C. — Distributions dé la rétraction
Il faut entendre par distributions de la rétraction deux choses : i* le siège qu'elle affecte dans telle ou telle région du corps, dans tel ou tel appareil de muscles : c'est sa distribution topogra-phiqfie ; ^ son siège dans tels ou tels muscles d'une même région ou d'un appareil déterminé : c'est sa distribiUion anatomique. Par exemple, la rétraction occupera tantôt les muscles de l'œil, ceux du cou, ceux de l'épine, ceux des hanches, ceux du getiou, ceux du pied ou tous ces muscles à la fois ; voilà autant de distributions topographiqties différentes qui donneront lieu à autant de difformités proprement dites. Dans chacune d'elles, la rétraction occupera tel ou tel muscle, deux, trois, quatre, tous les muscles de l'appareil ou de la régioiî, et réalisera à son tour autant de distributions anatomiques distinctes. Cet élément est donc à double titre une puissance de diversité incontestable. U suffirait pour en donner une idée de rappeler ce qui * existait auparavant. A chacune des difformités que nous considérons comme autant de cas particuliers de notre théorie, comme autant d'effets diversifiés par le siège seulement de la rétraction, correspondaient autrefois des dénominations, des théories essentiellement différentes, sinon opposées. Ainsi que nous l'avons déjà rappelé, à un autre point de vue, c'était le strabisme dû à une inégalité de forces des deux yeux ; le torticolis ^ à des attitudes vicieuses ou à un arrêt de développement du sterno-mastoîdien ;
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hdéviationde VépinSy au rachitisme ; la luxation originelle des fétnurSy à unarrit de dét^do/^petn^nt des cavités cotyloïdes; le pied botf à des positions vicieuses du fœtus dans le sein de la mère ; et ainsi pour toutes les difformités du même ordre. La distribution topographique qui formule et rapproche toutes ces différences, considérées jusqu'ici comme essentielles, exerce donc par le fait une très grande puissance de différenciation. Cette différenciation est tout extérieure sans doute au point de vue de Tunité théorique; mais sans elle, ne serait-il pas impossible de mettre d'accord tant de disesmblances et d'oppositions; et ces dissemblances ne serviraient-elles pas de prétexte pour faire contester leur communauté d'origine et pour les enlever à la cause générale qui les engendre.
Bien que destinée à remplacer les diverses hypothèses qui se partageaient Je domaine de la rétraction musculaire, notre théorie des modes de distribution de la cause respecte néanmoins les dénominations consacrées; elle se contente de les ramener à leur commune signification. Le strabisme continuera à s'appeler strabisme, mais on saura qu'il ne diffère du torticolis^ delà déviation de V épine scoliose^ des luooations originelles du fémurs du pied bot y etc., que par le siège des muscles affectés et la nature des parties déviées. Il y aura avantage à cela et nul inconvénient. Les véritables connaissances acquises à l'égard de chaque difformité seront moins bouleversées ; on admettra avec moins d'opposition les idées nouvelles qui sont présentées sous les anciennes dénominations.
La distribution anatomique n*est à proprement parler qu'une dépendance de la distribution topographique. Elle a une importance du même genre. Son domaine serait déjà marqué et son utilité démontrée rien qu'en ayant égard aux faits précédemment acquis et dénommés dans la science. Depuis longtemps on avait, pour chaque difformité , des désignations vulgaires ^ exprimant leurs variétés principales. On avait des pieds bots iguinSf varuSy valgus, etc., mais on était si loin du véritable sens et de la portée de ces appellations symptomatiques, que, pour certains auteurs, elles exprimaient de .véritables espèces. Ainsi on regardait et indiquait comme trois espèces de pieds bots
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difierents«ré9uîn,Ie varus et le vaî^u^ (4). Ces quelques désignations consaci^ant rignorance de toute notion étiologique étaient d'ailleurs bien loin de répondre au nombre et à la variété des faits qui se trouvent entre les coupes arbitraires de l'observation empirique; en dehors de ces coupes, il y avait une foule de variétés non déterminées, que Ton confondait avec celles admises, ou dont on ne tenait aucun compte, parce qu'on ne les apercevait pas.
Cependant la considération de la distribution anatomique de la rétraction est destinée à remplir toutes ces lacunes. Non seulement elle donnera un sens et une signification aux anciennes dénominations, mais elle espacera entre elles toutes les variétés et sous-variétés que l'observation étiologique a révélées ou révé^ lera.
