‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 10 sur 113 · La forme primitive du génitif, dans le vieux fran · texte numérisé non relu

La forme primitive du génitif, dans le vieux fran

çais, a été del; elle y. est restée en usage jusque vers la fin du xin* siècle.

Par la loi générale de fléchissement qui a converti en eu, on, aa un grand nombre de syllabes finales en el et en al, cette forme del a produit les autres dou, du, qui lui ont succédé. Ces trois formes se trouvent usitées simultanément dans les mêmes textes pendant tout le cours du xiii6 siècle, les deux dernières prévalant toujours davantage *ur la première, qu'elles ont fini par exclure.

M. Raynouard (Gr. comp. des L. de CEar. lat. p. 3, à la note) cite une forme dea comme intermédiaire entre del et du. Il n'en produit qu'un exemple , et c'est le seul que je connaisse : cette forme paraît n'avoir existé que peu de temps ou avoir été restreinte ^peut-être à l'usage de quelques localités \ elle appartient aux provinces mitoyennes entre la langue d'oil et la langue d'oc , et peut être considérée comme n'étant purement ni de l'une ni de l'autre, mais du langage mixte de l'Angoumois. Je ne crois pas qu'elle ait jamais eu cours au delà des confins de cette .province.

Une forme plus* authentique peut-être , et certainement pins commune que deu, c'est dau, génitif de l'article qui est propre au langage de Poitou. Dans cette province, dau pour da est presque la seule forme usitée dan» la première moitié du xm* siècle; et ce qui est digne de remarque , c'est qu'elle y est commune au pluriel comnje.au singulier. En voici quelques exemples pris dans une charte de Poitiers ou de la Rochelle,

écrite en ia5o, et dont l'original est aux Archives du royaume : «Ce, frère Foques de saint Michea, coman- «deres adoûques ( à présent) dau (des) maisons de la

«chevalerie dau (du) Temple en Aquiaine ob

« (avec) l'otrei e ob la volunté dau (des) frères de nostre

« maison de frère P. dau (du) Bois e dans (des)

«autres frères de la dite maison qui est près de

«la chenau dau (des) h. moiins.»

On voit que la forme dau, signifiant du, des, prenait quelquefois un s et se pouvait écrire daus, au pkiiiel, devant les mots commençant .par une voyelle. Elle n était peut-être pas usitée dans 'tout le Poitou,» mais ^seulement dans les pallies méridionales de cette, province et dans l'Aunis. Une autre charte de Poitiers, de 1 a5o, que j'ai copiée aussi sur l'original des Archives du royaume, n'emploie que les formes commîmes doa et des.

Je ne saurais dire si ce génitif poitevin dau se prononçait à la manière de la langue d'oc, en diphthongue (da-ou), ou bien simplement en son-voyelle à notre manière; dans ce dernier cas, il ne différerait que par l'orthographe de do, qui a été usité avant dou et du dans le langage de Bourgogne. 11 se trouve dans la traduction 'du traité de J. Beleth : « do pueple » ( chap. vm , fol. 3 recto), et dans un petit nombre d'autres textes du même temps.

Cette forige do, purement bourguignonne, paraît n'avoir été usitée qu'à peu près autour de 1 180 à 1,200; dou l'avait déjà complètement remplacée dans les premières années du xin* siècle.

4. Quant aux formes du datif, les mêmes observations se reproduisent : el, al primitifs ont produit oh, au, et se trouvent employés simultanément avec eux pendant tout le cours *du xme siècle.

La forme el, pour le datif, paraît être la plus ancienne de toutes : elle n'est commune que dans les textes qui ne sont point postérieurs aux premières années du . un' siècle : après cette époque , elle ne se rencontre plus que fort mélangée avec les autres, qui finissent par se substituer entièrement à elles.

Dans la traduction de trois ouvrages du pape S. Grégoire, les formes du singulier, ti pour le nominatif, lo pour ï accusatif, del pour le génitif, el pour le datif, sont invariables et constantes.

Cette forme de datif singulier el, qui est bien authentique, et qui se trouve employée dans les plus anciens textes en même temps que U et lo pour le nominatif et pour l'accusatif, sert à rendre plus suspecte et plus hypothétique encore l'existence de la ïttême forme, comme nominatif du singulier dans la langue d'oil. L'exemple unique qu'en a donné M. Raynouard est plus que suspect, ainsi que je l'ai fait voir, et l'oil doit demander de nouvelles preuves avant que de l'admettre.

Voici quelques exemples de el datif: «Une chose est «totevoies où li apostlesvet li engles se concordent, ki »de la neissance de Crist parolent, c'est el (au, dans le) «nom de Salvaor. » — ail at mis el (au) soloil son ta- «bernacle, por ceu k'il receleiz ne soit al oil ki torbeiz « est. » ( Serm. de S. Bernard sur l'Epiphanie. )

Cette dernière phrase , où se trouvent les deux formes el et al, fait voir clairement la différence que Tusage mettait alors entre elles : el était proprement la forme du datif et s employait comme tel dans tous les cas; al, n étant pas proprement une forme simple et devant s écrire par élision inverse â f, ne se plaçait guère que devant les mots commençant par une voyelle. En voici un second exemple : « Li veu de nécessité sont « cil que nos faisons , el baptesme , à /'enlacement de la « foi quant nos voons garder la foi de J. Ch. et renier au «deable. » ( Trad. de J. Beleth, fol. 7 r. )

Je ne réponds pas que cette distinction n'ait été sujette à diverses exceptions, et je ne l'applique qu'aux textes de Bourgogne de la seconde moitié du xn- siècle. En Normandie, on trouve al et el employés sans aucune distinction dès le texte des lois de Guillaume le Conquérant : al rei. lx 1 ; el cnnte. ki. •"■■r* /Au a précédé 00, qui n'en est qu'une sorte de forme dégénérée.. Les textes de S. Grégoire et des sermons de S. Bernard, que je place vers le milieu du xn' siècle, ne l'emploient pas encore; la traduction de J. Beleth, venue quelque vingt ans plus tard, commence à s'en servir.

Ces formes au, ou sont donc de tout point équivalentes, et elles ont été usitées ensemble pendant fort longtemps. La forme ou se trouve encore presque exclusivement employée, ou au moins fort prédominante, dans des textes dont la rédaction n'est point antérieure à la première moitié du xiv*siècle, notamment dans le Roman de la Rose, tel qu'il a été publié par M. Méon.

On peut remarquer, de plus, que cette forme ou était plus particulière $u langage de Champagne, et que c'est dans les textes de cette province qu'elle se rencontre le plus communément; au était généralement beaucoup plus usité dans toutes les autres provinces de langue d'oil.

U pour ou dans le sens de au, datif de l'article , est une orthographe raye et propre aux provinces dans lesquelles la voyelle a est restée longtemps flottante entre son ancien son latin oa et celui que nous lui donnons à présent. Je puis citer, entre autres exemples de cette orthographe, u caste lt au château, dans leCartul. d'Auchy, p. 21 A; a quel meulin, auquel moulin, ibid. 397.

Ao9 pour au, a été. usité dans le Poitou et dans les autres provinces méridionales de langue d'oil. Ce n'est qu'un Jâtonnement d'orthographe, qui était naturel avant que la convention du groupe de voyelles a a pour exprimer le son au (ô) fût généralement répandue et admise.

Enfin, une dernière forme de> datif singulier masculin, on, se trouve usitée dans un certain nombre de textes des diverses provinces de la langue d'oil. Elle m'a longtemps inspiré de la défiance, parée que j'étais tenté de la regarder comme une fausse lecture de ou; mais je l'ai trouvée moi-même, diverses fois, dans des manuscrits où la lecture me semble indubitable. Il faut donc l'admettre et cb*cher à ^expliquer* ,

Dans les textes quelque peu anciens, c'est-à-dire antérieurs à la dernière période du xni* siècle, cette forme

*g . CHAPITRE II.

aeôfcpas fort commune, et nulle part elle ne s'y voit evdlusivemcnt employée comme datif. Elle s'y rencontre surtout dans des formules, des locutions de protocole et des phrases consacrées : elle y parait venue par contraction pour en le, dans le, bien plutôt que pour au. Ainsi, dans une pièce qu'on date de 1 197, mais qui n'est que la traduction faite après coup d'une pièce latine de cette année, en langage de Lorraine, je lis (Preuves de Vhist. de Metz, t. III, 16A): «On nom de « Sainte Triniteis. » Ailleurs, dans le même langage (ibid. p. 2 1 9) , on ban signifie au ou dans le territoire. Dans des chartes poitevines manuscrites de 1 s5o, On meis de aost, au mois d'août. . . On temps qui est à venir. . . On meis de Novembre, où il est à remarquer que les mêmes pièces à part dans ces formules et quelques autres analogues emploient constamment au. Dans un testament. écrit à Poitiers en ia5o, et conservé en original aux Archives du royaume : « An non dou Père dou Fil e dou Saint

«Esperit Tote la dreiturc, tote la seignoric e tôt

«quand que ge ei e que je puis aveir, ou porroie, en «la vile e en la seignorie e ons (dans les) apertenaners

« de saint Michea Au moille pie qui départ

<*(sépare) la seignorie de saint Michea x> de Curson e «chiet on (et tombe dans le) veillei de seint Benoeit « d'angles. »

Ainsi, au xme siècle, les formes de l'article on, ons sont authentiques et bien constatées, pour signifier, non pas proprement le datif, mais seulement, par contrac tion, dans le, dans les.

Plus tard, après le xine siècle, la forme on a été employée par quelques auteurs, pour le datif au; mais cet usage était abusif, et je ne crois pas qu'il ait jamais été populaire. Rabelais qui, de son temps, affrétait déjà l'emploi de certains ^archaïsmes de langage, a employé presque exclusivement on au lieu de au.

Dans l'exemple suivant, on, signifiant bien au, ne paraît avoir été préféré que pour l'harmonie :

Baise la royne en îà bouche, Quant je veulz ou nez ou on front.

Fables inédit, t. I, 226, éd. Robert.

5. L'accusatif sihgulier lo, ou, te, dont les formes se sont succédé dans l'ordre que j'indique, ne nous montre que peu de variations pour toutes les provinces de la langue- d'oil.

En Normandie, on a fréquemment écrit la au lieu de lo et de lou; ce qui n'est qu'une simple variaifte d'usage orthographique.

La forme h, commune au vieux français et ît la langue romane , n'a p&s duré longtemps dans nos provinces; le tçxte des traductions de S. Grégoire est, en langage bourguignon , l'un des derniers qui la présente encore prédominante, et il est certainement antérieur à la (in dû xne siècle. EBe s'est maintenue quelque peu davantage en Normandie, où je la trouve encore dans un acte de 1259 (Thés. Nov. An. 1. 1, 1208), et dans les provinces de "dialecte bourguignon, limitrophes de la langue d'oc.

Si maintenant nous prenons pour points extrêmes, les deux grands textes en prçse , l'un de Villehardçuin , écrit quelques années après Tan 1 200, l'autre de Joinville, écrit autour de ïa» 1 3 00 , nous trouverons que , pour le» formes de l'article masculin singulier, le mouvement de la langue a été tel :

Les formes usuelles et communes, dans Villehar douin , sont celles-ci :

Li; del; el, al, quelquefois au; le.

Dans Joinville :

Li; dou, du; au, moins fréquemment ou; le.

Dans les textes qui précèdent Villehardouin , les formes qu'il présente sont plus exclusives , et h rempfafce souvent le; dans les textes intermédiaires entre Villehardfljijn et Joinville, les formes de ces deux auteurs se trouvent entremêlées et employée» à peu près indistinctement.

D faut observer cependant, qu'en certaines localités, qu'en des provinces dont ïe langage se trouvait en dehors du mouvement de la langue, lés formes anciennes ont dû se conserver, et se sont conservées et produites en des textes , pendant bien longtemps.

6. Les formes de f article féminin n'ont point varié; depuis les textes les plus anciens jusqu'aux plus récents, pour toutes les provinces , hors la Picardie , la Lorraine* et la Champagne picarde , elles présentent une uniformité constante.

J'ai parlé des formes de Picardie , qui changeaient la en le; j'ai dit que cette ressemblance , entre le masculin et le féminin , y avait fait confondre -les deux genres de l'article, qui y sont sujets aux mêmes élisions, et par là très-fréquemment identiques. Cependant ïe muet du féminin y est, en général, moins sujet à l'élision que celui du masculin : c est el, al, par exemple , bien plus souvent que à le, pour ce dernier genre; c'est au contraire presque toujours à le pour le féminin.

Il faut ajouter cependant que les sermons de S. Bernard en langue vulgaire, l'un des textes les plus anciens et les plus purs que nous ayons pour le langage de Bourgogne* emploient constamment, aux deux genres, la forme de nominatif singulier U. Il s'en trouve encore, dans des textes postérieurs, des exemples épars, assez nombreux pour pouvoir sembler des rudiments d'un ancien usage. Dans la Lorraine, province dont le tangage était toujours, pour ainsi dire, un peu en retard, et par conséquent mêlé d'archaïsmes, Qn trouve trèssouvent, jusqu'à la fin du xn£ siècle, li resté comme forme du nominatif singulier féminin.

Je pense donc qu'on peut être autorisé à croire qu'en Bourgogne , jusqu'après le milieu du xti* siècle, de même qu'en Picardie et en Lorraine, jusque vers la fin du xin* siècle, la forme dunominatif singulier masculin et féminin a été lî, sans exception. Les formes des autres cas n'y étaient pas différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui.

Ainsi, la déclinaison de l'article, en Bourgogne, vers i i5o, était, au féminin singulier: S, de la, à la, la.

Ce n'est guère que vers 1 200 que l'usage de rendre le nominatif semblable à l'accusatif, pour le féminin singulier, y a tout à fait prévalu.

En Normandie , les lois de Guillaume le Conquérant et les autres textes anciens nous montrent les formes du féminin toujours bien distinctes de celles du masculin, et réglées ainsi : la, de la, à la, la.

Au lieu de la, pendant tout le xme siècle, on a trèsfréquemment écrit lai, de lai, à lai, dans le dialecte de Bourgogne, en Lorraine, et généralement dans Test de la France. Cest une des formes prppres au langage bourguignon, qui le distinguent de celui des autres provinces , et qui se reconnaissent encore dans la prononciation des patois des provinces bourguignonnes.

7. Sur les formes du pluriel , je a'ai que peu de chose à. dire : presquen tout semblables dans les deux genres, elles n'ont que peu varié, ont été communes à toutes les provinces, et se sont fixées Je bonne heure à leur état définitif.

a. Il parait que très-anciennement le pluriel conservait un / à tous les cas : li, dels, eh, ah, los, les; M. Raynouard (Gr. comp. des L. de l'Ear. lai. p. 7) et M. Orell (AU. Fr. Gr. p. 5) ont rassemblé quelques exemples des génitifs et des datifs deh, eh, ah; mais, sans contester l'authenticité de ces formes, il faut dire quelles ont à peine duré jusqu'aux temps dont il nous reste des .textes; les plus anciens monuments parvenus jusqu'à nous en fournissent à peine , çà et là, quelques preuves : la traduction de S. Grégoire, et le texte, en langue vul-

gaire, des sermons de S. Bernard, n'emploient communément que des, as, es.

Les formes de l'article pluriel sont, dans Villehardouin :

Masculin, li; féminin, les; pour les deux genres : des; as, es, quelquefois ans; les.

Dans Joinville :

Masculin, U; féminin, les; pour les deux genres : des, aus, les. Joinville conserve encore le datif es, mais consacré déjà à certaines locutions particulières, comme nous l'avons encore à présent. Ainsi es parties de Perse, p. 20 4.

Dans les bons textes du xih* siècle , excepté ceux de langage picard et lorrain , la forme de nominatif pluriel K est exclusivement masculine , et les sert pour le nominatif féminin, comme pour f accusatif des deux genres. Cette distinction se voit souvent fort exactement observée, a Ancienement soloit Ion veiller as vigiles des fes- « tes: si assenbloent as iglises li valez et les meschines, et « ii chanteor et fi jugleor, si com font encores ... es « festes des mères iglises et des parrochiax. » (Trad. de J. Beletii, ch. ix, fol. 4 r.)

Les choses, li enfant, les femmes , Les damoisieles et les dames.

H. de M. 1706-1707» p. 70.

b. Le génitif pluriel, pour tous les dialectes, et de-

puis les anciens textes, a été des pour les deux genres. Je n'y connais d'autre exception que f usage de Poitou , qui a quelquefois dit dau, dans, pour des.

Il est fort, possible qu'on rencontre encore quelques anomalies analogues; mais elles paraissent avoir eu peu de cours, et semblent comme perdues dans la prédominance de la forme générale des.

c. Aux formes du datif, es, as, ans, que j'ai notées dans le paradigme, il faut ajouter les suivantes, ensi ans.

Les pluriels des , es, as n'étant bien évidemment autres' que les singuliers del, el, al, dans lesquels l'addi* tion de 5 a fait retirer I final, il n'y a nulle difficulté d'admettre que leurs primitifs ont été dels, els,als, dont il se trouve encore quelques rares exemples.

Pour la distinction des formes el, al, singulier, es, as, pluriel , on dit que les premières sont contractées de en le, en les, et les secondes , de à le, à les. Cette remarque est ingénieuse et parait fort probable; mais, dès lés plus anciens temps du langage écrit, l'usage avait confondu la signification de ces formes, et l'on voit, dans tous les textes qui l'emploient, le datif el et es employé à peu près indistinctement, quant au sens., avec al et as.

Cependant, il faut dire que as a toujours été plus commun que es dans le langage de Bourgogne, qu'il y est plus proprement la forme du datif, et qu'il y paraît plus ancien. La vecsion française des sermons de S. Bernard n'emploie pas es, et ne se sert que de as; elle nous montre ens, sorte de primitif de es, et déjà ne signifiant pas toujours dans les : «De ceu est ke li gent del « seule ki enlaciet sunt cns (dans les) affaires del munde

« et ens (dans les) malices ne seyvent que soit la miseri- « corde Nostre Signor por ceu qu'il ne sentent lor miu sare. » — «En maintes manières parluez Deus ens « (aux) profetes. » [Serm. sur VÉpiph. ) « Li voiz de luceat « doneit son suen (sonum) en nostre terre : li voiz d'enfouissement et de salve teit ens (dans les) tabernacles « des pecheors. » ( Ib. fol. 1 9 r. et v. ) a . . . Il habitanz a ens (dans les) homes enluminest noz ténèbres. » (Ibid. fol. 19 r.)

Cest de ce ens primitif que parait venu es, depuis si fréquent pour signifier, d'abord simplement en les , puis bientôt, par extension, à les, aux.

Ons n'est qu'une forme de ens, dans les dialectes de Picardie et de Poitou.

Le datif pluriel aust dérivé de as , qu'il a fini par remplacer, ne se montre que tard. Le singulier au était déjà dès longtemps usité, avant qu'on employât le pluriel. Je puis dire, pour fixer leur chronologie, que la traduction de Jean Beleth (vers 1 170 ou 1 180) est l'un des premiers grands textes où se trouve le singulier au; et que l'histoire de ViJlehardouin (vers 1210) est l'un des premiers où ans se voie usité , quoique encore bien moins fréquemment que as.

d. L'accusatif masculin pluriel bs, qui est resté propre à la langue romane , se rencontre peut-être encore dans quelques' textes du langage de Bourgogne , et plus particulièrement dans ceux des provinces qui touchent à la langue d'oc. Je n'en saurais citer d'exemple : celui que fournirait le texte de Gerars de Viane (vers 3009),

56 GHAPITRE IL

stolon l'édition de M. Bekker, est une faute de copie; le manuscrit porte les.

8. Voici le tableau résumé des formes dont j'ai traité {lans ces observations :

i° Langage de Bourgogne :

Singulier masculin : U; del, dou,do, du; el, al, on, au, ou; lo,

lou , le.

Variété de Poitou, pour le génitif, dau ; pour le datif, ao. — Variété d'Angoulême , au génitif, deu.

Singulier féminin : (i ( î i5o ) , la ( 1 160) ; de la; à la; la; et souvent , à tous les cas , l'orthographe lai au lieu de la, fort usité en Lorraine et dans la Bourgogne proprement dite.

Pluriel pour les deux genres : li, fém. les (i ibo) ; des ; as , ens , es ,

ons, aus (pas beaucoup avant î aoo); fos (?), les. Variété de Poitou, au génitif, dam.

2° Langage de Picardie :

Singulier masculin , formes propres : li; del; el, al, au ( par faute

d'orthographe ) l ; ou; le.

Singulier féminin : li, le; de le, del; à h, al, el; le. Pluriel pour les deux genres : li, les; des; as, aus; les.

3° Langage normand :

Singulier masculin : li; del; al,el, u, au; lu/lo, et peu avant la

fin du xuT siècle, peut-être, le.

1 Consultez les Hues de Paris, pièce écrite vers les années 1290 ou i3oo, publiées par l'abbé le Heuf, dans Barbazan , Fabliaux et Contes, t. II, pag. a38 et suiv. passim. éd. Méon.

Singulier féminin : la; de la; à la; la.

Pluriel pour les deux genres : li, les; des; as, es; les.

Enfin, les innombrables variations des manuscrits pourront présenter sans doute encore diverses autres formes; mais la plupart devant être considérées, ou comme fautives, ou comme des variantes d'orthographe sans importance, ou comme des fantaisies de copiste, exceptionnelles et quelquefois uniques, je crois qu'il sera facile de les rattacher aux précédentes.

De ce que, dans ce tableau, je n'ai pas assigné certaines formes & un dialecte; de ce que, par exemple, je n'ai pas rangé on et es parmi les formes picardes , il ne faudrait pas en conclure que ces formes ne s'y rencontrent jamais. J'ai voulu marquer seulement, par ces exclusions , que ces formes ne sont pas propres à ce dialecte, et qu'il ne les a eues que d'emprunt; en d'autres termes, je n'attribue, autant que possible, les formes qu'au dialecte dans lequel je pense qu'elles sont nées.

9. Je passe à quelques observations qui se rapportent à la syntaxe de l'article, et à son emploi dans la construction des phrases.

a. Il faut d'abord établir, en fait, que l'article a toujours été employé dans la langue, de la même façon qu'il Fest encore aujourd'hui : il n est point de texte qui ne l'emploie; et, dès les plus anciens temps , sans exception, il n'est point de texte où on ne le voie appliqué exactement aux mêmes usages pour lesquels il nous sert encore. On ne peut guère noter que quelques différences dans le détail; j'en vais indiquer quelques- unes, mais

bien plus afin de mettre le lecteur en état d'en prendre une idée, que dans la vue de lui en présenter le tableau complet : leur peu d'importance rendrait un tel travail fort inutile ici.

b. Dans les plus anciens textes de '^Bourgogne , on trouve quelquefois l'article supprimé, soit au nominatif, soit au génitif, soit surtout au datif. Ces suppressions de l'article ne paraissent soumises à aucune règle; tous les exemples que j'en ai pu voir, m'ont paru tenir à des causes purement fortuites , et dont le retour n'est nullement assignable. L'écrivain supprimait l'article , dans ces premiers temps, sauvent par la seule raison que les formes en étaient encore pour lui douteuses, %t qu'il ne savait au juste la manière et l'occasion de l'employer; ou bien, par une raison d'harmonie , parce qu'il lui semblait que l'article eût fait discordance avec le mot suivant, ou pour telle autre raison semblable. Mais, en général, ces exemples ne sont pas communs; et sur le nombre, il en est sans doute à rejeter sur l'inexactitude des copistes.

Voici quelques exemples :

«Nos Bar, par la grâce de Deu empereux de (des?) « Romain. » ( Thés. Nov. Anecd. I, 1 o4î. )

« Quant à l'ore de meienuit resplandiat entre les pas- « tors li novele lumière de (du) ciel. » (Sermons de S. Bernart, fol. 57 vetso. )

«C'est il ki as oyls donet la veue, as oroilles foye, uà la langue la voix, à (au) palaix lassavouremenf et

« lo mouvement a toz les membres. » [Sermons de S. Bernart, fol. 17 recto.)

«Sire el ciel est ta miséricorde et ta veritez en joska « (aux) nues. » ( Sermons de S. Bernart, fol. à 7 verso.)

B faut observer que ces suppressions de l'article, qu'on peut regarder comme derniers rudiments de l'origine latine et notre langue , vont se perdant à mesure qu'elle s'éloigne de son époque primitive, et que les textes du milieu du xin* siècle n'en offrent* déjà à peu près plus d'exemples.

c. Un substantif qui en régit un autre , aveornn rapport de possession, de dépendance, ou qui en reçoit une modification quelconque, le lie à lui, dans notre langage, par la préposition de. Dans le vieux français, tout substantif en modifiant un autife, ou régi par un autre substantif, prenait simplement la forme de régime direct ou d'accusatif , tant pour lui-même que pour son article. Ainsi l'on disait : « Qui enfraint la pais le u (du) rei. » (LoUsa.) «A la coronne le (du) rei. » (Ib. a.) «Lors vint en Pas* uns bers le (du) marchis Boniface «de Montfbrrat en message».» (Villehardouin, p. 485, éd. Brid.) a Al paveiflon le (du) duc.» (Ib. p. 44a.) «A «le requeste (d') Andrieu men freire.» (C. A. 19$.)

B suit de là qu'on devait aussi supprimer souvent la préposition de , lorsque l'article ne se trouvait pas dans la partie de la phrase que cette préposition régit. En effet, on trouve très-fréquemment : a La terre ( de ) sa . « famé. » ( Villehard. p. 437.) « En leu cestui (au lieu de «lui). » (Ibid. 438.) «L'arme (l'âme de) men peire et les

« armes ( de ) mes anchiseurs. » ( C. A. 1 69 . ) a En le pre- « sensé (de) l'abei et (de) ses hommes.» (Ibid. 19a.) a Fils celi (de celle) qui Pnom.» (Partonop. 3 3 3, edit. Crapelet.)

d. On trouve assez fréquemment la forme du datif, au, as y employée dans des cas où nous mettons exclusivement aujourd'hui celle du génitif. Ainsi : a Qui ère a famé al (du) père, et marastre al (du) fil, et ère suer «al (du) roi de Hongrie.» (Villehardouin, p. 467.) « Neient discret sont li veu des enfanz qui sont encore «soz le pooir as (des, de leurs) pères.» (Traduction de JeanBeleth, fol. 7 r.) « . . . Entor l'iglise de Paris li clois- «tres où sont les maisons as (des) chanoines.» (Ibid. fol. 1 verso.) Ce vieil usage, d'employer la préposition à au lieu de 'la préposition de, pour indiquer la relation de possession entre deux objets, est trop connu et trop constaté , pour qu'il spit nécessaire d'en réunir plus d'exemples : il s'est transmis jusqu'à nous, dans quelques vieilles locutions populaires qui sont consacrées : on connaît « la vache à Colas, la poule à ma tante , etc. »

e. Il est une autre locution , fréquente dans certains textes., et qu'il est plus essentiel d'expliquer, parce qu'elle pourrait donner lieu à quelques méprises, et qu'elle s'est perdue dès longtemps. A la suite tle certaines prépositions indiquant relation de lieu et de contenu, et surtout dans et ,sur, au lieu d'employer la forme de l'article régime direct le, la, comme nousferions aujourd'hui, on employait la forage du datif, au^a$i es; de sorte que la préposition à, impliquée dans

ces formes contractes , faisait pléonasme avec la préposition immédiatement précédente, et qu'on disait à la lettre, dans au, sur au, au lieu de dans le, sur le. Voici quelques exemples : «Ens el [dans au, pour dans le) «port. » (Villehardouin, p. 43<).) «Trosque ens el (dans «au, pour dans le) cuer de l'hiver.» (Ibïd. pag. Ix 5 7.) u Ens es (dans les) mares. » ( C A. p. ibli-)

Sus ou ( mot à mot , sur au j palais an prist à repairier.

Gerars de Viane, 1975 , éd. Bekker.

Cest-à-dire, il s'en prit (il se mit) à retourner sur le palais, bu à monter vers le palais. L'auteur emploie ici la préposition sur, au lieu de vers ou dans dont nous nous servirions , parce que le palais était situé sur une hauteur.

Vos en arois ( aurez ) molt riche gueredon

Et les vos airmes (vos âmes) en aront m an don (résidence) Jr.'

Avockes lui enz ou (dans le) ciel

Ibid. 3o/i9-3o5i.

Defprs la ville se logent enz es (dans les) preiz.

Ibid. 3gi 1.

Au surplus , cette locution ne touche en rien au fond des fchoses; elle n'indique nulle différence de système entre nos aïeux et nous , dans la manière de construire les phrases et d'employer les prépositions et les articles : c'est tout simplement une manière de parler, un de ces usages grammaticaux qui s'introduisent dans toutes les langues et s'y maintiennent lorsqu'ils ne touchent à

rien d'essentiel et n&h£rent pas la clarté du discours : c'est un idiotisme propre au vieux français. ' .

Jai Remarqué que cette locution se rencontre dans les ouvrages en vers, sinon exclusivement, du moins bien plus fréquemment que dans les écrits. m prose; je crois en outfe qu'elle n'est point des premiers temps de la langue, qu'elle ne se trouve que peu ou point^tas les plus anciens textes , et qu'elle n'a eu cours qu'à la suite déjà d'une certaine culture du langage , peu avant le milieu du xiif siècle : de sorte <fu'on peut penser quelle était considérée comme une sorte ^tf élégance réservée à la poésie, au style poétique, et que toup les auteurs ne se permettaient point.

/. Dans ces temps peu lettrés , où la langue- sa^brmait en tâtonnant, et allait se fixant peu à peu par une suite d'essais consécutifs, il était nature} que l'emploi convenable et régulier de l'article ne fih pas d'abord déterminé avec précision , et nous 4evQJQ£ retrouver dans cela, comme dans tout le reste, des traces de variations et de tâtonnements.

