguillon, pressé de satisfaire les créanciers de la succession du cardinal, qui n'étaient pas encore intégralement payés, résolut de faire argent du domaine de Rueil, et le vendit 116,000 livres à un sieur Mauduyt} le prix devait être remis aux mains du célèbre financier Crozat, fondé de pouvoirs des créanciers. Le nouveau propriétaire avait déjà bouleversé le parc *, lorsque le duc d'Agénois, profitant de son droit de retrait lignager, parvint à réaliser un emprunt, remboursa Mauduyt et réintégra le domaine entre les mains de la famille. A la Révolution, Rueil appartenait à la dernière duchesse d'Aiguillon*. La maison et le jardin ont été détruits au commencement du siècle.
M . le comte Paul de Chabrillan, héritier des
PiGANIOL, IX, 344.
* Jeanne-Victoirc-Henriette de Navailles^ épouse d'Ârmand-Désiré de Vignerot, duc d'Aiguillon, 1 761 -1880. V. page 86, note.
d'Aiguillon^ possède une grande armoire en menuiserie de placage, ouvrage assez ordinaire, qui passe pour avoir appartenu au cardinal, et quelques meubles courants du temps de Louis XVI ; ces reliques viendraient, dit-on, de la maison de Rueil.
Une pièce plus curieuse, et qui se trouvait peutêtre dans la panoplie du Cabinet de Rueil, a passé en vente publique, il y a une vingtaine d'années. C'est une rapière italienne du seizième siècle, dont la lame, rapportée postérieurement, présente le portrait du cardinal avec les devises : Est Deo spes mea^ Soli Deo gloria, etc. *.
En 1 88 1 , on a transporté dans une des salles du Musée de la Renaissance, au Louvre, une statue de bronze. Hercule brandissant sa massue avec l'hydre à ses pieds, placée précédemment dans la salle de la cheminée de Bruges.
Cet Hercule se trouvait, à la fin du dix-septième siècle, au jardin de TOrangerie de Versailles; il est très- visible dans un tableau du Musée de Versailles par Jean-Baptiste Martin, qui représente le parterre de l'Orangerie vers I688^ « Cette statue de Técole de Franche vil le, dit M. Dussieux^ venait du château de Richelieu,
' Gtf;r.,VI,56.
^ Salle 35 du rez-de-chaussée, n? 'jbo du catalogue Soulié.
' Château de Versailles, 1 881, II, p. 245, note.
oo LES COLLECTIONS
ainsi que plusieurs autres des jardins de Versailles. En 1741, date de la publication du Dictionnaire de la Martinière, THercuIe n'était déjà plus à rOrangerie ; en 1768, Dargenville le vit à Marly; en 181 3, on le retrouve à Saint-Cloud; plus tard il est à Meudon -, il revient à Saint-Cloud en 1847, ^'^^ ^^ ^s^ enfin arrivé au Louvre en 1872. » L'auteur anonyme d'une notice publiée dans VArt^ ajoute à ces détails quelques traits nouveaux : « Cet Hercule fut donné à Louis XIV par un duc de Richelieu. La figure devait provenir de la succession du cardinal, et celui-ci dut la rapporter d'Italie quand il alla commander en personne Tarmée française au siège de Casai, en 1629. Cette statue provient probablement des Gonzague de Mantoue ou des d'Esté de Ferrare. Dans cette dernière famille, de nombreux princes portèrent le nom d'Hercule. Or n'oublions pas que la tête de cet Hercule est un portrait. Hercule était le patron païen de la famille d'Esté. La tête de r Hercule du Louvre ressemble étonnamment à la tête d'Alphonse de Ferrare, qui se fit peindre à genoux, aux pieds de sainte Justine, représentée sous les traits de sa maîtresse. Le tableau est à Vienne, dans la galerie du Belvédère. »
Ces hypothèses sont fort ingénieuses; elles
I N* 349 du 4 sept. 1881.
n'ont qu'un défaut, celui de pécher par la base : r Hercule du Louvre ne vient pas du château de Richelieu.
Le château renfermait quatre statues d'Hercule : trois sont placées sous le dôme du portail d'entrée; Vignier les indique comme suit*: « Dans l'ouverture du dôme, trois petits Hercules de marbre, antiques et très-beaux. » Ils sont trèsfaciles à reconnaître dans l'estampe de Jean Marot, qui les intitule également « trois petits Hercules antiques * ». Le quatrième est encore placé sous le dôme, dans une niche à côté de la porte, et fait pendant à un Mars : « Il y a au costé droit de ladite porte un Hercule; au costé gauche un Mars* »; et le dessin de ces deux figures dans Marot est parfaitement lisible; il les appelle « un Hercule antique et un Mars antique », Ce sont des statues de marbre, et aucune d'elles n'a le moindre rapport, ni comme époque, ni comme matière, ni comme attitude, avec le bronze moderne du Louvre*.
Quelle est donc la provenance de notre Hercule?
* «Trois petits Hercules, autant poupins et autant mignons que le peuvent être de petits Hercules. » La Fontaine , Lettre à sa femme, i633.