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LES DONNÉES DE LA PATHOLOGIE

La sensibilité à la douleur subit dans divers états pathologiques des modifications dont l'étude ajoute d’utiles renseignements à ceux que fournissent l’observation et l’expérimentation.

Ces altérations consfstent le plus souvent en des phénomènes d’analgésie ; toutefois l’hyperalgésie n’est pas rare; -et l’on peut enfin constater un retard considérable de la sensation douloureuse.sur les autres sensations.

Nous signalerons successivement chacune de ces manifestations anormales de la sensibilité à la douleur.

Analgésie

Analgésie spontanée. — Dans certaines conditions spéciales, et en dehors de toute affection, il est permis d'observer une analgésie plus où moins marquée.

Par exemple, les Derviches tourneurs et les Fakirs de l'Inde, dans leur délire mystique, vont jusqu’à se mutiler sans éprouver aucune douleur.

Dans l’exaltation de la bataille, le soldat, bien souvent, ne sent pas la balle qui le frappe.

Une idée fixe intense ou une concentration profonde de l’attention ont des effets analogues, et l’on sait que Pascal,

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pour oublier les migraines qui le torturaient, se plongeait dans des calculs longs et difficiles. Al

. H faut aussi tenir compte de l’idiosyncrasie. Des races

entières, comme les Aïssaouas d'Algérie, présentent des phénomènes curieux d’insensibilité à la douleur’.

Certains individus sont naturellement et complètement 4 analgésiques. A ce titre, celui dont Weir Mitchell a publié | l'observation, était vraiment remarquable?.

IL s’agit d’un homme vigoureux de corps et d'esprit et qui avait acquis une réputation considérable comme avocat et comme politicien. Il est mort à l’âge de 56 ans, sans avoir jamais ressenti de douleur.

== Un jour, dans une bagarre, il fut grièvement blessé au doigt; il le | ÿ détacha lui-même avec les dents et le cracha à terre.

Trois années durant, il eut à un orteil un ulcère qui résistait à tout traitement, mais qui ne lui causa pas un seul instant la moindre douleur.

De même, il fut absolument insensible à un abcès à la main qui se propagea à l’avant-bras et au bras, et entraîna un gonflement énorme.

Il subit l'opération de la cataracte aux deux yeux sans témoigner d’aueune émotion et sans faire aucun mouvement.

Pendant sa dernière maladie seulement, il manifesta quelque douleur, mais cet état ne fut-que passager, et au moment de sa mort, il était redevenu, comme d'ordinaire, complètement analgésique.

Hypnotisme..— L'analgésie est de règle dans l’hypnotisme. Comme le passage des états superficiels de l'hypnose aux états profonds s'effectue d’une manière progressive, la sensibilité à la douleur s’émousse graduellement, et, d’après le docteur Crocq fils, la diminution qu’elle pré-

1. Cf. Lucas-CHAMPIONNIÈRE, Troubles de la sensibilité chez les Orientaux, Archives de Neurologie, juillet 1886.

2. Weir MircxeLi, Medical Record, décembre 1892; cf STrRoNG, Psychot. Review, 1895, t. II, p. 332.

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sente est en rapport direct avec la profondeur du sommeil *. |

Cette analgésie concomitante aux phénomènes d’hypnose à permis d'accomplir plusieurs opérations chirurgicales d’une certaine gravité. Nous citerons, entre autres, deux observations restées célèbres.

La première est due au docteur Cloquet et date de 1829:

« Le 8 avril 1829, M. Cloquet fut consulté par une dame âgée de 64 ans, pour un cancer [ulcéré du sein droit, compliqué d’un engorgement considérable des ganglions axillaires correspondants. Il pensa que le seul moyen de sauver la malade était de pratiquer l'opér'ation... Cette dame, d'une constitution éminemment nerveuse, très irritable, était très facilement impressionnable par l'action du magnétisme animal, que le docteur Chapelain, son médecin ordinaire, avait employé sur elle depuis quelques mois, mais sans succès, dans le but de dissoudre l’engorgement du sein. Celui-ci proposa donc à M. Cloquet de pratiquer l’opération pendant que la malade serait dans le sommeil magnétique... M. Cloquet n’y voyant pas d’inconvénient, bien que persuadé que la malade se réveillerait au premier coup de bistouri, l'opération fut fixée au dimanche 12 avril.

