‹ Recherches sur les difformités congénitalesChapitre 71 sur 102 · I. 60ÉRI1I · texte numérisé non relu

I. 60ÉRI1I

754 DIFFORMITÉS CQMtlIlTALlS

En ce qui concerne la thèse générale de M. Joly, nous Favons battue en brèche par deux ordres de considérations et de faits :

Nous avons établi en principe que les monstres difiEèrent essentiellement des êtres normaux, au point da vue de leur causalité et de leur organisation, en ce que la monstruosité ou anomalie n'est jamais que le résultat d'une cause partielle, locale, accidentelle, ne troublant et ne modifiant l'action des causes naturelles auxquelles sont dus l'évolution et les caraaères des êtres normaux, que dans un point, dans une fraction de l'orga* nisme, par opposition à l'action de ces dernières dont la généralité, la constance et la fixité réalisent des produits permanents, associés, combinés dans un même ensemble et suivant un système qui représente le caractère de leur action. A cette grave considération qui infirme la base de sa doctrine, M. Joly n'a rien répondu. Elle reste donc acquise à la cause.

En revanche, M. Joly a reproduit sa thèse, c'est-à-dire la thèse de Meckel et des deux Geoffroy, que les monstres ne sont que des arrêts de développement qui représentent des dispositions transitoires de l'évolution embryonnaire ou des états fixes des espèces inférieures. Mais au lieu de répondre aux objections sérieuses, aux faits contradictoires que nous lui avons opposés, ceux tirés de la grande classe desencéphaliens, il nous cite, avec profusion, des exemples propres à maintenir son système, c'està-dire, la corrélation des monstres avec divers états de la vie embryonnaire ou de la série zoologique. Eh bien I nous le déclarons net à notre adversaire, son système est faux, absolument faux, et les faits qu'il cite, c'est-à- dire les analogies dont il s'étaye, ne reposent que sur des apparences extérieures, superficielles, peu dignes de la sagacité et du talent qui les invoque.

Le principe de sa doctrine est taux, parce que d'abord il est en contradiction avec la généralité des faits. J'ai montré qu'aucun des monstres encéphaliens ne pouvait être ramené de loin ou de près à un état embryonnaire quelconque, à un animal quelconque de la série zoologique. Je n'ai cité que cet exemple, mais j'en produirais des centaines ; je citerais la presque totalité des monstres. M. Joly, comme le lecteur, m'épargneront cette nomenclature. La conséquence de ceci, c'est que, malgré Içs

CHEZ LES MONSTRES, LE fCETUS ET L'BNFANT. 705

exemples allégués par le professeur de Toulouse, exemples que nous allons examine^ , son système se trouve en contradiction avec rimniense majorité des faits, c'est-à-dire qu'il est logiquement faux.

Mais les faits allégués par M. Joly sont en nombre fort respectable, et ils pourraient d'autant plus en imposer au lecteur, qu'ils sont tirés d'un ordre de choses avec lequel tout le monde est loin d'être familier. Ils méritent donc d'être examinés sérieusement.

En quoi consisteqt les faits cités par M. Joly? En certaines analogies, en certaines ressemblances qui peuvent rappeler jusqu'à un certain point cjuelques-unes des dispositions organiques avec lesquelles on les compare. Mais outre que cette ressemblance n'est qu'extérieure, elle ne porte que sur un point, et fait abstraction de l'ensemble auquel ce point appartient.

La scissure du palais chez l'homme, dit M. Joly, ne rappellet-elle pas celle du poisson? Pour un zoologiste peut-être ; pour un physiologiste, cela est plus difficile. D'abord, il existe chez l'homme bon nombre de divisions du voile du palais qui ne s'étendent qu'aux parties molles; d'autres comprennent une portion de la voûte palatine. Quelle analogie présente le premier cas avec la scissure palatine des poissons? Mais les monstres chez lesquels cette anoms^lie existe en offrent beaucoup d'autres qui n'ont aucun rapport avec la structure du poisson : le bec-deliëvre entre autres. Dans ce cas, le monstre représenterait tout à la fois le poisson et le lièvre. Mais pour peu que l'on envisage le rapport des parties, leurs connexions fonctionnelles, toute r^semblance s'évanouit. Chez le poisson, la fente palatine est une disposition intégrante de l'appareil respiratoire; elle fait partie de cet appareil avec lequel elle s'harmonise: elle le complète. Chez l'homme, au contraire, elle constitue un désaccord, un trouble de la fonction : cette scissure est donc dans les deux cas tout au plus une môme lettre d'un mot différent. Mais il y a plus, cette ressemblance purement empirique exprime une contradiction étiologique. Certes, on ne saurait admettre que la cause q\ii produit chez l'homme cette disposition partielle, cette ano^ialie en contradiction avec Tensemble où elle jure, soit celle

756 DIFFORMITÉS CONGfiHITALBS

qui réalise chez le poisson la scissure palatine comme complément harmonique d'un système régulier. Or, là est la discordance capitale, la discordance étiologique : deux faits ne peuvent être réputés semblables que par la similitude de leurs causes ; cette considération va ressortir plus puissante encore dans un second exemple cité par M. Joly.

