E. — ANCIENNETÉ DE LA DIFFORMITÉ
tJne fois produite, une difformité se perpétue et dure plus ou knoins longtemps. Sa durée plus ou moins longue constitue son degré d'ancienneté. Il est impossible de méconnaître d'abord, sans avoir besoin d'approfondir les causes de ce fait, que deux diffoimités, toutes choses égales d'ailleurs, datant d'époques différentes, diffèrent notablement en raison de cette seule cirtonstance. Cela est facile à concevoir. Dès que la déviation se
réalise dans une direction quelconque, toutes lès parties sW commodent plus ou moins bien à celte direction et aux nouveaux rapports qui en résultent pour elle. Les surfaces osseuses se modifient et s appliquent les unes contre les autres ; les ligaments, le tissu cellulaire* les vaisseaux, les nerfs se modifient plus ou moins ; les muscles non primitivement rétractés se raccourcissent consécutivement et s'adaptent à la réduction de leur trajet. C'est là un fait général que nous avons rendu vulgaire et incontestable. C'est le fait commun à toutes les difformités et qui formule à lui seul les premières différences inhérentes à tous les cas de date différente. Mais on peut aller plus loin : on peut faire ressortir d'autres éléments différentiels, plus circonstanciés et mieux définis, de la connaissance plus explicite descausesqui lesproduisentet qui restent invariablement liéesau développement et à l'accroissement continus de toute difformité.
Aussitôt réalisée, toute déviation présente à noter trois particularités importantes, trois sources de progrès qui ajoutent incessamment de nouveaux degrés à l'état primitif. Ces particularités Bont :
l"" La continuation de l'exécution fonctionnelle dans la condition de la difformité ;
S* Pour la plupart l'action verticale de la pesanteur;
3^ Un double arrêt de développement de ou des muscles rélraotés, et de la partie affectée de difformité.
Analysons en peu de mots les effets immédiats qui résultent de ces trois ordres d'infiuence complémentaire.
l** Fonctionnalité dans la difformité. — Elle peut être examinée relativement à Taction musculaire, à la circulation, à rinnervation, à la nutrition et à toutes les propriétés vitales modifiées ou perverties par la difformité. On va voir qu'il en résulte des changements tels qu'à chaque pas, et presque à chaque iustanl, cette dernière est incessamment différente d'ellemême.
A. — AeU«B iiia«ealaire.
C'est la plus importante et la plus manifeste. Toute difformité a nécessairement pour effet de changer les mpports des parties auxquelles les muscles s'insèrent. Le commencement de la diffor-
mité étant une inclinaison, une courbure, une torsion, en un mot une modification dans la direction et la forme de la partie où elle siège, ce changement ne peut exister sans entraîner après lui des déplacements consécutifs des points d'insertion musculaire, et des changements de rapports des muscles entre eux. Voilà le fait anatomique. Les muscles se contractent et fonction* nent dans des conditions nouvelles. Leurs angles d'insertion ont varié : la direction et la somme de leur puissance ont changé en raison de cette variation ; elle est altérée, pour chaque muscle en particulier et par rapport à l'action synergique du même appareil musculaire : de là autant d'éléments de trouble dans la combinaison et le résultat des actions musculaires. Ce n'est pas le lieu d'aborder ni même d'indiquer les diverses combinaisons dont ces actions sont susceptibles en dehors de leur but normal. Nous devons nous borner à signaler un fait important qui est la conséquence nécessaire des effets de la difformité : c'est que toute difformité a pour résultat de placer les muscles de la partie déviée dans une condition et des rapports tels, qu'il en résulte une cause incessante d'accroissement pour elle. Celte règle ne souffre pas d'exception ; nous en avons développé les motifs dans plusieurs de nos précédents mémoires. Un seul exemple suffira pour tous les cas. Soit une déviation de l'épine : aussitôt Tinclinaison primitive de la colonne sur le bassin réalisée, il en résulte à l'instant même un changement dans l'homologie des insertions des muscles sacro-lombaires et longs dorsaux de chaque côté ; ceux du côté incliné continuant à se diriger en ligne droite entre leurs deux points d'attache (4), s'insèrent sous des anglesplus ouverls,ceux du côté opposé sous des angles moins ouverts: ces derniers deviennent de plus en plus parallèles au levier sur lequel ils agissent. Or la contraction de ces muscles continue incessamment pour le maintien du tronc en équilibre, ou pour les mouvements d'extension, de flexion, etc. ; elle s'exerce avec des efforts égaux de la part de chacun d'eux, mais avec des résultats différents de chaque côté, et proportionnés à l'accroissement et à la diminution d'action résultant de l'augmentation ou de la diminu-
(1) Loi de direction. Voyez le rapport de r Académie des sciences sur le concours pour le grand prix de chirurgie.
lion de l'ouverture des angles d'insertion. Le même fait se reproduit pour chaque courbure de balancement ; il y a plus, c'est qu'il augmente en puissance étiologique à mesure que chaque courbure augmente, puisque du côté de sa concavité les insertions de certains muscles, formant la corde de son arc, se rapprochent de plus en plus de l'angle droit, tandis que ceux du côté opposé perdent de plus en plus de leur ouverture en s'appliquant contre la convexité de la courbure. Lorsque nous appliquerons cette donnée d'éliologie générale aux déviations de répine en particulier, nous montrerons que, dans certains cas spéciaux, il arrive parfois que les muscles du côté de la convexité passent du côté de la concavité, formant ainsi une seconde corde a Iacourbure;non seulement alors ils ne balancent pas l'aclion des muscles de la concavité, mais ils ajoutent même une partie de la leur à celle de ces derniers pour accroître incessamment la difformité. En résumé donc, l'effet principal de l'action musculaire pervertie par la déviation est un développement continu de cette dernière, suivant une progression dont les termes augmentent en proportion des degrés de la difformité. Ce résultat que nous formulerons ultérieurement n'est examiné ici d'une façon plus sommaire qu'au point de vue étiologique; il a, au point de vue thérapeutique, des conséquences d'une importance non moins grande, qui seront développées en leur temps. Comme élément étiologique, nous l'avons toujours désigné jusqu'ici, et nous continuerons à le désigner de la même façon, par ces termes : la contraction physiologique. La contraction physiolo- ^que, envisagée comme une des causes auxiliaires et complémentaires de toute difformité par rétraction musculaire, est donc très capable de la faire varier suivant son degré d'ancienneté.
B. — AeU«B vanenlalre.
J'ai démontré, dans plusieurs de mes précédents mémoires, que les artères et les veines subissent des changements de forme, de direction et de calibre, qui varient suivant le degré d'ancienneté de la difformité. Il suffira de rappeler les faits principaux. Les
artères, au lieu de s'adapter comme les muscles au degré de raccourcissement de l'espace qu'elles mesurent, et, par conséquent, au lieu de se porter en ligne droite comme les muscles, suivant la direction des cordes des courbures, s'adaptent à ces courbures, les suivent, ou bien, dans les cas où elles sont libres, deviennent flexueuses 'et d'autant plus flexueuses que le trajet qu'elles avaient à parcourir est plus réduit. Au niveau de la convexité des inflexions artérielles, presque toujours les parois du vaisseau sont dilatées. Ajoutons que dans les difformités très anciennes, les artères qui se distribuent aux parties déviées perdent quelquefois jusqu'aux deux tiers de leur calibre.
Le système veineux se comporte entièrement comme le système artériel, en un seul point excepté : contrairement à ce qui se passe pour les artères, toujours le système veineux acquiert un plus grand développement (1).