Le jour dit, M. Cloquet, en arrivant à 10 heures et demie, trouva la malade habillée et assise dans un fauteuil, dans l'attitude d’une personne paisiblement livrée au sommeil naturel. Il y avait une heure à peu près que... M. Chapelain l’avait mise dans le sommeil magnétique. La malade parla avec beaucoup de calme de l'opération qu’elle allait subir. Tout étant disposé pour l’opérer, elle se déshabilla elle-mème, s'assit sur une chaise; M. Chapelain soutint le bras droit; le bras gauche fut laissé pendant sur le côté du corps.

Une première incision, partant du creux de l’aisselle, fut dirigée au-dessus de la tumeur, jusqu’à la face interne de la mamelle; la seconde, commencée au même point, cerna la tumeur par en bas, et fut conduite à Là rencontre de la première. Les ganglions engorgés furent disséqués et enlevés avec beaucoup de précaution, et la tumeur fut extirpée. La durée de l’opération a été de 10 à 1? minutes,

1. Croca fils, État de la sensibilité et des fonctions intellectüelles chez les hypnotisés, Congrès.de Psychologie de Munich, 1896.

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Pendant ce temps, la malade a continué à s'entretenir tranquillement avec l'opérateur et n'a pas donné le plus léger signe de sensibilité. Aucun mouvement dans les membres ou dans les traits, aucun changement dans la respiration ni dans la voix, aucune émotion dans le pouls ne s’est manifestée; la malade n'a cessé de présenter cet état d'abandon et d’impassibilité automatique qu’elle offrait à l’arrivée de M. Cloquet; on n'a pas été obligé de la contenir, mais seulement de la soutenir; une ligature a été appliquée sur l'artère

thoracique latérale, ouverte pendant l'extraction des ganglions; mais,

chose digne d'observation, lorsque le chirurgien vint à laver la peau aux environs de la plaie, avec une éponge imbibée d’eau, la malade manifesta des sensations semblables à celles produites par le chatouillement, et dit plusieurs fois avec hilarité : « Eh! finissez: ne me chatouillez pas! » La plaie étant réunie par des agglutinatifs et pansée,. l’opérée fut mise au lit, toujours dans l'état de somnambulisme dans lequel on la laissa péndant 48 heures... À son réveil, elle ne parut avoir aucune idée, aucun sentiment de ce qui s'était passé! »

La seconde relation est celle d’une opération pratiquée en 1859 à l'hôpital de Poitiers, par le docteur Guérineau :

« Jarric (Georges), âgé de 34 ans, ...est entré à l’Hôtel-Dieu de Poitiers le 25 octobre 1859, pour y être traité d’une tumeur blanche du genou gauche. Ce malade... réclame lui-même l’amputation de la cuisse. Le 19 décembre, je propose l'opération, qui est acceptée sans hésitation, pour le lendemain. ro

Le malade, ...épuisé de fatigue, se trouva mal en arrivant à la salle d'opérations. Une heure environ après cette syncope, on place une spatule à deux centimètres environ de la racine du nez du malade... Le strabisme convergent et en haut se produit promptement.

Cinq minutes s'étaient écoulées depuis que les yeux étaient fixés sur la spatule. J’élève le bras gauche au-dessus du lit, puis je l’abandonne; il y retombe aussitôt, Il n’y a point de catalepsie; le malade me dit que je ne pourrai pas l’endormir par ce procédé. Je recommande aussitôt le plus grand silence dans la salle, et moi-même je

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