c L'éventration chez Thomme et les animaux supérieurs, > dit-il, est rétat permanent de cette phase embryonnaire où 1 les parois abdominales ne sont pas encore complètement 1 fermées. » De loin, c'est quelque chose ; de près, ce n'est rien. En effet, nous avons rappelé dans notre réponse à la précédente lettre de M. Joly, que Téventration chez Thomme coïncide presque toujours avec un ensemble de difformités produites par l'état convulsif du système musculaire (la rétraction musculaire) dans lequel Téventration a sa place et sa part de signification comme un effet local et particulier de la cause générale. Or est-il possible de faire abstraction du pied bot, des luxations, des déviations, de Tectrophic de la vessie qui accompagnent presque toujours réventration pour ne voir dans cette dernière qu'une représentation de la phase embryonnaire où on l'observe; à moins qu'il n'existe une autre phase, un autre échelon de la série zoologique où ces anomalies complémentaires se rencontrent. Mais examinons les deux faits encore de plus près. Lorsque l'on regarde, non pas au microscope, mais le scalpel à la main, en quoi consiste l'éventration, anomalie chez l'homme, on peut voir par places un plissement, un retrait irrégulier des parois abdominales, plus prononcé dans un point que dans un autre. Ce reirait a des degrés, et à chaque degré il constitue une anomalie différente, depuis la hernie ventrale (l'exomphale) jusqu'à l'éventration complète. Or l'ouverture du ventre chez l'embryon consiste dans une insuffisance régulière de la formation normale des parois abdominales; c'est le travail en voie de s'accomplir, comme l'écorce de l'arbre qui travaille progressivement à recouvrir la surface de section de la branche. D'un côté donc, c'est le retrait par le spasme musculaire d'une paroi déjà existante et l'arrêt de développement consécutif à ce spasme; de l'autre, c'est une phase normale d'un travail encore incomplet, mais dont

tous les éléments trahissent un degré harmonique et normal d'insuffisance. En un mot, cause et effet sont complètement différents.

Il est inutile de pousser plus loin cet examen des faits cités par M. Joly ; tous pèchent par le même côté ; tous expriment des analogies superficielles, locales, arbitrairement choisies au milieu de différences connexes plus considérables, et tous surtout sont en contradiction physiologique et étiologique avec leur but et leur origine.

M. Joly m'excusera-t-il de lui dire le dernier mot de ma pensée à cet égard ? Il sait qu'^ une certaine époque de la science tératologique, il existait un autre système dans lequel les monstres étaient comparés, non pas à des états de la série embmnnaire ou zoologique, mais à des animaux complets : tel monstre ressemblait à un crapaud, Tanencéphale ; tel autre à un autre animal ; il y avait aussi des monstres moitié hommes, moitié animaux. Sur quoi reposaient ces crédules systèmes? Sur des analogies grossières, sur des apparences amplifiées par les plus absurdes préjugés. Certes, la tête aplatie et le corps tout entier ramassé et replié sur lui-même de certains anencéphales, offrent encore pour le vulgaire une grande ressemblance avec la grenouille ou le crapaud, et cette ressemblance est rendue plus grande encore par la croyance à Tinfluence du regard. Pour être plus scientifique, la théorie de M. Joly ne repose-t-elle pas sur des eiTeurs et des préjugés, d'un ordre plus élevé sans doute, mais de la même. nature au fond, sur des ressemblances trompeuses et sur des théories qui grossissent encore ces ressemblances "f

Voilà donc où conduisent les faits invoqués par notre contradicteur pour légitimer sa classification des monstres par la méthode naturelle. Mais est-ce à dire, comme nous le fait dire M. Joly, que cette classification n'ait rendu et ne rende encore des services? Nous pensons et nous professons tout le contraire. La classification méthodique appliquée aux monstres est une œuvre provisoire ; c'est un premier départ, une mise en ordre dans le désordre ; nous dirons plus, c'était un préalable utile, nécessaire pour assigner aux faits particuliers une certaine

marque, un signe de distînclion dans le chaos où les monstres élaient confondus pêle-mêle; mais cette classification provisoire, dont la nomcnclalure pourra persister, comme celle des piaules et des animaux, ne doit être considérée par le philosophe que comme une étape de la tératologie. Pour montrer i M. Jôly combien notre coiiviction est grande à cet égard, nous lui dirons que la classificatioiQ botanique et zôologique dite naturelle, quoique plus sérieusement fonaée, ne nous parait elle-mè'nie qu'une classification empirique destinée à disparaître.

Pour peu que le savant professeur de Toulouse veuille bien se rendre compte de quelques symptômes qui pointent à l'horizon de la science, il verra clans les questions agitées de la mutabilité des espèces, de la transformation des végétaux, des développements multiformes de certains animaux, éi des tnétamorphoses successives de certains autres, un ordre de faits nouveàiix qui éveilleront parallèlement d'autres idées de classification. Ceis idées, dont la nécessité ne se fait encore sentir qu'à l'état philosophique, pour les êtres organisés normaux, demandent à être appliquées immédiatement à l'étude des monstres comme à celle des maladies. Cébi nous conduit à l'examen de la troisième proposition de M. Joly.