Nous l'avons très souvent fait remarquer : la véritable étiologie n'a pas seulement pour résultat d'éclairer et d'expliquer les faits observés; elle a surtout l'avantage de mettre en évidence ceux que l'on n'apercevait pas, et de faire prévoir ceux qui ne se sont pas encore présentés, mais qui peuvent être induits de la théorie, et qui se présenteront probablement un jour. Ainsi donc la distribution anatomique de la rétraction constitue un élément de diversité étiologique fort précieux ; c'est par lui qu'on aura raison et classification de cette multitude innombrable de faits inaperçus autour du petit nombre de ceux qui avaient été désignés mais non déterminés. Ce n'est pas le lieu d'indiquer quel pourra en être le nombre, il serait incalculable; car chaque appareil musculaire, à commencer par les plus simples, se compose d'un ensemble de muscles qui peuvent tous, isolément, successivement ou simultanément, être rétractés, et par conséquent réaliser autant de variétés ou sous-variétés de difformités qu'il peut y avoir de combinaisons d'actions de ces muscles et de modes et degrés de leur rétraction. Sans vouloir entrer à cet égard dans des détails dont le moindre inconvénient serait d'être forcément incomplets, nous dirons que nous avons admis pour chaque distribution topographique deux distributions anatomiques principales : l'une, dans laquelle la rétraction
(1) Aritele Rud bot du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiqiUi*
St DIFFORMITÉS CONGÉNITALES
est bornée à un muscle ou au moins à ceux des muscles d'où procède exclusivement telle forme, telle direction déterminée ; Tautre, dans laquelle la rétraction s^étend à tous les muscles de la partie. Les difformités de la première catégorie sont dites simples; celles de la seconde composées. Ainsi un pied bot équin simple sera celui où les muscles du mollet seuls seront rétractés ; Véquin composé^ celui où ces mêmes muscles, plus tous les autres muscles extenseurs et fléchisseurs de la jambe» du pied, participeront plus ou moins à la rétraction; avec cette condition toutefois, que la rétraction prédominera dans les muscles postérieurs, et décidera ainsi du caractère spécial de la variété, c'est-à-dire de Téquinisme. Entre ces deux extrêmes d'actions de la cause, on conçoit qu'il puisse exister une foule de nuances intermédiaires ; on peut dire même, et cette remar* que nous l'avons reproduite à l'occasion de chaque difformité particulière, qu'il existe bien plus de diflormités composées que de difformités simples^ ces dernières maintenues dans leur plus rigoureuse acception. La raison en est que la maladie nerveuse qui produit la rétraction est plus rarement et plus difficilement bornée à un seul rameau nerveux terminal. D'où il résulte que les formes propres à chaque variété sont bien plus décidées par la prédominance de la rétraction dans tel ou tel muscle, au milieu de tous les muscles rétractés, que par la rétraction isolée de tel ou tel muscle au milieu de tous les muscles sains. Cela se voit surtout aux difformités des membres, au pied bot par exemple.
Il est inutile d'en dire davantage pour faire ressortir l'utilité de ce point de vue. L'application de la théorie aux cas particuliers qu'elle comprend en est une démonstration incessante ; et si nous avons autant insisté, c'est qu'en effet les différents modes de distribution de la rétraction constituent peut-être l'élément de diversité étiologique le plus fécond et le plus capable d'établir le caractère expérimental de notre théorie, bien que comme base de classification méthodique il soit d'une importance moindre que la considération des modes de la rétraction.
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D. — Combinaisons de la rétraction.
Nos mémoires particuliers sur le pied bot^ les luxations coU' génitales^ le strabisme^ nous ont fourni plusiei(rs fois l'occasion de dire avec détail ce que nous entendons par combinaisons de la rétraction. Dans chacune de ces publications, nous avons cherché à montrer la valeur de ce quatrième élément de diversité étiologique ; il ne nous reste donc qu'à compléter le sujet plutôt qu'à le traiter dans toute son étendue.
La réalisation de la rétraction ne peut s'effectuer sans impliquer les conséquences de ses doubles rapports avec les nerfs et les filets nerveux qui ta provoquent, et avec les appareils muscu-» laires et nerveux où elle siège. Or une première conséquence c'est que tous les nerfs d'une région, tous les muscles d'un appareil, ne sont pas nécessairement intéressés de la même manière, en même temps et au même degré. La maladie ne procède pas avec cette uniformité; au contraire, tantôt il n'y a qu'un filet nerveux d'atteint, tantôt l'affection occupe le tronc principal, tantôt un de ses rameaux seulement ; ou bien la maladie procède de plus loin, elle vient du cerveau ou de la moelle. Il en est de même des muscles : le plus souvent à côté d'un muscle sain se trouve un muscle rétracté; puis un muscle atteint de spasme^ puis un autre paralysé; et cela à des degrés qui varient pour chaque mode et souvent pour chacun des muscles où ce mode est réalisé. Qu'en résulte-t-il? C'est que ces différents modes et leurs différents degrés, considérés jusqu'ici isolément et dans leurs rapports avec un seul muscle ou un seul système de muscles, ne sont jamais tels dans la réalité. Toujours ils sont diversifiés et combinés à l'infini dans un même appareil musculaire et presque dans le même muscle. C'est un champ ouvert à d'immenses et presque incalculables possibilités. Qui pourrait dire en effet à combien de combinaisons peuvent conduire tous ces éléments de permutation mis en regard les uns des autres et dans toutes les conditions de variations dont ils sont susceptibles? Il est inutile de l'essayer : même à des centaines près, on