‹ Recherches sur les difformités congénitalesChapitre 28 sur 102 · FŒTUS MONSTRE AVEC DIFFORMITÉS. — 1746. MORGAGNI · texte numérisé non relu

FŒTUS MONSTRE AVEC DIFFORMITÉS. — 1746. MORGAGNI

SOMMAIRE. — Absence partielle probable de l'enoépliale et rintëgritë de la moelle (on ne Ta pas dlsséqaèe). — Absence du nés. — Rapprochement des deux yeux. — Absence des muscles palpèbraux. — Êventratlon. — Division de la peau aux lombes. — Pas de spina bitida. — Ck>ntorsion des bras et des mains. — Jambe gauche plus tordue, fracture. — Pieds tordus.

r>3. Une dame Agée de quarante et un ans, assez bien portante, du moins mère de plusieurs enfants qu'elle avait portés heureusement, et qu'elle avait mis au monde tous très bien conformés, accoucha d'un enfant monstrueux. Ses règles n'étaient pas venues au mois d'octobre dernier, ni dans les mois suivants jusqu'au 21 juin, et ensuite son ventre s'était gonflé au temps convenable, ainsi que ses mamelles, et avec un bon teint elle avait eu une assez bonne santé. Cependant elle ne se croyait point enceinte, parce que plusieurs indices de ses autres grossesses manquaient, surtout la tuméfaction du ventre comparativement à ce qu'elle avait coutume d'être, et les mouvements de l'enfant, qui avaient été très grands et continuels les autres fois, et qui maintenant étaient nuls. A cela il s'était joint, dans les derniers mois, une tumeur dure et circonscrite à l'hypogastre, qui était comme une vessie oblongue et distendue, qu'on sentait le plus souvent, et qui semblait disparaître tout à coup bientôt après. Comme les choses étaient dans cet état, qu'il s'était manifesté en

(I) MoBGAGNi, 48* Lettre anatomico-médicale : De la fausse grossesse, de Vavorlewiffi/, etc. (Art. r>3, p. 490.)

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outre, la dernière semaine avant le jour précité, une nécessité extraordinaire de rendre l'urine fort souvent, et un sentiment de pesanteur vers les parties naturelles, que bientôt après les mamelles s'étaient un peu désenflées, et cela depuis trois jours, et qu'enfin il s'était éetmlè la veille par la vulve quelques gouttes d'une humeur brune et épaisse, qui était devenue sanguinolente le matin du jour suivant^ les douleurs de Taccouchement se déclarèrent après le dîner, et elle expulsa très facilement, et sans le secours d'aucune accoucheuse, la membrane amnios qui était encore entière (car le chorion était refoulé en haut) avec le placenta annexe. La mère, qui avait été tourmentée les autres fois par les douleurs de l'accouchement, qui avaient été longues le plus souvent, et par la sortie difficile et tardive dû placenta, s'étonnait d'autant plus d'avoir eu cette fois tant de facilité, que comme elle était accoutumée à rendre beaucoup de sang à l'époque des menstrues et de l'accouchement, ce liquide sortait maintenant en petite quantité, comme il sortit les jours suivants, excepté un. Et pour tout dire actuellement sur elle, elle se leva pour les affaires ordinaires de son ménage, non pas, comme après les autres accouchements le trentième jour, mais le troisième ou le quatrième, et elle sortit même bientôt après ; or il n'en résulta aucun accident pour une femme, qui du reste n'était pas robuste ; elle se porta même aussi bien que jamais, et elle devint ensuite grosse de nouveau, et mit au monde un fœtus vivant et bien conformé. Mais je vais décrire comme celui dont elle était accouchée alors, était au contraire difforme. Les suites, autant que je pus en juger, ne s'éloignèrent pas de l'état naturel, si ce n'est que le placenta me parut un peu trop petit pour le volume entier de l'amnios, tel qu'on me l'indique ; car son diamètre était de trois travers de doigt et demi. L'enfant, qui était mort dans l'amnios au milieu d'une eau jaunâtre et trouble, mais non fétide, ne me parut pas moins long que ne le sont le plus souvent ceux qui naissent entre le cinquième et le sixième mois. Il avait la facejrès longue, et un petit globe qui paraissait charnu^ s'élevait du milieu de la partie inférieure de son front. Au-dessous de ce petit globe étaient les yeux, qui se touchaient entre eux (car le nez n'existait pas), et qui étaient couverts, non point par des paupières, mais par une membrane transparente à travers laquelle on les voyait. La bouche, qui se trouvait à sa place, était ouverte et laissait voir les petites dents incisives. L'abdomen était ouvert au milieu^ et les intestins s'étaient échappés par cet endroit. Les téguments communs du corps étaient également ouverts aux lombes, mais l'ouverture ne descendait pas plus profondément qu'eux. Tous les membres étaient aussi en très mauvais état : les supérieurs l'étaient du coude en bas; car les bras étaient très courts, contournés^ei les mains étaient