Nous voytms en effet que, pendant le xni* siècle, l'emploi respectif des articles et*des pronoms démonstratifs était mal déterminé; on «se servait souvent <!e l'article , dans des cas où nous avons décidé depuis que le pronom doit seul se mettre. Ainsi l'on disait : « Por la terre «la (qui est celle du) rei, et la (celle de) monsire « Edward garder. » [AcURym. I, 33g.) Oubien**dans cet exemple plus clair encore, un chevalier qui en questionne un autre sur son épée, lui dit :

Sire Rollan, dist H quens Olivier, ^

Est ceu Joiouse, la ( celle de) Kallon à vis fier Don vos saveiz si riches colz paier ?

— Nenil, biau sire, dit Rollan le guerrier,

C'est Durandart, m'espée à poig d'ormier.

Gironde Viane, 2892-2896.

On sait, d'ailleurs, que cet ancien usage de l'article est analogue à celui qu'il a conservé dans ïespagnol et dans l'italien x

Nous voyons encore qu'il n'était point rare qu'on employât l'article^ devant les pronoms démonstratifs, et qu'on dît : les ceux, les -celles, au lieu de dire simplement ceux et celles. Cela sest conservé dans quelques locutions provinciales encore usitées. L'on trouve : « A «tous les ceew (ceux) à qi ces lettres vendront» [Ad. Rym. I, 48i); et bien d'autres exemples. «*

g. Enfin, nous voyons que l'on employait, à la ma* nière italienne, » l'artiçiitf avec le pronom possessif, accompagné de son substantif, et qu'on disait : « Li minisu tre de la sue (de sa) cruelteit. » ( Trad. de S. Grég. dan» l'Hist. litt. de Fr. XIII, ta.) a Les soes (ses) Chartres.» (Villehardouin, 1 7.) «Ahsoe (sa) gent. » (Ibid. p. 434.) «Le son pople (son peuple).» [Trad. des Rois dans l'Hist. litt. de Fr. XIII, 19^ «De le mieve (de ma) part. » [C. A. 1 69.) « Od h soie (avec sa) gent. j> [Part. 46a .) « Je «te pardouin lextnen (ton) meffet. » (H. de R. 4728, éd. Méon.) a Li tiens doit, (ton doigt). » (R. delà R. p. 80, éd. Méon.) « Li miens (mon) parages. » [G. deV. 1 795, éd. Bekker. ) « Par le vostre [ votre ) aingle. » [Ib. 3o58. ) « Les

avos (vos) airmes. » (Ib. 3o5o.) «Li siens (son) peire.» (Ibid. 27/i.) «Par la toie ( ta) merci. » (Ibid. £92.) a En la moie bailie (en ma possession).» [Ibid. 1802.) «Un suen chevalier.» (Villehardouin , p. 45o.) «Uns « siens fils. » (Mahomet, 689 , éd. Michel.) Cette dernière locution, très-commune alors, nous est restée dans le langage familier.

Cette manière d'employer les pronoms possessifs , dans le vieux français, esl venue, en grande partie, de ce qu'alors on n'avait pas encore distingué l'un de f autre les deux pronoms possessifs qu'a notre langue : mon, ton, son, qui ne se doit employer que sans article , et le mien, le tien, le sien, qui ne se peuvent employer qu'avec l'article. Ces deux familles distinctes étaient confondues entre elles , et s'employaient Tune pour l'autre.

Il y a, pour le dire en passant, beaucoup d'exemples de ce mode de locution, dans toutes les langues néolatines. On sait qu'il est resté propre à l'italien, où il est exclusif; on vient de voir combien il est fréquent dans le vieux français. L'ancien espagnol en présente des exemples tout aussi communs : « El mi tio. » (Silva de romances viejos, éd. J. Grimm, p. 6.) « La mi madré. » (Ib. p. 6. ) « El mi sobrino. » (Ib. p. 6. ) « La su esposa. » ( Ib. p.% 19.)" La sn mano. » (Ib. p. 8. ) « De los sus ojos. » (Ib. p. 5. ) « Con el van los sus monteros. » ( Ib. p. 46. ) « La « tu fama, la tu gloria, Icttu muerte. » (Poesias selectas Castellanas, éd. quinfana, 1. 1, p. 8.) « Que obedccteron al su <( mandamientc* » ( Ib. pag. A. ) « Con la su mezana. » ( Ib. p. 2 . ) « La su barca. » £/6. p. 7. ) a Las sus azagayas. » (Ib.

ÎÏE L'ARTICLE. 6^.

p. 6, etc. etc.) C'est donc là un trait de conformité de plus entre toutes ces langues, à joindre à ceux que TML Raynotiord a si savamment rassemblés dans sa Grammaire * comparée .des langues de l'Europe latine.

KhXes formes contractes 9 dès longtemps obsolètes, que j'ai rapportées à la suite de la déclinaison, ne donnent lieu en elles-mêmes à aucune rerûarque; éttfet sont fort clair.es, fort simples, et dans l'analogie complète de quelques contractions que non* employons encore.

Plusieurs des savants éditeurs de texte* français où ces contractions inusitées se rencontrent, ont adopté f usage de les écrire avec des apostrophes, qu'ils placent selon les cas ou selon leur fantaisie, tantôt à la fin, tantôt dans le corps même du mot; ainsi : seï, pour $i l(;jel\ pour je le; ne' s pour ne les, etc. Cette méthode n'est nullement blâmable, et la modification qu elle introduit dans l'orthographe n'est en soi que de fort peu d'importance : toutefois j'aimerais mieux qu'on édïfcrît ces mots, dans le^ imprimés , comme on les trouve écrits dans les manuscrits, sans aucune apostrophe; et jalonnerai eu faveur dfe.ce sentiment, deux -raisons * que je soumets aux jugés de ces questions délicates. La première , c'est, que le premier devoir dès éditeurs est de reproduire, autant que possible, les textes qu'ils trouvent dans les manuscrits, sans aucun changement quelconque. Pour un langage dont les formes sont dune extFeme mobilité," dont les dialectes, les règles ' grammaticales, l'orthographe , sont encore un sujet continuel de doute, de discussion et d'examen, il est né-

cessaire, ce me semble, de reproduire avec la plus scrupuleuse fidélité les leçons du manuscrit qu'on emploie; et non point d'amalgamer ridiculement ensemble plusieurs manuscrits , pour nous donner en résultat un langage, informe combinaison des langages de plusieurs temps et de plusieurs lieux; et pour les personnes qui étudient les textes dans les édition*, il est toujours bien plus profitable et plus lumineux d'avoir sous les yeux les formes mêmes et les petites règles orthographiques et grammaticales qu'ont suivies les anciens copistes de ces textes , que les arrangements qu'il aura plu au caprice des éditeurs d'y introduire. En second lieu, puisqu'il nous reste encore, dans la langue que i\ous parions, des formes contractes de tout point identiques à dettes dont il s'agit, et puisque nous les écrivons toujours sans apostrophe, l'analogie ne dit-elle pas que ces formes qui ont péri se doivent écrire de la même façon? Et nés, par exemple, contraction de ne les ou ni les, ne se doit-il pas écrire absolument comme notre des, contraction de de les, auquel il ressemble si fort? Si l'on m'alléguait ici l'autorité de quelques usages espagnols ou italiens, je répondrais que c'est précisément parce que ces usages sont italiens ou espagnols, que leur autorité n'est d'aucun poids dans la langue française.

J'ai cru remarquer que ces formes contractes sont moins communes dans les textes les plus anciens de la langue, que dans ceux qui sont venus après; et les ouvrages où elles se rencontrent avec le plus d'abon-

dance sont, je crois, presque tous du milieu ou de la seconde moitié du xiii* sièple. Elles sont aussi plus fréquentes en Normandie et dans les kngages de l'ouest de la France , que dans ceux des provinces de l'Est.

Aux formes que j'ai citée*, il s en pourrait peut-être ajouter quelques autres, fin voici deux qui donneront l'idée du reste.

Mes, qui parait employé pour me les; notamment dans la pbràse suivante :

Qànt ce aurez fait, si m'aiez Dis forz homes aparelliez, A chescun un coffre livrez.

Et (lisez e) cekos les mes amenez.

Le CkasteUment , C XIII, i5i-i5A , éd. la Bouderie.

C est-à-dire, et céans eux me les amenez.

Non semble écrit pour ne le, dans ce passage de Gerars de Yiane (v. 3537-354o, éd. Bekker), que je copie sur le manuscrit :

Puis li ait dit : Dans rois , veeû me ci.

Vos euidiez bien ke je mise endormis

Dedans Viane, ou de vin estordis.

Nou ()enele) suix par foi, ainz suis prez de vos ci.

Mais cette forme aurait besoin d'être justifiée par d'autres exemples. C'est le seul que j'en connaisse, et il ne serait pas impossible qu'il fallût attribuer l'a à une erreur du copiste, et qu'on dût lire non suix, conformément à une locution bien connue et fréquente dans les livres de cet âge»

Les variations dans notre ancien langage ont été si grandes; il y a tant de distinctions à faire entre les formes des mots, et selon les temps et selon les dialectes; il y a tant de règles qui ont eu cours, et tant d'exceptions à ces règles, que je suis forcé de me tracer une circonscription dans mon sujet, et de me restreindre à n'en prendre pour ainsi dire que la fleur : exposant les faits capitaux, indiquant les règles qui .„ ont été le plus suivies et dans les meilleurs temps, et laissant beaucoup de détails et de variations secondaires aux auteurs qui voudront traiter plus à fond la matière, ou en exposer en détail quelque partie, je traiterai d'abord des flexion? de nombre et de cas dans les noms masculins* qui sont les plus essentielles à. exposer, puis dans les nonds féminins; je rassemblerai ensuite diverses remarques sur les genres des substantifs, et je finirai par les observations qui ne se rattachent point à ces deux sujets principaux.

La langue française n'a jamais eu, pour les substantifs des deux genres , qu'un seul mode de flexion : F addition d'un s final au thème du mot.

Mais, selon la belle remarque de M. Raynouard (Journ. des Savants, octobre 1816, p. 80, 81 et suiv. , Gramm. romane, ch. u, p. 26), ce > placé à la fin des substantifs n'a pas toujours servi, comme il sert aujourd'hui dans notre langue fixée, à marquer uniquement le* pluriel, et à le distinguer du singulier : ce n est guère que depuis la seconde moitié du xiv* siècle qu'il a commencé de se réduire : à cet usage.

Jusque-là, et depuis les temps primitifs de la langue, lemploi du s final pour marquer les flexions avait été ainsi réglé :

Les substantifs prenaient un s final , lorsqu'ils étaient sujet ou nominatif de la phrase au singulier, et lorsqu'ils étaient régimes au pluriel. r

Ils s'écrivaient sans s final, c'est-à-dire en leur forme de thème pur, lorsqu'ils étaient sujet ou nominatif au pluriel, et régime au singulier.

Ainsi primitivement ce n'était pas les nombres que le s final servait à distinguer en français : le singulier prenait ce s lorsqu'il était sujet; le pluriel lorsqu'il était régime.

Cette règle fondamentale est caractéristique de la première époque de notre langue : oubliée presque dès le temps de son abolition, ou plutôt abolie parce qu'elle était tombée peu à peu dans l'oubli ( Raynouard , Obs. sur le Rom. de Rouf p. 3 1 et suiv.) , elle a été retrouvée par M. Raynouard, et répétée depuis par tous ceux qui ont écrit sur nos anciens langages. Elle était commune à la langue romane et à la langue d'oil. Les preuves en

sont tellement évidentes et abondantes en tous les textes, qu'il n'y a plus à s'arrêter à l'établir; sa découverte nous a rendu l'intelligence , trop longtemps perdue , de la grammaire des idiomes romans du moyen âge.

On voit cette règle observée dès les premiers monuments écrits de la langue française : la pièce en langage picard, de n33, publiée par le Carpentier [H. de C. II, pr. p. 18), la suit açec rigueur : tous les textes en prose et en vers, jusqu'après la fin du un* siècle , y sont assujettis : il n'est pas une charte , pas une pièce , jusqu'au moindre contrat écrit dans un village de la plus reculée de nos provinces françaises, pendant le xiii9 siècle, où elle ne se retrouve d'une manière évidente et avec une constance qu'il est impossible de ne pas remarquer. On peut croire qu'il n'existe point une charte française d'avant i3oo, qui ne fût suffisante à elle seule pour fournir des preuves fort claires de. l'observation de cette règle.

Aussi la règle que je viens d'établir est certainement un des plus sûrs moyens de déterminer l'âge des manuscrits français : on remarque que les manuscrits les plus anciens sont ceux où elle est le plus strictement suivie , et que son altération va' peu à peu croissant avec la multiplicité des copies et la progression des temps; de sorte qu'on peut tenir pour certain, à part les exceptions accidentelles qui se rencontrent en ces matières, que tout manuscrit français, quelle que soit la date de la composition de l'écrit qu'il renferme , tout manuscrit français où cette règle n'est plus ob-

DES SUBSTAIWIFS. , 71

servée avec quelque exactitude, est une ropie postérieure aux premières années du xiv* siècle. "

Dans notre langue française , il est vrai , telle qu'elle est fixée dans ses règles essentielles depuis le XVe siècle, les substantifs sont réduits à une seule variation de position grammaticale, celle du nombre. Mais il était naturel qu'il Ven fût pas toujours ainsi : notre langue, sortie du latin dont les mots subissent des flexions de «as assez multipliées, n'a pu d'un premier coup s'arrêter nettement à la seule flexion qu'elle devait finir par conserver : elle a dû vaciller quelque temps dans le nombre de ses formes; être d'abord, dans leur emplof, beaucoup plus rapprochée qu'elle ne Test restée, de la déclinaison latine; n'arriver enfin que par degrés et peu à peu à cette règle unique et simple qui fait aujourd'hui son caractère.

Or s'il est vrai, comme l'a pensé M. Raynouard, que le s servant primitivement à marquer dans les substantifs le singulier sujet, est venu, dans la langue française, $e la forme singulier .nominatif de la seconde déclinaison latine, il est évident que cet emploi de la flexiop en 5 a été le premier essai des langages vulgaires, cherchant à se donner des règles au sortir du latin; et cet emploi primitif marque une des grandes époques de notre langue, depuis son origine jusqu'aux temps où elle s'est fixée quant aux formes de ses substantifs, et où les derniers restes du latinisme étant abolis dans la déclinaison , sa flexiojl n'a plus servi qu'à distinguer uniquement le singulier du pluriel.

72 CHAPITRE IHr

Cette révolution qui mit fin aux tâtonnements les plus essentiels de notre langue, et qui marque en elle le commencement d'un second âge grammatical, s'est accomplie dans la deuxième moitié du xrv* siècle.

Mais la règle de la position de 5 telle que je viens de l'exposer, avait lait naître dans son application plusieurs règles secondaires toutes dérivées d'elle, et qui ont eu beaucoup d'influence sur la formation de notre langue. Il faut donc, pour présenter avec clarté toutes ces règles secondaires , observer et suivre en détail la règle principale dans ses applications aux différentes forçies de mots. 1

Le s final de la flexion des substantifs ne devait jamais être muet, et primitivement il est à croire qu'il ne fêtait jamais; il s'agissait donc de faire accorder sa prononciation avec celle de la syllabe finale du thème auquel on l'appliquait, et d'éviter toute cacophonie ou même toute prononciation impraticable.

On y avait réussi sans difficulté pour beaucoup de mots , ainsi :

&ing. Suj. uns angeles (R. de M. p. i£), un ange; li aingles

(G. deV.Sofo).

Rég. le aingle, Y aingle (ibid. 3858, 3o53).

plu a. Suj. li aingle.

Rég. les aingles, as engles (S. de S. B.461. bj v. j.

. 51 Nf. Suj. li mesaiges (G. de V. 34 1 1, 76), le messager.

Rég. le mesqige.

PLon. Suj. li mesaige, li message ( Villehardouin , 438).

Rég. les mesaiges.

Ce mot mesaige semble encore exclusivement emr ployé par Villehardouin pour dire un messager, tandis que, moins d'un demi-siècle après, il ne se voit pltis que rarement f*&pk)yé à cette acception : ies-tu mesaiges (G. de V. 76, i<a 83 ),:et il passe à celle qu'il a conservée dans notre langue : di ton mesaige [ibid. 1 1 5 5 , 1 4 7 1 ); le message (R. V. 760); il commence dès lors à être universellement remplacé, dans sa première signification, par les formes suivantes :

sing. Suj. li mesaigies (G. de V. i5ag).

Rég. le mesaigiers , inesagier (R. V. 76A). plu li. Suj. li mesaigier ( G. de V. 1 122 ). mesaiger {ibid. 3959).

messagier Jreire (ibid. 3975).

Rég. trois mesaigiers ( ibid. 1 2 ).

sing. Suj. li peires (G. de V. 3453 ) , le père.

Rég. le peire.

plur. Suj. fi peire.

Rég. les peires.

sing. Suj. lijreires, le frère.

jRég. le jreire (H. de M. 221 ).

plur. Suj. li Jreire (G. de V. 2095).

Rég. lesjreires.

sing. Suj. fi meies, le médecin.

si saiges meies (S. de S. B.).

Rég. del meie.

sing. Suj. nos sires Fevesqaes ( 1288, £ V. H. 465). li eveskes (G. de V. 38o3).

Rég. le, leveske (ibid. 1288 ) ; li vejkes (1288, 7. V. H. 465).

pldr. Suj. U eveske.

Rég. les eveskes.

sing. Suj. U peules crùtiiens ( S. de S. B. fol. 45 r. ) , le peuple.

Rég. d tof lo peule (ibid. fol. 45 ».). d ton peafe ( ibid. 5i r. ).

lofeaule peule (ibid. i53 r.).

En Normandie , lepuple (L. de G. p. 176).

sing. Suj. fi rois (G.dcV. i534 ) , le roi.

Rég. le roi (ibid. i5ag).

plur.Suj. U roi (Parton. 438).

Rég. les rois.

En Normandie, U reis, cil reis; del m, le rei. (R. de Ck. 53, 19. 46, 39.)

sing. Suj. U drus ( G. de V. 3 162 ) t l'ami, le favori.

Rég. le dru (Marie de F. Ea. 80); drtu (ibid. 94) plcr. Suj. U dru.

Rég* les drus (G. de V. 3i45 ).

sing. Suj. ti frémis (Fabl. in. 1. 1, 227). Rég. da frémi (ibid. 226).

au frémi (ibid.).

sing. Suj. liescus(G. de V. 1811).

Rég. le, Vescu (ibid. 826, 766, 770, 2491 ).

sing. Suj. Ufeus (G. de V. 2485), le feu. Rég. le feu (Villehard. 453).

sing. Suj. U cuers ( G. de V. 24i6), le cœur. Rég. le cuer (ibid. a448).

sing. Suj. U murs (G. de V. 3384 ), le mur

Rég. le mur (ibid. 877).

plu R. Suj. U mur (ibid. 1752).

Rég. sor les murs (ibid. 1737)

sing. Suj. li destriers (G. de V. 864)» le cheval. Rég. le destrier (Aid. 868).

dou destrier ( ibid. 1 5g î ) .

del destrier (ibid. i4g6).

plur. Suj. li destrier (ibid. 1617).

Rég. les destriers (ibid. i5o3).

sing. Suj. li chevaliers, uns chevaliers (Lai d'Ign. 18, Villehard. 465 c ).

Rég. del chevalier.

plur. Suj. tait si chevalier (G. de V. 1907).

Voc. franc chevalier menbré ( ibid. 1729).

Rég. les chevaliers (ibid.$6à, i&73).

sing. Siri. Jimireoro (R. de la R. t. I, 63). ■'îf mireoirs ( ibid. ).

Rég. 00 miroer (ibid. 63).

en cel mireor (ibid.).

En Normandie, an mireur (Marbode, 1 44).

sing. Suj. li estors, Vestors (G. de V. 1695), le combat. Rég. lefortestor (ibid. 169a).

eljort. ester ( ibid. 1 720).

à Yestor (îbid. 2758).

sing. Suj. lijors (S. de S. B. fol. 57 v. ), le jour. Rég. lejor.

unjoure (ia65, Archœol. t. XXU, 3i5) est un

barbarisme anglo-normand.

aljur(M.deF.Iq. 98).

sing. Suj. li façons (G. de V. ), le faucon. ses faucons ( ibid. 54 , 60 ) .

Rég. le faucon ( ibid. 1914) dou faucon, voslre façon ( ibid. 1 33 ) .

sing. Suj. ligrenons, la barbe.

Rég. le grenon.

En Picardie , on disait :

sing. Rég. legrignon (R. V. i4aa).

sing. Suj. li espérons, l'éperon.

Rég. lo, Vesperon.

f plur. Rég. les riches espérons (G.deV. 207^).

sing. Suj. U siglatons (R. de M. p. 11 ). Rég. le siglaton.

sing. Suj. U chiens, le chien.

Rég. le chien.

sing. Suj. cist pains (S. de S. B. fol. 53 r. ). Rég. lo pain (ibid.).

sing. Suj. li saens de la voix (S. de S. B. fol. 5i v. ), le

son.

Rég. son suen (ibid. 19 r. ).

sing. Suj. li pèlerins (S. de S. B. fol. 121 v.), le pèlerin.

Rég. palerin (ibid.).

plur. Suj. si cum palerin (ibid. 121 v.).

Rég. palerins ( ibid. )fc

Voilà la règle en son application simple et directe ; tous ces exemples que j'ai ramassés au hasard, en les resserrant dans ce qu'ils ont de plus significatif, sont si nombreux dans les bons textes, qu'il aurait été superflu de marquer toujours où je les avais pris.

Je passe aux règles ou aux usages de détail qui sont dérivés de cette règle générale :

a. On remarque en premier lieu que dans beau-

coup de mots l'addition du $, çu* nominatif singulier, donnait lieu à une contraction a&Vadical.

On voit des mots de toutes les terminaisons soumis à cet usage de formes contractes ; il y a lieu de croire cependant que les premiers dans lesquels elles ont eu heu, étaient terminés au radical par un émue t ou par la syllabe on. *

Ces contractions étaient quelquefois très-fortes : il ne parait pas qu'on puisse les ramener à aucune règle, ni citer aucune classe de mots comme y étant particulièrement sujettes. Tous les exemples eij sont isolés; et il est impossible de les faire connaître autrement qu'en rapportant ces exemples.

Dans tous les mots de ce genre, la forme contracte est toujours exclusivement celle du nominatif singulier; les cas indirects du pluriel qui prennent le s , se forment régulièrement par l'addition de ce 5 à la forme pure dû radical.

Ainsi les mots sujets à la contraction avaient proprement trois formes de déclinaison :

i° Singulier régime et pluriel sujet, ferme radicale* pure; *

a0 Nominatif singulier ? contraction;

3° Pluriel régime, forme régulière en s final.

Voici des exemples :

51N6. Suj. li quens, li cuens(G. de V. 570, 726), le comte. li gentis quens, li quens iantis (ibid. 178a , 20A7).

Rég. le conte {ibid. iSàà)

Rég. dou comte (Upd. 25Â9).

au gentil conte ( ibid. a 1 1 5 ).

plcr. Suj. li conte (ibid. 3457).

Rég. les tontes \ ibid. 3a 6g, 33oa ).

Le substantif

sing. Suj. Ii contes (R. V. 37), le conte. Rég. an conte ( ibid. 34 )•

avait, comme on voit, une forme de déclinaison différente.

sing. Suj. li glous (G. de V. ), le gfotraa. ligloz(Chast.XX01%S).

Voc. glouz , glous ( ibid. 1 5 1 ) .

Rég. cel glouton (ibid. i34g).

plu A. Suj. li glouton (ibid. 170a ).

Rég. de ces gloutons (ihii. i4o6).

On trouve dans Rabelais (Pantagruel, III, 27; t. I, p. 497, iû-80, éd. de l'Aulnaye) , et plus anciennement, iiq féminin gloatte, pour $fautonne, qui n'est pas sans quelque rapport avec la contraction que je viens d'indiquer : «des ordes chutes.» (Lai d'Ign. p. a5.)

sing. Suj. li bers (G. de V. 38o) , le baron.

Rég. le bairou (ibid. ao64)> plu r. Suj. li bairon (ibid. ao6o).

Rég. les bairons [ibid. 3438 ).

as bairons (ibid. ao38).

des barons ( ibid. Soo3).

De ce mot sont formés : li bamaiges, li grans bernaiges (ibid. 2754, 3 179); ses riches barneiz, sing. siy.

(ibid. 969); de son barné (ibid. Sytx), mots collectifs signifiant baronnie, escorte de barons, qui montrent aussi l'exemple d'une formation contracte; et baronie (ibid. 33oi ), qui dérive dé la forme non contracte.

sing. Suj. toz li monz (Villehard. p. 469 c), tout le monde. toz li mons ( ibid. 453 ).

Rég. del monde (ibid. 469 a).

del mande (ibid. 438).

Il est vrai que Ton a aussi écrit , au tnoips dans les dialectes de Normandie et de Champagne , les cas indirects du singulier sans e muet, ce qui ôterait à la forme du singulier sujet le caractère de contraction :

sing. Suj. del mund ( Tristan, II, 63). '"■"

del mont [Parton. 3855).

Mais ces formes, Jpin detre primitives, $Me montrent guère , à ce qu'il semble , avant le milieu du xin6 siècle , et peuvent avoir été occasionnées par la contraction du nominatif singulier.

Et cette contraction commune au xin* siècle, u'est pas elle-même peut-être des premiers temps de la langue; elle ne semble pas avoir eu Cûujrs dans les textes de l'époque antérieure. Ainsi : « tu as cors si cum li « mundes at. » (5. de S. B. fol. 5 1 v. )

sing. Suj. li noviaas maires et li viez ( 0. des R. 1 , 82 ). plur. Suj. tait li mayear de France ( ibid. 8a ).

Les exemples de cette déclinaison sont communs dans les textes de Flandre :

sing.^uj. li maires (C. d'A. 106 ), 1^ maire, nég. le maieur ( ibid. 107 ).

au maieur de la commugne ( ibid. 106 ). cfo maieur ( ifo'd. 2 45);

Cette déclinaison se trouve aussi en Lorraine, et généralement dans tous les dialectes :

sing. Suj. li maires' (II. de M. 178), plur. Suj. li maiour (ibid. 178).

sing. Suj. li sires (Chast. XXI, 95).

sis sires (M. de J. Freisne , 1 2 ) , le seigneur. Voc. sires, sire (S. de S.B.).

Rég. li sieres ( i2t)a', /. V. H. 55o). te signeur (ibid. 55o)."' le signeur, mon signeur ( C. d'A. 1 1 3 ). le signour (R. de M. p. 1 ).

plur. Suj. li grant signor (ibid. 61 ). *. Rég. fej seignours (A. R. 33g).

cAm seignors ( ia56 , ibid. 33g ).

en le cort des signeurs ( Th. N. An. 1008).

Les éditeurs ont écrit : en fécort, ce qui est une faulr évidente.

La forme du sujet singulier sires, sire, n'a point varié, et se retrouve en tous les dialectes; mais la forme des cas indirects a eu bien des variations : de son signor (S. de S, B. fol. 17 v. ) ; — ~ notre segneur, le singneur (C. d'A. i64, 171 ); — seugnear (ibid. 3 12); — son signour ( R. C. C. 5397 ); — et les formes normandes : vostre sennur ( Tristan, II, 108); — as seneors [ibid. 1, 180); — seignurs, seignnr (ibid. II, ko; ia65, Archœol. XXII, 3n).

On connaît les dérivés : le signerîe, féminin (C. d'A. 3 1 2 ) ; de me singnerie, de le segnerie, seignerie (ibid, ^5 1 1 5y ); — le singneraige, masculin (H. de M. 188).

sing. Sàj. li lerres {Chast. XXI, 1 i5), le larron. Régf. par le larron (ibid. 96).

le larun (L. de G. 45).

Ou bien encore :

sing. Su), li lierres (E. de S. L. 29, I, i3o). Rég. larron ne hrronesse (ibid. i3,6 ). de larron (ibid. i3o).

plu R. Rég. avec larrons' (ibid. i3a).

Je note le dérivé : eljgrenein (S. de S. B. fol. 48 r.), larrecin (E. de S. L. p. i3o);'en Picardie : de larrechin ( i2i5, C. d'A. 108, 109). •*

sing. Suj. li Jiens (Fàbl. inéj, I, 8a). Rég. lefamier (ibid.).

delfemier (H. de F. XIII, 19).

sing. Suj. cil guars ( G. de V. 172). Rég. un garson (ibid. 189).

e meint savage garsun ( Arch. XXII, 32 1 ).

Je finirai par un exemple moins incontestable qufe les précédents :

sing. Suj. li preslres \S. de M. S.).

Rég. al provoire (ibid.).

PttiR. Suj. li provoire ( itoid. ).

seignor provoire (ibid.).

Rég. as provoires ( ibid. ).

lesprovoires ( ibid. )."

** C'est ainsi que cette déclinaison semble réglée , non-

seulement dans le texte que je viens d'alléguer, mais dans la traduction française de la Somme de J. Beleth, et ailleurs. Cependant il est impossible de considérer ces deux mots comme de simples flexions d'un même thème français; ce sont deux mots différents P- qui dérivent d'un même primitif latin, et que l'usage

avait accolés et réunis en restreignant chacun d'eux à un emploi particulier. Il y a bien d'autres exemples; et je penche d'autant plus pour cette opinion, que l'on trouve çà et là chacun de ces mots : li prestres et li provoires ( J. B. fol. 1 r. ) , décliné régulièrement dans toutes ses formes.

b. Les substantifs masculins dont le radical était en or, et surtout eor final , ce qui nous a donné tant de mots en ear, avaient aussi une déclinaison à trois formes :

i° L'une, pour le nominatif singulier, en eires, erres, ères; '

2° La seconde , pour le singulier régime et le pluriel sujet, était le radical pur;

3° La troisième, pour le pluriel régime, était formée régulièrement sur le radical pur, par l'addition d'un s.

Ainsi :

sing. Suj. li empereres ( Villehard. p. 453 ) , l'empereur. Rég. al empereor (ibid. 453).

sing. Suj. li creeires (S. de S. B. fol. 58 r. ), le créateur. Rég. son creator (ibid. 44 »•)•

le criator ( Tristan, I, 179).

sing. Suj. U saheires (S. de S. B. ) , le Muveur. Rég. del douz nom del salvaor ( ibid. ). el nom de salvaor (McL).

sing. Suj. li pecieres (S. de M. S. ) , le pécheur.

