L. OPPENHEIMER, Schmerz- und Temperaturempfindung
— M. Rio inclinerait volontiers vers la théorie d'Oppenheimer. Pourtant, dit-il, « l'hypothèse la plus naturelle, la plus simple, la plus conforme aux conceptions mécaniques, actuellement prédominantes dans les sciences biologiques, consisterait à admettre que la douleur correspond à une forme particulière du mouvement. Dans cette supposition, la voie nerveuse afférente, de la périphérie aux centres, pourrait être parcourue par trois espèces distinctes de mouvement ou d’ébranlement moléculaire: la première donnant naissance à la sensation pure;la seconde, parfois présente, parfois absente, donnant naissance à la douleur; la troisième, parfois présente, parfois absente, donnant naissance au plaisir » (La Psychologie des sentiments, 3° éd., 1899, p. 41).
2. Scairr, Sur la transmission do impressions sensitives dans Îla moelle épinière, C. R. Acad. des Sciences, 1854; Ueber die Leitung der
Éhor
D'après Brown-Séquard, la conduction des différentes sénsations s’accomplirait par la substance grise seulement; la région antérieure serait parcourue par les impressions ” tactiles, la région médiane par les sensations de tempéra- ! ture et la région Huse par les sensations doulou-
reusés'e
:Wundt. distingue dans la ul deux voies de trans- * mission : une voie primaire par la substance blanche, À quand les excitations sont modérées; une voie secondaire | par la substance grise, quand les excitations sont très énergiques. La douleur parcourt donc la substance grise, puisque, selon Wundt, elle est provoquée par une impression forte”. l
De nos jours, on s'est proposé d'indiquer avec le plus de précision possible le trajet médullaire de chaque groupe de sensations. pe |
D’après Külliker, les impressions de tact, de douleur
Gefühlseindrücke. in RU nB Wienei: ma Zeitung, 1879; et d’une : facon générale : Recueil des Mémoires physiologiques de M. Sen ee III, passim. :
— La théorie de Schiff est aujourd’hui abandonnée, ou du moins fort discutée. Cependant en 1886 encore, M. Raymond y avait recours pour expliquer le phénomène dé dissociation dite syringomyélique (Cf. Ray- Monp, Maladies du Système ner veux, 1889, p. 351). — De plus, en 1886, A. Herzen par l’expérimentation, et en 1891, K. Caillet en s'appuyant sur les données de la pathologié, étaient arrivés à peu près aux mêmes : résultats que-Schiff (Cf. A. HErRzEN, Ueber die Spaltung des Temperatursinnes in zwei gesonderte Sinne, Arch. /f. die gesanimte Physiologie (von Pflüger), XXX VIII, 93; F. CaiLLer, Étude sur les troubles de la | sensibilité dans les aféctions nerveuses, 1891). à 1. Brown-Siquarb, Recherches sur la transmission des impressions : dans la moëlle épinière, Journ. de la Physiologie, VI, 124 sqq. 2: WüNDT, Éléments de Pur physiologique, trad. fr, 1886, 1, in RE ë
+. x » r { ÿ x EEE et de température sont transmises par la substance grise
et par les cordons antéro-latéraux ‘.
Selon Edinger, la conduction de ces mêmes impres-
sions s'accomplit par la substance grise de la moelle
et par une voie secondaire qui, ayant son point de départ à la fois dans les cornes antérieures et dans les cornes
postérieures, subit une décussation au niveau de la com-
missure antérieure, puis se dissémine dans le cordon antéro-latéral, se condense au niveau du bulbe dans le : faisceau fondamental antérieur, et rejoint . le nt
de Reil dans la couche interolivaire*.
M. Laehr termine son étude sur les troubles de la sen-
sibilité consécutifs à des affections de la moelle par la ‘conclusion suivante : « D’après les données cliniques et
anatomo-pathologiques, dit-il, les voies de conduction pour les sensations de douleur et de température pé-
nètrent dans la partie postérieure de la moelle du même côté que celui où l’on constate des troubles, subissent un
croisement à travers la substance grise qu’elles abandonnent bientôt pour gagner les cordons latéraux”. »
D'après Van Gehuchten, les sensations douloureuses et thermiques sont transmises dans la moelle par le faisceau fondamental du cordon antéro-latéral et par le faisceau de Gowers",
1. KôLuixer, Handbuch der Gewebelehre, 6° éd., 1896, IT, 118.
2, EniNGer, Vorlesungen über den Bau der nercüsen Centralorqane, 5° éd., 1896, p. 331. ‘
3. M. Laeur, Ueber Storungen der Schmers- und Temperaturempfindung in Folge von Erkrankungen des Rückenmarks, Arch. f. Psychiatrie und Nervenkr., XXVII, Hit
4. VAN GEHUCHTEN, me du système nerceuæ de l’homme, 8° éd., 1897, p. 181; La Dissociation syringomyélique de la sensibilité et son
‘explication physiologique, Semaine médicaie, 1899, p. 115.
