Cu. Ricuer, Dictionnaire de physiologie, art. Analgésie
HG S | percevoir. En un mot, Ja douleur sera mesurée par Vamplitude de la vibration nerveuse, et toute substance qui, comme les poisons anesthésiques, diminue l'amplitude de cette vibration, aura des effets analgésiques. On conçoit alors que l’analgésie puisse être obtenue, non seulemént par des substances qui empoisonnent le système nerveux
central, mais encore par toutes celles qu diminuent
l'excitabilité des nerfs périphériques '. »
Cette dernière explication de M. Ch. Richet nous parait fout à fait lécitime.
Depuis les magistrales leçons de CI. Bernard sur les anesthésiques, on sait que la substance chloroformique, transportée par le sang dans tout l'organisme, agit en premier lieu sur les centres nerveux et ensuite sur les nerfs pénphériques qui sont atteints d'abord par leur
extrémité centrale”. es
Or, la période analgésique est caractérisée par un affais blissement notable de l'intensité des réflexes qui ne peut être attribué qu'à une diminution de l'excitabilité des centres nerveux, et en particulier de la moelle et du bulbe, sous l’influence du chloroforme.
Mais il y à plus. Partout où le sang irrigue largement les tissus, ceux-ci sont rapidement anesthésiés. Au contraire, là où il y a peu ou pas de vaisseaux, comme dans la cornée, par exemple, la sensibilité persiste longtemps. Il y à donc lieu d'admettre que le chloroforme, en même
1. Cu. Ricer, Dictionnaire de physiologie, art, Analgésie; cf. art, Anesthésie. S
2, CL. BerNaR», Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyæie, 1875, p. 104 sqq.; Cf. Hayew, Leçons de thérapeutique, ‘2° série, P: 413; Dasrre, Les Anesthésiques, 1890, p. 50.
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affaiblie. | Ainsi l'analgésie chloroformique apparaît comme le.
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temps qu ’il exerce son influence sur les centres nerveux,
agit aussi sur les terminaisons périphériques des nerfs
et en diminue l'excitabilité, de sorte que l'impression est
résultat d’une diminution de l'excitabilité des centres nerveux aussi bien que 1e terminaisons périphériques des nerfs. |
Il en est vraisemblablement de même de l’analgésie obtenue au moyen des autres substances anesthésiques. Le fait est certain au moins en ce qui regarde le chloral ;
‘car, comme l'a démontré M. Arloing', le chloral se dédouble dans le sang en chloroforme et en formiate de soude, et les effets qu’il produit sont dus au chloroforme
ainsi mis en liberté.
Quant aux anesthésiques ee leur action est plus simple. Selon toute probabilité, ils n’exercent d'influence
que sur les terminaisons nerveuses périphériques, et l'explication que fournit M. Dastre des effets de la cocaïne
peut s'appliquer aux autres substances employées au même usage. « La cause véritable de l’analgésie par la cocaïne, dit M. Dastre, réside dans une action nerveuse spéciale. La cocaine porte son effet sur les éléments nerveux, délicats, dissociés, des terminaisons... Il se produit vraisemblablement un changement temporaire, une altération Du. des éléments nerveux directement touchés”. CR.
Ce Lou temporaire consiste sans doute en une
1. ARLOING, Recherches eæpérimentales comparatives sur l’action du chloral, du chloroforme et de l'éther, 1879.
2, DasTRe, Le8 Anesthésiques, p. 222.
diminution de l’excitabilité nerveuse. De la sorte, les excitations sont affaiblies et ne provoquent plus les ne
qui accompagnent la sensation douloureuse.
I] est plus difficile de rendre compte de l’analgésie
concomitante à l’état d’hypnose. Peut-être cet état entraîne-t-il une diminution de l’excitabilité des nerfs et des centres. Dans ces conditions, l’hyperexcitabilité neuro-musculaire signalée par l'École de la Salpêtrière ne saurait guère être admise’.
L’analgésie hystérique est également très obscure quant à son origine. M. Pierre Janet l’attribue à une cause psychologique. D'après lui, les impressions douloureuses ne sont pas senties, parce qu’elles restent en dehors du champ de la conscience qui, chez les hystériques, est à l'état presque permanent de désagrégation, d’éparpillement et de destruction”.
Toutefois, cet état de désagrégation psychologique doit
avoir lui-même une cause. Charcot croyait, dans certains cas, l’avoir rencontrée dans une lésion en foyer des hémisphères cérébraux *. Mais l’anatomie pathologique de l'hystérie est encore à établir, et l’on n’a pas jusqu'ici constaté d’altérations matérielles dans cette affection. Aussi convient-il plutôt de chercher, avec M. Pitres,
1. Cf. GILLES DE LA TouRETTE, L’hypnotisme et les états analogues, 1887, p. 81-85 et 97-101.
On, sait d’ailleurs que cette hyperexcitabilité neuro-musculaire est niée par l'École de Nancy M. Beaunis affirme « qu'il n’a pas eu l’occasion de la constater. » (Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale, 1886, p. 8).