AVERTISSEMENT
Place, (lès 1834, h la tête d'un grand établissement ponr le traitement (les difformités^ et, quelques années plus tard, investi d'un service chirurgical spécial à l'hôpital des Enfants, c'est dans ces deux centres d'observation qu'ont été recueillis les premiers matériaux de l'ouvrage qui a obtenu en 1837 le grand prix de chirurgie de 10000 francs à l'Académie des sciences.
Ces matériaux, composés de recherches bibliographiques et historiques, de préparations anatomiques, d'expériences physiologiques et d'observations cliniques, ont été rassemblés avec un soin minutieux et contrôlés de façon à ne laisser aucun doute sur leur parfaite exactitude. Si l'on insiste sur ce point, c'est que, à l'époque où l'auteur remporta ses premiers succès, et surtout lorsqu'il fit connaître les résultats d'une pratique novatrice, il excita, non seulement un étonnement proportionné k l'importance et à la nouveauté de ces résultats, mais, ainsi que le constate le rapport de la commission des hôpitaux, provoquée par l'auteur. « Ces résultats étaient, par leur nombre et leur imporï> tance, de nature à frapper vivement l'attention du > public et des médecins; et bientôt ils soulevèrent, dans j) la presse médicale, une polémique ardente et une D critique agressive. La pratique de M. Guérin ne fut pas » seulement accusée d'être illusoire, stérile, dangereuse; » mais on révoqua en doute la réalité et la possibilité » même des succès qu'il avait annoncés (1). »
Quoique les suffrages trois fois réitérés de l'Académie des sciences, au point de vue scientifique, et les conclusions si explicitement approbatives de la commission des hôpitaux, au point de vue pratique, puissent dispenser de toute autre explication sur la valeur des matériaux employés à la confection de cette œuvre, on ne croit pas pouvoir se dis-
(1) Rapport do la Commission nommée par le Conseil général de r Assistance pu bliqu^, p. 2.
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penser aujourd'hui d'en assurer à nouveau, par les rénseirgnements et les détails les plus (précis, la complète et inattaquable exactitude.
Dès son entrée à l'hôpitaldes Enfants, Fauteur s'était assuré un entourage composé d'élèves et de coUaboraleiire sympathiques, tous animés du même zèle, tous imbus tles mêmes principes, et chacun prêtant, suivant ses aptitudes
et ses lumières, un concours assidu au chef de cette modeste
école. Mais on doit ajouter que la participation de ces
aides n'a jamais, en aucun temps, ni sur aucune question,
-éié isolée du contrôle -du maître ni de sa conception dl'en*semble.
C'est ainsi que s'il s'agissait d'observations à prendre sur les nombreux sujets, internes et externes, de son service à rhôpital, ces observations n'étaient jamais rédigées qu'a- -près im examen public du malade, et les remarques du chef de senîce surles particularités scientifiques à noter, et les résultats pratiques à signaler.
lien était dé mêrnè des préparations analôniîqûes.et des expériences physiologiques.. JLes préparations, confiées à liii scalpel délié et à d'habiles pinceaux, étaient scrupuleusement, examinées et vérifiées avant la rédaction des desçriplions; et celles-ci n'étaient défmitivement admises qu'après un.nouveau contrôle eii présence des pièceis; lesquelles ont presque toujours été conservées dansTalcool.
Enfin, un enseignement régulier, continué pendant, plusieurs années sur toutes les questions ainsi préparées, avait pour objet de les coordonner, de les synthétiser, avec la .prévision d'en faire un jour l'objet d'une publication d'ensemble-
Ce travail collectif, harmonisé par une communauté d'efforts et de vues, a donc permis à l'auteur d'accumuler, pendant bon nombre d'années, les innombrables matériaux employés aujourd'hui à l'édification de son oeuvre. Ces
g àVSRTISSKNËMT.
matériaux, qu'on veuille bien le remarquer, préparés en .vue de leur destination, taillés d*après un plan rigoureusement arrêté, se présentent aujourd'hui revêtus de Tauthenticitè de leur origine et consolidés parla double épreuve du temps et de rexpérience (1).
On pourra donc être rassuré désormais sur la possibilité de mener h bonne fm une publication dont les éléments principaux, préparés de longue main, n'attendaient que leur mise' en place pour acquérir leur signification définitive. Bénéficiant de l'opposition qu'on n'a cessé de faire aux idées qu'ils représentent, ils reparaîtront au grand jour de la science la plus nouvelle, comme s'ils avaient été recueillis de la veille.
Deux mots maintenant sur] le mode de publication de l'ouvrage.
Pour que le lecteur puisse se rendre immédiatement compte de la façon dont cette publication s'effectuera, nous croyons devoir ajouter quelques explications au programme reproduit en tête de cette première livraison. Nous espérons ainsi éviter toute méprise et toute confusion à l'endroit du morcellement, quelquefois inévitable, des différents sujets dont se composera l'ouvrage.
Chacun de ces sujets formera un tout nettement circonscrit, comme une sorte de traité spécial dans l'ouvrage général. Quoique publiés séparément, ces traités particuliers s'enchalneroiit à l'œuvre commune par une même filiation d'idées et de principes.
(1) n'ayant oublié ni les uaru ni les tervicei de ceux qui ont collaboré si longtemps et si sympathiquement à notre œuvre, nous nous faisons un devoir de rappeler ici les noms de MM. Brochin, Dechambrc, Kuhn, Mattucliinski, Baciborskîi Werner. Lakerbauer, dont deux seulement ont été conservés à la science, MM. Brochin et Dechambre. En citant ici les noms de ces confrères, dont les sentiments et les idées de quelques-uns ont pu varier, on n*cntond point se prévaloir de leur adhésion, mais simplement de leur participation à un travail collectif, dont rin^>irateur et le régulateur entend garder seul la responsabilité, et, a*il y a lieu, le mérite.