é(falement contournées. Quant aux membres inférieurs, ils se terminaient par des pieds tordus, et la jambe gauche avait été fracturée, ou bien avait été plus tordue que les autres parties, par k cordon ombilical qui s était roulé étroitement autour d'elle.

Celte observation est une des plus précieuses de celles que nous avons reproduites. Gomme dans les précédentes, c'est toujours rétat du cerveau^ c'est-à-dire son altération, qui prime tous les phénomènes de la monstruosité et les difformités. Ici l'encéphale n'est pas complètement détruit ; il est simplement altéré et fait hernie à travers le frontal. Puis, viennent par ordre anatomique, le rapprochement des yeux: acheminement à la cyclopie; puis ïéventration, puis les difformités des membres supérieurs et inférieurs : tout cela sufQsamment indiqué, mais vaguement décrit.

Mais le fait le plus important à signaler, c'est l'explication particulière que donne Morgagni de la fracture d'une des deux jambes par le cordon ombilical qui s'était roulé étroitement autour d'elle. Voilà l'étiologie de l'éminent auteur du traité De sedibu^ et causis morborum, Morgagni donne ici un témoignage irrécusable de celle tendance à circonscrire l'action des causes dans un eflet local et particulier, au milieu et à côté d'autres effets d'une même cause plus générale. Ainsi, chez ce monstre, il y avait tout à la fois le cerveau altéré, les vices de conformation de la face, l'éventration, et les contorsions des quatre membres, y compris celui qui était en même temps fracturé et qui était encore plu^s contourné que les autres; et Morgagni oublie cet ensemble ; il invoque, pour attribuer à la compression du cordon ombilical enroulé, une action qui ne pouvait s'adapter ni à la contorsion du même membre, et encore moins à la contorsion des trois autres ; je n'ajoute pas : à l'ensemble des autres vices de conformation.

Cette remarque sur le cas particulier dont il s'agit aura son importance quand il sera question de faire la part de Morgagni dans la constitution de l'étiologie générale des monstres et des difformités causées par l'affection des centres nerveux.

Sai DIFFORMITÉS CONGÉNITALES

Voici, parmi les observations publiées par d'autres auteurs, de 1746 à 1799, celles qui renferment quelques particularités dignes d'être retenues.

L'année 1746, Morand faisait voir à l'Académie un fœtus humain femelle sans tète : c au lieu du bras droit il y avait quel- » que chose », dit l'historien de l'Académie, c qui ressemblait » au bout de Vaile d'un petit oiseau »; on y distinguait, au travers des téguments, un petit os qui représentait l'humérus, et au bout de celui-ci un seul os de l'avant-bras, à l'extrémité duquel était une espèce de doigt à trois phalanges. Le bras gauche était enveloppé en partie par la peau du tronc (1).