Est-il vrai que là détermination des môhstres par leurs causes soit possible, et si cette détermination est possible, est-elle J)référable à la classiBcation dite naturelle?

M Joly, d*accord au fond avec nous sur la préférence à accorder à la détermination (je ne dis pas classification) étiologique, lui objecte jprincipaleihent la difficulté el les insuccès auxquels elle a abouti. La difficulté d'une chose n'est que relative; que nous fait à tious qu'une* chose soit difficile si elle est bonne, si elle est préférable? Or M. Joly n'eât pas loin de reconnaître que s'il existait des esprits assez sûrs, des bbservâleurs assez sagaces pour mettre â nu le mécanisme étiologique des monstres, il leur irendrait grâce. Eh bien ! la première chose à faire en science, c'est de marquer le but. Or le but que nous indiquons, c'est là boussole de la science qui marche, tandis que la classificatioû dite naturelle des monstres, c'est la science qui s'arrête, c'est la science qui regarde autour d'elle sans savoir

OÙ elle va et sans so préoccuper du but où elle doit atteindre.

La détermination étiologique, telle qu'elle nous paraît pouvoir être instituée aujourd'hui, doit consister, non pas, comme parait le croire M. Joly, et comme l'ont fait tous les auteurs cités par lui, dans la recherche des causes éloignées, mais dans la recherche des causes prochaines, c'est-à-dire anatomiques et physiologiques. Or, l'anatomie et la physiologie embryogéniques sont assez avancées déjà pour éclairer les anomalies qui résultent des troubles matériels et fonctionnels apportés au développement des parties : je donnerai le système nerveux et le système vasculaife comme exemples. Or, la différence qui existe entre cet ordre de facteurs étiologiques et ceux cités par M. Joly, c'est que le mécanisme des monstruosités issues de cette cause repose sur des caractères fournis par la connexion et la subordination des parties, et ce mécanisme n'est admis comme tel qu'à la condition et jusqu'aux limites de ces caractères, de telle façon que chaque ordre de faits porte avec lui le témoignage et la preuve de son origine;

Si lés thébrieé et léis auteurs cités par M. Joly avaient satisfait à cetlé condition, ils hé tui auraient pas fourni l'occasion de m'opposer leurs contradictions ou leurs insuccès comme des preuves de la difficulté, si ce n'est de l'impossibilité d'une détermination étiologique des monstres substituée à leur classification dite naturelle.

Ûh dernier mot sur la prétendue contradiction que nous prête M. Joly à l'occasion de la différence établie par nous entre la classification morphologique et la classification morphogénique. Nous supposions que la différence de mots eût assez clairement exjprimé la différence des choses. Nous avons dit et nous répétons que la classification morphologique accepte empiriquement les formes extérieures des monstres, sur leurs simples apparences et à un moment donné de leur existence, tandis que la classification morphogénique les prend à leur origine, les suit dans tous leurs développements, connexions et dépendances, et remohte àu fiiît ^primordial dont ils tirent leur origine, pour en déduire une classification logique de ses effets. iNous soulignons à dessein le mot logique substitué au moi méthodique, pour

indiquer que i*un exprime la raison des choses et se dirige par elle, tandis que Tautre ne représente qu'un classement des choses d*après leurs différences extérieures, c'est-à-dire empiriques.

Nous attendrons, pour compléter nos remarques, que M. Joly nous gratifie de ses nouvelles observations.

Sur les classifications têratologiques. Quatrième lettre par M. N. Joly, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse (1).

Monsieur et très honoré confrère,

Après avoir lu et relu la troisième lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser et la réponse que vous y avez faite, je me vois à regret obligé de vous dire «sans aucun artifice de langage» que vos raisons ne m*ont pas plus convaincu que vous ne l'avez été vous-même par les faits invoqués à l'appui de ma thèse. Vous continuez à ne pas croire à la fixité, à la régularité des lois qui président à la formation des monstres, encore moins à leur identité avec les lois zoologiques. Moi, je professe une opinion contraire, et je cite de nombreux exemples en faveur de cette manière de voir.

Vous prétendez que « la monstruosité ou anomalie n'est jamais que le résultat d'une cause partiellej localSy accidentelley ne troublant et ne modifiant l'action des causes naturelles auxquelles sont dus l'évolution et les caractères des êtres normaux que dans un pointy dans une fraction de Vorganisme^ par opposition à l'action de ces dernières, dont la généralité, la constance et la fixité réalisent des produits permanents, associés, combinés dans un même ensemble et suivant un système qui représente le caractère de leur action ».

Vous ajoutez : «Â cette grave considération qui infirme la base de la doctrine, M. Joly n'a rien repondu. Elle reste donc acquise à la cause (â). »

Malgré la vigueur de votre dialectique, permettez-moi, cher et très honoré confrère, de ne pas vous céder si facilement la victoire sur ce point essentiel de la question qui nous divise en ce moment. En supposant que je n'aie rien répondu jusqu'à présent, voici des faits qui répondront pour moi. Vous connaissez les Ânid^^, ces monstres d'une

(1) Voir la Goutte médicaU, 1866, p. i69 et 743 ; et 1867, p. 101.