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La livraison que nous publions aujourd'hui oiTrira un double spécimen de cette disposition.
Nous avons débuté par un exposé de la Méthode étiologique appliquée aux choses de la médecine. Ce n'est là qu'un cas particulier de la Méthode scientifique générale^ telle que nous la concevons, et telle qu'elle nous parait destinée à embrasser toutes les spécialités de la connaissance humaine ; aussi bien celles qu'on a prétendu réserver aux spéculations philosophiques et métaphysiques, que celles que l'on a considérées jusqu'ici comme constituant exclusivement le domaine scientifique proprement dit.
Nous le répétons, la vraie méthode scientifique générale nous parait destinée à rompre la barrièreplacée depuis l'origine de la philosophie entre la science de l'esprit et la science de la nature.
Mais avant d'arriver à cette généralisation, nous aurons à demander aux sciences et aux méthodes particulières, dont chacune a la prétention de constituer à elle seule la vraie méthode, leurs titres et leur compétence. Cet inventaire, qu'il ne faudra pas prendre pour de l'éclectisme, nous conduira pas & pas à la construction de la méthode scientifique générale, en montrant tout à la fois la valeur respective de chacune des méthodes particulières, et leur insuffisance à réaliser la méthode générale.
Pour opérer ce départ nous aurons donc à examiner séparément et sucessivement la signification :
i"" De V analyse et de la synthèse appliquées à la mé^ decine ;
2* De Vintervention médicale des sciences physiques et chimiques ;
3** De la méthode numérique appliquée à la médecine ;
4* De ïanatomie et de la physiologie sous toutes leurs formes et dans leurs diverses applications : anatomie et physiologie normale, comparée, pathologique et générale ;
Ho Avertissement.
5* De Vhistologie et de la microscopie;
6" De Y expérimentation et des vivisections;
7" Des doctrines médicales : vitalisme^ humorisnie^ organicismej dynamismey empirisme^ éclectisme;
8** Des classifications médicales et de la méthode naturelle;
Q"" Yi^\2i méthode expérimentale; *
10" De V observation clinique de Y induction et de la. généralisation;
H" Enfin de \di méthode scientifique générale.
Ces divers exposés, présentés séparément, un à un, accomj)agneront chaque livraison , avec une pagination à part, pour être réunis plus tard comme parties d'un môme tout, lors de Texposé de la méthode scientifique générale^ • Le second spécimen du- morcellement que nous serons obligé de faire subir à • chaque traité particulier est représenté aujourd'hui par nos recherches sur les difformités congénitales chez les monstres ^ le fattus et V enfant ^ trop étendues et trop importantes pour être renfermées dans les limites d'une seule livraison. Le lecteur ne tardera pas^ en effet, à s'apercevoir que ces recherches, les plus considérables, les .plus originales de notre œuvre, ont été le point de départ de la révolution qui s'est opérée dans l'orthopédie scientifique et .chirurgicale. Rappeler que la théorie de la rétraction musculaire a donné la clef des innombrables difformités musculaires auxquelles a été appliquée la ténotomie sous- -cutanée y c'est rappeler l'époque la plus brillante, mais aussi la plus orageuse de notre carrière. Aujourd'hui que les passions qui nous ont poursuivi se sont éteintes, où à peu près, avec ceux qui les avaient fomentées, il sera possible d'établir définitivement la véritable étiologîe des principales difformités congénitales, c'est-à-dire de celles, si nombreuses et si variées, qui sont produites par la rétraction musculaire.
AVERTISSElilENT. Il
Or, qu'est-ce que ce premier chapitre de Thistoire des dif* formilés, si ce n'est l'histoire d'une de leurs grandes causes, et le spécimen d'un travail qui devra se répéter pour la détermination de chacune de celles-ci. C'est ainsi que nos recherches sur le rachitisme j snr les arthr algies^ sur la luberculose^ sur les difformités traumatiques, viendront successivement, comme des suites et des compléments de l'étiologie générale des difformités. Et lorsque ces causes générales auront été déterminées et circonscrites dans leur domaine propre, il sera permis d'aborder et de traiter séparément toutes leurs localisations, de les suivre dans leur rencontre avec des localisations d'autres provenances étiologiques ; de façon à faire voir que si les unes et les autres occupent parfois le même théâtre, elles ne perdent pas pour cela le caractère de leur origine particulière. A ce titre, elles conserveront, comme pierres d'attente d'un même édifice, le double cachet de leur indépendance et de leur destination.
Nous n'ajouterons qu'un mot sur la façon dont nous concevons et exécuterons les aperçus historiques afférant à nos diverses recherches.
Considérant les conclusions auxquelles nous sommes arrivé sur chaque sujet comme autant d'étapes dans la voie du pix)grès, nous chercherons moins à faire l'histoire générale des travaux de nos prédécesseurs, qu'à préciser notre point de départ et d'arrivée. Nous ferons assister le lecteur à l'évolution graduelle de nos idées jusqu'au point où nous les présentons aujourd'hui. Chemin faisant, nous mettrons incessamment en regard des opinions passées nos démonstrations présentes. C'est de cette façon que nous concevons l'histoire scientifique générale, et celle qui nous occupe en particulier.
Nous nous dispensons de citer ici des exemples ; ils s'offriront d'eux-mêmes à l'occasion des différents sujets que
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nous aurons à traiter, en commençant par la théorie de la rétraction musculaire. Aucune découverte ne montrera mieux combien il est facile, sans rien omettre des travaux de nos devanciers, d'en indiquer l'origine, les phases successives et la conclusion finale.