Comme correctif à sa comparaison avec le bout de faite d'un petit oiseauj reflet lointain des théories des siècles derniers, il convient de citer ces paroles sensées du même auteur : c La » nature a, jusque dans ses écarts, une certaine régularité, qu'il » importe extrêmement de connaître si l'on ne veut pas risquer » troubler ses opérations en croyant les aider. Le premier pas à » faire dans cette recherche a été de bien constater les faits ; on » sait combien les hommes sont amis du merveilleux, et que dès » qu'il s'agit de faits extraordinaires, l'histoire dégénère aisé- » ment en fable (2). »

N'est-ce pas le bon sens de la science qui commence à poindre à côté des traditions du merveilleux.

Mais comment faut-il que ce même bon sens de Morand ne Tait pas tenu en garde contre son imagination, dans une autre circonstance peu éloignée de celle où il écrivait ces paroles. Ainsi, à l'occasion d'un cochon monstrueux il disait : « Les » extrémités postérieures étaient bien conformées, mais entre » le sternum et les côtes du côté droit, on voyait sortir le bout » d'un tronc qui donnait naissance à deux autres extrémités sur- » numéraires faites comme celles d'un cerfei couvertes d'un poil » différent de celui du cochon. Un peu au-dessus de cette partie » on en voyait une autre assez semblable à une main humaine^ » avec cette différence que les doigts étaient presque entière- » ment recouverts d'une peau commune, qu'il y avait Irois doigts

(1) Histoire de l'Académie des sciences, 174G, p. 40.

(2) Histoire de l*Acadéiiie des sciences, 1748, p. 53.

» presque égaux en longueur et un petit à chaque côté. » 11 ne manquait à ces comparaisons grotesques, pour lesquelles le sensé Morand avait conservé quelques dispositions, que d'y joindre un peu des théories, renouvelées de la Fable, sur le commerce de l'homme avec la brute.

Par compensation, le même Morand communique, le même jour, un cas curieux àHmperforation de l'anus, observé sur un enfant mâle mulâtre, lequel, à sa naissance, rendait par la verge une partie du méconiura. A l'ouverture du corps, M. Boirie, chirurgien au Cap français, avait trouvé l'extrémité du rectum s'ouvrant dans la vessie. Cette ouverture, très petite, n'avait laissé passer que la partie la plus liquide du méconium, en sorte que le rectum, où s'était amassé le surplus, avait acquis trois fois le volume de sa capacité ordinaire (1). Ce fait, des plus intéressants pour la physiologie du fœtus, est un document précieux pour la question de savoir si une sorte de défécation n'existe pas chez le fœtus avant la naissance.

Nous trouvons, pour l'année 1756, un mémoire d'Eller très développé et très étudié sur un monstre cyclope produit par une destiniction partielle du cerveau ; destruction qui parait s'être faite par le centre, car la substance grise était étendue en lames sur la substance blanche, avec absence ou anomalies de la plupart des nerfs cérébraux. La monstruosité consistait dans une cyclopie. L'œil était surmonté d'un appendice cutané ayant la forme d'un pénis avec apparence de gland et d'ouverture de l'urèthre. La monstruosité était limitée à la tête et surtout à la face. L'importance de ce fait, parfaitement et minutieusement décrit, consiste dans la relation bien établie entre TaiTection destructive de l'encéphale et les anomalies de la face, et en particulier de la cyclopie (2).

Nous citons, en passant, l'histoire d'un monstre de sept mois, indiqué par Isidore Goffroy Saint-Hilaire comme un cas de nosen- CÉPHALIE : débris du cerveau réunis dans un sac pendant hors du crâne. Il y avait en plus un spina bifida et une déviation considérable de l'épine : l'incurvation supérieure était telle, que

(1) Histoire de l'Académie des sciences, année 1753, p. fiO.

(i) ELLn, Histoire de V Académie royale deê sciences de Berlin, 1755.

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les vertèbres cervicales faisaient saillie sous le sternum, et que le menton s'appuyait sur Textrémité supérieure de ce dernier (1).