(2) G<uette médicale de Paru, 1867, p. 103.

organisation si imparraite, et dont la forme rappelle si bien celle de certains rayonnes. Eh bien! voici comment s^exprime à leur égard un juge des plus compétents, H. Is. Geoffroy Saint-Hilaire lui-même : «Le type normal de la forme est donc ici plus qu'altéré, il a véritablement disparu, et l'on chercherait vainement à déterminer, par la forme d'un monstre anidieriy l'espèce ou même la famille zoologique dans laquelle il est né (1). »

Voilà donc au moins un cas où la cause de l'anomalie n'a pas été partielle et locale, où elle n'a pas troublé et modifié que sur un seul pointy dans une fraction de Vorganisme^ l'évolution et les caractères de la normalité. L'être tout entier a ressenti l'influence de cette cause quelle qu'elle soit, mais qui évidemment ici a été générale.

N'en a-t-il pas été de même chez les Môles ou ZoomyleSy qui ne sont que des masses confuses, amorphes, composées seulement de quelques éléments organiques (graisse, poils, dents, etc.) bizarrement associés ? Est-que la cause de l'anomalie a été partielle, locale chez les monstres Polyméliens et surtout chez les Epicomes, où un sujet normalement conformé porte greffée sur le sommet de sa tête une autre tête accessoire, c'est-à-dire un individu presque réduit à la région céphalique?

Voilà des faits (et je pourrais vous en citer d'autres) qui ne me permettent pas de consentir à déserter une cause que vous croyez mauvaise, que vous dites avoirbattue en brèche, et qui, selon moi, très intéressé, il est vrai, dans la question, subsiste encore tout entière. Non, encore une fois, la cause ou plutôt les causes plus ou moins inconnues qui produisent les monstruosités n'agissent pas toujours localement, superficiellement, partiellement; il est des cas, au contraire, où leur action est profonde, générale, et modifie l'organisme dans sa totalité.

Au nombre des causes de la monstruosité, je continue donc à placer, avec Heckel, les deux Geoffroy, H. Serres, etc., les arrêts de développement. A cette théorie si féconde que vous seroblez condamner d'une manière absolue, vous substituez une autre théorie trop exclusive, trop étroite, selon moi. Au moyen de la lésion des centres nerveux et de la rétraction musculaire qui, d'après vous, en «est la suite, vous pourrez expliquer jusqu'à un certain point, et très ingénieusement, comme vous l'avez fait, plusieurs déformations et même de vraies anomalies. Mais, si je ne me trompe, vous n'avez appliqué jusqu'à présent cette doctrine qu'aux monstres Cêlosomiens, Exencêpha- LiENS et Anencêphaliens, et je doute qu'à son aide vous puissiez expliquer chez les acéphaliens, par exemple, l'absence plus ou moins

(1) IsiDOfti GiorrftOT-SAiifT-BiLAifti, Tirêtotogie, i, II, p. 530.

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cimpïète des viscères thoraciques et abdominaux ; ches les ÀKiDtEi^s, celle de prescjue tous les organes.

Kxpliqnerez-Vôus, par la seule altération du système nerveux ou par la simple rétraction musculaire, les nombreuses diflbrmitéd de la face que nous a offertes, au docteur Guitard et à moi, l'enfatit noseé^ céphate que nous avons décrit et figuré dans les Mém9ire$ de V Académie des sciences, inscriptions et belles-iettres de Tonléuse (t: V; p. 141, 4* sérié) ? N'est-il pas plus naturel d'attribuer ces difformités aux fortes brides placentaires par lesquelles la face du monstre adhérait immédiatement au placenta, ainsi qu'à la traction que ces brides avaient exercée sur les muscles et les os de cette partie, pendant leà divers mouvements que l'enfant exécutait daiis le sein de sa mère ? Si vous rejetez la théorie deis arrêts de développement pour y substituer la vôtre, quel embarras n'éprouverez-vous pas pour vous rendre compte de la dualité du cœur, de celle de la matrice, de la scissure palatine, du bec-de-lièvre, de plusieurs genres d'hërtnàphrodisme, etc., etc. ? Je ne parle pas des monstres doubles ou triples, toujours unis entre eux par des points homologues, et offrant dans ce mode d'union une si admirable constance, une si grande analogie avec la jonction symétrique de deux moitiés d'un individu normalement conformé.

Mais vous niez toutes ces lois, toutes ces analogies consacrées non seùlen^ent par là sciehce, mais encore par le vulgaire lui-même, quelqtibibis assez bon juge en pareil cas. Certes, quand je dis que là scissure du palais chez l'homme rappelle celle du poisson, je ne prétends jpas pour cela retrouver chez l'individu affecté de cette anomalie tous les caractères d'un poisson, pas plus que lorsque je signale là présence d'une matrice plus ou moins double chez la femme, je ne veux affirmer qu'elle est du genre des hases et des juments.

Qui dit analogie est loin de dire identité. Rappeler une ou plusiburs ressemblances avec certaines phases d'un état embryonnaire quelconque, n'est pas le reproduire dans son ensemble et dans tous ses détails. Bieii qu'il présente anormalement certains caractères dd reptile où du poisson, le mammifèrip n'en reste pas moins ce qu'il était originaireiàent essentiettementy c'est-à-dire un vertébré supérieur à ceux auxquels je le compare, dont je le rapproche par un ou plusieurs traits de ressemblance, transitoires et fugaces chez l'un, définitifs et permanents chez les autres.