Rég. au peceor (ibid.).

plue. Suj. U peceor ( ito<£ ).

Rég. les peceors (ibid.).

Ces formes sont de ffie-de-France ; la déclinaison est la même en Bourgogne :

sing. Suj. mains pechieres (G. de Y. a4ai ). pldr. Rég. despecheors (5.4b 5. B. fol. 19 v.).

sing. Suj. /i aiveres (S. de S. B. fol. 19 r.), l'aide. Rég. cest très boen aivor (ibid. 19 r.).

sing. Suj. lifablerres (Çhast. X, 12, la Boud.), le conteur

de fables.

Rég. dufableor ( ibid. ).

de sonfabkor ( ibid. a ).

sing. Suj. U leckierres (Chas. VII, a 5).

Rég. son leekeor (ibid. 8).

pldr. Suj. licheor ( G. de Y. 548).

La déclinaison était la même dans les formes picardes qu'on écrivait en eur, au lieu de or et eor :

sing. Suj. ans vénères ( Parton. 585 ) , un veneur. plur. Suj. si veneor (L. d'Ign. 46).

Rég. an des veneurs li conte (R. de R. 5720).

sing. Suj. Ufereres (C. <TA. p. 106 ), celui qui a frappé. Rég. h.fereur (ibid.).

sing. Suj. fi devant dis conseiUieres ( îa&f ; J. V. H. t\t\§).

li devant dit conseillieres jureis ( ibid. ). li conseilliers ( ibid. ).

plur. Rég. parmi les deu» conseilleurs jureis (ibid. A5o).

Déclinez de même :

sing. Suj. disieres ( 1288; /. V. H. à0] à), celui qui décide ,

l'arbitre.

desieres ( ibid. 477).

plu R. Suj . li diseur ( ibid. fa 4 ) . Rég. les diseurs ( ibid. ).

sing. Suj. li devant dit misieres ( ia83; J. V* H. Aa4) , l'entremetteur, l'arbitre.

dus ki misieres faurroit ( ibid. ).

Rég. un autre miseur (ibid.).

sing. Suj. lijugieres (S. de S. B. fol. 45 r.). Rég. jugeor (Parton. 388).

sing. Suj. /i reconteres, le conteur.

plur. Rég. cfej reconteors.

On trouve (S. Grég. H. L. de la F. XIII, 9) fes reconteres au pluriel régime; mais cetit évidemment une faute de ce texte peu sûr.

sing. Suj. lijougleres (G. d'A. p. i3), le jongleur.

Rég. jougleor (G. d*A. 3a ).

plur. Suj. lijougleour (R. de M. 33).

li jugleor (7. B. fol. 4 r. ).

L'orthographe de ce mot a été singulièrement variable; et, indépendamment des différences de dialecte, on le voit écrit de tant de manières diverses, qu'on nose essayer de les rassembler.

Voici un passage où fauteur, jouant sur le mot, parait donner aux deux mots joagleour et gengleour une signification différente : ce dernier étant employé à peu près dans cette acception défavorable que nous donnons souvent aujourd'hui au mot jongleur, etjougleour étant au contraire en très-bonne part , comme dans les temps primitifs de son emploi :

Gérars de Nevers, voyageant seul,

Ges une femme , dame Marche , Qui femme es toit un jougleour Qui onques n'a m a gengleour, Est hebregiés

sing. Suj. li commundeires (H. de M. 2 45 ). plur. Rég. as commandeurs (ibid. 2 45).

sing. Suj. ki ke chaingieres an soit (H. de M. 2 83). Rég. lou chainjour (ibid. 228).

Ion chaingoar ( ibid. 2 83 ).

plur. Suj. li changeor ( ia3i ; Duplessis, II, 128).

sing. Suj. li dettres (H. de M. 1 65 ) , le débiteur. plur. Rég. as deteeurs (C. (TA. 171 ).

Il y a dans le nominatif félision d'un e entre le t et le r, soit par faute de copie, soit par suite des licences de la prononciation.

plur. Suj. li wardour (H. de M. 177)» mainteneurs. Rég. as wardours ( ibid. ).

sing. Suj. malvais trechiere (Ignaures, 17 ), trompeur. plur. Suj. li triclieor(B. de S. M. 6383).

Et les formes normandes :

sing. Suj. li pescheres ( Tristan, .JI„ 98 ) , le pécheur.

Rég. unpeschur (ibid.).

PLUR.Suj. lipescurs ( ia65; Archœol. XXII, 3i8).

On voit , dans le langage picard , les deux formes bien distinguées zpeschierres (piscator) et pecierres (peccator) (V.S. /aM.XLHI, 38).

Voici quelques autres opets qui suivaient la même règle de déclinaison :

sing. Suj. li defenderes (S. de S. fi. fol. 19 r. ) , le défenseur. U deciveires ( ibid, fol.' Sa r. ) , le trompeur. li hêtres (J. fi. fol. 10 r.), le louangeur. li ochierres (jai5; C. SA. 106), meurtrier. li goavernieres (12A8; du Cange, H. de C. pr. p. 6). gouvernerres ( 1266; ibid. p. 16).

U ordeneres ( 1188; J. V. H. à'jà)- U peseires (H. de M. 378 ) , le peseur. li renderes (ibid. i65), le rendeur.

cil menacierres (E. de S. L. 37, I, i3£). vengerres (V.S. la M. XLHI, 38 ) ,. vengeur, «m rimoieres dçjlabliax (N. R. II, 209), un ri-

meur de fabliaux.

se aucuns maafaitires (J. V. H. Aa 3), malfaiteur. blaudicierres (F. in. II, 455).

Il est probable que gênerais visiteures, singulier sujet ( i3oa; Duplessis, II, 192), est une orthographe vicieuse qu'il faut rapporter à ces formes.

sing. Rég. cestsifeaule combatteor (S. de S. B. fol. 19 r. ). artifior (ibid. fol. 5i v.). auneor ( ibid. ).

el chaceor ( Parton. 61 1 ) > au chasseur.

le conteur, kanteur ( C. à" A. 260 ).

enchanteur (Tristan, I, a 38).

bareteor ( i&rf. ) , trompeur.

karpeor ( ifa'ci. a 33 ) , joueur de harpe.

son tailleor ( Chast. XXVI, a , 10).

le donur ( ia5g ; A. R. 38 1 ).

le pernur (ibid.). *

un vieliur (Tristan, II, 36), joueur de vielle.

plur. Suj. li correor( Villehard. 4<)o)i les coureurs. Ii trencheors ( ibid. 443 ) , les sapeurs. facheor ÇG. de V. a685), des faucheurs. t li encuseàr ( Tristan, I, io3), les accusateurs. li passeor ( ibid. 1 , 1 76 ) , les passants. mi bienfeteur (/. V. H. 354).

plur. Rég. <fcv luiteors (H. L de F. XIII, 8), des lutteurs. overors (Archœol. XXII, 3i&), ouvriers.

tannors (ibid.).

lez regraturs ( iWrf. ).

taillurs (ibid.).

On a vu ci-dessus deux exemples de pluriel sujet avec le s final : ce sont des fautes, naturelles en des textes qui ont été singulièrement maltraités par les copistes.

Voici enfin quelques formes qui , tout en se rapportant à la même règle, présentent cependant des anomalies dans leur singulier nominatif: »

sing. Suj. li buens paistres (S. de M. S.).

Rég. au pastor ( ibid. ).

plur. Suj. U pastor ( ibid. ).

Rég. entre les pastors (S. de S. B. fol. 57 v.).

sing. Suj. lijrahitres (Lai <ÏIgn. 398).

Rég. le trattor (S. de, S. £.)•

del traiter ( Chas t. XX, 2 Ao ).

plu R. Suj. si traiter (B. de S. M. 6384 , 6399).

Rég. l'un des traiters {Ckast. XX, 196).

En Picardie : 11715 trahitres, le trahitour, les trahitours (R. V. 4445, 3o2, 4475).

c. Les substantifs dont le radical se terminait en m, me, ou en mp, perdaient leur e muet ou leur p 'final, et changeaient m en n devant le s du nominatif singulier; pour les cas indirects du pluriel, ils ajoutaient seulement un s à leur terminaison.

Ainsi :

sing. Suj. h luns(S. de S. B. fol. 5i v. ) , le limon. Rég. del lum de la terre (ibid.).

lo lum (ibid.).

al lum (ibid.).

sing. Suj. lijluns.

Rég. deljlum (R. de CL io3).

sor unjlum (Villehard. 489).

On trouve aussi : deljluve (5. de S. B. fol. j 1 2 t\); lojlun (ibid. fol. 44 t\), qui est une faute d'orthographe; et ces formes très-anciennes de Normandie :

sing. Rég. lejluie (B. de S. M. 1, 3o3).

le Jluive ( Ibid. 3 1 2 ).

j»lur. Rég. de Jluies (ibid. 383).

sing. Suj. lifuns (Marbod. 483), la fumée. Rég. lufum (ibid. 485).

le fum (Chast. XXI, 7).

Cest le mot normand. On disait en Champagne un peu plus tard , au féminin :

Sansfamiere (N. R. Il, 29A).

de famée (Parton. 966).

sing. Suj. li nous (R. C. C. 565o) , le nom. Rég. molt a buen nom (Trist. I, 86).

plur. Rég. les nons (Parton. 396).

En Normandie :

sing. Rég. par cest num (Marb. 9a ).

par san num (ibid. Dehyena).

plur. Rég. de for nuns (ibid. 3o).

sing. Suj. un rains (Chas t. VII, i5), un rameau.

Rég. cest raim (S. de S. B. fol. 126 r. ). plur. Rég. les rains ( Tristan, I, 64).

sing. Suj. li nains ( Tristan, 65).

Rég. le neim (ibid. II, i56).

Cette dernière forme est du dialecte de Normandie , qui aimait beaucoup le m final; on y trouve aussi:

sing. Suj. li neims (ibid. H, 127).

sing. Rég. del venim ( Tristan, II, 70). plur. Rég. à tuz venins (Marb. io4).

sing. Suj. lafains (Parton. 996), la faim. Rég. por sa grant faim (ibid. 973).

sing. Rég. el champ (B. de S. M. I, 273). plur. Rég. es chans (Chasl. VII, 11).

sing. Suj. Dans rois (Tristan, I, 179). Dans Gerars (G. de V. 1798)

sing. SuL Damedeus (G. de V. 1706).

bels sire Dames Deus (S. de M. S.).

Rég. Dame Dieu (G. d'A. p. 11).

de Dame Dea (G. de V. i335 ].

de Dampne Dea (R. da 5. p. 8).

de Damle Dé (Tristan, I, 46).

Devant les noms propres d'hommes, on disait au régime : DanfUerard (G. de V. 2898); Dant Harnaut (ibid. 1688, 1 466); à dan Gérard (ibid* a56o).

sing. Suj. li jones hons ( Chas. pr. 60 ) , le jeune homme. nuns hons (H. de M. 188).

aucuns homs ( J. V. H. 5^9 ).

* . 0 tu hom (S. de S. B. fol. 5i v. ) Rég. de cel saint home (Villehard. 43a ). plu r. Suj. li homme (C. d'A. a 53).

Rég. por les hommes (S. de S. B. 19 r.). ens homes (ibid. ).

à ses homes ( Villehard. 48o a ).

Et les formes dialectales, De Picardie :

sing. Rég. Vhoume (C. d'A. 286).

plur. Rég. des houmes ( ibid. a 85 ).

Et de Normandie :

sing. Suj. quels huens estes (Chast. IX, 5i), quel homme

ètes-voua !

sis huem (R. de R. 8i3i ).

hoem ( R. de Ch. 1*9 ).

Rég. hume nul (R. de Ch. 9).

plu n. Suj. U hume.

Rég. les humes (M. de F. Eq. a58).

Les composés suivaient la même règle :

sing. Suj. cil prodom (ViHehard. 44 1 ). li prodons ( Chast. VII, 11 ).

Rég. al prodome ( Villehard. 43a ).

plur.Suj. li prodome {ibid 467 d).

En Normandie :

sing. Suj. li preudam {M. de F. Eq. 376).

En Picardie :

«Du conseil de pluseurs autres preudoumes » (1287;/. V. H. 449).

En général , les substantifs en n final ne subissaient aucune autre flexion que la simple addition du s après leur désinence. Cependant on voit quelques mots en an ou en ont, avec le t final muet, et fen m, perdre par exception leur n devant le s. En voici des exemples :

sing. Suj. U ronds (Partonop. 777), le cheval entier. Rég. de son roncin (ibid. 647).

(fan rousin graile (G. de V. 11 85).

plcr. Rég. roncinz (Villehard. 448 e).

On voit aussi, dans les cas indirects : sor 1. ronci (Lai d'Ign. p. 79); son ronci (Parton. 644); variante qui semble de peu d'autorité.

sing. Suj. cist enfes (S. de S. B. ) , cet enfant. petit enfez (ibid.).

ans enfes (R. de M. p. 39).

li anfos (G. de V. i445).

Rég. V enfant (S. de S. B.).

un alaitant enfant (ibid.).

plu h. Suj. li enfant (R. de M. p. 56). Rég. à ses enfans ( C. à* A. 171 ).,

On trouve aussi J$ forme du singulier sujet : li enfens (S. de S. B. ); et en angio- normand : singulier régime, enfaunt (M. de F. Freùne, 1 99 ).

sing. Suj. aimas (Marbode, 5o) , diamant. Rég. aimant (ibid. &g).

Quelques substantifs en i pur, se rapprochant de la règle qui précède, prenaient quelquefois un n final, soit à leur forme radicale, soit par intercalation entre l'î de leur thème et le s de flexion.

Cela n'avait rien de régulier; les motè^Suxquels on ajoutait ce n ne l'avaient certainement point eu dans leur formation primitive, et ils continuaient, écrits ainsi, à figurer à la rime des vers parmi les mots en 1 pur :

Cortoisement li dist li quens iantis ; Doneiz les moi, Joachb, biaz ainjpfp.

Se Deus ceu done , li rois de paràdiz , Ke de bataile revigne sains et vis Tantosi serait balizies vostre fis

G. de V. aoA7-ao5i.

Il est vrai que des mots à finale primitive en lit étaient quelquefois admis dans les ïnêmes rimes.

Par cela foi qu'à Karle aveiz plevi Si en prison m'eussiez ier matin

Eusiez an ne pitié ne merci

ibid. i836-i8/io.

De sorte que le n addictif , en certains mots , tout irrégulier qu'il était, semble cependant marquer un accident de prononciation dans le langage de Bourgogne de la première moitié du xiu* siècle.

Ce 7i irrégulier semble surtout commun dans les textes de langage lorrain.

Les deux mots où l'on voit surtout s'introduire ce n irrégulier sont :

sing. Suj. vostre amins ( G. de V. 3 162). Rég. um min (ibid. 3g 18).

d'an afnin (ibid. 3 2 53).

por mon ami (ibid. i836).

le mien charnel ami (ibid. 3g3y).

plu r. Suj. boin ami (ibid. 3ioi).

mi amin (ibid. 18a g).

tait meu amin (ibid. a3ig).

sinç. Suj

Rég. de vostre anemi ( VilleharcL 468 a). • mon mortel an&mi. (G. de V. 3107). plur.Suj

Rég. les anemins (H. de M. 188).

ses anemins (G. de V. 5oo).

ses ainemis ( Tristan, I, 18a ).

encontre tes anemins (S. de S. B. fol. 48 v.).

d. Les substantifs dont j'ai traité jusqu'à présent forment, dans la langue française du xm* siècle, une classe à part, et peuvent être réunis sous la dénomination de substantifs à trois fermes.

Ils avaient tous, en effet, et ils avaient seuls régu-

lièrement, trois formes bien distinctes de déclinaison, dont voici le résumé :

i° Pour le singulier sujet,

Les uns , une forme contracte;

Les autres, une forme en ères;

Les autres, une forme en ns.

a0 Pour le singulier régime et le pluriel sujet, ils conservaient tous trois leur forme de thème pur que les premiers avaient surtout en e muet et en on;

Les autres, en or et eor;

Les autres , en m et ^

3° Pour le pluriel régime , tous ces substantifs avaient une forme propre, par l'addition régulière d'un s à la fin de leur radical, qui ne subissait pas (f autre changement.

Or, de cette disposition, il semblerait qu'il soit résulté , vers la seconde moitié du xm* siècle , et peutêtre même un peu avant, un usage d'orthographe particulier pour les mots de cette classe.

La forme de sujet singulier étant fort distincte de toutes les autres, et ne pouvant risquer de se confondre avec aucune, on avait pensé qu'il n'était point nécessaire de lui donner toujours le s final, caractéristique du cas; on avait donc pris l'habitude de ne point donner de s au nominatif singulier des poms à trois formes , et c'est ainsi que l'on trouve ces substantifs écrits le plus fréquemment, même dans les bons manuscrits de la fin du xinc siècle et du Vommencement du xiv*.

D n'est pas besoin de donner beaucoup d'exemples de cette licence; quelques-uns* suffiront.

Au lieu de lî empereres, Vempereres (ViUeh. p. 465 E), qui sont les formes ancienne»,* on a -éprit, au sujet singulier :

Ii emperere, Vemperere (G. de V. 3io3, 3a i5).

lijouglere.(R. V. U83).

il qui estait huent paistre (S. de M. S.}

li buens paistre ( ibid. ).

li km puet (ibid.).

li honfait ( ibid. ).

li malvais home font ( ibiJk).

e. Dans les temps les plus anciens de la langue, jusqu'aux premières années du xm6 "siècle , les substantifs enc, d, f, g, l,p, r final, formaient régulièrement leur sujet singulier et leur pluriel régime par la simple addition du s à cette désinence, qu'ils ne perdaient pas.

Depuis , et dans le bon usage du xm* siècle , les consonnes désinentielles c, d, f, g, pf se perdirent toujours régulièrement devant le s.' Les deux autres, l, et surtout r, se maintinrent plus longtemps, ou peut-être même ne se retirèrent jamais régulièrement devant le 5; mais , vers le milieu du xm* siècle , la règle du retrait des consonnes devant le s prenant une extension abusive* le I se retira fort souvent avec régularité, et le r assez fréquemment aussi, dans le cas où se produisait le s.

Villehardouin paraît avoir écrit vers le temps où la règle du retrait des consonnes c, d,f, gf p, s'est rigou-

reusement établie. Cependant, comme ce sont les nécessités de la prononciation qui avaient produit peu à peu cette règle, on en voit d<yà des exemples avant l'âge de Villehardouin ; et Toftïpeut dire, en général, qu'à partir des premiers temps de la langue, toutes les consonnes c, d, f, g, l, p, r se sont retirées une à une devant le s de flexion, selon qu'il était plus ou moins difficile de les prononcer devant ce s.

Ainsi, par exemple, le groupe final fs ne se pouvant guère prononcer, le/ a été certainement Tune des lettres filiales qui se sont évanouies des premières devant le s ; et si les lettres p, l et r se sont maintenues plus longtemps , surtout les deux dernières , c'est que les groupes finals ps, fe/rs sont les plus faciles à prononcer de tous ceux que forment ces consonnes.

Des exemples vont rendre cette observation bien plus sensibk : .C.î'v

sing. Saj. lijus (S. de S. B. 16 v. ) , le joug. lijous de baef(II. de M. aa5 ).

Rég. lojuf de dampnatiou (S. de S. B. ). h grief juf(ibid. 56 r.).

sing. Suj. lifelet U nonfeaules sers (ibid. 48 r. ), le serf. Rég. deltitf{ibid.àiv.).

plur. Suj. // chaitifet U chaitives (Villehard. p. 485 b). Rég. les chaitis (ibid. 485 a).

Avant les dernières années du xn* siècle , il semble qu'on ait écrit :

sing. Rég. la nef(R. de B. cité dan» Tristan, II, 2^9 )> le

vaisseau.

plur. Bég. es nefs (ibid.).

par ces nefs (ibid.).

à lor niefs (B. de S, M. I, 291 ).

sing. Rég. le tref.

plur. Rég. les trefs (R. de B. dans Tristan, H, 249)» as trefs ( ibid. ).

Tandis que, dès les premiers temps du xiii* siècle, on trouve :

sing. Rég. une nef ( Villehard. 458).

la neif (G. de V. 2660).

plur. Rég. es nés (Villehard. 436).

les nés ( ibid. 45 1 ).

plur.Suj. li tref (Villehard. 45 1 c), les tentes. Rég. as irez (ibid. 445 ).

ses trez (ibid. 465 d).

sing. Suj. li chies (Villehard. 486 b), le chef. Rég. el chief (ibid. 44 1).

al chief del mois (ibid. 438).

plur. Rég. les chies (G.deV. 1871 ).

Et, au contraire, Villehardouin conserve la consonne finale du radical dans les mots suivants :

sing. Suj. li duels (ibid. 470 c), le deuil. li diels (ibid. 472 c).

li dials (ibid. 472 b).

Rég. le duel (ibid. 470 d).

dueil (ibid. 467 d).

sing. Suj. li consels (ibid. 465 c), le conseil. uns chevaliers ( ibid.).

On lit encore :

sing. Suj. li sas (S. de S. B.), le sac. Rég. an sac ( ibid. ).

sing. Suj. li hors (Villehard.. . . .), le bourg. Rég. le bore [ibid. £79 a).

al bore ( ibid. ).

plur. Rég. par un des bors de la ville (ibid. A79 e).

sing. Suj. lifeus (ibid. 453), le feu. Rég. lefeuec (ibid. A79 b).

Vers le commencement du xm* siècle, ce c final ne semble pas encore tout à fait éteint en certains mots :

sing. Suj. li dux (Villehard. li'jb e). Rég. le duc (ibid. £75 d).

tandis que, quarante ans plus tard, il a complètement disparu :

sing. Suj. li dus (G. de V. a653 ).

Rég. le duc (ibid. i3i6).

plur. Suj. li duc (ibid. 3g55).

• Rég. as dus ( ibid. ).

M. Raynouard fait connaître une déclinaison certainement plus ancienne que les deux précédentes, et qui nous représente sans doute le bon usage du xn4 siècle.

sing. Suj. li ducs.

Rég- al duc (R. de R. mst. du B. M. Obs. sur le R. de R. p. 4, note).

En Picardie , on trouve ces formes :

sing. Suj/ li dis dus ( 1288; J. V. H. 478). Rég. al duch devant nomei ( ibid. ).

Vojei maintenant quelques exemples du bon usage commun au xnt siècle :

sing. Suj. li brans (G. de V. 2782 ) , le sabre, la lame. li branz (ibid. i458).

Rég. ou branc (ibid. 2766). - 4 .

plur. Rég. des boins brancs es molus (ibid. 3 lia ).

SfM. Suj. li haubers, Vaubers (G. de V. 2091 ).

Rég. cel hauberc ( itH. 21 10 ). ' ■

V aubère (ibid. 3 186). M aubère ( ibid. 3275).

plur. Suj. li auberk ( 12 65; Archœol. XXII, 32o). Rég. les haubers (G. de V. 486).

sing. Suj. li pors (G. de V. 35o2 ) , le porc.

Rég. le porc (ibid. 348g, 3872 ).

plur. Suj. li porc.

Rég. les pors (3652).

sing. Suj. li sans (G. de V. 646; Partonop. i5o5), le sang. Rég. del sanc (Partonop. i5oi ).

le clerc sanc (G.deV. 1 49 ).

Plus anciennement on avait conservé le c du singulier sujet' fis sancs (B. de S. M. I, 3oo).

sing. Rég. loti clarc (H. de M. 283) , le clerc. plur. Rég. pour dous clairs (ibid.).

sing. Rég. son canti&ilenc ( L. d*Ign. 66). plur. Rég. les canberlens (ibid. 59).

Et les formes picardes :

sing. Suj. li roumans ( L. d'Ign. 5 ).

Rég. cest petit romanch (R. de M. p. 2 ).

sing. Suj. fr bours.

Rég. et bourch (Lai d'Ign. p. 17).

* sing. Suj. li treiz (G. de V». ua3), la tente.

Rég. <foa treif (ibid. i444).

pmjr.Suj. &' fret/*.

Rég. as treiz (G. de V. 3710).

sing. Suj. sis nies (R. de R. 655o), son neveu. li nies (G. de V. 657).

Rég. son nief ( ibid. 7 1 4 ). " * -:" '

sing. Suj. li bleis (H. de M. 2 45), le blé. R^- le bleif (ibid.).

de millour bleif (ibid, aAA).

tant de bief (G. de V. 3a84).

plu r. Rég. de blés (Villehard. 469 d).

On a écrit aussi :

sing. Rég. en bled (H. de C. 44).

son bleit (129a ; J. V. H. 55i).

sing. Suj. li bues.

Rég. li chers à buef (H. de M. aa5 ) , le char à bœuf.

sing. Suj. li ponz.

li point, ses poins (Parton. 336 1 ).

Rég. de mon poing (G. d'A. 20).

delfoing (ibid. 3364).

elpoig (G. de K:*35).

el poing (R. C. C. M 74).

en sun pung ( Tristan, Q, 65).

plur. Rég. lors poinz (G. de V. 2499, 3465). à ses 11. poinz (ibid. 2599).

des pains (R. V. 3988).

sing. Suj. li besons (G. de V. 337 1 ), le besoin. li besoins (Th. N. An. I, ioi4).

Rég. le besoig ( G. de V. i4i6).

al ar*$t bezoing (S. de M. S.).

por lo besoin ( Th. N. An. ioi£).

, par busing ( Tristan, II, 67 ).

plur.Suj. ti besoig.

Rég. les lésons (G. de V. i33i ). '4

sing. Suj. Ii eschavins (fi. de M. 227). plu r . Suj . Ii eschaving ( ibid. 226).

sing. Sjuj. Ii due* (G. ie y. Ao42 ) , le deuil. Rég. le duel ( iflW. 3727, 1627).

Ces orthographes* socles plus sûres et les meilleures du dialecte de Bourgogne. On y trouve aussi : dut ( A. li B. 5a); doel(G.de V. i36o).

Les écrivains de Normandie emploient d'autres formes :

le dol (B. 4e S. M. 601 5 , 6282 ; R. de B. 354a).

le deol (M*, de F. Eq. 209).

le dail (R. de R. 83g5, 83g8, 84oi ).

sing. Suj. U aignels ( S. de S. B. ) , l'agneau. Rég. Vaignel ( ibid, \ .

al aignel (ibid.).

sing. Suj. li oisels.

li oiselz.

Rég. son oisel (G. de V. 1917 ).

plu r. Suj. li dm oisel (ibid. 1928). cif" oisel (ibid. 1928).

Rég. des u. oiselz (ibid. îgAi )•

sing. Suj. an chevals (G. de V. 3285 ). U ehevalz (ibid. 712).

Rég. dou cheval (ibid. 517, 854).

plu R. Suj. U cheval.

102 CHAPITRE Ilf

Rég. chevals (R. de R. 6680 ).

des chevalz (G. de V. 1491).

sing. Suj. li cote (G. de V. 2371 , 2910) , le coup.

Rég. le cop (ibid. 701, i366, 3839).

plur. Rég. les cols (S. de S. B. fol. 48 v. ). as cote (G. de V. 2790).

toz les cops (Villehard. 45 1 e).

Toutes ces formes dérivent d'un primitif colp (R.deR. 67 1 4 ) , d'où, plus anciennement et plus régulièrement, colps, granz colps (ibid. 6734, 6706).

Il ne faut pas d'ailleurs confondre cette déclinaison avec la suivante :

sing. Suj. li cote (G. de V. 3464)* le cou.

Reg. à son col ( ibid. 2 163 ).

plur. Rég. à lor cote (ibid. 3464).

sing. Suj. lifts (G. de V. 2o5i ), le fils. unsjils ( Parton. 2 53).

ses fils (ibid. 3oo).

lifite(G. de V. 2'656).

Rég. lofil (S. de S. jB. fol. 1 12 r. ). lefil (G. de V.mi6).

plur. Suj. lifil ( ibid. 339 1 ).

Rég. des filz (S. de S. B. fol. 5i v.).

Je pense que ce n'est guère que vers le milieu du xiii* siècle que ce mot , conservant peu à peu , dans les textes de l'Ile-de-France et de Picardie, son 5 final aux cas indirects du singulier, a commencé à prendre cette forme invariable qu'il a gardée depuis.

On trouve aussi le dérivé : singulier sujet , ses fdlastres

(Parton. 299), son beau-fils; «t notre substantif^, jilam, pour être distingué de celui-ci, s'écrivait souvent par un e muet.

sing. Rég. son fia (Renart, 4977).

plur. Rég. faille et filiez de chanve et lint(H. de M. 173 ).

sing. Suj. petit couteis à pointe (H. de M. 210), le couteau. Rég. couteil ( ibid. 216).

coutel murguenerat à pointe (ibid. 209 ).

le coutel (G. de V. 35o6).

plur. Rég. des couteilz murgueneraz (H. de M. 2 10 ).

Ces formes sont celles du langage lorrain. Elles étaient différentes en Picardie :

sing. Rég. coutiel à pointe (L. d'igh. p. i3).

le coutiel ( 1292 ; J. V. H. 55o).

le coutiaul (ibid.).

plur. Rég. de bons coutiaus (L. d'Ign. ii).

les contions (ibid. 17).

as bruns coutiax molu (G. de V.).

Et en» Normandie :

sing. Rég. le cultel (R. de Ch. 180).

de sun cutel ( Tristan, II, i43 ).

p^ur. Rég. cutelz.

od granz cutiax (R. de R. 6378 ).~

sing. Rég. le henap ( Tristan, I, 182).

plur. Rég. coupes, henas et escueles (Parton. 891 ).

Plus anciennement ce mot a été du féminin : la

hanap (S. de S. B. ).

sing. Rég. sor un drap ( Chast. XXVII, i4g).

iw drap ( Tristan , II , 65 ).

pxur. Suj. U drap (R. V. 564).

Rég. ses dras (Tristan, II, 65).

les dras imperials (Villehard. 468 d).

En Lorraine :

sing. Rég. pour draip (H. de M. a 83 ). plur. Rég. pour les drais ( ibid. a83 ).