Les AcTA HELVETiCA pouT Tannée 1772 publient en latin une observation de Sandifort, relative à un cas d'éventration considérable avec ectopie de presque tous les viscères abdominaux, et une déviation considérable de Tépine et un torticolis (2). La coexistence d'une éventration avec les deux difformiiés simultanées de répine ne permet plus de doute sur l'origine de la monstruosité; mais l'auteur ne dit mot de cette relation.

Nous rappelons encore du même auteur, un cas d'hydrocéphale avec destruction partielle du cerveau et de la moelle épinière et spida bifida. Ce fait, comme le précédent, porte avec lui le cachet de son origine, mais aussi celui de l'imperfection de l'observation à cette époque ; car les auteurs semblent n'avoir pas regardé ce qui existait autour des parties qu'ils décrivaient.

Nous rencontrons encore pour 1774 une intéressante observalion de DuFOUR, relative à un cas d'absence complète du cerveau et de la moelle, avec convulsions du fœtus senties et accusées par la mère. Lors de l'accouchement on avait constaté la fétidité des eaux de ramnios{à). L'auteur a accompagné son observation de quelques réflexions sur le mécanisme de l'acéphalie, qui nous ont paru mériter d'être prises en considération.

L'auteur pense que peu de temps après la conception est survenue une hydrocéphale; qu'au cinquième mois, les parties contenantes ont laissé échapper la plus grande partie de l'eau contenue dans le crAne ; que cette eau étant tombée dans l'amnios, a produit le changement do conformation du ventre de la mère; que le fœtus est mort à sept mois et demi dans les convulsions ; que, pendant le mois suivant, les parties contenantes du cerveau ont été macérées et dissoutes, ainsi que le cerveau lui-même et

(1) NoLLEsoN, Ancien journal de médecine, de vhir. et de pharmacie ^ tome XXIX, p. 514.

(2) Acla, Ilelv. ph[i. mathe., 1772, p. 50.

(3) DuFouR, Journal de médecine, de chirunjie. et de pliarmacie y aie. ^ avril 1771, t XXXV, p. 325 et suiv.

ses prolongements; et que ces parties corrompues étant dissoutes par les eaux de Tamnios ont passé par absorption dans le torrent de la circulation de la mère, ce qui a occasionné la mauvaise haleine remarquée chez celle-ci.

L'auteur pense que, si Ton a vu des acéphales venir au monde vivant, ou vivre quelque» jours après, c'est qu'ils avaient encore le cervelet, la moelle allongée et la moelle épinière.

Il explique comment la sortie des eaux du crâne et leur épanchement dans la cavité de l'amnios n'ont pas entraîné immédiatement la mort du fœtus, en disant que probablement ces eaux ne se sont épanchées, à travers les pores ou une déchirure des parties contenantes, que d'une quantité suffisante pour conserver avec les eaux de l'amnios une égalité de pression ; que U pression restante du liquide crânien sur le cerveau a suffi pour empêcher l'affaissement de celui-ci sur lui-même*, pendant la reste du temps que le fœtus a vécu dans le sein de la mère depuis la rupture des membranes encéphaliques.

Enfin, suivant l'auteur, l'hydrocéphale a eu lieu entre la piemère et le cerveau et s'est étendue sur le cervelet, la moelle allongée et la moelle épinière ; car la dure-mèr^ et la pie-mère manquent dans cette étendue ; et si ces membranes sont conservées à la base du crâne, c'est que celle dernière a fourni un point d'appui, et qu'ainsi elles n'ont pu être distendues et amincies par le liquide hydrocéphalique.

Nous signalerons encore :

4' Une très curieuse observation de Plazanet (1772) (1) : destruction complète de l'encéphale et do la moelle avec difformité de l'oreille interne, absence du cou et des vertèbres cervicales, courbure latérale de la colonne vertébrale et incurvation avec signes de torsion des vertèbres et soudure des trois premières vraies côtes.

2* Deux observations de Ilenckel (1772) (2), la première : destruction complète du cerveau et partielle de la moelle avec absence presque complète des membres supérieurs et deux pieds

(1) Journal de médecine, année 1772, p. 49S.