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Enfin M. Grasset, s'appuyant sur un grand nombre de travaux, parmi lesquels celui de M. Laehr que nous venons de citer, conclut : « Les conducteurs de la sensibilité à la douleur et à la température pénètrent par les racines postérieures et immédiatement dans la corne postérieure du même côté. Puis ils passent du côté opposé. Cet entrecroisement ne paraît pas s'effectuer à la même hauteur. pour les diverses fibres, thermiques et algésiques, de la même région. Après leur enfrecroisement, ces conducteurs cheminent dans la substance grise, et très pro-
bablement passent bientôt dans les faisceaux sensitifs des: cordons antéro-latéraux, notamment dans le faisceau de
Gowers!. » | En dehors de la moelle, peu d'expériences ont été faites pour déterminer la route suivie par la douleur.
Nous ne connaissons qu'un travail de Schlesinger, dans lequel l’auteur se demande si le ruban de Reïl ne conduit pas les sensations douloureuses et thermiques”.
Centre de la douleur. — En ce qui concerne lés centres nerveux supérieurs, on à cherché dans lequel d’entre eux la douleur pouvait être localisée. Plusieurs savants se sont, en effet, posé cette question.
— La théorie de Van Gehuchten a été combattue par Déjerine, dont l'argument fondamental est que le faisceau de Gowers aboutit au cervelct, et que cet organe ne semble jouer aucun rôle dans la transmission des sensations douloureuses (Cf. DÉTERINE, De l’'Hémianesthésie d’origine cérébrale, Semaine médicale, 1899, p. 849).
1. GRasser, Diagnostic des maladies de la moelle, 1899, p. 48. Pour
la. bibliographie, voir p. 47-48, et cf. Anatomie clinique des centres nerceuæ, 1900, p. 20.
2. ScuLEsiNGER, Beitrüge zur Kenntniss der Schleifendegenerationen,
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+ | 55. — Déjà en 1877, M. Ch. Richet écrivait : « Il semble qu'il y ait dans l’encéphale un centre de la douleur, dont le
siège est encore mal déterminé, mais dont on connaît les aboutissants. Ce sont les fibres qui vont à la partie pos-
térieure de la capsule interne. » Toutefois, l’auteur ne
formulait cette opinion que sous toutes réserves, çar il
ajoutait aussitôt : « Nous n’attachons pas à cette hypo-
| thèse plus de valeur qu elle n’en mérite, tant qu’elle ne sera pas confirmée par des faits expérimentaux *, »
Jusqu’i ici l'existence d’un centre de la douleur n’a pas été démontrée. Aussi M. Ch. Richet, tout en considérant
:ce centre comme très probable, est-il moins affirmatif que par le passé au sujet de la place qu'il doit occuper
dans l’encéphale; il est, dit-il, « voisin des centres où s’élaborent les diverses sensations”. »
D'après Sergi, comme les sentiments sont liés à des
modifications de la vie végétative, dont les centres se ‘trouvent dans le bulbe, il s'ensuit que cet organe est le : centre commun de la douleur et de toutes les émotions
en général. Quant au cerveau, il n’a, eu égard à la douleur, d'autre rôle que de la rendre consciente au sujet
qui l’éprouve*.
1. Cu. Ricuer, Recherches expérimentales et cliniques sur la sensi-
bilité, p. 296-297.
2. Cu. Ricuer, Ÿ at-il des nerfs spéciaux pour la douleur? Rev,
“scient.. 4° série, VI,715-717. — M. Tissié est du même avis; cf. Y a-t-il
des nerfs spéciaux pour la douleur? Rev. scient., 4° série, VIII, 402-404. 3. SerG1, Dolore e Piacere, 1894; Dov'èla sede delle emozioni, Congrès de Psychologie de Munich, 1896.
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La douleur, qualité des sensations
Encore qu’il admette pour la douleur un centre déter-
miné, M. Ch. Richet ne saurait être compté parmi les auteurs qui la considèrent comme une sensation spéciale.
# «Du moment, dit-il, qu'une excitation quelconque de la
périphérie peut arriver aux centres, elle peut devenir douloureuse, si elle est trop intense’. » Ainsi, d’après
lui, la douleur est une qualité qui s'ajoute à toute sensation, elle est liée à toute excitation forte.
C’est également l'opinion de Wundt, car, à son avis, «on ne voit aucune raison de faire de la douleur une
espèce de qualité sensorielle spécifique. L'expérience
témoigne plutôt que la douleur désigne seulement l’excitation la plus violente de quelques parties sensorielles *.»
Entin, M. Beaunis formule une hypothèse analogue :.
« La douleur, dit-il en effet, malgré son.caractère spécial, n’est qu'une modalité de la sensation et une forme particulière de l’activité nerveuse: elle n’a ni organes
périphériques, ni nerfs, ni centres nerveux indépendants.
Elle est plutôt inhérente à l’activité de tous les centres sensitifs, et peut-être de tous les centres nerveux, toutes les fois que ces centres sont excités d’une certaine facon, encore inconnue, et avec une certaine intensité. Il est probable que cette modalité particulière qui constitue la douleur est liée à un mode de mouvement nerveux, mais ce qui me paraît essentiel dans la production de la dou-
1. Ch. Ricuer, Étude biologique sur la douleur, Rev. scient., 4° série, MI, 225.
2. Wunpr, Éléments de psychologie physiologique, trad. fr., 1, 431.