Vers la fin du xine siècle , la licence de ces suppressions de consonnes devant le s s'étendit à toutes les lettres et à tous les mots, et elle donnait lieu à un grand nombre d'orthographes irrégulières , «comme, par exemple , au lieu de ces formes :

sing. Suj. lifols ( Tristan, II, io4). Rég. vers le fol ( ibid. ).

sing. Rég. parmei lo péril del duluve (S. de S. B. fol. i33 r.). plur. Rég. nozperilz (ibid. 19 r.).

sing. Suj. U cocs ( Marb. i3o; lienart, 20007). Rég. ton coc (Renart, 53o8).

qui avaient été f orthographe des bons temps, on écrivit :

plur. Rég. les f os (Fabl. in. 1 , 82 ; R. de la R. p. 46). sing. Suj. U péris (Fabl. in. I, 110; II, 363). plur. Rég. de tous péris ( 1281 ; J. V. H. 407 ). sing. Suj. U cos (Renart, 5317).

le cos (ibid. 5o36).

De même :

sixg. Rég. le biec (R. V. 3919).

en son biec (ibid. 3917).

PLUR.Rég. texbes (N. R. II, 276).

sing. Suj. li eus (Renart, 201 48), le cul.

li golpiz ( M. de F. U , a5a ).

pour li gorpiîs (ibid. 387, 388).

les destrés (R. de Ch. 81 ) , les destriers.

U bos, li bous (M. de F. H, a3g , il\o ) , le bouc.

— En Normandie, <M J«t(Marbode, 55).

fi chiers, li eers (ibid. 2 5g, a6i ), le cerf.

/. Les substantifs des deux genres , en t final , étaient soumis à une règle particulière et qui leur était commune.

Ils perdaient invariablement leur t final devant le s; et pour marquer la suppression de ce t , on avait pris le parti, dans tous les mots où il s'était perdu , d'écrire un z au lieu du s de la flexion; le z faisant ainsi, en ces occasions, reflet de lettre double, et servant à marquer à la fois le s de la flexion et le t, qu'on avait supprimé devant lui.

. Les bons textes observent cet usage avec beaucoup de régularité; il y a lieu de croire que toutes les exceptions qu'on y voit dans les manuscrits sont des fautes.

Il n'y a pas d'ailleurs à faire sur cet usage la distinction que l'on a vue pour la règle précédente. On ne voit pas qu'il soit possible d'indiquer une époque où il ait commencé; il est aussi ancien que les plus anciens textes de la langue , qui le suivent avec beaucoup de constance.

On en peut juger par ces exemples :

sing. Suj. li espiriz (S. de S. B. fol. 5i ».), l'esprit. Rég. Vespiritde vie (ibid.).

Ce mot a souffert plus tard une contraction en quelques textes; on le trouve écrit, dans le langage d'Ile-de-France :

sing. Suj. li Sains Espirs (S. de M. S.). Rég. le Saint Esperit ( ibid. ).

o le Saint Espirt ( ibid.).

le Saint Espir (jR. de M. S).

sing. Suj. li deleiz (S. de S. B.),le plaisir. Rég. lo deleit (ibid.).

On a dit depuis :

sing. Suj. li deliz (Chast. VII, 27). Rég. son délit (N. R. D, a65).

sondeliet (Chast VII, 26).

PLOR. Ré'g. des charnax deliz (J. B. fol. 3 ».).

sing. Suj. lifandemenz (J. B. fol. 1 v. ). Rég. el fondement (ibid.).

Et de même :

sing. Suj. li oygnemenz (S. de S. B. fol. 112 r. ). li naissemenz ( ibid. 33 r. ).

li coachemenz ( ibid. ).

li aasmemenz ( ibid. ) , aeslimalio.

li chaingemenz (ibid.).

Rég. Vassavoar entent ( ibid. 17 r. ). Vesjoyessement ( ibid. ).

l'araisnement (ibid. ) , aH(*fuiuni.

lo mouvement ( ibid.).

lo sien raparillement (ibid.).

sing. Suj. li plaiz (Villehard. 44o e). Rég. un plait (ibid. 44o d).

sing. Rég. chascum mot ( Tristan, II, 63). plur. Rég. de vilains moz ( B de S. M. I, 287 ).

silè*.' Rég *

plur. Rég. d'ambes parz (B. de S. M, I, 307).

sing. Suj. li assauz (Villehard. 45a b).

granz assaaz (B. de S. M. 6271 ).

Rég. par telessaut (G. de V. 175g).

à l'asaut [ibid. 1729).

L'orthographe de ce mot s'est d'ailleurs souvent altérée ; on trouve :

sing. Suj. U assauh ( Villehard. 46 1 a ). toz li assaus (ibid. 45 1 a).

li asaus (G. de V. 1882 ).

sing. Suj. U osz (B. de S. M. 6281 ) , le camp.

Rég. en Tost (ibid. 6294).

plur. Suj. li ost.

Rég* les granz osz (B. de S. M. 6333).

Cette déclinaison primitive et régulière est fort remarquable, et pourrait sembler à elle seule une preuve assez décisive de l'existence de la règle à laquelle je la rapporte.

Depuis on a simplifié en écrivant :

sing. Suj. li oz (H. de M. 212). ^ lios (G. de V. i56o).

Rég. del ost ( ibid. 367 ).

à l'ost ( ibid. 706 ).

plur. Suj. li ost

Rég. ces grans os (ibid. i3a6).

En Bourgogne , ce mot était primitivement mouillé et féminin : de toist celestiekne (S. de S. B.).

La bizarrerie , dans nos habitudes d'orthographe toute latine, de ce groupe de consonnes sz, a fait que les copistes Font presque toujours évité, le plus souvent eo supprimant le s devant le z ;

sing. Rég. à leforest (C. d'A. 297).

laforiest (R. de M. p. 12 ).

pmjr. Rég. les forez (R. de Ch. io5).

d'autres fois en conservant abusivement le t devant le z, qui devait marquer son absence , ou bien en retranchant le z pour ne laisser que le s :

sing. Suj. lifus ( R. de M. p. 55 ) ? le bois, le bâton.

Rég. avoc une selge defust (H. I. de F. X1I1, 10). plur. Rég. fustz (R. de Çh. 80) , bâtons.

en granzfasz {B. de 5. Jt p. 289 ).

sing. Rég. du cous t. ( C. d'A. 253), dépense, frais.

à leur coust ( ibid. ).

à men propre coust ( ibid. 322 ).

plur. Rég. as cous et as frais del moelin (ibid. ).

sing. Suj. nostrefoiz (S. de S. B.).

Rég. lafoit'(ibid.).

en bonne foid (1286; J. V. H. 443).

sing. Rég. dou piet (J. V. H. 549 )•

i7 perderoit le piet ( ibid. ).

lapiet(H.l deF.XOl, 12).

plur. Rég. es piez (Villehard. 470 b).

aspiez (ibid. 436 a).

i7 saut en piez (G. de V 3o8).

les fiez (ibid. 644).

sing. Rég. d'icehi saint (J. B. fol. 3 r. ). plur. Rég. des sainz (ibid. fol. 3 r. ).

sing. Rég. doufort escut (G. de V. 2799). sur son escut ( ibid. 770).

V escut à col ( ibid. 58j) ).

plur. Suj. /i e$cuf ( 161W. 2491 )■

Rég. desescuz (ViUehard. 448 a).

On a vu plus haut que ce mot s'écrivait aussi sans t final, et qu'il avait sa déclinaison ainsi réglée, qui prévalait même vers lé milieu du xin6 siècle. Celle que je viens de rapporter semble plus ancienne et primitive.

sing. Suj. . Ii vertuz (S. de S. Jk\i Rég. de la vertuit ( ibid. ).

, plaine de si grant vertuit (ibid.).

par la vertuit de Deu omnipotent ( G. de V. 196a ). de gran vertu (ibid. 3269).

por aucune vertu (H, h de F. XIII, 9). sa vertud (ibid. 16). -'

sing. Rég. en sa curt (1269; A. R. 38 1 ). plur. Rég. en non pleneres curz (ibid. 38 1 ).

sing. Rég. à un varlet (J. V. H. 549).

oit vaslet ( Marb. 699 ).

plur. Rég. Ii valet (Tristan, II, 101).

Rég. ses valiez (Chast. XXVI, i3).

sing. Rég. il trespesset par weit (S. de S. B. fol. i33 r.), à ^

gué.

plur. Rég. délai ces guez (G. de V. 173).

à weit (ibid. i33v. ).

el guez (ibid. 166).

sing. Suj. li venz ( Tristan, II, 72, 75). Rég. od le vent ( ibid. 75 ).

SING. Rég. la nuit ( Tristan, II, 92). pldr. Rég. aitjurs et ait nuz ( ibid. 62 ).

Cette dernière forme n'existe que dan$ le dialecte de Normandie. En Bourgogne, on disait :

sing. Suj. la nuiz (J. fi. fol. 8 t\ ). A,

Rég. de la nuit (ibid. 8 r. ). '-v-!"; ". pldr. Rég. cfe* naiz ( i'6i(£. 8 v. ). e* nntz ( ibid. 9 r. ) .

La déclinaison de Piijjgjftdie était moins régulière :

sing. Rég. noit et jor (vers 1220; H. de M. 178). pldr. Rég. dedans tept neus (1288; ibid. 23a).

Les mots nombreux qui dans le langage de Normandie avaient un iilàal, au lieu du t des autres dialectes , étaient soumis à la même règle :

sing. Rég. en san ped ( R. de Ch. 175), pied. pldr. Rég. as pez ( ibid. 3i ).

C'est à cette règle qu'appartiennent les nombreux substantifs féminins et masculins et les participes ou adjectifs verbaux qui sont aujourd'hui 6n é, et qui primitivement ont été, dans le4wigage de Bourgogne, en eit; dans le langage de Picardie, en et; dans celui de Normandie, en ed, et

Tous les substantifs dont les féminins sont surtout très-nombreux, terminés aujourd'hui par un é, avaient sans exception leur finale en t; d'où ils prenaient régulièrement un;, au lieu de s, pour la formation du singulier sujet et du pluriel régime. — Ainsi :

8ING. Suj. li soîlempniteiz qui ui est ji$. de S. B. fol. 57 v. ). Rég. de ceste solempniteit (ibid.).

sing. Suj. la bialtez (VOlehard. kk*]).

li beateiz (S. de S. B. fol. 5i v. ). Rég. de beateit (ibid. fol. 91 v.).

plu R. Rég. toutes lor biautez (G. d'A. 18).

En Normandie, bealté (R. de Ch. ia3).

sing. Suj. li chrteiz (S. de S. B. fol. 5i v.). Rég. sa clarté (S. de M. S:).

sing. Suj. lifraileteiz (S. de S. P. fol. 20 v.). nostre fraileteiz (ibid. 91 v.).

Rég. nostre fraileteit (ibid. 19 r. ).

sing. Suj. sa poosteiz (S. de S. B. fol. l\~] v.), puissance.

Rég. de poosteit ( ibid. ) .

de sa poetteit (H. de M. 177 ).

plur. Suj. li poosteit.

Rég. les poosteiz de l'aire (S. de S. B. fol. 47 v. )•

SING. Suj. /< voysouteiz del diaule (S. if S. B. fol. 5a r. ).

Déclinez de même :

sing. Suj. li divine maiesteiz (S. de S. B. fol. 4 7 r. ). ta veritez (ibid. 4 7 v.).

li ampleteiz (ibid 57 v.).

li enterigneteiz de la mère (ibid. 66 r.). Rég. à la volonteit (ibid. n5 r..).

en soliteit ( ibid. 1 ?5 v. ) , solitude.

en nafeif ( ibid. 17 v. ) , nudité'.

nostre aveuleteit ( liid. 19 r. ) , aveuglement.

tfe salveteit (ibid. 19 r. ).

«Je noveliteit (ib. 19 V.).

ta digneteit (ibid. 5i v. ).

nule viezeit ( ibid. 43 v. ) , vieillesse.

de saaviteit (ibid. àb r. ).

Il serait superflu cTijouter beaucoup d'exemples; je me contenterai d'en prendre quelques-uns d'autres textes :

sing. Suj. mufre citez ( J. B. fol. 9 r. )

Rég. toute I* nommuniteis de la chiteit de Liège ( ia86; J. V. H. Mi ).

ceste bone citeit (G. de V. 36 1).

desoz Viane Vamirable citeit ( ibid. 35a ). PLUR.Rég. por Vor de jl. cités (ibid. 6ao ). les citez (Villehard. p. A72 b).

sing. Suj. c'est fine veriteiz (G. de V. 1196).

Rég. il vos dist veriteit (ibid. 383).

yerteit (H. de M. 177).

L'ancien normand, au lieu de ce substantif, disait : la verar ( Tristan, II, 20 ).

SING. Suj

Rég. tote sa volanteit ( ibid. 387 ).

par le volentet ( ia5a; Th. iV. An. io5o). PLUR.Rég. totes mes volanteiz (ibid. 674).

sing. Suj. saferteiz (G. de V. 611).

Rég. sa ferteit ( ibid. $73 ).

* SING. Suj

Rég. segon sa richeté (J. fl. fol. 7 v. ). PUlluSuj. les moies richeteiz (G. de V. 784 ).

SING. Suj. li riches paranteiz (G. de V. 121 5 ), la parenté. Ce mot

siNG. Rég. entre lai fbrmeteit et... (H. de M. 189).

la maistre fermeté (G. de V. 3a3i ).

plu R. Rég. les maîtres ferme teiz (ibid. iao5).

pmjr. Suj. (1 preit (G. de V. 3^9 ).

Rég. es preiz (ibid. 3911 ).

> sihg. Rég. de la sue craelteit (H. I. de F. XIII, 12 ).

sing. Suj

Rég. m'amisted (R. de Ch. 54).

pur l'omis tet de Dea (ibid. i54).

Rég. mun gred (R. de Ch. 34).

de greit (G. de V. 117a).

si KG. Rég. de la clergiet (H. de M. 167 ). de la commanalteit (ibid. 187).

Taveschiet, Veveschiet (ibid. 200).

Enfin il en était de même des participes passés des verbes, que Ton voit strictement assujettis à la même règle : rueleit ( G. de V. 36* ) , réglé; esgaareit (ibid. 363) ; parleit (ibid. 679), parlé ; feneiz (ibid. 617 ), fini; malmeneiz (ibid. 626); clameiz, doreiz (ibid. 685, 688); sor les escas Usteiz (ibid. 691 ); des espiez noeleiz (ibid. 69a); forseneiz, traverseiz (ibid. 69 4, 704), et mille autres.

Il n'y a pas eu , dans notre vieux langage , de règle plus généralement connue et plus rigoureusement observée que celle-là. Elle était commune aux dialectes de Bourgogne et de Normandie, et on rappliquait si strictement, que souvent on retendit hors de ses limites,

écrivant, par analogie, en z, des mots dont la consonne après leur é, n était point un t. C'est de là, par exemple, qu'on avait pris l'habitude d'écrire : les trez ( Villehardouin, 445 ) , les tentes, du thème îi tref ( ibid. Ji5 1 ) , parce que la prononciation de ce mot rappelait les formes en eit de tant de substantifs et de participes.

Et comme un usage bien établi tend toujours à se conserver après la cessation des causes qui l'avaient fait naître, il est arrivé que cette habitude d'écrire par un z final tous les mots dont le thème avait été en t, s'est maintenue fort longtemps dans la langue, et bien des siècles après qu'ont été définitivement bannis et remplacés par des é purs tous les t finals de ce genre de mots. G^st par suite de cette vieille règle oubliée du xii* et du xin* siècle, que, jusqu'à la fin du xvii*, les substantifs et les parlicipes en é se sont écrits constamment par un z au pluriel; ils étaient restés seuls soumis à cette règle des âges barbares, tout à fait disparue 'et tombée en désuétude pour tous les autres mots.

g. Les substantifs en l final étaient soumis aussi à une règle particulière , moins invariable que la précédente , mais dont les conséquences ne furent pas moindres pour le développement de la langue.

Dans les temps primitifs, ces substantifs formaient leurs cas en s, avec régularité, par la simple addition du s après leur l; et j'en ai déjà donné des exemples.

Mais les terminaisons en al, enel, en eil, en oiï, ne se maintinrent pas longtemps intactes; elles commençaient, dès avant la fin du xii* siècle, à tourner toutes en

DES SUBSTÀNÏIFS. 115

une terminaison moins ferme et moins sèche, en au, en eu, en ou; de sorte que dès ce temps-là beaucoup de substantifs et d'adjectifs de cette nature avaient les deux terminaisons formées et répandues dans l'usage.

Il se fit alors une sorte de règlement pour donner à ces formes doubles un usage distinct : les formes en I final se maintinrent intactes pour les cas où Ion conservait, dans la déclinaison, le thème pur du mot; mais, devant le s des autres cas , les l finals se changèrent généralement en a.

Ainsi les mots dont le singulier régime et le pluriel sujet étaient en al, avaient leur singulier sujet et leur pluriel régime en ans;

Les mots en el, en eil, eurent leur singulier sujet en os, oz, ous, rarement eus, dans le langage de Bourgogne; dans les provinces picardes, en aus, iaus, eus, ieus, ious; dans la Normandie, en eus, us, os;

Les mots en il,- restés universellement intacts dans le langage des provinces bourguignonnes et normandes , y eurent le singulier sujet en ils, tout au plus is, iz; dans le langage picard, le l suivant plus rigoureusement sa loi de dégradation, ces singuliers sujets furent en us, ias, ieus ;

Les mots en oil eurent leur sujet singulier en ofe, puis en ous, dans la Bourgogne; en Picardie, en aus, en eus, en eaus, en os; on sait déjà qu'il ny avait point de mots de cette forme dans le langage primitif de Normandie.

Voici des exemples :

sing. Suj. h marmckaas\ ViUehard. t^-jb à}».." Rég. le mafeschal (ibid. k^b).

sing. Suj. ses sires et meseaus ( Tristan, l, 179). Rég. cri meieJ ( ibid. I, 187 ).

sing. Rég. hr panel ( Ign. 78).

flur. Rég. <fe for paneaus ( i6ii. ).

flua. Suj. ft cristal (R. de la R. I, 63). Rég. ei cristaus (ibid.).

sing. Suj. h maa* (Par ton. 109).

Rég. bma! («*"* 108).

sing. Suj. fr *otofe, li soloz (J. B. fol. 4 r. 1 v.), le soleil. li soloz (S. de S. B. fol. 44 r. ).

Rég. el soloil (ibid.).

On trouve ces autres formes :

sing. Suj. fr selous (G. de V. 1970). le seloil (ibid. 3788).

sing. Suj. ft wlafr (Aim. 179).

ft jo&ziu (Parton. 13; R.de M. 73).

/i lokaj ( S. <fe Af . 5. ).

Rég. eJ soleil ( ibid. ).

Je solel (Parton. i547).

Ces formes sont de Picardie, et la dernière, pl«s particulièrement encore, de l'Ile-de-France.

Le singulier sujet li solail ( Tristan, II, 10 4) est une leçon tourangelle fautive.

sing. Suj. mes consolz (G. de V. 3a86). li conséls ( ViUehard. 483 a).

li consous (H. de M. a5a ).

DMt SUBSTANTIFS. 117

Rég. par le consoil (ibid. ai3).

conseil (G. deV. 3883 ).

Ces pures formes des provinces du dialecte de Bourgogne deviennent en picard :

sing. Suj. mes consaue (R. de M. aa ).

li consaulz (H. de M. 2^9)

li consiaus ( i3oo; ibid. a 55).

Rég. mon conseil (R. de M. al).

le conseil (1359; ^* "• 38i).,

le consel ( ia8i ; H. de M. aa 1 ).

dou. conseal ( 1387; J. V. H. M9)

le conseel ( 129a ; ibid. 55 1 ).

plur. Rég. <fc les conseuls (N. R. II, 270).

sing. Suj. icil chastials (Villehard. £73 a).

/i chastiaus (ibid, 45 1 ).

uni casteaus (Parton. 771 ).

Rég. fe chastiel (Villehard. 4 79 a).

jot 2e coite? (Parton. 773 ).

plu r. Suj. li dit chastel ( 1387; '• ^' H- kà6). Rég. par les chastiab- ( Villehard. 467 c ).

lor chastials (ibid. 487 ).

des dis chasteaus ( 1307 ; J. V. H. 446 ).

por les dis chasteaus warder ( ibid. ).

Voici un radical fort rapproché du précédent, et qui néanmoins s'en distingue nettement dans la déclinaison :

sing. Suj. cateus (C. à" A. 333), biens meubles, fruits d'héritage , revenus en denrées.

Rég. del catel (ibid. 334).

pl on. Suj. chil catel (ibid. 334).

si chatel (H. de M. 339).

Rég. sur tous ses cateus (C.d'A. 289). de Jour chateilz (H* 'Je' M. 249 )• des chatelz (ibid. 207). * ses chatex (ibid. 238).

les chatieux ( ibid. 207 ).

Les orthographes del meilleur chatil, U miudres cateuls ( 1261 ; A. C. p. 1 35 1 ), sont de Picardie et fautives.

sing. Suj. fém

Rég. si blanche piel (R. de M. p. 59 ).

2a pel dou dos (Renart, 19898).

pel(Fabl inéd.U, A78).

piau (ibid. ).

PLUR.Rég. de peaus de bex (Parton. 1072).

for pians (R. de la il. I, io3).

de peas (S. de S. B.).

sing. Suj. masc pieu.

Rég. on pel ( Tristan, II, 99).

le pel el col (ibid. 101 ).

PLUR.Rég. m. paix (G. de V. 392).

pels (R. de R. 62b-]).

peas (ibid. 6o43).

es grans pex ( R. du B. 4344 ).

de piex agus ( Renart, 4956 ).

de pix àcert (G. de V. 1 736 ).

PLUR.Rég. nos travalz (S. de S. B. fol. 19 r. ). nus' travaus ( R. C. C. 6oo3 ).

sing. Suj. h bateaus (Pàrton. 1977).

Rég. un batel (ibid. 1967).

plur. ftég. tuz les nefs e bateus ( 1 265 ; Archœol. XXII , 3 1 7 ).

plur. Suj. U cretel (Parton. 795), les créneaux. Rég. trosques creteaus (ibid. 79A).

des cresiiaux de le dite ville ( 1 3o3 ; A . C. T , 1 4 1 o) .

sing. Suj. li toriaus (R. de M. 5g). Rég. dou toriel ( ibid. 63 ).

tourel (Fabl m. II, 5i6).

tauriaa ( ibid. ).

sing. Suj , . — .

Rég. en tel vaisel (Villehard. 487).

plur. Suj. tait li missel ( ibid. liai). li vessel (A. C. V, j3i ).

Rég. es vaissials (Villehard. 488).

de vaisials (ibid. 487).

as vaisiaus (ibid.).

es veissians (A. C. V, 73a ).

vascelz (H. de M. 225).

sing. Suj. fiurneus (C. d'A. 196).

Rég. sour un journel de terre (ibid. 199).

d'entour demi journel de terre ( ibid. 1 96 ) . plu r. Suj . chist noef journel ( ibid. 226). Rég. de quatre journeus ( ibid. 219).

journeub ( ibid. 2&1).

sing. Suj

Rég. à sun genuil (R.deR. 7196).

plur. Suj

Rég. es génois (Villehard. 470 b)* à genoz ( Tristan, I, 48).

de 11. gênons (G. d'A. 17).

On employait beaucoup , vers le milieu du xin* siècle , au lieu de ce primitif, une forme de diminutif qui passait pour plus élégante et qu'jon préférait en poésie :

à genoillons (R. de M. p. 12 ).

à genillons (ibid.).

sing. Rég. desoz un chol (Renart t 5o55), chou. flur. Rég. sor les chous (ibid. 5o58).

On a déjà vu que, dans le mot colp, cop, l'usage retranchait très-fréquemment le p final devant le s, et qu'on disait : les colz, d'où, par le fléchissement du l, l'orthographe fi cols, li cous (R. V. a836, 3796).

sing. Suj. cist cous (Fabl. inéd. I, 92).

li coux (G. de V. 2881 ).

plur. Suj. tant cop (R. V. 2917).

Rég. les cous (R. V. 3759).

des cox ( Renart, 3^98 ).

La forme de singulier sujet li caas (L. dlgn. p. 12), pluriel régime, les caus ( R. V. a8&6), est de Picardie et tout à fait irrégulière, mais explicable comme variante d'orthographe de la contraction qui précède.

J'ai donné la déclinaison de fils dans le dialecte de Bourgogne; en picard, le I y subissait un fléchissement, et ce substantif y devenait :

sing. Suj. H fus ( iao4 ; L. àM. H.iio).

mes chiers fiais ( 12/I8; Th. N. An. îo3i ). fiuls le devant dite contesse ( 12 53; ibid. io5a ).

L'orthographe fais ( ibid. 1 1 36 ) est une faute de copie, sinon d'impression, four fias.

Rég. doafd(L.à M. H. 208). plur. Suj. lifilh (H. I de F. XIII, 10). Rég. des fiz (ibid. 9).

me fiels ( 1255; H. de C. 29).

mesfieuz (i2o4; L. à M< H. 208}.

sing. Suj. li ciels (Partonop. i4).

Rég. el ciel (R. de M. h$). ■ dou chiel (ibid. 64).

du ciau (R. de la R. I, $7).

plur. Rég. des cius ( R. de M . i4).

es sains cius (ibid. 4i )• sous ciaus (R. de la R. I, 65).

es ciels (J. B. fol. 3 r. ).

des ciex (N. R. de F. et Cl, S-jà).

as sainz ciex (ibid. I, 348).

En Normand, ceil (R. de Ch. 9); cel [ibid. 169).

sing. Suj. l'oriouz (G. de V. 3ag3 ). Rég. le oriol ( Tristan, II, 1^9 ).

sing. Suj. li rosegniols ( Partonop. ai ).

Rég. le rossegnol (L. d'Ign. p. 73).

plur. Rég. le russinol ( Tristan, II , 1^9 ).

Cette dernière forme est normande; plus tard, en langage de ffle-de-France :

sing. Suj. li rossignos ( R. de la R. I, 6). PLUR.Rég. rossigniaas (ibid. 27).

On a dit aussi en Picardie : singulier régime, lousignol; pluriel régime, lousseignoh (Lai dlgn. 36, et la note sur ce vers).

plur. Suj. si cheveul (R. de la R. 1. 1 , p. i5). les chevoil (Af. P. p. 10).

, Rég. cevels (Parton. 553).

les cheveus ( Tristan, I» i3g).

desçhevols (R.deC. 181 ).

par les chavolz (G. de V. i36/|).

ses caviaus ( R. V. a 08a ).

les chevous (R. de la R. I, 49 ).

de lor ceveas ( L. d'Ign. p. 75 ).

chevex (N. R. II, io3).

sing. Suj. li governaus ( Parton. 737 ), le gouvernail. Rég. governal ( R. F. 22 1 ).

sing. Suj. li noiaus (Parton. 1822 ), le nœud. Rég. un £rt)5 nue/ ( Tristan , II , 25 ).

On prendra garde que de ces deux mots, le premier est de forme picarde ou de f Ile-de-France, et l'autre de forme de Normandie.

plur. Rég. nouz (R. de la RI, 38).

Ces variations, déjà si nombreuses et si peu réglées, s'accroissaient beaucoup encore et devenaient tout à fait irrégulières lorsque le thème du mot n'était pas fixé et changeait lui-même plus que les flexions.

Voici quelques exemples de ces variations excessives qu'il serait impossible de réunir toutes , puisque chaque texte en fournit des multitudes d'exemples :

sing. Suj. li damoiselz ( G. <fe.K &a ). .se

li donzelz (G. de V. 1 1$3 ).

/i damoiseaus (Parton. i565).

li danseaus (ibid. 1237).

li damoisiaus (L. d'Ign. p. 21 ).

li dansiaus (L. d'Ign. 6). Rég. del damoisiel (R. V. 3goA).

danzel (G. d'A. p. 10).

plur. Suj. li damoisel ( Tristan, I, 188).

Rég. damoisiax (F. S. la M. XXIV, 28 .

à xx danzeaas ( Tristan, I, i44).

sing. Suj, li oylz (S. de S. B. fol. 3i v. ), l'œil

Rég. al oil (ibid.).

plur. Suj.. fi oil.

Rég. <w oyk: (ibid. 17 r. ).

Un peu plus tard on trouve :

sing. Suj. mis iolz (J. B. fol. 3 v.).

Rég. de Voil (ibid.).

plur. Rég. des iolz (ibid.).

La déclinaison , à cet âge de la langue , semble encore fort régulière ; mais depuis :

sing. Suj. liolz (R. V. 1417).

Rég. à Voil (G.deV. 447 )•

oel (ibid. àâS).

fera parmi Vuel (ibid. 443).

plur. Suj. lî oel ( ia58; R. de M. 35).

mi œil (S. de M. S. in S. D. X ).

Rég. lesialz (Villehard. 453).

les eh ( ibid. 449 c )•

les ials (ibid. 470 b).

les iauls ( ibid. 469 d).

les y aulx (ibid. 44 1 )•

les oéls (ibid. 469 b).

à sez ois (La R. du S. p. 16).

de mes oelz (G. de V. 84o ).

es ieus (R. V. 4929).

les wh ( Partonop. 559 )•

devant ses oez (H. I de F. XIII, 8).

Dans le langage de Normandie, c'était surtout :

sinq. Rég. de Vuel ( Tristan, I, i84)>

n'en pert que Vuel ( ibid. 190 ).

de Vuiel ( ibid. i83).

plu R. Rég. les cuz (ibid. I, i4i ).

les eus (R. V. io34).

les eulz ( Tristan, g3, i3g).

Ces formes dialectales ont encore accru la confusion, dans le cours du xiv* siècle, en se mélangeant entre elles; on trouve alors ces formes de déclinaison dans le langage de l'Ile-de-France :

sing. Rég. à Tueil (Renart,b^-ji).

PLUR. Suj . U oil ( ibid. 3 1 86 ) .

Rég. des eulz (ibid. 5377).

par mes ieux ( ibid. 3a o4 ).

sing. Suj. fi sœls (S. de S. B. fol. 5a r.).

