XVIII AVANT-PROPOS
à trembler, en pensant qu'il n'est pas nécessaire de remonter aux invasions des Barbares, pour assister aux incendies des bibliothèques.
Le jour où cette histoire sera faite, où ces documents seront extraits de la poussière des cartons, Ton comprendra mieux l'affection que tous les Bretons portaient à leur pays (*), Ton comprendra qu'il puisse encore exister des regrets pour une indépendance perdue, pour un temps où la province, s'administrant elle-même, avait peut-être plus souci de ses intérêts, où, à coup sûr, ses administrateurs indigènes les connaissaient mieux que les étrangers auxquels ils ont été, depuis, si souvent confiés. De toutes les provinces du royaume,
(1) a Autrefois, tous les Bretons connaissaient les Etats de Bretagne, les aimaient et se faisaient une fête de les recevoir tour à tour; aussi, quand le peuple, à l'ouverture des sessions, voyait passer dans les rues les rangs pressés des représentants de la province, les évêques, les abbés et les chanoines, les barons, les gentilshommes et les députés des villes, il ne restait pas indifférent ou vainement curieux : il saluait, il criait", il applaudissait; il comprenait à merveille que cette Assemblée, vieille comme la Bretagne, c'était véritablement la gloire, la force et la liberté de la nation bretonne.
» Aujourd'hui, nous sommes loin de la. Au collège, on nous vante longuement le sénat de Rome; mais notre sénat breton, à nous Bretons, qui en parle? » Depuis 1857, époque à laquelle M. de la Borderie écrivait ces lignes dans la Revue de Bretagne et de Vendée, de nombreux travaux ont été entrepris, et les de Carné, les de Tocqueville et bien d'autres, à commencer par M. de la Borderie luimême, ont répondu à ce point d'interrogation. Mais, si les institutions provinciales de l'ancienne France sont aujourd'hui mieux connues, il est permis de dire que le sujet est loin d'être épuisé, et les liasses poudreuses de nos archives gardent bien des secrets qui défieront longtemps encore les laborieuses recherches de notre génération.