Il y a déjà longtemps que notre illustre maître, M. Serres, disait dans l'un de ses plus beaux mémoires : t Rien n'est facile comme d'abuser des idées ; mais ce n'est pas affaire aux hommes sérieux de se cotttenter ainsi. Lorsque nos taaîtres en chirurgie désignèrent par le nom de bec-de-liècre la fissure labiale que certains enfants apportent en venant aii todnde; pHtehilirent-iis que tés enfants étaient des

lièvres courant les champs et se nourrissant de serpolet et de choux, comme feignait de le croire Guy-Patin? Non, sans doute. Les chirurgiens saisirent et exprimèrent un rapport d'organisme entre Thomme et les animaux. Ce sont des rapports de même nature qui nous occupent. Laissons donc aux Guy-Patin de nos jours le mérite des inductions ridicules qu'ils en tirent (1). >

Ce n'est pas moi qui me permettrais ce sévère langage. C'est notre maître à tous deux qui le tient^ et pas n'est besoin de dire qu'il ne s'adresse nullement à vous.

Mais que diriez-vous, cher et illustre confrère, si, avec H. de Qua^ trefages, je vous parlais A'arréts de développement normauXy si, à propos de VAmphioxuSy ce poisson dégradé qui otîre tant d'analogies incontestables avec les Annélides et les Mollmques y je vous disais, avec le savant professeur du Muséum : « La non-ossification du squelette, la persistance de la corde dorsale, l'existence d'un canal dans la moelle épinière, sont autant de caractères qui rappellent un état purement transitoire chez les embryons des autres poissons, et même chez ceux d'animaux plus élevés (â). »

Enfin, ai-je besoin de vous faire observer que les récents travaux de M. C. Dareste confirment d'une manière éclatante cette loi des arrêts de développement que vous refusez d'admettre comme une des causes les plus fréquentes des monstruosités?

Vous prétendez qu'il est impossible de classer naturellement les monstres, parce qu'il n'y a chez eux ni fixité ni subordination de caractères.

 de rares exceptions près, nous voyons, au contraire, les monstres d'un même groupe naturel présenter les mêmes déformations, les mêmes événements tératologiques, à ce point que les descriptions exactes qui en ont été données par nos prédécesseurs conviennent, pour ainsi dire, mot pour mot aux cas analogues que l'on observe de nos jours, et que l'on pourra même observer dans l'avenir. Bien plus, les limites assignées aux monstruosités sont tellement précises, leur régularité est même quelquefois si grande, les caractères sont tellement fixes, qu'à très peu d'exceptions près, on peut les décrire en quelque sorte à priori.

Comment! N'y a-t-il donc aucune fixité chez les monstres Anbncê- PHALiENS, que vous avez si bien étudiés? Ne dites-vous pas vousmême qu'ils se ressemblent tous, non par l'absence, mais par la lésion plus ou moins complète du système nerveux encéphalo-rachidien, et par des vices de conformation et des ditTormités qui se produisent

(1) Serbes, Encyclopédie nouvelle, article ORGANOctHiB, p. 29,^ noie.,

(2) De Quatrbfagbs, Mémoire 9ur VAfiqfhioxus (ilnn. tc. nol., t. IV, 3« série» p. i40).

764 DIFFORMITES CONGÉNITALES

constamment d^une manière identique? Tels sont le pied bot, l'incurvation plus ou moins marquée de la colonne vertébrale, Tacrânie plus ou moins prononcée, la tête enfoncée entre les épaules, le front presque nul, les yeux saillants hors de l'orbite, enfin ordinairement aussi l'éventration.

Trouve-t-on des caractères plus constants et qui donnent lieu à des rapprochements plus naturels enlre les genres zoologiques ou botaniques?

J'admets qu'à ces caractères s'en joignent quelquefois d'autres d'une moindre valeur, tels que l'augmentation du nombre des doigts, la soudure des côtes, la fissure palatine, le bec-de-lièvre et même l'hermaphrodisme.

Et en effet, presque tous ces genres d'anomalies se trouvaient réunis chez l'enfant monstrueux qui a donné lieu à notre causerie scientifique.

Mais qui ne voit, du premier coup d'œil,que, parmi ces caractères, il en est de dominateurs et de subordonnés? Au premier rang nous plaçons ceux qui sont tirés du système nerveux, que vous appelez avec raison le grand régulateur de rorganisation. L'éventration, la polydactylie, le pied bot et même l'hermaphrodisme ont, à tous les points de vue, beaucoup moins de valeur. Aussi ai-je pu logiquement rapporter le monstre dont il s'agit aux Exencéphaliens, parmi lesquels vous le maintenez vous-même à bon droit. Vous reconnaissez donc, implicitement du moins, que tous les monstres affectés d'une lésion congénitale des centres nerveux offrent entre eux des affinités réelles, des ressemblances qui sautent aux yeux.