Rég. de mon saigel ( 12 5a ; Th. N. An. io5o). de nostre saiel ( ia88; ibid. ia3i ). de nostre sael ( ia86; J. V. H. 44i ). don comunsaielz (H. de M. 190).

mi sieail ( 1 133 ; H. de C. p. 18 ). avoeuc le seel (C. d'A. 398 ).

men seel (ibid. i$b).

nostre teal ( 1 a63 ; U. de P. 1 , 356 ) . dan, saia (Charte de Poitou., mste. ).

nos sailaus ( 1286; J. V. H. 443 ).

nos saials (ibid. ).

leur seals (ibid.).

plur. Rég. leur seaus ( C. d'A. 195 ). leur êèHaus ( ibid. 3 1 8 ) .

nos seia uls ( ibid. 398).

lor saiauh, sayaus (1373; Th. N. An. 1 137, 1 157). nosseyaz (1367; H. de P. I, 35o).

de nos saeaus ( ia88; J. V. H. 468).

h. Ménage raconte l que Louis XIV, « qui, à l'exemple ade César, au milieu de ses grandes occupations, se « divertit quelquefois à examiner des questions de gràm- « maire ,i> demanda un jour à quelques-uns de ses courtisans les plus instruits, pourquoi on écrivait par un x, çt non par un s, peux, dieux, cieax, travaux, animaux, et autres mots semblables. « Personne n'ayant pu rendre «d'autre raison de cette orthographe bizarre, que Je ca- «price de l'usage , » Ménage fut consulté; et sa réponse, chargée d'une érudition pédaWesque , remplit plusieurs pages du petit ouvrage que je viens d'indiquer.

Cette réponse de Ménage est aussi raine et sophistique que son faux esprit pouvait le lui suggérer; mais il était impossible alors de répondre av^c justesse à la question du roi, puisque l'orthographe des pluriels en x tirait son origine d'un fait accidentel de la grammaire de notre langue, dans un âge de son histoire qui était alors tout à fait inconnu.

Cest ce que je vais essayer de faire comprendre.

Tous les substantifs dont je viens de parler, qui se terminaient au radical par les syllabes al, el, il, ol, œil, eil, oïl, permutables en au, eu, ou, et parles syllabes au, eu, ou, primitives, avaient très-anciennement, en quelques langages, une manière irrégulière et contracte de former leurs cas en s : ils rejetaient leur l ou leur u final, et se terminaient alors en leur voyelle pénultième pure, a, e, i, o, qui se joignait au s de la flexion; et

1 Observations sur la Langue française . 167^111-12, chap. cm, p. 193 et luiv.

comme on avait besoin de distinguer les cas ainsi formés, par la suppression de / ou de a, de ceux qui étaient primitivement en a, e, i, o purs, on imagina d'y remplacer le s par un x, de telle sorte que les syllabes finales ax, ex, ix, ox représentassent jane forme contracte dérivée de primitifs en als, ans, els, eus, ils, ius, ois, ous.

Le x fut donc introduit dans la langue , comme désinence de singulier sujet et de pluriel régime , pour représenter les groupes h, us, contractes; de même que le z y avait été amené pour marquer la combinaison des deux lettres ts.

Le langage de Bourgogne avait connu très-anciennement cet usage de retrancher, en quelques mots en al ou au,\e l et le a devant s; mais alors il écrivait simplement as, ou, moins correctement et plus tard, az, et non point ax. Par exemple :

De pel, peau, on trouve en Bourgogne, vers 1 160 :

plur. Rég. peas (S. de S. £.).

et environ quatre-vingts ans plus tard :

desoz ses piax de marte (G. de V. a583).

De vaseials, vaissiels ( Villehard. A 55, 45 1 ), vaissiaas (R.deM. 77):

plur. Rég. vesseas (H. L. de F. XIII, 12).

sîîkf. Suj. vasaus (G. de V. 34), le vassal. li vassalz (ibia. 3ao).

vassas (ibid. 1996).

sing. Rég. mon §^pl ( 1 a 49 ; Ch. de Poitou mste. ) , sceau. plur. Rég. lor saias ( ia5o; ibid.).

sing. Suj. uns fabloas [Ckast. XXVI, i33). Rég. lefablel (ibid. XXVII, a93).

On peut même noter quelques mots dont ces formes étaient restées les orthographes dominantes pendant tout le xni* siècle , comme :

plcr. Rég. les rois tranchant espiez (G. de V. 3465) , épieux. par nos espiés (R. de M. p. 66).

substantif masculin dont j'ai déjà indiqué quelques formes en l, et qu'il faut bien distinguer des espées, féminin (G. de V. 2895, ?A55).

Enfin les formes de 1' adjectif b ialz, biaaz, biaz (G. de V. 2198, 1/176, 2011, 1^69, 1 865 ) tiennent au même usage.

Ce ne fut g&ère que dans le cours de la moitié du xin* siècle que l'usage des terminaisons en ax et ex, pour ak, ans, els, eus, pénétra dans le dialecte de Bourgogne proprement, dit et y remplaça les formes primitives dont on vient de voir des exemples; ces terminaisons devinrent dès lors communes à tous les dialectes de la langue française; elles tendaient à devenir de plus en plus fréquentes, de sorte que, vers la fin du xni* siècle, elles s'étaient multipliées jusqu'à l'abus et s'étendaient à un très-grand nombre de mots.

Les formes contractes en ox et en ix9 pour oh, ans et ils, ius, ont toujours été moins communes; elles ne se sont guère étendues hors du langage de Picardie et de quelques patois de Champagne corrompus par son influence, et je ne les ai giière rencontrées qu'en des

textes d'autorité suspecte et du dernier tiers du xin* siècle.

En général, les formes contractes en x sembleraient pouvoir fournir, pour la chronologie des textes ,. les indices suivants : elles ne sont nées que dans les derniers temps du xti* siècle , et Ton peut croire que ce n'est guère qu'après le premier tiers du xiii* siècle qu'elles ont commencé à s'introduire dans le langage de Bourgogne; de sorte que le texte de Villehardouin n'en présente que peu, et l'on peut supposer que des copies anciennes en. présenteraient bien moins encore ; et ce n'est enfin que dans le dernier tiers du xin* siècle que les formes en x ont commencé à se répandre et à devenir communes dans tous les textes.

Ce n'est point , à proprement parler, dans le langage pur de Picardie que les formes en x ont pris naissance; c'est bien plutôt, à ce qu'il semble, dans le langage mixte des provinces de l'est et du nord du dialecte de Bourgogne, l'Ile-de-France, le Perche, le Maine, l'Anjou, une notable partie de l'Orléanais et de la Touraine.

Le fond du langage de ces provinces était, il est vrai, conforme au dialecte bourguignon ; mais à mesure qu'on s'éloignait , vers l'est et vers le nord , du centre de ce dialecte, le langage se mélangeait de plus en plus de formes normandes et picardes.

L'influence normande avait donné notamment à ces provinces, au lieu des finales bourguignonnes en oil, eil, ail, beaucoup de formes en ol, el, al, et depuis en auf en, on; et c'est de ces formes sèches, en el et en al,

de l'Ile-de-France , de 1' Anjou et de la Touraine, que semblent être sorties d'abord les contractions en ax et en ex.

Le texte ie plus ancien et le plus correct qui fournisse des exemples fréquents de ces contractions est la traduction de la Summa de officiis ecclesiasticis , de Jean Beleth ; elle est des derniers temps du xne siècle ou des premières années du xin*, et nous représente le bon langage des provinces du sud-est de TIle-de-France à cette époque.

Il suit de là que les terminaisons contractes en x auraient pris naissance dans les langages les plus orientaux du dialcete de Bourgogne; dans les provinces qui confinaient à l'est au langage normand, deguis l'De-de- Erance jusqu'au Poitou et jusqu'à la Saintonge; que de ces provinces elles se sont étendues d'abord dans le dialecte normand , qui en laisse voir des exemples d'assez bonne heure et en assez grand nombre; dans le langage de Bretagne, qui notait qu'un normand altéré et corrompu ; puis elles se sont introduites peu après, par l'Ile-de- France, dans les provinces de langage picard et dans la Champagne; et ce serait» enfin dans les provinces de l'ouest, centre du bon langage bourguignon, la Bourgogne proprement dite, la Lorraine et la comté de Bourgogne, qu'elles n auraient pénétré qu'en dernier lieu.

Voici maintenant divers exemples de ces contractions :

sing. Suj. Béas, forme primitive; d'où : Dex (J. B. fol. 1 r.).

Rcg. Deu (ibid. fol. 1 r. ).

D'où , avec l'intercalation du i picard :

sing. Suj. Dieus ( R. C. C. 54<J9 )..

Diex (V.S.la M. XXXVI , 34 ).

Rég. Dieu (ibid.).

sing. Suj. li senechaus (If. R. H, 267). , li senesckax (ibid. a 63).

Rég. an seneschal ( ibid. a 63 ) .

sing. Suj. li vassalz ( G. de V. ). livasaas (ibid. i3i).

vassaalz (ibid. i3i).

vassaux ( ibid. 3289), vassax (ibid. i4a).

Réf. le boin vasal ( ibid. a 859 ).

plur. Suj. li dui vasal ( ibid. 2 5a 1 ).

Rég. ta vassiah ( Villehard. 436 ).

sing. Suj. li cardinaus (Villehard. 483 a).

li cardonax ( ibid. 445 ).

plur. Rég. ces cardonaus (V. S. la M. XIV, aa).

cardinax (J. B. fol. 5 v.).

sing. Suj. U aigniaus ( M. de F. U , 64 ). plur. Rég. aigniax (J. B. fol. 6 v.).

sing. Suj. icil chastials (Villehard. 47a a).

li chastiax (A. C. V, 73a ).

plur. Rég. de castiaus (R* de M. 7 ).

des chastiax (J. B. fol. a v. ).

sing. Suj. li solaus ( Cast. XXIII, 38). li solax {ibid. 3o).

sing. Suj. jovancelz ( G. de V. 1 i5a ). jovenciaus.

jwenciax^V. S. la M. XXI Vt 28).

La prononciation de Picardie avait une pesanteur singulière, puisqu'on écrivait jovenenchiel ( R. M. p. 2 3); li jovenenchiel (R. V. 7o3).

sing. Rég. l'oisiel (R. V. 3<)o3).

plur. Rég. des oisiaus (R. de la R. I , b). . oisiax(V.S. la tf. XXIV, *8).

Ces formes sont picardes; à celles de Bourgogne, que j'ai déjà transcrites, il suffira d'ajouter ici :

PLUR.Rég. d'oiseaus (B. de S. M. I, 3o3). oiseux (R. V. 1407).

sing. Suj. li corbiaus (Fabl. inéd. I, 16). li corbeax (M. de F.U, 2 38).

plur. Suj. li corbel ( Tristan , I , 1 7A ).

Rég. as corbiaus (M. de F. U , 2 £9 ).

sing. Suj. Ufias (is54; A* C I, 1319). f»fM.i*F.U9 296).

li ainsnès jix (iai5; C. avA. io5).

UJièas,Jieuz ( 1277*1 Duplessis, II, 179). lifiex (£. de M. 64 ).

mes fax (C. et A. 38i ).

sing. Suj. menesterex (G. d'il. p. 12). plur. Rég. les menestreus (R. V. p. 3a6).

sing. Suj. kex (ibid. p. 3a 3).

plur. Suj. li kea (R, V. 4&6).

sing. Suj. orauex (R. de la R. 39).

Rég. orgoil (G. de V. i3i4).

orgael (V. S. la M. XXXI, 3a ).

orgail ( R. de R. 661 3 ).

stftG. Suj. uns Grex (Vfflehard. 468 d). plu r. Suj. U Grieu ( ibid. 45 1 ). ■ Rég. des Grieus (ibid. 455).

les Grex ( ibid. 453 ).

ta Grvci (i6i<2. 454).

Les autres formes : li Gré, uns autres Grieux (ibid. 453, 468 E), sont moins correctes que les premières. En Picardie on disait :

plu r. Suj. U Griu, (Parton. 17a).

li livre griu (ibid. i35).

Rég. as Grius (ibid. 186).

pl or. Rég. les maus, mauls (Fabl. inéd. II , 488). asmax (V. S. la M. XXIII, 28).

PLUR.Rég. les lois (Parton. 559).

les ieus (R. V.3i).

de ses iex (R. de M. 20).

lesyeos (R. de la R. a3).

les ex (L. d'Ign. 47).

les oex (M. de F. II, a4i ).

sing. Suj. li bruns espiols (Parton. 596), i'épieu.

Rég. son espiel tient (ibid. 59a).

PLUR.Rég. espiex (R. de M. 1768).

espies (ibid. p. 66).

sing. Rég. du cortil (Renart, 4357).

PLUR.Rég. dukes as courtix ( C. d'A. 1 13).

sing. Suj. fols, fous (R. V. 354i ; B. de S. Jf. It 296). fox (R. delà R. 53; Renart, 3901).

Rég. fol (Renart, 3901).

un fou (Fabl inéd. I» 7).

sing. Rég. un peljroé (Renart, 2706), pieu. plu R. Rég. ces piex (ibid. S700).

sing. Suj. li leus (M. de F. H, a53), le loup. li lous, li louz {ibid. 43, 54).

li lox (ibid. a53).

Rég. le leu (Lai d'Ign. 61 ).

On trouve en Normandie une forme dans les analogies de ce dialecte : les lus de'bois (Tristan, II, 1 1 3).

Cest enfin à ce système de contraction qu'appartiennent ces formes de certains noms propres : les Ebrex (J. B. fol. 5v.), les Hébreux. — Partonopels, Partonopeus (Parton. 591, 5gg, 6a 5), d'où Partonopex; Mikiel (C. d*A. 298), d'où Mikiex, Mikix (ibid. 297), et d'autres semblables.

Je finis par ces derniers exemples, tout à fait irréguliers et des plus bas temps :

PLUR.Rég. les benefix ( ia53; Perreciot, H. . . ). as benefix ( ibid. ).

sing. Suj. li chevaus (R. V. 754); d'où :

li chevax (ibid.).

li chevax (Renart, 2600).

Rég. le cheval (ibid. 2621).

PLUR.Rég. cinquante chevaux ( 1296; A, C. V, 733).

lor chevax (ibid. 705, 706).

Le texte du R. de la Viollette ou de Gerars de*Nevers, que je crois écrit autour du milieu du xnf siècle, est l'un des plus anciens et le premier peut-être où cette orthographe contracte commence à se montrer.

13* t CHAPITRE III.

li rossegnex (M. de F. II, a 18).

li rossenanox (ibid. a46).

cinquante sax et 1. denier (N. R. I, 298).

fax (N. R. 1, ia6), fou.

Forme qui suppose qu'on a écrit fans ( Roquefort , Gloss. I, 5 80), d'où s'est produite cette barbare contraction.

Or a déjà vu les formes primitives de la plupart des mots dont je note ici les contractions : je les abrège (Jonc et laisse au lecteur les soin de suppléer çà et là quelques formations intermédiaires, que j'omets afin d'être plus court.

Il semble à peine besoin d'ajouter que lorsqu'une fois l'habitude de ces* orthographes contractes se fut biçn établie, on en vint bientôt à les confondre avec celle en as, h, qu'elles remplaçaient, et à conserver ce x, lors même que le u, dont il avait marqué la suppression, reparaissait à son ancienne place. Cétait une faute, puisque le a devait ramener le s; mais cette faute se propagea et s'établit si bien , qu'elle a fini par devenir loi de notre langue. Nous écrivons aujourd'hui encore par un x final, la plupart des mots dans lesquels ce x s'était introduit au xin* siècle comme marque de contraction.

Le* exemples de cette faute commencent à se montrer éà et là dans^les textes de la seconde moitié du *

xin* siècle; je n'en ai guère trouvé d'exemples, avec quelque suite et quelque fréquence, que dans les chartes de Picardie postérieures h 1280. Ces exem-

pies ne devinrent communs et prédominants que dans le cours du xiv* siècle.

sing. Suj. comme leaux gentis homes ( 12 84; Charte mste. de

Beaune).

li touriaux (Fabl. inèd. I, 208).

pLUR.Rég. dix set saulx paresis (ia55; H. de C. 29).

les maux ( 1284; /• V. H. 43i ).

les deux chastiaux (1286; ibid. 438).

coutiaulx (1292;/. V. H. 55o). ?

des coutiaux (V. S. la M. XXIV, 28).

par che caveaulx ( 1292 ; /. V. H. p. 549 ) , par ses cheveux.

sing. Suj. h aneaux ( Tristan, I, 88). Rég. un anel dor (ibid. II, 27).

Plus anciennement, et en formes picardes :

sing. Suj. li aniaas (R. V. 3920).

Rég. l'aniel ( ibid. 39 1 8 ) .

Quant aux exemples :

sing. Suj. biaax sire Dex (J. B. fol. 1 r.).

• Il faut lire biaus, le x est une faute de copiste.

PLUR.Rég. les chastiaux (Villehard. 478 e).

La présence quelque peu répétée d'une telle forme dans Villehardouin, suffirait seule pour prouver une copie postérieure de plus de cent ans à la rédaction de l'ouvrage ; comme aussi la présence de ces orthographes : as kerneaax (R. de R. 6666), aux créneaux, me parait un des plus forts indices en faveur de l'opinion

que, quant au langage, la rédaction primitive des poèmes de Wace n'est nullement celle qu'on a imprimée. J'ai noté ci-dessus un autre mot : li cretel [Parton. 795), qui a le même sens que celui que je viens de citer et qui paraît plus ancien.

i. On peut rapprocher de tous ces mots en l final, divers autres substantifs, masculins pour la plupart, auxquels s'appliquaient les mêmes usages avec une analogie si naturelle que j'en ai déjà cité involontairement quelques-uns dans les exemples qui précèdent.

Ce sont :

i° Les substantifs qui se terminaient primitivement en eu dans le langage de Bourgogne, e$ iu dans le dialecte des provinces picardes, et en général tous les substantifs dont le radical se terminait par u, eu, ou.

La déclinaison de ces substantifs étant ordinairement régulière dans tous les dialectes, il ne sera besoin que d'en indiquer quelques-uns.

En Bourgogne :

sing. Suj. Deus (S. de S. B. fol. 17 r.). Rég. Deu'(i$d. fol. 18 r.).

En Picardie :

sing. Suj. Dius (1269; H. de C. 3i ).

Rég. de Dm ( ia53; Th. N. An. iô5i ). Dieu (1279; '• ^ H- kob).

C'est de ces formes primitives que sont dérivées les contractions Dex, Diex [S. de M. S.), qui deviennent

fréquentes, comme formes de nominatif singulier, vers le milieu du xme siècle.

En Bourgogne :

sing. Suj. li leus (Villehard. 448 b), le lieu.

Rég. le leu.

plur. Suj. li leu.

Rég. les leus.

En Picardie :

sing. Suj. li lius [Parton. i85).

Rég. le lia ( ibid. 171 ).

plur. Rég. les lieus (is5a; Duplessis, II, i55).

plur. Rég. en mainz lous [ibid. 761).

Les formes un lac, le loc (H. I. de F. XHI, aa) ne se rencontrent que dans les dialectes du sud de la langue d'oil, mélangés déjà plus ou moins par le voisinage de la langue d'oc.

sing. Suj. li feus de ciel (J. B. fol. 4 r. ). le feu.

En Picardie : "*£ ■' .*

sing. Suj. li fus (Parton. 1686).

Rég. alfu (ibid. i693 ).

plur. Rég. les fus (ibid, 887 ).

Et encore :

sing. Suj. lifous. «#

Ré£ le fou (Marbod. 762, 76A).

PLUR.Kég. des fous (ibid. 48o).

En Bourgogne :

sing. Rég. li waulgue de xea (H. de M. 172 ), de suif.

En Picardie :

sing. Rég. de siu (V. S. la M. XIII, 22 ).

En Bourgogne :

sing. Suj. lijeus (N. R. de F. et C. II, 28G) , jeu. Rég. par jeu [ibid. 290).

En Picardie :

sing. Suj. gias (Parton. i5i2).

Rég. al giu ( ibid. go ).

biau gieu (R. C. C. 5721).

plur. Suj. Ii gin. ( Tristan, 87 ).

Rég. de divers gieas (R. C. C. 3902 ).

2° Les substantifs, assez nombreux dans le langage picard, qui avaient une forme en aï ou en oi, et une autre en eu; cette dernière s'employant de préférence dans les cas où le mot prenait le s.

Ces substantifs étaient, proprement irréguliers, et peut-être ne proviennent-ils pour la plupart que du mélange de deux dialectes : ils se rencontrent surtout dans les provinces mitoyennes entre le langage de Bourgogne et celui de Picardie, dans la Lorraine et la Champagne.

Il y a donc lieu de croire que les formes picardes en eu, étant venues à s'introduire dans ces provinces où régnaient déjà les formes bourguignonnes en oî, on

les a mélangées et confondues de manière à produire ces déclinaisons :

sing. Suj. poil.

Rég. delpoil [V. S. la M. X, ai).

piel pour piel ( H. de C. 43 ).

plu r. Suj

Rég. petit peus ( R. de la R. 1 , 34 ).

sing. Rég. lou mea (H. de M. a 5 1).

unmuidesoile (Soissons, 1370; Th. N. An. 1 i3o).

plur.Suj. li meud de miel (H. de M. 172). li cinq meus de vin (ibid. 243); Rég. dix muis de blé (1248; Duplessis, II, i5i ). treize muiz (du Cange, H. de C. pr. p. 2 5 ).

Et encore :

sing. Suj. li voiz (S. de S. B. fol. 19 r.), la voix. Rég. de la voix (ibid. fol. 5i v. ).

En Lorraine, veux (H. de M. 345) ; en Normandie, à halte vuiz ( Tristan, H, 2 5 ).

3° Beaucoup de substantifs qui dans le langage de Bourgogne se terminaient en /, changeaient ce / en o final dans le langage de Picardie; et ces mots rentraient alors dans la catégorie des noms en l ou u final, en suivaient les règles et en subissaient les contractions.

Ainsi :

sing. Suj. U bues (M. de F. Il, 353).

li bous ( ibid. II, 1U0 ).

Rég. le buef (Fabl. inêd. I, i4). pll'r. Suj. li buef (M. de F. II , 353 ).

les bues (Chast. XX, 19).

plur.Suj. Jtr boet (ibid. 16).

de peam de bex (Parton. 1072 ).

box ( Trad. de J. B. ).

sing. Suj. li oes (M. de F. II, 3i6 ), l'œuf.

Voues (ibid.).

Rég. un oef (ibid. 3i5).

l'uef ( ibid. ).

plu r. Rég. d'ues ( Renart, !\ g46 );•

sing. Suj. mes fies ( C. d'A. 3f>3 )> mon fief. le quel fis (ibid. 3i3). ■ Rég. don dit fief ( ibid. 391).

le fief (ibid. 168).

en fieif (ibid. 219).

defieu (ibid. 211).

(fcijfc (Parton. 235).

tnjEa ( A. <b A. 58i6).

Dms le langage de Franche-Comté, il y avait une autre forme :

sing. Suj. li fiiez ( 1 263 ; Perreciot, II , 3o ). Rég. <foajfe<*( 1268; Dunod, II, 616).

loufye (ibid. 62 3).

loufi (Perreciot, II, 3o4)plur. Rég. lesjyeds (Dunod, II, 623).

an sesjyez ( 12 63; Perreciot, II, 3o4 )•

Mais le langage de Franche-Comté avait admis dès lors la forme en/ du dérivé.

Fieffirs (Dunod, II, 606), teneurs de fiefs.

On voit encore en Franche-Comté :

sing. Rég. de son alluef ( Dunod, II, 6o5), alleu. ri.UR.Rég. d'alloax (Dunod, II, 606).

de lour alluy ( i2o4; Perreciot, V, 290 ).

sing. Suj. baillias ( C. d'A. 2 3a ) v bailli. . baillas (ibid. 220).

.tfaillus (ibid. 2I10).

Rég, au baiïliu (ibid. a33).

le bailla (ibid, 198).

le baillieu ( ibid. 23).

à men balliea (ibid. 220).

plu R. Rég. à tous les baitlias (ibid. 233).

Dans une pièce de Lille, du xin* siècle, les éditeurs ont écrit : « De par le bailHn et de par le consel de le ville. » [Arch. du Nord, II, 3 1 3.) S'il ne faut pas lire bailliu, cette orthographe en n, d'ailleurs assez naturelle, ramène ce mot à la catégorie Connue des substantifs en i qui prenaient un n final.

Voici les formes en/:

sing. Suj. li baillis ( 1295 ; A. C. V, 70A, 7^3). Rég. fan baillif (ibid. 703 ).

baillif et garde de Vepipire (ibid. 702). PLDR.Rég. endreit sei e ses baillif s ( 1269; A. R. 38 1 ).

Plus anciennement il y avait eu, dans le langage de Bourgogne, une sorte de déclinaison contracte dont on retrouve ces formes :

sing. Suj. li bals ( Vaiehard. 482 , 484 d). " v li baus ( ibid. 4%4 a).

plur.Suj. lifokn Gyu (R. de M. 16).

li Gieu (J. B. fol. iv.).

Rég. des Gieus (ibid. k\. 6 r.).

Formes picardes, au lieu de la forme de Bourgogne : chacun Juyf (H. de Af. iy3), dont fe f final d'ailleurs avait fini par s'atténuer de telle sorte qu'avant le milieu du xiue siècle on ne l'écrivait- plus :

sing. Suj. lijais (G.deV. 2671 ).

U bains juis (ibid. 2709).

Rég. un jui ( ibid. 2 02 6 ) .

pl u r . Suj . U mal ja i félon ( ibid. 2 84 1 ) .

Rég. toz les juis ( ibid. 2o32 ).

En Normandie :

sing. Suj. uns Judeus (R. de Ch. 129).

On voit encore :

del ckieu (Marbode, 201) ,

du mot chief, dont j'ai déjà noté des formes de Bourgogne.

fc. Afin de rassembler, autant que possible, les sujets analogues, je vais compléter par une dernière observation ce que j'avais à dire sur l'origine des finales en x dans la langue française.

Lorsque l'on fit les premières tentatives pour écrire le langage bourguignon , on suivit d'aussi près qu'on le pouvait les règles et les habitudes de l'orthographe latine : le latin était la seule langue écrite dont on eût quelque connaissance , et son autorité la seule que l'on pût suivre dans les pénibles tâtonnements auxquels donnaient lieu l'incertitude et la rudesse du langage nouveau.

B parait que dans ces temps primitifs on avait pris l'habitude d'écrire en x final tous les mots qui déri-

vaient d'un primitif latin ayant cette terminaison : voix, de vox; paix de pax, et par analogie, d'autres mots en oi et en ai : palaix de palatium; taix de ostium; cela s'étendit même jusqu'aux forme des verbes : « Reconoix, «hom, ta digneteit; reconoix la glore de l'umaine crea- «tion. » (5. de S. B. fol. 5i i>.)

Ces mots étaient alors, dans le langage de Bourgogne, les seuls qui s'écrivissent en x final.

Vers les mêmes temps s'établit la règle d'écrire par un s final les singuliers sujets et les pluriels régimes de tous les substantifs; et le x de ces mots ne pouvant être considéré, dans l'usage auquel il servait alors, que comme une voyelle étrangère au s, céda devant cette règle.

On régla donc ainsi la déclinaison de ce genre de mots :

sing. Suj. li voix (S. de S. B. fol. ro, r. et v. ). Rég. la voix (ibid. fol. 17 r.).

li suens de la voix (ibid. fol. 5i v.).

SING. Suj. Voc. paiz, paiz (ibid.).

Rég. de la paix (ibid. ).

D'après ces indices, auxquels on en pourrait ajouter quelques autres, il semble que ce règlement avait cours dans le langage de Bourgogne, vers le temps où fut rédigé le texte français des Sermons de S. Bernard; c'est-à-dire avant 1 160, et autour du milieu du xiie siècle.

Il ne subsista pas longtemps après : vingt ans plus

tard, autour de 1180, on le voit remplacé par une règle nouvelle.

L'introduction dû s ou du z de la flexion dans ces substantifs y avait prévalu et tendait à en chasser le x. On avait ramené tous les substantifs de cette espèce à une forme unique, en 5 final, qu'ils gardaient invariablement dans tous les cas.

Ainsi, dès les dernières années du xne siècle, on commence à voir établie, dans le langage de Bourgogne, comme dans les autres dialectes, pour les substantifs dont j'ai parié et tous les autres analogues , une orthographe unique en s final ou en z : une voiz (J. B. fol. 2 v.)\ de la croizm(ib. fol. 2 t>.); paiz (ib. fol. i5 t>.); en paiz (S. de M. S. in purif. S. M.).^

Cette orthographe en s devint dès lors la seule usitée; elle régna pendant tout le xme siècle et jusque dans le xive. H n'y eut plus alors d'autres terminaisons de substantifs en x que ces terminaisons contractes des mots en {, dont j'ai donné ci-dessus la théorie.

Ce n'est que tard , et bien avant dans le xive siècle , que les notions d'étymologie commençant à reprendre quelque crédit dans l'orthographe française et les usages particuliers des âges précédents s'étant perdus, on revint peu à peu à l'habitude , qui nous est restée , d'écrire en x final quelques mots en ai et en oî, dérivés de primitifs latins en x.

Ces mots dont le primitif avait été en x dans les premiers temps de la langue, et qui prirent, autour de ia 00, une orthographe invariable en s final, étaient

assujettis encore à un usage particulier : dans les dialectes de Bourgogne, et de Normandie surtout, on les écrivait de préférence, à ce qu'il semble, par un z; tandis que le langage picard, qui n admit guère, en aucun cas, les orthographes en z, les a toujours écrits par un s.

Il est difficile de donner aucune raison grammaticale satisfaisante de ces orthographes en z, quoique cependant l'usage en fût trop régulier pour qu'on le puisse attribuer à quelque méprise des copistes.

Si cette orthographe n'a pas tenu uniquement à la nature même des dialectes, il est probable qu'il la faut attribuer au soin qu'on aurait pris de distinguer les mots en ai et oi, dont la terminaison radicale avait été en x, d'autres mots semblables, à finale primitive en s; de sorte qu'on aurait voulu conserver, par le z, la marque de l'élision et du remplacement du x.