(2) Histoire de l'Académie des sciences, 1772, 1** partie.

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bols. L'auteur s'exprime comme il suit : « Les extrémités infé- » rieures étaient dans Vétat normal, à cela près que les pieds » étaient reioumés en huut{i). » La seconde observation de Fréd. Henckel (est-ce le même) (1773) concerne un cas de destraction du cerveau avec adhérence des enveloppes du fœtus aux enveloppes d'un autre fœtus; absence de placenta, extrémité du cordon flottant, vestige d'une main gauche.

3* Une observation de Monro relative à un monstre acéphale avec destruction partielle de la moelle; absence de tous les viscères thoraciques et de presque tous les viscères abdominaux, mais avec difformités des membres abdominaux (2).

A"* Sœmmering a trouvé chez un enfant qui venait de naître, une destruction des lobes antérieurs du cerveau, le nez fort petit et creusé d'une seule narine. Le lobe antérieur était déformé au point qu'il ne fut pas possible de trouver un nerf olfactif; au lieu de ceux des naseaux, on n'a trouvé qu'un seul croquis de forme intercalaire (3).

Ces diverses observations suffisent pour appeler l'attention sur tous les effets possibles de l'affection destructive du système cérébro-spinal. Mais ce ne sont toujours que des pierres d'attente d'une construction à venir, dont nous ne préparons pour le moment que les assises.

Nous terminons cette série d'indications par une observation d'une grande importance. Cette observation consiste dans un travail universitaire sur un cas fort curieux d'éven (ration, accompagné de rétraction musculaire des membres, rétraction indiquée par l'auteur dans ses caractères objectifs, mais non encore comprise dans sa nature et dans ses effets spéciaux.

(1) Nov. acl. Acad. se. natur. curiosorunif 1773, t. V, p. 169.

(2) Alex. Monro, Transacttom de la Société royale d'Edimbourg^ 1774, vol. III, p. 215.

(3) ScEMMKRiNG, Figure descriptive de G. Moring, Mayenne, 1791, p 26, tab. IX

OBSERVATION X

MONSTRE CÉLOSOMIEN (iSID. GEOFFROY SAINT-HILAIRE)

SOMMAIRE. — Sortie d'une grande partie des Tiaoèree abdominaux par une ouTorture de la ligne blanche et une perforation arrondie du péritoine. — Intestine à nu et enflammés. — Extension peimanente des bras etdes doigts; du oôtè gauche, l'extension est portée au delA des limitée phjrsiologlques. — Kain droite adhérente à la f eese droite. — Absence des muscles fléchisseurs du bras ; brièveté et tension des extenseurs et des ligaments. — Flexion forcée et permanente des cuisses sur le bassin, et flexion des jambes sur les cuissee, raccourcissement extrême des fléchisseurs et des ligaments. — Dériation des pieds.

HiSTORiA PARTUS. — Calharina, nomine Meyer, Frauenfelde, prope Scaphusiuni in Helvetia, octodecim anle annos nata filia, ab initio inensis Maji 1758, concubitu illicite gravida facta, pœna^ metû, sub finem inensis Julii, patriam cum Alsatia commutans, muftis hujus provinciae locis pervagatis, tandem in page, haud procul ab urbe bac sito, Schiltigheim dicte, substitit. Hic die 8 mensis Decembris, média nocte, doleribus partum praBsagientibus, nulla causa manifesta praeccdente, correpta, die sequente, tempère matutine, urbem banc intrans, glaciei lubricas minus firmiter insistens, graviter ad terram supina concidens, de fortibus hinc partus deloribus statim conquesta, in Gynseceum Nosocomii hujus civitatis depertata fuit. Ege praesens, parturienteni, inorc obstetricantibus consueto, nulle prsBsente ad partum dolore, taclu exploravi, et inveni orificium ejus uteri, magnitudine thaleri mineris apertum, labia ejusadhucdum crassa, membranas fœtus, liquoremque amnii continentes, nondum ruptas, in latere parturientis dextro, corpus quoddam duriusculum, nec mole parvum sed ratione duritiei et circumferentiœ, capiti fœtus valde dissimile : supra hoc corpus, parva quœdam membra incumbebant, quœ ob membranas illas nondum ruptas, utrum digiti pedis, anmanus essent? Dignoscere nonpotui. In latere parturientis sinislro, transversim has membranas, nil nisi corpus quoddam melliusculum, placent® haud absimile, sed nulla hsmorrhagia stipatum, tetigi. Supervenientibus postea veris ad partum doleribus, membranas dicts, aqua, ut fieri solet, plenae, hinc renitcntes, duarum spatie horarum, extra corpus parturientis propulsas, vi ultimi doleris ruptaî, hinc aquao eflluxum pormittentes, occasionem mihi praebucrunt, situni fœtus accurate explorandi : Inveni auteni clunem fœtus dextram in exitu vaginap