(Vf

Vous me faites, il est vrai, une petite querelle au sujet du nom de baptême que j'ai donné à l'enfant monstrueux présenté par moi à l'Académie des sciences de Paris, sous la dénomination générique de métencéphaley correspondant aux termes proencéphale^ podencéphaleyhi/perencéphale^eic.y créés f dit les Geoffroy Saint-Hilaire. Hais, je vous l'ai déjà dit, je tiens peu au stérile honneur de fabriquer un nom nouveau à l'aide des racines grecques. Et la preuve c'est que, tout en suivant les errements d'un maître autorisé, s'il en fût en pareille matière, j'osais lui reprocher d'avoir trop multiplié les genres dans cette famille des Exencéphaliens.

Mais n'avez-vous pas été trop loin vous-même en la réunissant à celle des ânencéphaliens, chez lesquels l'altération du système nerveux est portée au plus haut degré, et même aux Syméliens et aux Célosomiens ? Si l'on veut imiter la nature dans sa marche prudente, dans ses transitions si bien ménagées, dans l'établissement de ses groupes si bien assortis, il ne faut pas trop diviser, mais il ne faut pas non plus tout confondre.

Lors même que, nonobstant les preuves contraires que je vous ai citées, vous persisteriez à penser qu'il n'y a chez les monstres aucune fixité, il me semble impossible que vous refusiez d'admettre que toutes les anomalies^ et même toutes les monstruositéi proprement dites, n'ont pas le même degré de gravité. Dans les hemitéréSj par exemple, évidemment le désordre, ou plutôt la déviation organique, est moins grande que dans V hermaphrodisme tant soit peu compliqué: la phocomélie est moins grave que Yexencéphalie Judith et Hélène , les frères Siamois s'éloignent moins du type normal que Vhétéradelphe de Canton ou Vépicome du Bengale.

Mais vous insistez et vous dites : Les monstres ne se reproduisent point par voie de génération sexuelle ; « ils ne font pas lignée. » Cela est vrai dans l'immense majorité des cas. Cependant, sans parler de certaines hémitériesy telles que la polydactylie, l'absence de la queue, etc., reproduites par voie d'hérédité, les poules huppées Pompadour, les pleuronecteSy les moutons-loutres, nous fournissent chaque jour des exemples de déviations plus ou moins considérables du type spécifique, perpétuées par la génération.

Enfin vous n'ignorez pas que tout récemment (1) M. Dareste, s'appuyantsur le témoignage oculaire de d'Azaire,de Darwin et de H. Lacordaire, entretenait l'Institut de ces vaches et de ces taureaux américains bas sur jambes, à tête courte et à museau laissant voir les dents incisives, lesquels propagent, dans les pampas de Buenos-Ayres, leur race anormale, connue dans le pays sous le nom de race niata.

Vous savez aussi que, il y a un mois à peine, M. Naudin communiquait à l'Académie des sciences de Paris un mémoire dont le titre seul est très significatif. Permettez-moi de le transcrire ici : Cas de monstruosités devenues le point de départ de nouvelles races dans les végétaux (2).

Ces nouveaux faits, confirmatifs de la grande généralité des lois tératologiques, ont été observés sur le Pavot officinal^ sur la Courge commune, sur le Datura tatula, et ils étaient connus déjà depuis longtemps chez les Fougères. De l'ensemble de ces faits si curieux, dont je regrette de ne pouvoir reproduire les détails, M. Naudin est amené à conclure que, « à l'époque actuelle, les anomalies légères ou profondes, les altérations de ce que nous appelons, arbitrairement peut-être, des types spécifiqueSy les monstruosités, en un mot, qu'elles soient passagères ou purement individuelles, ou qu'elles donnent lieu à de nouvelles races durables et uniformes, dans un nombre illimité d'individus, se produisent brusquement et sans qu'il y ait

(1) Voy. les Comptée rendue de Vlrutitut, avril et mai 1867. (S) Voi. les Comptes rendt» de HmiUMi, 13 mai 1967.

m DIFFORim^S CONGÉNITALES

îa^JMS de Cpnnes transitoires entre elles et l^ (orme normale (1). »

De tout ce qui précède je conclus, à mon tour, et je conclus contre Y0^s, que souvent les simples «anomalies, et quelquefois les ètre$ monstrueux eux-mêmes forment lignée j et que les types que nou$ appelons spécifiques sont susceptibles de varier dans des limites souvent très étendues, mais encore mal déterminées. Que ces variations soient brusques ou lentes à s'établir, peu importe, pourvu que le principe soit admis. Et s'il Test un jour, comme nous le font pressentir ces symptômes que je vois avec vous € poindre à l'horizon de la science », que deviendra l'idée du type spécifique et de sa fixité^ invoquée par vous pour les espèces zoologiques, aujourd'hui réputées normales et légitimes?

A l'heure qu'il est, cher et illustre confrère, les espèces zoologiques spnt, dans vptre opinion, « le produit de causes persistantes, dont la p^jçoanence d'action est la raison même de leur fixité ». N'est-ce pas î^ précisément ce qu'il y aurait à démontrer?