Cette opinion semble d'autant plus probable, que l'orthographe en z, dans ce genre de mots, est plus ancienne en Bourgogne que l'orthographe en s : celleci étant venue par suite de l'influence picarde, et tendant à se substituer à la première, à mesure que le souvenir de la raison qui avait introduit le z, comme marque de l'élision du x devant s, se perdait davantage.

Quant au langage picard, outre le peu d'usage qu'il a toujours fait du z, on ne voit pas qu'il l'ait jamais admis comme finale, pour suppléer le s et marquer sa combinaison avec une consonne radicale suppri-

mée : il est naturel qu'il ait toujours écrit ces mots par un 5 et qu'il n'ait jamais adopté ï usage de leur donner un z.

Quoi qu'il en soit, je ferai remarquer encore, pour la chronologie des textes, qu'on voit subsister pendant longtemps, dans le dialecte de Bourgogne, et dans le langage de Lorraine principalement, quelques traces éparses de l'usage d'écrire par un x final les mots oi, ai et ai. Ainsi, plus on se rapproche des temps primitifs, plus on en retrouve d'exemples; et lors même que ce vieil usage fut tombé en désuétude pour les substantifs , parce qu'une règle universellement admise l'y avait remplacé, il se maintint encore dans les mots où la règle de la position du s, pour distinguer les sujets des régimes, n'avait pas pu l'atteindre, et on le voit encore suivi jusqu'autour de 1 a 5o.

C'est ainsi, par exemple, que dans le dialecte propre de Bourgogne, il était resté de bon usage, pendant la première moitié du xin* siècle , d'écrire par un x final la première personne du présent de l'indicatif du verbe substantif :

u Niez suix Rarlon l'emperor poissant, » dit Rollan, dans G. de V. 101; ou encore, 16. 927, a335, a3()o.

Et de même : je paix (ib. 675, a34o, a5i3). On écrivait aussi, dans le même temps, par suite de ia toâme tradition : en croix (G. de V. 1 199, 2841).

Et les copistes de oet âge conservant encore quelque vague et lointaiiv<60uvenir de l'usage du x dans les mots en oi, mais ne connaissant plus, de leur temps, d'autre

emploi du x que celui qu'il commençait à recevoir communément comme marque de contraction, quand ils l'appliquaient encore quelquefois , lui donnaient ce nouvel usage dans les mots en oi et retranchaient le i devant lui; écrivant par exemple : à haute vox (G. de V. 1 5 1 4), tandis que la seule bonne orthographe de ce substantif était dès longtemps: voiz et vois (ib. 535, i38?, 1782); à haute vois ( £6. 161 9).

h Les substantifs, masculins et féminins, qui avaient un s final au radical, le gardaient à tous les cas et formaient ainsi une déclinaison invariable.

Par exemple :

sing. Suj. h tans.

Rég. de tens (S. de S. B. fol. 57 v. ). el tans (C. d'A. 197).

plu r. Suj. U tens (J. B. fol. 1 v.).

Cette orthographe en e semble avoir été la plus ancienne en tous les dialectes : mais dans le bon langage de Bourgogne, entre ia3o et ia5o, on écrivait ce mot

par a :

sing. Suj. // cors (G. de V. Soi a, 3393 ), le corps. Rég. al cors (S. de S. B. fol. 5i v.). dou cors (G. deV.).

parmi le cors ( ibid. 578 ).

Le cor, instrument de musique, s'écrivait :

sing. Suj. li cors.

Rég. le cor, an cor (G. de V. i884).

SING. Suj. li palais (G. de V. $9*9), palatium. del palais ( ibid. 336 1 ).

jusqael palais [ibid. 3363).

En Normandie on écrivait : palez, hors del pales ( Triston, II, a5); elpaleez, el paleiz (R.de R. 8a4a, 8274).

L'orthographe de Picardie : delpalois, el palais (Parton. 1 606, i685), na pas eu beaucoup de cours dans les bons temps.

Au sens de palatum, ce mât avait la même orthographe et suivait la même règle :

« Cest il ki as oylz donet la veut, as oroilles l'oye, à la «langue la voix, à [ lis. al] palaix l'assavourement et lo « mouvement à toz les menbres. » (S. de S. B. fol. 1 7 r.)

si kg Suj. . li dois ( G. de V.).

Rég. al dois (Parton. 160?).

au maistre dois {G. de V. 977 ).

à son haut dois (Parton. 3836 y.

le dois (ibid. SMS).

-En langage de Tour aine, on disait dais, almestre dais (Tristan, II, 101).

sing Suj. li bos ( Parton. 1837 ), le bois. Rég. elbos (ibid. 1839). '

elbois (G. de V. 2106).

plu R. Suj. foilli sont bois (ibid. 3917 ).

Rég. des booz (S. de S. B. fol. 19 r. ). en bos (R. V. 3i56).

Cette orthographe primitive en 0 pur est restée fort longtemps celle de Picardie; en Bourgogne on a dit bois de bonne heure.

sing. Suj. U pais (Villehard. 478 A). ' . t>

Rég. del pais ( ibid. 478 b).

sing. Suj. U marchis (Villehard. 471 d ). del marchis ( ibid. ).

al marchis (ibid. Ur]\ b).

51NG. Suj. ft ftmoi ( Fabl. inèd. II, 453 ). Rég. un limas ( ibid. ).

sing. Suj

Rég. à l'uix(S.d*S. B. fol. 44 v ).

trosquà Vais ( Parton. 1 a 1 8 ).

plur. Rég. tous les huis ( J. F. H. 353 ).

En Normandie :

plur. Suj. lé us, les portes ( M. de F. Eq. 191).

sing. Rég. à son ues ( S. de S. B. fol. 44 v. ) , à son usage ,

au service, au projet de.

à son oes (B. de B. 3753).

àlor oes ( ibid. 537a ).

à wwfre oes (L. £Ian. 16).

Ce mot a eu plusieurs autres formes, toutes indéclinables :

Quere vus dui al os le rei Vostre sennur.

Tristan, II, 108.

à oes dou duc ( 1286 ; J. V. H. 44a ). à eus nostre seaneur l'eveske (12188; ibid. 46o). en tous uz ( 12a? ; U. de M. i83, 219). as us et as coustumes ( C. d'A. 3ao).

sing. Suj. ft mes ( L. dtlan. 27 ) , le mets.

Rég. del mes ( ibid. ).

plur. Suj. U mes.

Rég. les riches mes (G. de V. 919, 3744, 3749 j 3ga4).

sing. Suj. U bruis.

Rég. son destre bruis (G. de V. 33Ô9 ). el bruz senestre ( Marbode, 88 ).

Ce mot , dans les dialectes de Normandie et de Bourgogne , a été fixé de fort bonne heure à la forme invariable en s final ; mais , dans le langage picard , il se déclinait :

sing. Rég. par le broc ( R. V. 4079 ).

suer le braech ( 129a ; J. V. H. 55o ). plur. Rég. bien fais bras ( ibid. 890 ).

On voit d'ailleurs , par ces exemples , que les mots qui conservaient, dès avant ia5o, leur s à tous les cas, étaient en général les mêmes que ceux qui, encore aujourd'hui, ont cette forme invariable.

L'influence de la règle par laquelle on retranchait certaines consonnes devant le s de la déclinaison, accrut, vers le milieu du xin* siècle, le nombre des mots qui conservaient le s à tous leurs cas. On s'habitua naturellement , lorsque quelque analogie de dérivation, ou toute autre, y conduisait, à maintenir ce s comme terminaison unique de beaucoup de mots, qui auparavant en avaient eu d'autres moins régulières; par exemple :

sing. Rég. après sen dechief (C. dïA. 3a 1 ).

après lour decet (H. de M. a 44 )•

après sen deckies ( C. a" A. 3a 1 ).

après men deches (ibid. 173).

après nostre deces (1378; Dunod, II, 60a ).

lou deceix ( ibid. 6a 1 ).

Les mots en s final devinrent donc de plus en plus nombreux \eh le milieu du xiii* siècle, et Ton ne saurait avoir la prétention de les indiquer tous; il suffira d'en rassembler encore quelques-uns :

Berbis, fém. brebis. — Sing. suj. U berbis (H. (le M. p. aa5); plur. su). li berbis (R. de R. 6a45).

Borgois, masc. bourgeois. — La fille au borgois (R. V. a 348). En Normandie: les bwgeis (ia65; Arch. XXII, 3 18}. Et diverses autres fermes, qu'il est inutile de rapporter, puisqu'elles ne sont guère que des variantes d'orthographe ou même des incorrections.

Cas, masc. casus. — En Lorraine on disait cais : «En « cestuy cais. » (H. de M. 1 64.) — « Par aucun cas. » ( 1 a 1 5; C. d*A. 109. )

Chanevis, masc. chenevis (Renart. 19822).

Chapleis, masc. combat. — Li chapleiz, el plais fort chapleïsy oa chapleis (G. de V. 291, 8i5, i5ai). Ce mot était de trois syllabes, et le i s'y prononçait fortement. On trouve cependant une forme de sing. suj. li chaples (ibid. 3oo4 ).

Contans , masc. querelle. — « Les noixes et les ocqui- « rons de contans. » (H. de M. 1 64. )

Courods , masc. courroux. — Ce mot est de ceux qui, surtout en Picardie, ne commencèrent que vers le milieu du xin* siècle à prendre leur forme invariable en s final. On le voit écrit sing. rég. de courouc (R. V. 975); et dans le même texte : de coarous (333g); decorroas (R. de la R. I, 8).

Cours, masc. cursas; en Bourgogne cors: «Dix cours

u d'une fontainne qui est ostés hors de sen droit

a cors. » [C. d'A. 3 1 4.) — « Arrei* lou cours de vendanges. » (H. deM. aa5.)

Ce mot est distinct du fém. de Bourgogne cort, curtis; en Picardie court [R. V. 918), cour; en Normandie curt [M. de F. Equit. 1 95 ).

Crois, fém. crux. — « Li crois. . . . duskes à une autre

« crois et de celi crois » (C. d'A. a 44.) On a écrit aussi

croiz, et très-anciennement, dans le langage de Bourgogne, sainte cruix [H. deM. 197).

Defois , masc. defensio. — Mot du langage picard : seur sommes par vos defois, defensione tua tuti sumus (R. de M. p. 56); parle defois mon ami (R. V. 59a).

Dos, masc. dorsas (G. de V. 894, 2086).

Li es, fém. apis y l'abeille [Parton. 120, 121).

Fois, fém. du plur. vices. — En Normandie : une feiz (M. de F. Eq. 194); n.feez ( 12 65; Archœol. XXII, 3a 1 ); treifeiz [R. Ch. 71); meintefez (R. de R. 5774). En langage de Bourgogne : à une fois u à phiiseurs (1 288; J. V. H. 467 ); por chascanefois (1 3o3; H. de M. ^57); toutes les foiz (N. R. II, 246). Les formes de Picardie étaient, vers le milieu du xiue siècle, les seules à très-peu près qui se déclinassent encore : à ceste primerefeiee. (M. de F. Eq. 1 1 9.)

Li huis, masc. clameur, tumulte [G. de V. 863). — «Li hus ère si granz que il sembloit que terre el mer « fondist. » ( Villeh. p. 45a . )

Ce mot se voit aussi écrit sans s aux cas indirects du sing. : «A hu et à cri.» (fl. de R. i644.)

Lis, ma se. UUum.

Le front ot blanc plus que n'est lis Qui de blancor a si grant pris.

Parton. 555-556.

Que jlonr de lis. (R. V. 889.) — Un peu plus anciennement, et vers ces temps-là même encore, on trouve à ce mot une forme de déclinaison : sing. rég. assez plus blanc quejlor de M. ( Tristan, I, 1 32.)

Heuz, masc. la poignée. — «Deleiz le heuz brise la « bone espée. » (G. de V. a 558.) Cet exemple que j'amène ici, n'est peut-être qu'une faute du copiste; on lit: «Devant le heut l'espée brise.» (Parton. 33ao.)

Li los, masc. l'assentiment, la louange. — ((Par son «fos et par son crant. » (H. de M. a 08.) Au loz (ibid. 190); per lo bux (Perreciot, II, 3i£); par mou loinx (Dunod, II, 6o5); et décliné aussi, dans ces formes barbares du langage de la comté de Bourgogne : cettai Ion et ouctroy ( ibid. I , cvn).

Li mes, masc. le messager, miss us. — (G. de V.

Mes , meis , masc. mansio. — « On meis monsegneur

a Ànsel. » ( C. d'A. 219.) « D'un mes qui estoit leur, ke

« on apele le manoir d'Arras. » ( Ibid. ilxlx.)

J'ai donné ci-dessus les formes, également invariables, de mes, cibus.

Mois , masc. mensis. — On a écrit anciennement en Bourgogne et en Picardie : moes. Il moes de marc (ia3o; H. de C. 27); el mois de jenvier (1237, ibid.

58 ); el mois de march ( C. d'A. iîi ). En Normandie :

«I meis de fevrsr ( 1 a 5 g-, A. R. 38 1 ).

Nés, masc. nasus. — Sing. rég. le nés (R. V. 872).

Os, masc. os, ossis. — Sing. rég. le maistre os del col (G.deV. 1367); phir. suj. tuitti os (B, de S. M. I, 3oo}; toi K os li crussirent [R. Qt. 1 gi).

Pais, fém. pax. — De la pais (H. de M. 177 ); de la paix de Mes ( 1397; ibid. 269); pour lai paix (129g; ibid. 354). En Normandie : pez. Famé deit aver portât pez. (ft.&ft. 57o3.)

Paliz, palis, masc. palas, vallnm. — Alpalizvint. (Tristan, II, 12A-)

Pas, masc. passas. — En Lorraine : pais.

Pis, maso, pectas.

Plbssis, masc. — Devant le plesseiz [Renart, 5oo4), et décimé -.joste un plessié ( ïfttefî" A9/13 ).

Pois, masc. pandas.

Pris, masc. pretiam. — « Ccst boin destrier de pris. >i (G.deV. 861.)

Raïs, fém. radix; resté longtemps en usage dans ce proverbe :

Maus frais ist de maie rais.

dont il y a un grand nombre d'autres rédactions : De pute rachine pute ente.

R. V. 586, ct'Ii note <uc ce vtn.

Il faut d'ailleurs se garder de confondre le féminin

raïs, racine , avec le masculin li raiz [Serm. de S. Bern. fol. 83 r. ), de radius, rayon, qu'on trouve au singulier

et pluriel régimes :

'** au rai de la lune ( Chas t. XXI, 5a ).

az raiz del vrai soloilh [H.l.de F. XIII, 9}.

Ris, masc. risus. — Sing. rég. un ris (G. de V. 1820). Sens, masc. sensus. — Li sens — qui sens a. (R. V.

27, iA.) -«,

La forme de ce mot, ainsi réglée , est fort ancienne. C'est l'orthographe primitive de Bourgogne et de Picardie :

sing. Suj. toz li sens (S. de S. B. fol. 5i v. ). Rég. ne sens ne vie ( ibid. 111 r. ). son senz (R. V.Sbqi).

hors de son sen ( N. R. I, 383 ).

Cette dernière orthographe , reçue autour de 1 a4o, était évitée comme une faute un demi-siècle auparavant.

Dans le dialecte de Bourgogne , ce mot s'est depuis écrit par un a, et dans cette orthographe il se déclinait :

sing. Suj. li sans ( G. de V.).

Rég. lesan(ibid. 1758, 1693, 794 ).

On a même écrit, dans ce langage, le sing. suj. li sanz ( Tristan, I, 90), toz li sanz (G.deV. 2787), pour le distinguer peut être de sans, sanc, sanguis, dont les formes n'ont jamais changé. — Le'sing. suj. li clerssanz

(A. V. 4634), sanguis, serait donc une faute de copiste.

Tous , fém. tassis. — « Il a le tous. » (R. de M. 20. )

Vis, masc. visage. — Sing. rég. le vis cler [G. de V. 918).

Vois , fém. vox. — En Picardie : vois, invariablement; en Bourgogne voix et vois.

On pourra trouver à quelques-uns de ces mots d'autres formes que celles que j'indique et des terminaisons peut-être de plus d'un genre. Mais il y a lieu de croire que pour tous , la terminaison invariable en s final était la plus autorisée et celle des meilleurs textes, autour de ia5o.

m. Indépendamment des règles que je viens d'exposer, tous les substantifs dont le radical se terminait par une consonne , avaient encore une manière de former leur sing. suj. et leurs cas indirects du pluriel : ils prenaient un e muet après leur consonne , qui se trouvait ainsi intercalé entre cette consonne et le s de la flexion. Ainsi

stNG. Su). U veeles (R. de M. 5a ) , le veau. Rég. 1. veel (ibid.).

le viau ( Fabl. inéd. Il, 46o).

sing. Rég. d'un boel ( Tr. de J. B. fol. 3 v. ) , boyau. plur. Rég. les boeles (L. du Trot. 199, p. 79).

Cette dernière forme pourrait tenir aussi à ce que ce mot se rencontre quelquefois au féminin :

Maint pujng, maint cief i ot colpé

Et espando mainte cervele ^

Et percie mainte boele.

R. d*Ji. 670-67*.

sing. Suj. maistre eschaiving (H. de M. 189). plur. Rég. as exeving (ibid. i83).

des eschcvignes ( ibid. a 1 3 ) .

sing. Suj. Uporques(H. de Af. 17a).

Rég. le porc ( Parton. 6a 3 ).

On a vu plus haut la déclinaison régulière de ce mot, en langage de Bourgogne, autour de ia5o.

sing. Rég. aucun joel (R. C. C. 646), joyau.

pourjouel ( ibid. 6271 ).

plu r. Rég. tôt lijoueles (H. de C. p. 18).

de ses autres jouiaus ( ibid. 45 ).

biausjoiaus {R. de MAI).

mes joiax (N. R. II, 261 ).

Comme l'addition d'un e muet final est, de tout temps , dans nos langages , le signe le plus accrédité de la formation des féminins, ces formes de déclinaison en e muet surajouté étaient sujettes à une grave confusion : c'est qu'au lieu de les prendre pour ce qu'elles étaient, de simples flexions de cas, qui ne changeaient rien au genre de leur substantif, on leur donnait le genre féminin , et on en faisait ainsi des sortes de fréquentatifs féminins des noms primitifs du masculin, auxquels elles devaient se rattacher comme flexions.

Ainsi :

Les os, ossa (fl. V. 4 18), se trouve écrit, dès un temps fort ancien , en langage de Bourgogne : par totes lorosses, féminin (S. de S. B. fol. 43 v.).

De oisel, oisiel, oisiaus (R. V. i5g, 3()o3, 5 101), on trouve le pluriel régime féminin oiseles : « A chieval , « chien , falcons , et otres beste et oiselles. » ( 1 2 7 4 ; H. de C. 34.)

De deUz, masc. volaptas : pluriel réghbe , dès délices de paradis ( J. B. fol. 4 r. ).

Il faut bien distinguer cette forme en e muet de toutes celles du diminutif masculin : t oiselet (fl. V. 3909); les oiseïés (fl. de la fl. I, 7).

De paliz : alpaliz vint (Tristan, II, 12 4). pluriel régime palices (B. de S. M. 1, p. 2&0).

De braiz, braz, un pluriel régime féminin braices :

les oelr ot vairs

les braices longes.

G. de V. ikky

/ De ttlvas (Roquefort, II, 601 ), pluriel régime toi faces (ia65; Archœol XXII, 3ao). »

Il semble que cet usage ait été appliqué principalement aux mots qui se 'terminaient par s final au radical. Cette forme rendait ces mots indéclinables, selon l'usage commun de la déclinaison; et il est probable que pour éviter l'incertitude à laquelle leur orthographe invariable pouvait donner lieu* pn a tenté, dans les temps primitifs, de leur donner un système de flexion en c muet, pour les cas qui prenaient s. Puis la confusion

de genre que produisaient ces flexions aura forcé d'y renoncer bientôt après.

Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de certain pour toutes ces formes, c'est qu'elles sont anciennes, qu'on ne les trouve régulières et quelque peu nombreuses que dans les plus vieux textes, ou dans des textes qui ont .conservé des archaïsmes, et qu'elles semblent être restées comme des débris d'un système de flexions des substantifs à consonnes finales, système qui aurait été tenté dans les temps primitifs et serait tombé presque aussitôt en discrédit.

Le langage anglo-normand, dans les temps déjà voisins de sa corruption dernière, vers la seconde moitié du xiii* siècle, avait l'usage d'ajouter un e muet à la fin de beaucoup de mots, surtout en r et en n; mais ces orthographes, constamment irrégulières et barbares, n'ont rien de commun avec la règle qui précède et qui est des autres dialectes.

Voici quelques exemples de ces orthographes anglonormandes :

le mure, 1. mure (ia65; Àrch. XXII, 3i6, 3i5). unjoure ( ibid. 3i 5 ).

lur poure , peur ( ibid. ) .

le noun, le noune , nom (ibid. 317, 3ao). * «-

lur prisune, en lurprisun (ibid. 220), prison. al governaille (Brut; dans Tristan, II, 2^9). testmoin, testmoine, témoin (1259; A. R. 38 1 ). au priote ( ia5o; Charte de Poitou m*te.)% prieur. tote ma vaisselemente (ibid.), vaisselle, mobilier.

n. Cet usage irrégulier avait sa contre-partie, qui

n'était pas plus régulière : c'est-à-dire que , dans les mots qui avaient pour finale un e muet précédé d'une consonne, et surtout de I ou r, on transposait Ye muet avant la consonne, qui devenait ainsi finale et précédait immédiatement le s de la flexion.

Ainsi, au lieu de la déclinaison régulière :

sing. Suj. mes oncles ( G. de V. 1 165 ).

Rég. le mien ckier oncle (G.deV. i li'j ).

on a écrit au sujet singulier onkelz [ibid. 3 172 ).

Au lieu de :

sing. Suj. lifevres ( M. de F. II, 1 38) , faber. Rég. defeyvre (S. de S. B.).

on trouve en Normandie : fevers, plur. rég. ( iq65; Arçhœol. XXM,?>i8).

Et encore :

sing. Suj. noferrers ( 1197; H. de C. a3), notre frère. Rég. ferrers ( 1 133; ibid. 18).

no frère (ibid.).

0. Telles sont à peu près, je crois, les principales règles qui se peuvent remarquer dans le langage français, quant à la position des substantifs, et qui y ont eu cours depuis le milieu du xne siècle jusque vers la fin du xiii*.

Maintenant , que le lecteur veuille bien rappeler k son esprit toutes ces règles, qui, bien que chacune d'elles n'ait rien <^ue d'assez simple et de naturel , ne

laissent pas de faire un ensemble compliqué ; qu'il se rappelle que toutes ont été formées avant la fin du xiie siècle, et au plus tard dans les premières années du xme; que ce n'est guère que jusque* vers le milieu de ce dernier siècle qu'elles ont été appliquées avec intelligence, par des gens qui les comprissent et se pussent rendre compte des causes qui les avaient produites; que passé 1260 ou 1280, toutes ces règles ne furent plus observées que par une tradition vague, ou, pour mieux dire, aveugle et ignorante, sans que de nouveaux usages leur fussent substitués. Qu'on se rappelle encore que , vers ces mêmes années , le mélange des dialectes et le mouvement, fort divers alors, du langage, produisaient et entremêlaient incessamment beaucoup de formes; et l'on concevra que les copistes, parmi lesquels l'inhabileté s'était accrue à raison de ce qu'ils étaient devenus plus nombreux , dussent éprouver des embarras et des incertitudes extrêmes, dans l'application de règles vieilles d'un siècle à un langage qui se modifiait à peu près tous les vingt-cinq ans.

Le xiv* siècle s'est écoulé presque tout entier dans cette incertitude barbare d'un langage qui perdait peu à peu ses anciennes règles, devenues caduques et tombées en oubli, et qui cependant n'était pas encore assez avancé dans la révolution qui les avait rendues inapplicables, pour que des règles nouvelles pussent leur être définitivement substituées. Aussi les règles du xme siècle étaient-elles , dès le premier tiei*s du xive, ou négligées tout à fait, ou, œ qui peut-être

était pire, appliquées à contre -sens : toutes étaient confondues dans le souvenir incertain qu'en avaient les copistes; ils les mêlaient entre elles, les enchevêtraient Tune par l'autre, et faisaient en un mot autant d'erreurs qu'il est possible d'en faire par l'embrouillement d'une série de règles assez nombreuses , qu'on confond entre elles et qu'on applique mal à propos.

Et comme, par malheur, presque tous les grands ouvrages en langue vulgaire du xme siècle ne nous sont parvenus que dans des copies retouchées du xive, il est difficile, à qui n'a pas travaillé sur ces matières, de se faire une idée de l'état de confusion et de désordre où sont tombés ces textes.

C'est là la cause qui ne justifie que trop bien l'ignorance où l'on a si longtemps été des véritables lois du langage vulgaire dans les temps voisins de son origine, et l'incertitude qui peut-être subsiste encore en l'esprit de quelques personnes , sur la nature et sur l'existence même de ces lois.

11 est donc nécessaire, après avoir tenté de débrouiller et de reconnaître les usages anciens de notre vieille langue, de marquer encore avec quelque précision les causes qui ont amené la perte de ces usages , et qui , les ayant fait tomber en confusion, donnèrent peu à peu naissance à 4es usages nouveaux; car, dans l'histoire d'un langage qui se forme, deux choses semblent également dignes d'attention : les efforts de l'esprit pour régler incessamment ce langage, y mettre de l'ordre et lui donner des' lois ; et l'opposition de causes latentes ,

qui détruit longtemps le résultat de ces efforts, ramène à plusieurs reprises la confusion, et ne permet que fort à la longue le règlement et l'arrangement définitif du langage.

J'ai déjà eu l'occasion de marquer, en différents endroits, des causes de variation et d'erreur dans la déclinaison des substantifs. Mais ces observations particulières, éparses çà et là, ne sont point suffisantes; et il faut rassembler ici, en un résumé précis, les causes principales qui rendirent vaines et bouleversèrent, vers le commencement du xiv* siècle, les règles qu'on avait essayé d'établir dans les âges antérieurs.

1 . On a vu que les règles de la position du s de flexion et de sa permutation avec ses deux lettres auxiliaires z et x, étaient établies sur la nature des lettres finales des mots radicaux.

Or, ces finales n'avaient rien de fixe et de certain : elles changeaient d'abord selon les dialectes;' puis encore, dans chaque dialecte, elles étaient sujettes à beaucoup de variations.

Delà venaient, en multitude innombrable, des orthographes mal réglées pour le mêhne mot, tantôt en s t tantôt en z, tantôt en x ; et presque toujours ces variations d'orthographe avaient eu leur prétexte ou leur cause dans des variations de la lettré finale, consonne ou voyelle, du radical.

Il est quelquefois difficile de rattacher les unes aux autres ces variations de la forme du radical et les

variations de la lettre de flexion; cependant on y réussit assez souvent.

Ainsi on trouve dans le même texte, à quelques lignes de distance , ces orthographes :

sing. Suj. li brans ( G. de V. 278a).

li branzforbis (ibid. 2869).

qui sembleraient porter à voir un caprice absolu dans l'usage de ces finales , si Ton ne parvenait à démêler qu'elles avaient eu Time et l'autre une origine régulière par deux formes du radical , qui s'étaient mêlées , après avoir eu cours également dès les temps anciens de la langue; ce sont les formes de :

sing. Rég. le branc, ou branc (G. de V. 2766; R. V. io54,

io5g ).

le brant, al brant ( Trist. II, 1 10 ; Parton. 33o6 ). del brant [B. de S. MA, a84).

Et de même d'un grand nombre d'autres formes : de sorte que Ton voit sans peine que ce n'étaient point proprement les règles qui manquaient dans leur application, mais la langue même qui, par son état d'enfance , d'incertitude , de mobilité continuelle , manquait aux règles, et, permettant l'introduction de beaucoup de formes, causait bientôt après, par leur mélange, une confusion inextricable.

a. Les trois grands dialectes de la langue avaient aussi, dans l'application des règles, divers usages distincts, qui, venant à se confondre vers le milieu du xiii6 siècle, accrurent beaucoup le désordre, çt multi-

plièrent dans chaque texte les manières d'écrire au préjudice de toute certitude grammaticale.

Le dialecte de Picardie, à ce qu'il semble, n'a jamais admis le z comme désmence de flexion au lieu du s, et il ne connaissait point, par conséquent, la règle si strictement suivie en Normandie et en Bourgogne, qui donnait au z, comme lettre de flexion, la valeur de ts; de sorte qu'en Picardie, le t rentrait dans la catégorie générale des consonnes finales, c, d, f, g, r, qui se retiraient devant te t, sans aucune permutation de cette dernière lettre :

sing. Suj. li cours, fém. (R. V. 88 ) , la cour. Rég. court biele et gentil (ibid. 81 ).

sing. Suj. li cans (R. V. 4i ) » le chant. Rég. le chant (ibid. 106).

sing. Suj. li couvens ( C. d'A. 2 53 ). Rég. du couvent (ibid. a 53).

sing. Suj. chis amortissement desudis (C. d'A. 3 1 1 ). Rég. l'aquisement ( ibid. 196).

Vestakement (ibid. 3a 1 ).

assaulement ( ibid. 3 1 5 ) .

delivrement ( ibid. 3 1 5 ) .

de no warandissement ( ibid. 3s 1 ).

PLUR.Rég. empeekemens (ibid. 298).

plu r. Suj . si home et si tenant (vers 1 2 2 5 ; C. d'A . 1 1 3 ). Rég. ses tenans (ibid. n3).

sing. Suj. li drois ( 1283; J. V. H. 42/1). Rég. le droit cler ( ibid. 4a 4 ).

plub. Suj. le serghant (R. V. 778 ).

sing. Suj. li serpens (R. V. io5a).

le grant serpent (ibid. io43).

au serpent ( ibid. io55 ).

Rég. le plait (Parton. S'jb^).

sing. Suj. li dis varies (J. V. H. 54g). chis varies (ibid.).

Rég. à un varlet (ibid. ).

Telles sont, dès les plus anciens textes, les vraies orthographes picardes. Le z ne paraît s y être introduit, dans quelques textes, que par une imitation fautive des formes du dialecte de Bourgogne; et ce nestconséquemment qu'assez tard et vers le milieu du xine siècle.