(1) Fried, Disscriatio înauguralis quaFœtum intestmisplanenudit extra abdomen propendentibut nalum solcmni eruditorum examini subinittit Georg. Albcrtus Frhsd argeniensis, die Aiigusti, anni 1760. Argentorati, Typis Henrici Hertiii univ. Typ.

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posiiam, cujus clunis parti exteriori, manus fœtus dextra firmiter impacta, clunis vero sinistra in curvatura ossis sacri adhucdum posita erat. Sine mora itaque digitum meuin indicem inguini clunis dextrae, unci instar incurvatuin immisi, et leni facta altractione, cum, eo ipso momento, part u riens forti correpta fuerit dolore, non solum dextra, s^d et simul sinistra, fœtus dunes, in lucein prodierunt, imo fœtus sponte in abdomen suum circuinvolvit. Postea coxas utrasque liuteo sic£o apprebendi, et unico, sed finno tractu, abdomeUi p^us, brachia, caputque fœtus eduxi. Placenta sponte prodiit. Infant masculus, vivus quidem, sed non vitalis, hinc statim baptizatus^ pependit libras très, uncias quinque, et drachraa^ duas, ponderis cjivilis. Longitudo ejus, a capite ad clunes, unius pedis, a elunibus ad calcaneum, quinque poUicuin erat. Vixit pcr decem et septem boras, et per alvum, ope injectionum aqux tepidsB reiteratarum, ma^oonium ex flavo viride excrevit. Mater puerperium féliciter transegit.

Oescriptio anatomica. — Immédiate infra funiculum ejus umbili-* calem, in medio lineo) albse, abdomen hiabat, foramine, magnitudinia circiler uucis moscataî minoris, per quod intestina omnia, a duodeno ad rectum usque, cum portione alîqua omenti, nullis membranis tecta^ nuda propendebant : foramen hocce annulus erat qua$i tenidi- Dous, a cute rcflexa formatus, per queni portio perilon^BÎ prodieni, in tota hujus annuli circumferentia inferiore non solum, sed et intestiiiis, facie annule obversa, annata fuit.

Intestina ipsa, et valde inHata, et inflammata erani.

Mtisculi recti, reclinatis abdominis integumentis, in eo saltem a naturali situ recedebant, quod, non immédiate infra funiculum umbi^ licalem, sed infra annulum illum, ad cujus latera uterque descendebat, ad se invicem accédèrent.

Peritonœum, immédiate infra funiculum umbilicalem, non inasqualiter, nec longitudiaaliter, dilaceratum erat, sed foramine, fere rotundo, ita biabat, ut ejusdem productio, sub integumentis, annulum istum quasi tendineum formantibus, connata, iterum veri anuuli figuram, intestinis arcte accreti, representaret.

Omenti maxima pars, juxta longitudinem magnœ curvaturae ventri*culi adh^'rens, per annulum dictum exiens, concavitati magnœ eurvatura) coli annexa, substantia) funt^osa^ haud dissimilis fuit.