P'ailleurs, ne faut-il pas que les causes des anomalies jouissent aussi d'une certaine permanence pour reproduire si fréquemment l^ mêmes types monstrueux? La plupart d'entre eux sont connus par cj^nojmbreux exemples qui ne diffèrent généralement les u^ des autres que par des particularités peu significatives eu égard à l'anomalie principale. N'est-ce pas là une sorte de fixité dans Vespèce té^ ratotogiquç, pourvu que, avec Ë. Geoffroy Saint-Hilaire, on veuille comprendre uniquement sous ce mot 0 la somme des organes constituant les classes de la monstruosité, formant une œuvre à part, bien limitée, bj\çn circonscrite et établie suivant certaines règles (2).»

Cette définition, je l'avoue, laisse quelque chose à dc3irer ; mais celle qu'on donne généralement du type spécifique ou de Vespèce normale est-elle beaucoup meilleure? Tout le monde sait qu'elle repose sur une double pétition de principe: 1° la permanence de type; 2<* la ressemblance héréditaire. Je ne parle pas des modifications importantes qu'ont fait subir dans ces derniers temps à l'idée d'es^ pèce les faits bien avérés de génération alternante et de parthénogenèse observés chez certains animaux (Médu^ses, UelmintheSy Insectesy etc.).

Et cependant Vespèce est la base fondamentale de toute classifica- ^on soit naturelle, soit artificielle. Mais combien cette base est souvent fragile, ou du moins sujette à modifications, même lorsqu'il ç'agit des êtres réguliers appartenant à l'un ou à l'autre règne organique! Ne voit-on pas les espèces prétendues /îa7(?s et légitimes deve-

(1) Naudin, Mém. cité, p. 73:2.

(2) Voy. Dictionnaire (f histoire naturelle de Détervdle, article Monstres, par £. Geoffroy Sàint-Hilàirx.

nant, au gré du nomenclateur, de simples variétés; les variétés élevées au rang d'espèces, les espèces devenant à leur tour des genres, comme les genres passent à l'état de hmilles? De sorte que, de nos jours même, on peut dire qu'en fait de classifications la confusion règne un peu partout, et l'ordre absolu, nulle part. Hais de ce que la méthode de A. L. de Jussieu n'est pas parfaite, de ce que la classification zoologique de Linné ou de Guvier l'est encore moins, faut-il les regarder comme stériles dans leurs résultats, et refuser de croire qu'elles sont basées sur le principe de la vraie méthode naturelky laquelle consiste, vous le savez tout aussi bien que moi, h grouper les êtres qu'on étudie d'après les rapports, les affinités et, pour ainsi dire, les degrés de parenté que la nature semble avoir établis entre eux.

Or je crois que ces principes sont applicables, et je dis qu'ils ont été appliqués, avec autant de bonheur que le permettait l'état actuel de la science, à la classification des monstres eux-mêmes parles deux Geoffrpy Saint-Hilaire.

Comment procède, en effet, fauteur sî convaîQcu du Traité de tératologie?

Il prend d'abord pour guide, dans l'établissement des grandes divisions taxinomiques, la nature et le degré de gravité des anomalies, et il range toutes les déviations organiques sous quatre chefs principaux, savoir: l"" les anomalies simples ou hémitéries; i^ les hétéro^ taxies ou transpositions des viscères -yS** les hermaphrodismes ; i^'eti' fin, les monstruosités proprement dites, jusqu'alors confondues avec une ou plusieurs des trois grandes divisions des anomalies, le plus souvent même avec toutes le$ trois à la fois.

Quoi de plus simple et de plus naturel, les monstruosités une fois rationnellement séparées des autres anomalies, de les diviser en deux classes correspondantes aux degrés de complication que présentent ces monstruosités? De là la distinction des vrais monstres en simples ou plutôt unitaires, et en composés (doubles ou triples).

Quoi de plus simple encore et de plus logique que de distinguer, parmi les monstres de la première classe, ceux qui peuvent subsister plus ou moins longtemps hors du sein de leur mère (monstres anta-cites), de ceux qui vivent seulemeat d'une vie imparfaite ou parasite, laquelle cesse dès que la communication avec la mère vient ellemême à cesser (M. unitaires ompkatosites, parasites). Mêmes divisions en ordres, fondées sur des considérations analogues, en ce qui concerne les monstres composés. Observez le mode d'union de ces derniers, et vous voyez les affinités naturelles se grouper d*eUçsmêmes et former une série non interrompue, parmi les monstres doubles autositaires, des Pygopages aux Opodymes et même aux

Rhinodymes (1) et, parmi les monstres doubles parasitaires, des hétéropages aux monstres Endoq/miens.

La seule considération des axes vertébraux ou individuels, dans leurs rapports avec Vaxe (Tuniony a donné des résultats véritablement merveilleux au point de vue du groupement méthodique.

L'axe vertébral de chaque individu composant est-il égal ou parallèle à l'axe d'union, vous aurez une duplicité monstrueuse supérieurement et inférieurement. Les deux axes individuels convei^nlils, au contraire, vers leur extrémité céphalique, non seulement les deux tètes, mais encore les deux moitiés sus-ombilicales tout entières s'unissent et se confondent en une seule, tandis que les individus composants restent distincts et séparés dans leur moitié pelvienne, à partir de l'ombilic. L'inverse a lieu quand les deux axes individuels rencontrent Taxe d'union à son extrémité inférieure, c'est-àdire que la monstruosité n'est ou du moins ne parait double que supérieurement.