Il en était de même de tous les mots que le langage de Bourgogne écrivait en z, pour marquer la combinaison de x 5 ou le retrait du x devant 5. Le dialecte de Picardie écrivait constamment ces mots par un s.

sing. Rég. luis (Parton. àobj).

en pes ( ibid. 4ogo ) , en paix.

la vois (R. C. C. 5977).

Dans le dialecte de Bourgogne , tout au contraire , le z une fois admis à remplacer le s comme lettre de flexion , tendit promptement k usurper sa place en beaucoup de cas. ,.

Ainsi on écrivait z au lieu de s :

i° Dès les plus anciens temps, pour marquer Télision de t devant 5.

2° Pour marquer en certains mots dérivés de finales latines en x, la suppression du x devant s.

3° On voit le z commencer de bonne heuae à sïntroduire comme lettre âe flexion dans les mots efir / final :

noz travalz {S. de S. B. 19 r.).

noz perilz (ibid.).

De telle sorte que vers le milieu du xjji1 siècle, il était devenu presque exclusivement en Bourgogne la finale de flexion pour cette sorte de mots :

U colz.{G. de V. 2910 ) , le coup.

mes consolz (ibid. 3286).

lifdz (ibid. 22A6). i...

ckastielz (ibid. ia55).

un solz quarelz ( ibid. 1217).

m. palz ( ibid. 3ga ). •

U vassalz ( ibid. 85o )»

xxiii. jourfalz de terre ( 1222 ; H. de M. i83 ).

mes oelz (G. de V. 525). '

les iaulz (R. V. 871 var. ).

dezjouelz (H. de M. 279) , joyaux.

dou comun saielz de mes ( ibid. 190).

à Noielz ( ibid. 189 ) , à Noël.

Il y a telle de ces orthographes dont il est possible de rendre compte d'après les règles que Ton a vues cidessus; comme, par exemple , .

sing. Suj. ïospitalz ( 1223 ; H. de M.. i85 ).

Rég. de Vospitalt (ibid. i84).

plur. Suj . li hospitaU ( ibid. 1 83 ) .

De même, on voit en certaine mots en el, que les formes lorraines eil, eilz9 le l final ne se prononçant point, finissaient par devenir, en mou eiz, dans les cas qui prenaient s, puis, par abus, en t, dans les cas indirects du singulier et au suj. du pluriel.

Ainsi la déclinaison picarde : sing. suj.

.* sing. Suj. en l'ostel ( R. C. C. 588a ).

plua. Rég. les ostex ( iag5; A. C. 706 ).

ostiear*(ibid. 70A).

leshostçx (il. K911).

as hostieux (iag5; M. de M, a38).

devenait en Lorraine :

sing. Rég. en son hosteil { ia5o; H. de M. 199) PLGR.Rég. hosteilz (ibid. 195).

hosteis (ibid.).

Et de cette dernière forme se produisait par abus un nouveau thème de déclinaison :

sing. Rég. fors de Yosteit ( iaa3; H. de Af. i85 ).

On peut rapporter à la même observation les formes de Picardie :

sing. Rég. le prael (C. d'A. aAA).

fi un prael (ibid.).

coutiel.

catel.

et tous autres semblables , qui avaient pour correspondants en Lorraine:

pldr. Rég. tous cez preis ( 1222 ; H. de M. i83 ). plur.Suj. lipreit. Rég. les preiz.

couteis.

chateis.

Mais la plupart de ces orthographes régulières du langage de Bourgogne en h, au lieu de Is, semblent ne se pouvoir éclaircir par aucune observation grammaticale. Elles ne se peuvent expliquer que par ce fait général, que le son de la lettre z, comme final, convenait à l'ensemble de la prononciation du langage de Bourgogne, tandis qu'au contraire, il répugnait à la prononciation , plus pesante et plus ferme , du langage picard.

Je rapporte à la même remarque iep derniers faits que voici :

lx° Le langage de Bourgogne aimait le z comme lettre de flexion au lieu du s dans certains mots en i pur, qui fêtaient devenus par contraction ou par la perte d'une consonne finale ; il écrivait :

sing. Suj. liformiz (Chast. XXI, 19a). Rég. auformi (ibid. 198).

PLUR.Rég. les sorciz (R. V. 870 var.).

Au lieu des bonnes orthographes picardes :

sing. Suj. li frémis (Fabl. ined. I, 227). Rég. au frémi (ibidf 226).

du frémi (ibid.).

PLUR.Rég. les sorciols (Parton. 557).

les sorcius ( R. V. 870).

La plupart des mots en i pur, cependant, s'écrivaient par le 5, et notamment ceux dont j'ai parlé ci-dessus, qui étaient invariables dans leur terminaison :

à cel dis (G. de V. ao3a ) , à ce jour.

5° On écrivait habituellement en Bourgogne, vers le milieu du xin* siècle , par un z de flexion , les substantifs qui avaient pour anale une consonne qui se retirait, et pour pénultième un e fermé; ainsi :

sin<^ Sûj. li niez (G.deV. 2188) , de nief. ' ï»&, chiez (H. de M. 1 77 ) , de chief. ^..^ treiz (G. de V. i4fc), de treif.

buiz (ibid. 33g}.:*-

6° Enfin , dans le cours du xiii* siècle , le z final tendant toujours de plus en plus à usurper, dans le dialecte de Bourgogne, la place de s, se mettait sans règle et sans suite en une multitude de cas; et le langage de Lorraine, dans son usage d'outrer toutes les tendances du dialecte bourguignon, poussait si loin l'abus de ces orthographes, qu'on y écrivait souvent en z final les mots terminé^ ma e muet : faute qui heurtait toutes les analogies de la langue, le z à la fin des mots supposant toujours fermé, dans nos habitudes d'orthographe, le é qui le. précède.

Voici quelques exemples de ces orthographes» vicieuses, qui, de toutes tes variétés du dialecte de Bourgogne, sont propres surtout à la Lorraine :

xx. anz>(G. de V. i58o).

andous ses mainz [ibid. 3o8? ).

charbonz ( ibid. a 5oo ) .

a/i Françoiz , sing. rég. (G. de V. i4g3). li François, les Françoiz (ibid. i5ig, i5oi ). li feuz (ibid. a458).

li oleuz (ibid. 3 a 88 ).

bornez lièges (H. de M. 207).

fdlez (H. de M. 173), des fils , fils. ces letrez ( 13 35 ; ibid. 190 ).

lez octavez ( ia3a ; ibid. 189 ).

bonnes truvez loyalz (ia&4; ibid. 199), treugas. serourgez; rég. serorge (ibid. 207, 209).

Voilà donc un point considérable sur lequel les deux dialectes de Picardie et de Bourgogne avaient des usages grammaticaux directement opposés : le premier n'admettant dans aucun cas le z comme lettre de flexion, et le second lui donnant presque autant de cours qu'au s.

D est arrivé de là que, quand les deux dialectes ont eu des contacts fréquents et sf .sont mélangés, quand on a copié dans les provinces de langage bourguignon des textes qui avaient été écrits en pays picard , ou au contraire, il s'est introduit dans les deux dialectes beaucoup d'orthographes irrégulières qui ont contribué à faire perdre jusqu'au dernier souvenir des règles anciennement établies.

Quant au dialecte de Normandie, la plupart des observations que j'ai faites sur le langage de Bourgogne, lui sont communes de tout point. 11 avait les mêmes règles et les suivait avec beaucoup d'exactitude.

On y voit le z admis comme finale de flexion avec.

les mêmes usages réguliers qu'en Bourgogne : i° pour valoir t s; 2° pour valoir x s; 3° comme finale mieux assortie aux mots en l >

Le z final y était préféré <le plus pour la^plupart de ces mots en é ou en eif que les autres dialectes avaient en ai et en oî, et il s'étendait de même à quelques usages irréguliers, qui n'y ont cependant jamais été portés , à beaucoup près , aussi loin qu'en Lorraine.

3. Les*irègles mêmes , par leur application, étaient en diverses circonstances une cause de perturbation et de désordre.

On a vu que les consonnes finales c, d, f, y, p, t, x,

se retranchaient régulièrement , dans les trois dialectes,

devant le s de flexion ; les premières sans laisser de trace ,

les deux dernières en marquant leur absence pdr la per-

* mutation du s en z.

Or, l'habitude de supprimer ces consonnes finales devant le s , a entraîné promptement les copistes à la négligence de les reproduire dans les cas où le mot reprenait sa forme pure; et cette inexactitude, de peu de poids en apparence, a eu, sur la formation de la langue, de très-grands résultats.

Lorsque les formes produites par cette suppression irrégulière de la consonne semblaient répondre mieux à la prononciation, elles devenaient dominantes et se substituaient peu à peu à l'orthographe primitive et régulière.

Les mots nombreux, dérivés de primitifs latins en atas, qui, en Picardie, avaient leurs finales en et, dans

les provinces bourguignonnes en eit, en Normandie en ed, perdirent de très-bonne heure, dans le langage picard, leur t final, pour prendre une forme en è pur; tandis que , dans le langage de Bourgogne , ils conservèrent longtemps leurs formes primitives intactes. Ainsi Ton voit en Picardie , dès le commencement du

xiii* siècle :

plur. Suj. lijuré ( ia i5; C. d'A. 108). Rég. as jarés (ibid.).

Et en Lorraine encore, jusque vers la fin du même siècle :

plur. Suj. li conte juriet ( 129&; H. de M. 1U1 ). Rég. as frezesjureiz (1Q98; ibid. 249).

De là ces orthographes , qui étaient celles de Picardie et d'Ile-de-France pendant le cours du xiii" siècle , tandis que, dans le langage de Bourgogne, les orthographes en t final se soutenaient encore régulièrement. Ce n est pas que les copistes , à mesure qu'on avançait en âge, ne supprimassent souvent ce t; mais cela^ro-- .. duisaitNine forme bizarre en ei, qu'ils essayaient d'écrire en ey et dont ils ne savaient que faire ; de sorte que la seule orthographe bien réglée y a été en t , pour tous les mots de ce genre, jusqu'à ce que les orthographes y de Picardie , s'y étant introduites , ont tout à fait remplacé les premières.

Cependant les formes irrégulières sans t doqaaient lieu à un grave inconvénient : c'est qu'entraînant çà et là l'oubli de la forme de flexion en z, et ramenant le s,

elles contribuaient à accélérer la perte des bpns usages et l'oubli des règles établies.

Tous les mots dans lesquels la consonne finale n'était pas maintenue par une prononciation nette et forte , faisant de cette consonne le caractère même du mot et la rendant indispensable, étaient sujets à la perdre par suite de l'abus dont je viens de parier.

Dans la plupart des mots en l, r, n, il était impossible de supprimer la consonne , et elle se maintenait même devant le s ; il en était ainsi de quelques autres mots , comme, par exemple , de ces formes en c :

sing. Rég. del coc ( Chas t. XXI, ii\ ). en son biec (R..V. 3917).

lebiec (ibid. 3 g 19).

qui, bien que vers la fin du xme siècle elles perdissent leur consonne finale devant le s [ci-dessus, pag. i5o], la reprenaient néanmoins toujours, parce qu'elle était nécessaire à la prononciation.

Mais tous les autres substantifs , sujets à perdre leur consonne finale devant la lettre de flexion , étaient entraînés peu à peu , par cet usage, à la perdre aussi en leur forme de radical.

Cette faute amenait à la longue après elle un dérangement général dans les orthographes et dans les règles établies.

Les noms de personnes étaient de deux sortes : noms patronymiques ou de famille, et noms de baptême.

Cest de ces noms que j'ai particulièrement à parler

Les chartes en langue vulgaire , depuis le milieu du xii* siècle jusque dans la seconde moitié du xuie, présentent cette particularité , digne d'une grande attention , qu on y voit naître et se former les noms de famille de notre société; on y peut suivre l'arrangement et les progrès de notre organisation civile sous ce rapport.

Il paraît que d'abord, dans la société qui se régla lentement, après l'occupation de la Gaule septentrionale par les peuples du Nord, et après la conversion de ceuxci à la religion chrétienne, les noms de baptême se substituèrent peu à peu aux noms individuels des Barbares et des Latins, et qu'ils conservèrent la même valeur. (Consultez Eusèbe Salverte, Essai sur les noms d'hommes, de peuples et de lieux, S 3i , t. I, pp. aïo et suiv.) Ce ne fut qu'à la longue et par suite de diverses causes, au premier rang desquelles il faut compter la fréquente confusion qui naissait de ce qu'on avait donné le même nom de baptême à un grand nombre d'hommes, que s'établit l'habitude de joindre au nom de baptême du

fils le nom ou le surnom de son père, et de le conserver à sa famille et à sa descendance.

Ces noms, ainsi ajoutés au nom de baptême, devinrent les noms propres de la famille; les noms de baptême ne servirent plus que comme prénoms individuels, pour distinguer les individus dans chaque famille.

Or, il y a lieu de croire que ces noms de famille ne sont pas nés chez nous et n'y ont pas eu leur première * origine longtemps avant le milieu du xie siècle, puisque environ cent ans après , et bien plus tard encore , on les voit s'étendre dans les provinces reculées et se former pour les classes inférieures de la société, et que, jusqu'au delà de la fin du xiv* siècle, il n'est pas rare de voir figurer, dans les documents, des villageois ou des vilains qui n ont d'autre nom que leurs noms de baptême.

La formation des noms de famille ayant eu lieu dans des temps dont il nous reste des documents nombreux , il nest pas très-difficile de démêler leur origine, de remonter aux causes de leur formation , et de dire avec quelque précision comment ils ont été composés.

Ainsi, les noms de famille, dans la langue française, se peuvent rapporter en général à trois ou quatre sources principales; qui sont :

i° Les noms de lieux, de fiefs, de terres et de domaines.

Ces noms ont été employés les premiers comme noms de famille, parce qu'ils sont ceux que prenaient les grands, les nobles et tous les possesseurs de terres, chez lesquels l'usage des noms de famille a commencé. Heumann dit

qu ils ont passé à cet usage vers la fin du xe siècle ou vers les premiers temps du xie *; Schannat les fait naître comme noms de famille vers le commencement du xia siècle 2.

On sait assez que c'est de ces noms de terres que sont dérivés chez nous non-seulement tous les noms dea grandes maisons , mais encore depuis , à leur imitation , une foule de noms de petite noblesse ou de bourgeoisie.

2° Les surnoms ou sobriquets, dérivant du nom d'une profession exercée par le chef de la famille , ou d'une particularité de conformation corporelle, d'un trait de beauté, d'une difformité, ou de mille autres particularités dont la variété peut être infinie.

Ces noms de famille, dérivés de surnoms ou de sobriquets, ont été communs surtout dans la bourgeoisie des villes. On les y voit encore se former au xih* siècle.

3° Les noms de baptême ou prénoms, qui passaient à la valeur de noms de famille et restaient ainsi fixés, soit dans leur forme primitive, soit au moyen de diverses flexions finales que Ton petft indiquer.

1 Cognomina sub finem sœculi x. nata sunt; aut saltem saeculo xi. ineunte. (Heumann, De re dipl. imperator. S xxvn,t. I, p. 17.) ,

* Nonnulli ex nobilibus sub initium saeculi xi. a prediis et loco àominii cognomentum acceperunt, qui usus postmodum saeculo xn. etsequentibus maxime invaluit effecitque ut familiarum nomina qoae hactenus inçerta fuerant, certa ne propria esse cœperin*» (Schannat, Bnchonia vêtus, c. 111, p. 329.) '

Cf. pour plus de détails Mabillon, De R. D. 1. II, c. vu, S 3 seqq. Muratori, Ant. ital. t. III, Diss. [\\,De nominibnsjt agnomin. antiquor.; Diss. 4 *, De cognominam origine,

Ce sont là, principalement chez nous, les noms des villageois, des serfs , des vilains et des plus basses classes du peuple. Ces noms de famille ont commencé seulement à naître dans le xin*. siècle, et sont, par conséquent, les derniers formés. Ils ont aussi, pour nos recherches, ce genre d'intérêt particulier, qu'ils se sont formés directement dans la langue vulgaire et qu'ils n'ont point passé d'abord par le latin, comme ont fait la plupart des autres.

4° Enfin il reste un certain nombre de noms de famille français anciens qui semblent ne se pouvoir rapporter à aucune de ces trois catégories différentes. La plupart dérivent ou de noms de lieu défigurés , ou d'anciens noms germains et gallo-romains qui, plus ou moins altérés, sont cependant encore reconnaissables. Tels semblent être les noms de famille : Albert , Aubert , Albret, Arnaud, avec toutes ses variations d'orthographe; Bertaud, Berthier, Bertrand, Bochart, Bourdon, Boutdaloue, Chamfort, Ernouf, Bouchard, Hubert, Humbert, Hugo, Joubert, Marivaux, Mirabeau, Osmont, Roux , Siey es , et beaucoup d'autres noms analogues que ces indications peuvent aider à reconnaître. (CLK. D. Hûllmann , H. E. Versuch âber den Kettisch German. Volksstamm, III, 3, p. 45 etsuiv. Wiarda, Ùber Deutsche Vornamen und Geschlechts n. Th. I, S a a, pp. ii* et suiv. ) • Il faut remarquer d'ailleurs que les noms que je viens de citer, bien qu'ayant perdu maintenant toute autre valeur que celle de noms de famille, n'en ont pas moins eu autrefois une signification, et ont commencé par

être ou noms de lieux, ou noms de baptême, ou sobriquets.

Or, de tous ces noms propres, les noms de lieux, quel que fut leur emploi, restaient toujours invariables. Si Ton en rencontre qui sont déclinés, c'est une exception qui s'explique par la forme même du mot, qui se prêtait à cette confusion ; ou bien c'était un nom substantif passé à la valeur récente de nom propre, et gardant encore les propensions de sa première nature. Les sobriquets ou surnoms, venant peu à peu à se restreindre à l'application particulière de noms propres, n'en conservaient pas moins toutes les propriétés de la classe des noms substantifs, d'où ils sortaient; les anciens noms germains, altérés peu à peu dans leur forme et devenus d'abord noms de baptême ou surnoms, puis noms de famille, n'avaient non plus d'autre règle que celles des substantifs, pour leur position grammaticale. D n'y a donc guère que les noms de baptême qui soient sujets ici à quelques observations.

Les noms de baptême étaient, au xme siècle, assujettis à des flexions de trois sortes tout à fait distinctes :

1 ° Dans leur forme simple et primitive , ils suivaient la règle de position grammaticale commune à tous les noms appellatifs de la langue, communs ou propres : ils prenaient un 5 final, comme sujets, au singulier, et ils le perdaient comme régimes.

Ainsi : suj. fVMames (ia65; Perreciot, II, 3o8), rég. Guillaume (ibid. $07 )\je Humhtrs (1288), messire Humbert ( 15190) ; K diz Thiebaz, Thiebal ( 1290 ), K Hz

Thiebauz, contre lo dit Thiebaut ( 11191 ); suj. Richars, rég. Richart ( 1 2 9 1 ) ; li dis Jehans ( 1 2 90 ) , au dit Jehan ( 1291 ); suj. Mychius ( 1296; H. de C. II, 38), Miqiex, Mïkix, rég. Mikiel ( 129; C. d'A. p. 297, 298); — a je Pierres, sires de Céys » ( 120a; Perreciot, II, 290 ); Jaiqaes (ibid. 295 ); suj. Hues ( i23o; H. de C. 27 ), Houwes, Hues ( i25o; i/. & Af. III, 166 ), «à la «rcqueste de Jehan et de Hugue mes fuis» ( i2o4; Ch. de Bourbonne-lez-Bains , p. 210), Hue ( i23o; H. de C. 27 ); suj. Joffrois, Joffroiz ( 1232; H. de M. III, 188), Joffroit ( 1 296 ; H. de M. 2^2 ), Jq/froi ( Villehardouin , p. 471 ); suj. Hanris, rég. Hanrit ( 12 43, 12 45; H. de M. III, i65); suj. Ponces (H. de Af. III, 201 ), rég. Poince (vers 1200; ibid. p. 175); suj. Nicholes (Villehardouin, p. 67 1 ), Nicolles, Nicolez, rég. Nicole (ibid. pp. 226, 201 ); — suj. Pieres ( ibid. 166 ), 5. Pos (Robert, Foi/. ûi4dL II, 5o5 ), rég. Piere, Pol (H. de M. III, 198); suj. Bernars ( 1 273-, H. de C. H, 32 ), «Guiante « la feme Bernart, Raiene de Ceys » ( 1 2o4; Perreciot, II, 290); suj. Ansiaus, Ancelz ( 1280; H. de C. II, 200), Ansials (Villehardouin, pag. 67 1 ) , rég. Ansiel ( 1 3 1 6 ;

H. de C. II, 44); jou Teris jou Theris ( 1260, 1280;

ibid. 29, 3o), rég. Thierit (1296; H. de Af. 245), Thiery ( 127S; H. de G. pag. 32 ); suj. Raah (H. de M.

166), rég. Raoul (H. de C.N i42 ); — « nous Gerars

« et Âgnies feme monseigneur Gerart devant dit, faisons «savoir» (4269; ibid. p. 32 ); — «gou Gerars de Bou- «charesne chevaliers, et gou Agnes feime monsignor «Gérard» ( 1293; ibid. 38); suj. Aslaers, Alors ( 1299,

i3o6; ibid. 39, 4o), rég. Àslaert ( 1293; ibid. 38); suj. Maheus ( ia5o; ff. efe M. 200), Mcûiieus ( 1280; H. de C. 35), Mathieas, Matheas ( ia5o; H. ieJIf. 201 ), rég. Maïheu, Maitheu (H. de M. ao4, ao5 ); suj. Barihemeux ( ia54; H. de M. 208), rég. Barthobmée (H. de C. 4*). Exemples que je pourrais multiplier beaucoup encore, et qui reproduisent, en les confirmant, toutes les règles que j'ai eu l'occasion d'exposer lorsque j'.ai traité de la distinction des sujets et des régimes dans les substantifs.

Quelques noms, en très-petit nombre, se montrent indéclinables, leur s final étant considéré comme radical et se conservant à tous les cas. Ainsi Luis ( iay3; H. de C. 3s ); Lowis ( 1296; H. de M. 1U1 ), qu'encore même on voit écrit Louy ( 1 q5o; ff. de M. 201 , 2 34); mais on le trouve avec s au régime dans les bons textes : a li message le conte Loys fuerent Coenes de Betune et « Alars Maqueriaus » (Villehardouin, p. 434); et Thumas, Thomas ( 1273, 1 275-, H. de C. 3s , 34).

On a vu déjà, par plusieurs des exemples que j'ai rapportés ci-dessus, que l'addition du 5, marque du sujet singulier, ne se faisait pas sans y produire assez fréquemment des contractions, des intercalations de syllabe et d'autres accidents qui sont faciles à reconnaître.

Il n'y a guère lieu de douter, par exemple, que c'est à l'influence de ce s que se doit attribuer Huez, Hues, forme contracte sujet du régime Hùgue. On rencontre aussi quelquefois, il est vrai, la forme sujet régulièrement formée : Ugues ( 1 a5o ; Hisi. de Metz , 200 ); mais

Hues est beaucoup plus fréquent et semble plus autorisé. . On remarque Félision de diverses consonnes finales devant le s du sujet singulier, comme par exemjfte : suj. Ameuris ( 1 3ao; H.deC. 44 ), rég. Amalric ( 1 3 1 6; ibid. à* ); suj. Thiebab ( 15182; H. de M. 226), rég. Thiebali, Thibauld (1277; ibid. 220)', suj. fVaithies (H. de M. 2o4), rég. Waltier [ \ ih lx\ ibid. 207), fVoutier ( iiqZ; H. de C. 33), fVauchier( 13 3a; H. de M. 188); — ou bien la permutation de la consonne finale en voyelle : suj. Daniaus ( 12173; H. de C. 3a ), rég. Daniel ( 11173; ibid. 33 ); suj. Sains Gabriaas (R. de M. p. 43), rég. par Gabriel ( ibid. 43 ) , et en forme contracte de suj. Gdbriax (Agolant, 434); suj. OrfhraÎ5, rég. Coinrart ( 1276; £T. de M. 228), Conraalt ( 1290; i6id. 235 ), Coinraird (ibid. 2o5), Conrart ( 1223; itid. i85).

Le sujet singulier, dans les noms propres dont le radical se terminait en m , se formait régulièrement de deux manières : anciennement d'abord, par la simple mutation de m final en ns; et depuis, par le changement du m , ou plus souvent de ce 71 qu'on lui avait d'abord substitué, en la syllabe nés, qui se prononçait longue et grave en faisant bien sentir le s. Ainsi Bertram (R. de R. i3634) a eu pour forme de sujet Bertrans; Adam s'est écrit au sujet singulier Adans ( 1 290; H. de C. 36 ), d'où la forme , très-connue et dès longtemps expliquée : Adenesy Adenez. (Cf. Roquefort, de l'État de la p. fr. pag. i38.)

Il arrivait aussi que le m, et le n final, au lieu de se changer en la syllabe nés, ce qui n'arrivait guère que

dans les mots dont lé primitif avait été. en m, s'élidassent tout à fait devant $. Ainsi : suj. Ysengris, rég. Ysengrin [Chast. ch. X^À* • 55 , 6 1 ; 35 , Ixk , éd. la Bouderie); suj. Joachis^J^0kii , rég. porJoachim (G.deV. ao36, aoa5, 2o$^^fichins (ïbii. a665).

D'ordinaire le r et le n final ne se perdaient point devant s : Gaaultier, fVatiers ( 1 3 1 6; H. de C. 4a ).

a0 Je n ai parlé jusqu'à présent que des noms masculins; je continuerai ce que j'ai à en dire avant de passer aux formes du féminin.

La seconde espèce de flexion à laquelle les1 noms de baptême étaient sujets et celle de toutes qui a le plus diversement altéré leurs formes primitives, c'étaient des suffixes qui s'ajoutaient à la fin de ces noms et qui changeaient leur désinence.

Ces suffixes avaient servi d'abord à former des noms de mignardise, comme ceux que les parents donnent à leurs enfants; c'est par là qu'elles s'étaient introduites, et leur usage avait sans doute été restreint d'abord à dès appellations de caresse ou d'affection. C'est ainsi que « Renaut, signeur de Baukourt, kievaliers, » nomme dans son testament «me nepviaus e filiol Regnotin; » et plus loin, «Huon, Gradino, Eadon et Pieron mi niepvaus» ( 1 1 33 ; H. de G* p. 1 8 ) ; et Ton trouve ailleurs : Roblot , Pierot, Kolinot, comme noms d'enfants (ia55; ibid.

Mais, par la suite, l'usage de ces suffixes se multiplia tellement dans certaines provinces, que les noms qui s en étaient formés prévalurent tout à fait sur leurs

formes primitives simples et les remplacèrent presque complètement dans l'usage. C'est ce que l'on remarque surtout en Picardie, dans le Hain&ut, dans l'Artois, dans nie-de-France et dans la Lorraine, vers le milieu du xin* siècle; ces suffixes ont été moins communes, à ce qu'il semble , dans les provinces de l'Ouest et du Midi que dans oeil es du Nord.

L'usage dés suffixes, ajoutées au nom de baptême, a été fort ancien dans la langue , et les premiers textes en fournissent des exemples; elles sont déjà fort usitées dans Villehardouin; mais, en général, les* textes littéraires en laissent voir beaucoup moins d'exemples que les chartes et le* contrais particuliers : c'est que, sans doute, les gens de condition moyenne s'en servaient davantage et les écrivaient plus franchement que les grands et les lettrés. fc

Les plu» communes de ces suffixes ont été : a, at, suj. as; o, ot, suj. os; an, ont, suj. ans; on, suj. ons; in, suj. ins?i, suj. is; et, suj. es; el; art, suj. ats; mon, sûj. mes, dont ïe était muet et dont l's final ne se prononçait point; min; gnon, suj. gnons; et par des suffixes de suffixes : aldon, andon ; gaignon ; otin.

Toutes ces suffixes étaient propres aux noms masculins,; quelques-unes cependant s'appliquaient aux deux genres, comme On le verra ci-après.

On trouvera toutes ces suffixes appliquées dans les exetnples suivants, avec les formes simples des noms qui leur servaient de thèmes et auxquelles elles s'ajoutaient :

Alainz (R. de R. i38a3); Alors (i23o; H. de C. 27); Alardi

( ia84 ; ibidem, 36) ; Alelme (ibidem, 29 ); Aleaumes ( 128A ;

ifod. 35).

j4*» ( ia3o; #. cfe C. 27); i4nce/ (£f. de M. 2o3); j4we/ (C. SA.

2 19); d'où : Ancillon (H. de M. 2o3); Anchellin, Hamzellin

( ifa'ti. ao5 ) ; Asselin, Aceiin (R. de R. 1ÂÂ10) ; Hesselat ( 1287 ;

#. <2e M. a3i ) ; 4wdbf (JHT. <fe & ki ). Andréa (is36 ; H. de M. 201) ; Andrieu, Andrièus, Andrius (C. d!'<4.

19Â, a33); d'où : Andruas, suj. (H. cfe Af. 201); j4/uJrotw/i,

Androuin ( i6id. 2o5).

Aubers, Albert (H. de M 200); Aubertins, Aaburtin fjbid. 2^2,

902 ) ; i4o6en, ilan. t ...

Ba/cie, Bande; d'où : Baudin $& d'A. 229); Bandât, Beandat

(H. de M. 2o3, 205 ) ; Bouda fM, Baudart ( 1 293 ; #. cfe C. 33) ;

Baadoiche [\iho\H. de M. 201 ) ; Baadowins (ibid. 201 ) ; fiau-

(/uiR5 (iWrf. 200); Baldains, Balduin (H. de C. 32 ); Baudqins

( Villehardouin , p. 471 )• Barthe (H. de M. 20$); d'où : Bartignons, Bartignon ( i25o; i6i</.

201 ); Barthemin, Bartaldon (ibid. 202 , 201 ); Bartremin, Bar-

tremel ( 1 287 ; iftû/. 23 1 ) ; Bartandons ( i25o; i'6i<2. 200 ) ; Bar-

niqains (ibid. 200 ) ; Bartrant ( ibid. 202 ).