Viseera abdominalia pleraifue, contra statum naturaleui, sinîstrorsum magis pressa erant,

Hepar mole valde magnum, ad hypochondrium sinislrum usque inclinans, ventricuhim ibi, magna ex parte, non solum obtegens, sed et usque ad regionem epigastricam, nec non bypocbondriura dextrum, imo ad cristam ossis ilei usque extensum erat.

Ventriculus, ex rcgione hypogastrica sinistra in regionem umbilicalem usque vergeas, inediante çurvatura sua magna, reni sinislro incumbebat, qui ren, in regione iliaca sinistra, situm transversuni tenebat.

Vesica urinaria naturaliter erat sita.

ArteridB umbilicales, et médius inter bas assurgens urachus, prope dicli annuli partem inferiorem arcie ad se invicera accedentes, sinis- Irorsum circa annulum eundem ascendentes, funiculum umbilicalem ingressiE sunt.

Ren dexter, seque ac lien, naturales epant.

Intestinum duodénum, ad marginem scintlentem anteriorcm, et dextram bepatis, gyrum formavit, perquem intestinum jéjunum, rétro tractum transversum coli, in latere dextro per nominatum annulum, et cum colo omnia intestina, tam tenuia, quam crassa, recto excepte exierunt : Iléon, formatis variis gyris, in intestine cseco cessabat, ciii colon ita continuum esse videbatur, ut hœc tria intestina valde difficile distinguenda invicem fuissent, nisi processus vermiformis, illis adnatus, apparuisset : Colon, ex caeco exiéns, recto quasi itinere, ad dictum usque annulum, in latere dextro ascendens, et ibi, formata magna çurvatura, seu Iractu transverso, ad latus intestini jejuni, annulum istum sinistrorsum intrans, formate duplici flexu, qui S Romauum inversum représentât, in intestinum rectum abiit.

Mesenterii nulla plana vestigia apparuerunt, quoniam intestinorum tam tcnuium, quam crassorum gyri, fere ubique connati erant.

Infantis extremitates, brachia nlmirum atque pedes, sequenti modo consiitutai erant.

Brachia, utraque extensa, ad clunes descendebant.

Hanus dextra, cluni dextr.'e, digitis secundum longitudinem extensis, inhxrebat : Manus autem sinistra, locum, intra cristam ossis ilei, et ultimam coslam spuriam, digitis, extrorsum versus dorsum flexis, tenebat.

Digiti manuum ita complanati, et compressi erant, ut in partibus, quihus incumbebant, nolabiles foveas impresserint.

Extremitates superiores, quoad articulationem cum scapulo, flexiles, et quoad flexuram cubitiy immobiles fuere.

Musculi, os summi humeri ad truncum moventes, in latere sinistre, omnes, fsubclaiio excoplo, adorant, in latere dexlro vero defuit quoque latissimus dorsi.

Musculi pect(»ralis innjoris tota portio clavi(ularis,in sinistro latere abfuitf et portio .ejus tliuracica, très forniavii ansiilas, (piarum prima incepit in média parle rartilaginis quarl;e eosta» ver.e, seeunda in carlilagine eosta} quintaî verce, lertia denfciue ansula communicationis cum niusculo oblique externe, a sexta costa vera abiit : in latere

dextro portio thoracica (portio clavicularis enim quoque abfuit), duabus solummodo ansulis gaudebat, quarum prier incepit inagis antrorsum versus sternum, in carlilagine costal quintas verae, posterior in initio cartilaginis sextae costaî veraî orta, ad septimam et ultimam costam veram, semi-circulum quasi describens, descendit, ibique cum oblique externo hujus lateris communicavit.

MusculiyOS humeri ad scapulam moventes, oinnes inlatere sinistro, pectorali majore, latissimo dorsi, et anconeo majore, in latere dextro autem pectorali et anconeo, majore exceptis, deerant.