Enfin, Taxe d'union est-il perpendiculaire aux axes vertébraux, ceux-ci se rencontreront bout à bout, et vous aurez sous les yeux ces monstruosités, d'ailleurs très rares, qu'Is. Geoffroy Saint-Hilaire a désignées sous les noms de Céphalopage^ Ejricomef Epignathe, etc. (i).

Mêmes principes et mêmes résultats curieux pour l'établissement des tribus et des familles dans Tordre des monstres doubles parasitaires, avec cette seule restriction qu'ici les deux axes individuels sont inégaux entre eux.

Je me dispense, pour cause de brièveté, d'entrer dans le détail des familles et des genres. Relisez, je vous prie, très attentivement et avec toute la bonne foi qui vous caractérise le chapitre du Traité de tératologie (t. I, chap. vi, p. 97), où notre si regrettable ami Is. Geoffroy Saint-Hilaire examine la question de savoir si la méthode

(1) Nous avons créé le genre Rhinodyme pour y placer un chat monstrueux né à Toulouse en 1857. Ce genre, qui termine la série des monstres doubles MoROSO- MIENS, realise le dernier degré de fusion que la pensée puisse concevoir avant d'arriver à l'unité normale. <Voy. les Mém, de PAcad. des te. de Toulouse, t. II, p. 137, &* série).

(2) Nous croyons devoir placer ici le genre Céphalopagey parce que les deux axes individuels sont en effet soudés bout à bout Nous relèverons en outre, puisque l'occasion s'en présente, une erreur, sans doute involontaire, qulsidore Geoffroy Saint-Hilaire a commise en caractérisant, ainsi qull suit, le genre Céphaiopage :

■ Deux individus à ombilics distincts ayant leurs têtes réunies par les sommets et en sens inverse. >

Or, nous avons vu à Toulouse, il y a quelques années, un monstre humain céphth lopoge, chez lequel les deux têtes étaient réunies par les sommets dam le même «eus, c'est-à-dire conformément à la loi d'union par des points similaires. En supposant le monstre double couché sur le dos, les deux faces regardaient le ciel.

CHEZ LES BfONSTRES, L£ FCETIIS ET L*ENFANT. 769

des naturalistes est applicable à Tétuiie de toutes les anomalies, en même temps qu*il répond victorieusement, selon moi, à toutes les objections (les vôtres y comprises) qui ont été faites contre l'application de cette méthode à la classification des monstruosités. J*ose espérer qu'après cette lecture vous serez moins disposé à regarder la classification dont il s'agit comme frappée de stérilité. Déjà, vous en convenez loyalement, elle est à vos yeux « une mise en ordre dans le désordre; elle assigne aux faits particuliers une certaine marque, un signe de distinction dans le chaos où les monstres étaient confondus pêle-mêle. > Elle n'est donc pas stérile. Je dis plus, elle me parait féconde aux mêmes titres que la méthode naturelle de Jussieu, et pour les mêmes raisons.

Quanta la nomenclature adoptée dans la classification tératologique d'is. Geoffroy Saint-Hilaire, s'il est vrai, comme on l'a dit, peut-être avec un peu d'exagération, que toute science consiste dans une langue bien faite, celle des monstres ne le cède pas sous ce rapport à la chimie. Vous lui rendez vous-même un hommage mérité, et cet hommage, de votre part, n*est pas du tout suspect. Que la méthode elle-même ne soit que provisoire, et, pour me servir de vos propres expressions, qu'une étape dans la tératologie, qu'elle ait des imperfections, des défauts même, de tout cela je conviens aisément avec vous. Qu'elle soit sujette à être modifiée dans ses détails, je n'en serais non plus nullement surpris, surtout quand je vois la méthode naturelle par excellence, celle d'Â. L. de Jussieu subir à chaque instant des modifications notables pour se mettre en harmonie avec les découvertes actuelles. L'immobilité appliquée à la science est non seulement pour elle un caractère négatif ; ce serait, si elle était jamais possible, un vrai signe de mort. La science est, de sa nature, essentiellement progressive. C'est là une loi providentielle dont vous et moi sommes loin de nous plaindre. Pourquoi faut-il, hélas! que cette loi du progrès sott contrariée, restreinte, mise à néant quelquefois pour ceux-là même qui devraient en donner le signal et le favoriser?

Avant de clore cette longue épitre, je sens le besoin de vous remercier cordialement, cher et illustre confrère, d'avoir bien voulu m'ouvrir vos colonnes pour y exposer des idées que vous avez combattues avec une loyauté et une courtoisie dont je garderai toujours le précieux souvenir. J'ai pu être votre adversaire ou plutôt votre coiltradicteur sur un point spécial du domaine scientifique; mais je n'en reste pas moins l'admirateur sincère de vos nombreux et importants travaux; je n'en demeure pas moins pénétré de la plus profonde estime pour votre noble caractère, de ^ reconnaissance la plus vraie pour l'honneur que vous m'avez fait de discuter avec moi l'une des

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