‹ Recherches sur les difformités congénitalesChapitre 46 sur 102 · J. GUÉRI.N · texte numérisé non relu

J. GUÉRI.N

fréquente, soit immédiatement des parents à leurs enfants, soit même de la première à la troisième génération.

> Les remarques que je viens de présenter sur le pied bot, sont, pour la plupart, applicables à diverses anomalies qui présentent avec cette déviation des rapports plus ou moins intimes, et qui toutes constituent comme elle de véritables vices de conformation. Tel est, en particulier le renversement ou la torsion de la main^ beaucoup plus rare que le renversement du pied, mais qui lui est parfaitement analogue par ses caractères anatomiques, par les diverses variétés qu'il présente, et, sans nul doute aussi, par ses causes (1). On doit encore en rapprocher les déviations congénitales assez variées qui résultent du renversement de la torsion ou, d'une manière plus générale, de la direction vicieuse des doigts, des orteils^ des jambes^ du rachis ou de toute autre région du corps. L'analogie, quoique devenant ici beaucoup moins marquée, est encore très réelle, et tellement que je ne pourrais exposer d'une manière générale la nature, les conditions essentielles et les causes de cet diverses déviations, sans reproduire, sous une autre forme, ce que je viens de dire sur le pied bot.

» La torsion du rachis est la plus remarquable des déviations que je viens de citer, et la seule sur laquelle je crois devoir m'arréter spécialement dans cet ouvrage purement théorique. Malgré l'assertion de quelques médecins, jouissant d'une juste réputation d'exactitude, ce vive de conformation est quelquefois congénital. Bien plus, on a vu chez le fœtus la torsion du rachis portée au plus haut degré. La déviation était telle, par exemple, dans un cas dont l'observation est due à Méry (2), que des parties ordinairement placées dans la région antérieure du corps, par exemple les organes génitaux, étaient devenues tout à fait postérieures. Les auteurs qui ont cherché à déterminer les causes de l'incurvation pathologique du rachis, n'ont tenu aucun compte ni de ce fait, ni de ceux, moins remarquables d'ailleurs, qu'on peut en rapprocher ; et ils ont ainsi négligé des éléments dont la discussion n'était cependant pas sans importance

(1) Bartholin (Hisl. rar., cent. III, hisl. VII) en donne un cas observé chei un monstre; — M. MARiOLiii un autre chez un enfant de deux mois, voyez le Dictionnaire de médecine, t. XVI, art. Orthopédie, p. 34. — Voyez aussi âldrovante, Fœtus distortis manibus et pedibus, dans son Histoire des monstres, p. 498 (la planète d'Aldrovcnde est faite d*après Paré), et Cruveilhier (cfis analogue au précédent), loc. dt.

(t) Historique de l'Académie des sciences pour 1706, p. 472. Le sujet de cette observation présentait d'ailleurs de graves anomalies : le crâne, la poitrine et Tabdomen étaient ouverts et le cœur n'avait que deux cavités. Je démontrerai ailleurs la coïncidence assez fréquente de la torsion de la colonne vertébrale avec le déplacement herniaire des viscères des deux grandes cavités thortciques.

pour le problème qu'ils s'étaient posé. Aussi les résultats, auxquels ils sont arrivés, sont-ils loin d'être tous à Tabri des objections, et de nouvelles recherches sont-elles encore nécessaires pour élever au rang des faits positifs leurs théories dans lesquelles on ne saurait voir encore que des hypothèses plus ou moins vraisemblables (i). »

Il est impossible de mieux préciser ce que signifiaient h cette époque les difformités qui accompagnent les monstres. En fait, Tauteur reconnaît leur existence ; mais c'est à peine s'il a songé & leur proportion numérique. II ne fait que rappeler Tindication partielle et occasionnelle donnée par Ghaussier sur la fréquence relative du pied bot.

Quant à la signification de la coexistence du pied bot et des autres difformités, Isidore Geoffroy ne s'en préoccupe pas. Si dans renoncé des causes banales qu'il a attribuées à cette difformité il a rencontré celles ou quelques-unes de celles qu'on a attribuées à U monstruosité, il n'insiste pas sur cette communauté d'origine. Enfin, on a vu avec quelle bonne foi il retranche parfois du domaine des arrêts de développement, le pied bot et ses différentes variétés. Il abandonne, sur ce point , la doctrine et les idées de Meckel, mais pour revenir à la théorie non moins fantastique des brides et des adhérences fœtales.

On est donc obligé de conclure sur ce point :

1* Que Isidore Geoffroy n'admettait les difformités chez les monstres que comme des faits accidentels sans rapport direct avec la monstruosité ;

^ Que comme origine des difformités, il a pu admettre les mêmes causes que celles des monstruosités, mais sans chercher, dans cette origine commune, la moindre liaison nécessaire, entre ladîfformîté et la monstruosité; c'est-à-dire de façon à faire considérer la difformité comme partie intégrante de la monstruosité ;

3* Enfin que, parmi les causes assignées aux difformités, considérées comme une sorte de chapitre à part d'anomalies, il n'en est aucune qui se rapporte directement ou indirectement à la maladie cérébro-spinale, et encore moins à la rétraction musculaire.

(1/ Isidore Geoffroy SAiNT'iliL\iRi:, Traité de tératologie, t. 1, p. 306 à 4(M.

Ayant ainsi fixé aussi nettement que possible l'état de la science téralologique au moment où est venu Isidore Geoftroy, et après la publication de son ouvrage, il nous reste à rechercher quelle a été, sous l'influence de ce passé si bien résumé et de l'avenir si nettement jalonne par l'auteur du Traité de léraiologiey la direction des esprits, et quelles ont été les acquisitions réalisées au double point de vue des doctrines et des faits.

L'École de Paris, et en particulier les deux Sociétés dites d'anatomie et de physiologie^ et les colleclions du musée Dupuyiren^ sont les centres où il faut chercher toutes les ébauches qui se sont produites; nous allons donc demander à ces trois sources, les documents qu'elles ont produits depuis 4830 jusqu'à nos jours.

Page 1