Musculi, ossa brachii anterioris ad os humeri moventes, in utroque latere omnes, quatuor anconeis, admodum brevibuSy ac tensiSy exceptis, abfuerint.

In latere sinistre, musculerum, radium ad os cubiti, carpum ad brachium antcrius, et digites nianus, meventium, prœter membranam quamdam rubicundam, in nulles muscules distinctes separabilem nullum vestigium aderat : in latere vero dextro omnes, ne unico qui* dem excepte, adfuerunt.

Ex his patet flexores defuisse, extensores nimis brèves y ac tensoSf ut et ligamenta nimis quoque tensa, ortaque inde ligamenta capsularia nimis augustata fuisse

Infantis extremitatum inferiorum pars anterior, introrsum venus abdomen reflexa, et in longitudineniy ad claviculam usque^ pedibus autem extrorsum flexiSy extensa fuit. Use, ubi inguina flectuntur, vix ab abdominem removeri flectiqus potuerunt, sibique relictae, statim resiliebant, et pristinum recuperabant situm. JEque inflexibiles fuerunt in peplitum flexura.

Musculerum harum extremitatum nullus deeral.

Flexores vero omnes admodum brèves, extensores autem, prsecipue glutaei et triceps, valde longi.

Ligamenta omnia, in primis fascia lata, et illa, quio rotulam annéetunt, valde brevia, et tensa erant.

Nous avons réservé, pour la fin de cette période, l'observation qu'on vient de lire. Elle nous a paru réunir toutes les conditions propres à faire apprécier l'état de la science à celte époque, au double point de vue de la tératologie et des difformités chez les monstres.

L'auteur a intitulé son travail : Une dissertation inaugurale. C'est donc, sous la forn^ d'une thèse à discuter, un exposé de ce qu'on savait et enseignait alors sur un point particulier, mais

considérable de la tératologie. Rien n'y manque : une notice bibliographique très étendue, placée à la fin delà monographie, rappelle, en les classant méthodiquement, tous les travaux publiés sur Véventration chez les monstres. On connaît d'ailleurs la solennité qui accompagnait autrefois, dans les universités, le soutènement des thèses. L'argumentation était publique et libre. Chacun était admis à combattre les opinions du candidat, et ses opinions pouvaient être considérées comme un reflet dos idées les plus répandues et les plus avancées sur la matière.

La première chose qui frappe dans cette observation, c'est une application de la méthode d'observation systématisée par Haller. Le grand physiologue avait morcelé tous les faits pour en étudier chaque partie séparément. Il suffit de rappeler les titres des principaux chapitres de son traité De ntonstris pour se représenter cette méthode : Vitia cutanea^ magnitudo aucia^ siius mutatuSy caput cranioimperfeciOy spina bifida, viscera inversay paries super lluce, partes déficientes^ etc., avec des exemples à l'appui. C'est le système que nous avons particularisé au début de ces recherches, et que nous avons dit se répéter dans toutes les spécialilés de la science, à une certaine époque de leur évolution, le morcellement de l'observation (1).

Fried a choisi Yévenlration et il en a fait l'objet de son étude spéciale. Son premier regard est pour l'état de l'abdomen : immédiate infra funiculum ejus umbilicalem, in medio lineœ albœ, abdomen hiabat. Puis il décrit minutieusement l'ouverture : annulus quasi tendinosuSy per quem, portio peritonœi prodienSj ce qui aurait contrarié la description anatomique de Méry, qucWinslow opposait à la doctrine de Lémery; puis les intestins, le foie, Vestomac, les reins, la vessie, les vaisseaux ombilicatix : en un mot, tout le département de l'évcntration, et les moindres particularités qui s'y rappoi tent. 11 y joint quelques détails sur les muscles de l'abdomen et sur ceux des membres ; détails précieux, en ce que, sans avoir la moindre idée de la rétraction musculaire, ni de son action comme cause des dilTormités, il la représente dans sa généralité et dans ses apparences

(1) Pages 2^ et 221 de ces recherches.

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