Cest sans doute au même thème, Barthe, qu'il faut rattacher la forme de nom de baptême" 3e Picardie, Buridan (1307; H. de C. 4i ). Quant aux suivantes, elles tiennent à un primitif tout à fait analogue, qui avait peut-être un e au lieu de a dans la première syllabe du radical : Bertrans (H. de M. 166); Bertals ( ibid. 166); Biertoas ( 1 3 1 6; H. de C. A4).

Les formes dérivatives suivantes viennent d'un primitif dont je ne connais pas d'exemple, et que sans doute elles avaient remplacé de très-bonne heure : Bekin ( i3oi); IL de C. l\i ); Bouquins ( i25o; H. de M,

201 ); Bouqueb (ibid. 201 ); Bouchairs (H. de M. 227); Bouchardon.

Cunes (1276; H. de M. 228); d'où : Coenon (Villehard. p. 490); Canins, Cagnin (H. de M. 262 , 202 ).

Didier ( ibid. 2o5 ) ; Dediet ( ao3 ) ; d'où : Dideron, Didelon, Diderot, Desieirs (G. de V. 345 1 ).

D'un thème dont je n'ai pas d'exemple :

Effrignons ( ia5o; H. de M. 201 ).

Ferry, Ferris ( 1 267 ; H. de M. 2o3 , 217); d'où : Ferrions ( ibid.

201 ); Ferriat (ibid. 2o3 ).

Forques, Forquez, Folques, Foulques (H. de M. 2 00); Foques;

d'où : Forquignon (H. de M. 202 ).

Fraw ( 1379; H. de C. 34), et mieux Frankes (H. de M. 166) ;

d'où : Francoy ( ibid. ao5 ).

G«*rt (R. de R. i3oi5, i3oa&); d'où: Garsire (1390; If. de M.

234), auquel se rattachent : Garsiles, Garsilk (ià54; ibid. 307);

Garsillez (1278; ibid. 197); Guercire, Guerciriat (ibid. ao3,

ao4).

Gérer (1290; H. (& M. a35 ) ; G«raw (1221; ibid. 182 ) ; Geraird,

Gerairs (ibid 206, 166 ); Girard ( 1 197; H. de C. 2S); d'où :

Girerdin, Gourdin (H. de M. 2o4. a3i ). Giles (H. dpM> soi); Gilles (H. de C. 33); doù : Gillat (H.

de M. 20»}; Gilon, Gillon (ibid. 238; H. de C. 42 ); Gi/mj

(ff. deM. 23S);Gillart(H. de C. A2); Gillis (1269; ** 5l h

Gilfaf, Gilbf (iW. 3o, 36); Gillebert, Gilebierst Gillebiers, et,

par contraction, Gisbert ( ibid. 36, 34, 32 ). Godefrois (H. de C. 52 ), et, par contraction : Jqffroy, Jeoffroy,

Joffrois (H. de M. 220, 2o5, 175); Jofroi, Jofroiz (le Beuf,

qui sont surtout les formes de Lorraine, de Franche- Comté et de Bourgogne; d'où : Goudeffrin (H. de M. 2o4); Joffrignons (ibid. 201 ).

Il y a une autre forme : Gonfroy{ 1*55; H. de G. 39), qui paraît fréquentative dé Godefroy.

Guatiers, Watiers, Walier, Guautier, Waaatier, Waitkies (H. de C. 28, 29, A3, 38); d'où : Waitherins (H. de M. 338); Waitrain, Waultrin, Vatrin (ibid. a 35, aoA, 3o5); Wauchier (ibid. 188).

Guy, Guis (H. de C. 3a , As ) ; d où: Guiot, Guyot (H. de M. 3o3, ao5); Wichairs (ibid. 166); Guion, Guy on, Widon, Guilhn (H. deC.à*, 39, 3a ); Villain ( ia36; H. & M. 190); Gniar (Dunod. H. du C de B. II, 616); Gi^af (ibid. 6ai ); Guwbn (G.<feK3Ai5).

C'est, sans aucun doute, au même primitif Guy qu'il faut rattacher :

Gmllelme ( Villehard. p. A71 ); WJWnur, WieHm* (H.deC. 3a );

WObma, Wiffiaam* (J7. <fe M. a33; Jï. <fe C. 35 ); Wuiume

(H. de C. 38); Willermins (H. de M. aoo); et encore : Wù-

tache ( 138A; H. de C. 35); d'où s'est formé : Eustacke (i3i6;

iKA Aa ) ; Eustaues ( ia3o ; ibid. 37 ). Goenei ( G. (b F. 3i îa ); Guenebn (ibid. 3oia ) ; et peut-être aussi

Guenordins (ubo; H. de M. io\)\ Gainemant, Guinemant ( G.

<fe V. 360,378).

Henrit, Hanris (H. de M. 333, as6); d'où : Hamias, Henrias,

Henriat (Aid. 336, 330, 301 ); Henriot. Hues, Hugue; d'où : Huins (H. de M. 300) ; Huard, Huart, Haon

( H. de C. ki , 3a , 39 , 33 ) ; Huiguignon , Huguignon, Huguenons

Howignon, Hoagnon. (H. de M. 187, soi, 303, 33i, 330);

Huot, Hugon, Hugum (Plancher, H. de B. H* pr. xv).

Et de Hues semble être dérivé encore :

Huel, Hoel (A. de N. 375 mst. ); d'où s'est formé :Helin, Hel- Un, Hellins ( is55 ; H. de C. 39 ) ,

nom qui est fréquent au xiir* siècle.

Ives ( 1273 ; H. de C. 3a ).

Jakes, Jaques (Villehard. 472; H. de AT 201 ); Jaikes ( 12 45; H. de M. 1 65 ) ; d'où : Jacos, Jacot (ibid. aoi ) ; Jakemon, Jacqaemon, suj. Jakemes (H. de C. 33 , 4a , 36 ) ; Jacquemart ( i&id. 3a ) ; Jaicomat (H. de M. 101) \ Jacquelz ( t&id. a 38 ) ; Jachemin, Jaquemins, Jaicomin, Jacomin, Jacumin , Jakemin, Jaikemin (ibid. 178,205, aao, i65;£T. de C. 33); Jachin (iijSïH. «feC. 33).

Jehan, Jehans, Jeheansy Jokans (vers îaoo; H. de M. 175, 200, aaa ; H. de C. 3a ) ; Jahan (du Chesne, H. g. des D. de B. y. 1 78), forme poitevine ; Jean (H. de M. a 00 ) ; d'où : Jennat (H. de M. aoa , aao ) ; Jenat, Jeinnat, Jeinat ( ibid. i65 ) ; Jehennin (H. de C. 33 ) ; Jennin , Jennins , Jenins ( ibid. 33 ; H. de M. aoi , aa8 ) ; Jehannet (H. de C. 4a ) ; Jehennart ( Aie/, a g ) ; Hanotin (ibid. a g); Hannequin, Hennequin (H. de M. ao3, ao5).

Joue (H. de C. l\i)\ d'où : J0150/1 ( i6ûi. 3a ) ; Jossars ( i&î<2. 3a ) , Wosselin, Gosselin, Josselin (H. de Af. 2 o5).

Laizre ( 1 a 84; if. <fe M. a3o) ; d'où : Lazaron (G.deV. a4o3 ).

Lowy (H. de M. a o3) ; doù : Lowiat ( 1387 ; t'6ù2. a3i ).

Luc; doù : Luquins ( ia5o; ibid. aoi ).

Marsile (G. de V. Soi à); d'o8 : Marsilion (ibid. 3o45 ).

Nayme, Naymes (G. de V. 3n5,3iai); d'où : Naymon ( Agolanl, g68 , g75 ) ; Nemery, Nemmery (H. de M . a o3 , ao5 ) , et sans doute aussi : Nanneris (ibid. a 00).

Nicolle, Nicolles (H. de AT. 176, aa6); doù : Nicolas ( ia84; H. de C. 35 ) ; Nicholais ( ia83; H. de M. 327 ) ; et par apocope : Colard, Colars (H. de C. a3), Collot, Collau, Clan ( iag6; ibid. 38); Colas, Coulas (vers 1 a ao; H. de M. 178); Colin» Colins, Collin (H. de C. 38; H. de M. aoo, ao4) ; Kolinot (H. de C. ag); Collignon, Coliwignons (H. de M. ao3, aa6).

Phelippes, Phelippe ( ia44; H. de M. 196 ); d'où : Fellipin, Philippins ( ia36; ïbid. 190); Phelepin (ibid. a 34); Phelippart (H. de C. a 3 ♦ 3a ) ; Philippons ( 1 373; ibid. 3a ) ; Phelipon (G. de V. 200).

Pieres, Perres, Piere (H. de M. 166; C. rt";4. 2 53); d'où : Pierart

(H. de C. 29 , 3s ) ; Pierot ( ib. 29) ; Piero, Pieros ( H. de M. 200;

H. de C. 36); Perros (Robert, Fabl. inéd. I, cxxiv); Perron

(C. d'A. 253), Pierons, Pieron (H. de C. 28, 29); Pierotin

(1279; ibid. 34); Pierelat (H. de MiZ\), Pierresons (ibid.

201 ); Perin, Perrins, Parrin (ibid. 2o5, 200, 202 ); Pèlerin

(ibid. 178).

Ponce, Poince (ibid. 2o5, 220 ); d'où ; Poinson (ibid. 190) ; Poen-

cins, Poencignon, Poincegnon ( ibid. 200, 175); suj. K diz Pon-

cete; rég. Poncet (Perreciot, II, 35).

Rases ( 1 273 ; H. de C. 32 ) ; Rosse ( 1 296 ; ibid. 38 ) ; d'où : Rasson

( ibid. fo ) .

Rauls, Raoul ( 1 2 5o ; H. de M. 166); Raous ( 1 2 5o ; Charte manuscrite de, Poitou); Raol (R. de R. 13622 ); Raulet (1281; H.

de M. 222 ); Revelin (H. de C. 33); Rou, Rollon, Rollan, Rol-

lant, Rollans (G. de V. 3o85 ,3217).

Renaus, Rénal, Renault, Renauld, Renaud (1290; H. de C. 36;

H. de M, 2o4i ao5 ) ; Renand (H.deC.5&); Reniers (H. de M.

166); Renier (G. de V. 3i8i ), Erneis (R. de R. i3-jbi);Re-

naudins (H. de M. 2A2 ).

C'est au même thème que se rapportent :

Arnous, Arnoult (ibid. 201 ); Arnald (G. de V. 4o56 ); Harnalt,

Harnaut, Harnaus, Ernaus (ibid. 583, 26); Jernous (I&de C.

Robert, Robier, Robiers, Robiert, Roubert (H. de C. 3i , 35, 4a ;

H. de M. 207 ) ; d où : Robin (H.deC. 28) ; Roilot ( ibid. 29 ). Simon, Symons (H. de M. 166) ; d'où : Simonot (H. deC. 33 ) ; Si-

monel (H. de M. 23 1 ) ; Sytnonins (ibid. 200). Steven (H.deC. 32 ) ; d'où : Stevenin ( H. de M. 201 ). Thieris, Thierry (H. de M. 235); d où : Thierions (ibid. 200 ) ;

Thieriat, Therias, Theriat, Theirias, Thiriat (ibid. 23i, 24a,

2 2 6 , 2 o5 ) ; Thierriet ( ibid. 238). Werric ( 1 197; H. de C. 23); Wiri, Werry, Woiry, Wairis (H.

de M. 187, ao3, 20a); d*bù : Wiriat, Weriat, Werias [ibid. ao3); Wairins [ibid. 166); Guerrian (ibid. a3a); Guarins (G. de V. 3i8a); Garin (ibid. 4o4).

Cest encore du primitif fVerric, PViri, qu'est dérivé, comme forme adoucie, notre nom de baptême Ferry, Ferriol, Ferreol, dont j'ai donné déjà des exemples.

Voici enfin quelques noms de baptême masculins qui ne se rapportent à aucun des primitifs précédents, et dont les familles ne se présentent guère que détectives :

Adon(C. tA. 171 ).

Alixandre, Alexandrez (H. de M. aao, 201 ).

Amalric (H. de C. a 3 ); d'où : Aymeris, Aymerii, Aymeri ( G. de V. 289, 3oa, 307); Aymerias (ibid. aa5o); et peut-être encore : Aimar, Aimart (ibid. 1370, 1378).

Barrois (H. de M. 301 ).

Basins, Bazin* ( H. de M. 201 , 200 ).

Belin ( 1 a 7 1 ; Perreciot , II , 3 1 4 ).

Berars (G. de V. 3636).

CUmde(H. de M. 20$).

Cor*eOk(H.deC.b2).

Domatte (H. de M. aoi ).

Drues (Villehard. p. 47a); Droes (A. de N. 3a4, 3a7).

Durakd(H. de C. 4a).

Engwerrmu, Enguerrmt ( ibid. 3a , 4a ) , et, par contraction, Yngrant, Yngrand (H. de M. aoa, 220).

George ( ibid. ao5 ).

Germlf(H.deC.i2).

Herbert (H. de M. a3i ).

Hermant (ibid. 2$*]).

Hianmes ( 1 396 ; H. de Af. a43 ).

Humbert ( ibid. ao3 ). .

Jaspar (ibid. a o3).

Karles, Karle, Karlon, Kallon, Karlemaine, Kallemaine; en Normandie, on trouve : suj. Chareît; rég. Karlean ( V. de Ch. I ). Lienart [H. de M. ao3 ).

Lietalz (ibid. aoi ).

Lorant (ibid. ao5).

Mahon (ibid. ao5 ).

Manechier (G. de V. iog5).

Maurin (H. de C. 4a ).

Mer tin, Martin (H. de M. 17b). Michel, en Picardie Mikiel (H. de M. ao3 ; H. de C. 44 ) ; Mikelot

(H. de C. ko).

Nicaises ( 1287, "• ^ £■ ^6 )•

Ocfon ( 1 a55 ; ibid. 29 ) ; Offcm (1273; itei. 3a ) ; suj. 0<Am; d où : Eudes, Huedes (iaA5; Plancher, H. de B. II, pr. xv). Phihbert(H.de C. 4a ).

Rambalz (H. de M. 166).

Reymon ( ibid. 2 34 ).

Richairs (ibid. 166); Richelin (127$; H. de C. $5).

Rogiers ( ia3o; /J. <fe C. 37 ).

<Si£*r (Ê6Û2. 3a ; Sigard, Segard ( ibid. 4a , 3a ).

Sohiers, Sohirs ( 1273 ; i&îd. 3a ).

Tassart ( 1287 ; ibid. 36).

TTuetaZ, Thiebault(H. de H. 234, aoi ).

Thielhmant ( ibid. aoa ).

^FWi(ia73;flr.<fcC. 3a).

Kaftw, FaOef ( Chevalier, H. de PtÀigny, II, 587 ).

Wataufe (H. <fe C. 4a ); WWfarani, Wallerand ( ibid. 4i ); Walerans, Waïeran ( ia3a; H. de M. 188).

Yiamiars^ Ysambairs, Ysambair (H. de M. aoi , 18g).

Tout incomplètes que sont ces listes , elles semblent suffisantes pour donner une idée des noms qui avaient

cours le plus communément en France au xinf siècle , et des modifications grammaticales que ces noms pouvaient subir. On pourra sans peine ramener aux analogies que j'ai fait connaître les formes encore trèsnombreuses que fournissent les monuments de cet âge, et que j'ai été contraint de passer sous silence.

Ces noms étaient encore sujets, dans l'usage familier, à diverses contractions et inflexions, mais tout è fait irrégulières et qu'il est impossible de ramener à aucune règle. Bar, par exemple , était une forme abréviative et une sorte de petit nom de Baudouin; et cette forme se voit quelquefois usitée par Baudouin II, empereur de Constantinople, dans le protocole de ses actes : « Nos Bar, par la grâce de Deu , empereux de «Romain.» ( Th. N. An. 1, io4a.)

Gué (A. de N. 1 45 mst. ) est encore une des formes de petit nom pour Guenes, Guenebn; Rou est une abréviation bien connue pour RoUon; fVace, Waxce, Wice, Gosse (R. de Brut, VII et la note, p. î ) , pour Wistace; et je pense qu'il en est de même de Ys (G. de V. 3960 ), qui se trouve peut-être mis pour Ysambart.

L'analogie des noms primitifs et de leurs dérivés était si frappante encore au xiii* siècle et si présente à tous les esprits, qu'on employait constamment les uns pour les autres, comme identiques, le nom primitif et tous ceux qui s'en étaient formés régulièrement par des suffixes.

Il est arrivé de là que, dans' l'usage grammatical, les primitifs et les dérivés se sont quelquefois combinés

entre eux pour composer, par leur réunion , les formes de la déclinaison. Le thème simple, par exemple, s est affecté du s final et est devenu exclusivement forme de sujet singulier, tandis que l'un de ses dérivés à suffixe a été employé pour lui servir de forme correspondante de régime. Baeves, sujet, devient, lorsqu'il est régime, Buevon (G. de V. 1197, 2 7° l ) • T^ était d'abord un de ses composés ; Naymes ( G. de V. 3 11 5 , 3 1 aA ) , sujet, a presque uniquement pour régime Naymon (ibid. 3844; Agolant, 1 7 4 , 4 1 6 ) , forme dérivée , ce qui a rendu rare le primitif régime Naymc (G. de V. 5yi ). De même : Ottes, Otites (G. de V. 345o ) se trouve fixé comme forme de sujet, et son composé Othon est devenu celle du régime :

«Nos Othes. » fiagi; Perreciot, II, 353.)

« De très noble prince Othon. » (1288; ibid. 348.)

Il y en a bien d'autre* exemples :

«Ke nobles hom Guis de Cbastillon, coens de S. Pol et si « oir... No kier signeur Guion de Chaslellon. » (C. d'A. 3i4, 3o4)

« Je Guis sires de Trichas tel.... Par le los de Guion, mon iriari , « seigneur de Tricastel. • (L. à M. Hase, a 10, 208. )

Suj. « chil Perres devant dis. i ( C. d'A. a 54. ) Rég. « chelui P$rron. » ( Ibid. )

« dedens le mes cbelui Perron. » ( Ibid. ) *

Suj. Karles, Charles (G.deV. 794, ao,36, 38i3). Rég. Karlon, Charlon (Agol i3o).

Li quens Hue

El conte Huon

R.dt R. 16608, 16611.

Vos me faites , dist Odes, tort :

Eveske suis

E son frère l'eveske Odon.

R.deR. i633a, 16298.

Il n'est point rare de trouver aussi dans la même charte, et en quelques lignes, la même personne désignée par plusieurs des formes d'un même nom; ainsi :

t Nous Pierons Sohiers chevaliers jou Pieron del

« kostet de mi Pierart. » ( 13 55; H. de C. 28, 29.)

«Je Hue le Bègue.... Haiguignon le Bègue. » ( 1227; //. cfe Af. 187.)

Mais il faut bien remarquer que cette identité ne s'étendait guère qu'entre les noms simples et leurs formes composées par suffixes , et non point entre les diverses formes fréquentatives , quelquefois très-rapprochées, d'un même radical. Ainsi : Lowy, Lowiat; Nicolo, Nicolas, Colin, CoUwignon; Robert, Robin, Roblot; Guenes, Gaenehn; Jakes, Jac/aot, Jaxjuemon, et tous les autres analogues, étaient des formes qui pouvaient fort bien se mélanger et s'employer indistinctement pour désigner un seul personnage; mais Guenes, par exemple, et Canes ou Coenes, étaient deux noms différents qui ne se pouvaient confondre. Il est à croire que l'origine de cette variation, Gaenes et Coenes ou Canes, était dialectale : Coenes ou Canes parait être la forme de Picardie et de Lorraine.

Tous les dérivés par suffixes se formaient régulièrement sur le radical pur, en sa forme de régime, et

Ton n y avait aucun égard à la forme du thème comme sujet. Cette règle semble constante et fort rigoureusement observée; cependant on l'enfreignait quelquefois, et il n'est pas qu'on ne puisse rencontrer çà et là quelques noms où le s du sujet singulier se trouve intercalé entre le radical et sa suffixe. Ainsi : Pierreson, Pierresons (H. de M. 201 ), que j'ai déjà cité, semble bien composé de la forme suj. Pieres et de la suffixe on, dont il y a tant d'autres exemples. Mabillon [de R. D. II, vu, S 3 ) donne à ces composés en 5071 une origine différente , rapportant leur suffixe au mot allemand sohn, filius. Cette explication, juste sans aucun doute pour beaucoup de mots anglais, peut paraître sujette à quelques difficultés, appliquée à des mots formés dans les provinces françaises en des temps où le sens des primitifs allemands s'était tout à fait perdu.

On peut remarquer, dans les romans en vers du xiii* siècle, que certains noms sont particulièrement réservés pour désigner des personnages d'une condition subalterne; et ces noms sont surtout les composés avec des suffixes , qui sans doute paraissaient plus familières que celles en on, puisque les romanciers appliquent toujours ces dernières aux noms des plus grands personnages.

Guielin ( G. de V. 34 1 5 ) est un intendant; Poinson (G. de V. 867 ) est le nom d'un valet d'écurie du duc Ogier ; le messagier Joifroi (R. V. 783); Bertran, Berars (G. de V. 3473, 3636 ), sont des noms du même genpe; Garin, GarinSy Guarins (ibid. kolx, 1118, i&45), est au

contraire un nom plus relevé et qui se voit porté par de grands personnages.

H semble impossible d'établir aucune règle constante dans l'usage que Ton suivait d'écrire par un t ou par un d final certains noms propres , et d'en terminer d'autres par la voyelle pure otT par une consonne muette surajoutée.

Dans les noms qui dérivaient •d'une forme latine connue , on suivait les analogies de la langue primitive ; mais beaucoup de mots* formés directement dans le langage vulgaire, ou altérés de primitifs germaniques, n'avaient point passé par le latin, ou n'y avaient point de- formes suffisamment autorisées.

Tout ce qui se peut dire de moins contestable, c'est que:

a. Les noms en er, Aubert, Hubert, Robert, ne prenaient jamais qu'un t, sans variation.

b. Les noms en ar, au contraire, semblent soumis à une double règle : les primitifs en ar décrivant plus régulièrement par un d, Alard, Gérard, Segard, tandis que les noms dans lesquels ar n'était point radical , mais suffixe, s'écrivaient mieux par un tkJehennart, Haart, Pierart. Si l'on pouvait croire que cet usage fut suivi avec quelque attention , il en suivrait un éclaircissement sur les formes Renart, iÀenart, Richart et autres, qui, n'étant guère écrites que par un t, devraient être considérées comme composées.

Toutefois ces usages contraires à la règle d'écrire ert et ard ne prévalaient point dans la formation des com-

DES NOMS PROPRES. Ift7

posés : on formait régulièrement Aabertin, Gerardin, et ainsi des autres; et il y a tout lieu de croire que les composés de Renart n'auraient point été eut, mais bien en d.

c. Les noms en al, qui se changeaient en au, avd, prenaient presque toujours un t : Hernalt(A. de N. 553), Hernaat,. Thiebal, Thiebalt, Thiebault.

d. Les noms dérivés en o et en a prenaient régulièrement un t à la fin, et Piero, Hua, pour Pierot, Huât, sont des orthographes condamnables.

Les noms primitifs en î, qui presque tous avaient été formés sur des radicaux allemands en ic , s'écrivaient régulièrement sans t, et Henrit est une orthographe rare et vicieuse.

e. Les mots en on, en ain et en in s'écrivaient constamment sans fr^es mots en an s'écrivaient plus exactement avec un t, Enguerrant, Rollant; moins bien en an pur, et moins bien encore, à ce qu'il semble , avec un d : fValeran, fValerand, Yngrand.

La principale cause de l'indécisiop de ces orthographes , outre la qnobilité d'un langage encore barbare , c'est que les consonnes t et d se retiraient constamment devant le s du sujet. Il était naturel que la suppression régulière de ces lettres en certains cas donnât lieu à des irrégularités et à des erreurs de copiste lorsqu'il s'agissait de les rétablir. Ainsi, après avoir écrit Lanbers, sujet (G. de V. 970, 1437), on a mis Lanber (ibid. 997 ), au lieu de Lanbert, qui est la forme régulière du régime; et d'autres fois on a mis à GÔté des sujets Henris, Aimars, les formes abusives Henrit, Aimart, au

108 GHAPITRE IV.

lieu de Henri, Aimar, comme pour rendre plus sensible , par l'addition d'une forte consonne, la distinction du sujet et du régime.

On a pu voir assez, en parcourant les listes de noms qui précèdent, comment les noms de baptême, modifiés par diverses suffixes, ont produit dans la langue française une très-grande quantité de noms de famille : il n'y a rien à ajouter à ce sujet.

Les noms de baptême, en Normttfi$& et dans le Poitou, ne donnent lieu à aucune observation particulière : j'en ai peu vu qui différassent sensiblement de ceux des autres provinces, et ces différences se ramènent sans difficulté aux analogies déjà connues entre les dialectes. On trouve : Renoa, Giraut, Girart, Arbert, Hervé, Dorent, Benoeit, Michea, Thebaat, dans les chartes manuscrites de Poitou d'autour de i2 5o.

Morea, qui se lit dans les mêmes chartes, mais toujours précédé d'un autre nom, n'y semble point être un nom de baptême; c'était plutôt un surnom.

Morel (Agolant , 28A, 286, 3s 1 , 391), Moriaa, suj. Moriaux(ib. 433, 585), est le nom d'un cheval noir.

Samin , Marcael ( Chast. XX , 29), sont les noms qu'un laboureur donne à. ses bœufs.

Quant aux suftxes, il y en a quelques-unes qui étaient particulières à certaines provinces; celles en art, en mon, étaient notamment propres au langage picard; les formes en ot de Picardie se changeaient volontiers en ai en Lorraine, dans la comté de Bourgogne, et en général les provinces de l'Est; en et dans les provinces de

l'Ouest et du centre de la France. Les lourdes suffixes en aldon, andon, gnon, tvignon, étaient usitées en Lorraine plus que partout ailleurs : cependant il n'y avait rien là qui fut tout à fait exclusif.

3° Je passe à la troisième espèce de flexion des noms de baptême, la formation des noms féminins.

Il n est pas possible de distinguer les noms féminins aussi régulièrement que les masculins en simples et en composés ; mais on les peut ramener tous à deux catégories qui donneront lieu à quelques explications.

a. Les premiers sont ceux qui se formaient sur un nom masculin par un changement de désinence. Ce changement n'était que la simple addition d'un e muet, qui servait à changer en féminin tout nom masculin, et qui s'ajoutait indistinctement aux dérivés comme aux primitifs. Voici quelques exemples de ces féminins formés sur des noms masculins de toute espèce :

Ade> Adèle, Adle (H. de C. 18).

Âigline ( ibid. 18).

Alete (1293; ibid. 38).

Gaieté ( 13 55 ; ibid. 29 ).

Gibtine (1278; ibid. 33).

Guiote (1279; ûid. 34) ; Guiante ( 120/i; Perreciot, II, 290).

Jehenne ( 1273; H. de C. 33) ; Jehane ( C. d'A. 319).

Jehennette [H. de C. A4); Jennette (H. de M. 175).

Jerme ( 1287 \ H.de C. 36 ).

Mikelette(H.deC.àb).

Mcoface ( 1278; Dunod, II, 616).

Odeliate ( 1287 ; H. de M. 23 1 ).

Suffiate (1288; ibid. a33).

Ydette (ibid. 2o5); Idete (H. de C. 18).

Tous ces noms se rapportent évidemment à des masculins, très-connus pour la plupïft, et que Ton a vus dans les listes précédentes. Ainsi Ade, Adèle, se rapporte au masculin Adon; Jeune est le féminin de Hermans; Odeliate est celui de Othes, Odes, Eudes, ou d'un composé de ce nom; Aigline semble pûtovbir être une forme contracte ou altérée pour Adeline; et je pense que d'autres, tels que Alete, qui peut-être se rapporte à Alors, Gaieté, Suffiate, correspondent à des formes masculines dont je ne connais pas d'exemples, mais que ces féminins peuvent aider à retrouver.

b. A une autre catégorie appartiennent les noms qui étaient féminins en eux-mêmes et par leur propre valeur, quelle que fût leur terminaison; ils n'avaient point, dans la langue, de forme correspondante de masculin dont ils dérivassent *fet de laquelle il fallût les distinguer. Ils sont si connus , que j'en citerai seulement quelquesuns au hasard :

Agnies, Agnès ( i*âg3 ; /f. de C. 38) ; Asnies ( i3og; ibid. 4i ). Alies, Aelis ( i2g3, 1282 ; ibid. 38, 35); Alix (1399; ibid. 3g) ;

Alicie'\ i3o 7 ; ibid. 4o).

Emme ( i?55; ibid. 2g).

Florence ( i3ab; ibid. 44).

Fressende (1273; ibid. 33).

Helvis ( i3o8; ibid. 4i ). J

Joie ( 1237 ; ibid. 28).

Katherine ( 12 54; H. de M. 207 ) ; Catheline ( i3f 6 ; H. de C. 44). Livin ( i23o ; H. de C. 27 ).

Margarite ( 1281 ; H. de M. 222 ) ; Margerite (1373*, //. de C. 33) ;

Margherite (12/18; Th. N. An. I, iô3i ).

DES NOffiS PROPRES. 201

Marie; Manie ( i3o3 ; H. de C. 4o).

Ysabel ( 1 a 54 ; H. de M. 207 ) ; Ysaibel, suj. Isabiaus (ibid. 1 76 ; Jf.

<2e C. 3a);Isa6i<ui (iWrf. 44); Ysabiau, Ysabiaus (le Beuf, H.

d'A. II, Pr. 55);Jfy«W(Dunod,lI,62i).

Les noms communs aux deux sexes, sans changement de forme , semblent rares au xme siècle ; cependant il y en a quelques exemples.

• Je Haon... et je Phelipe femme au devant dit Huon. • ( 1266 ; Lelong , H. de Laon , 609 . )

Les terminaisons propres aux noms féminins primitifs étaient surtout en e muet et en is; toutes les autres, en petit nombre d'ailleurs, étaient rares et exceptionnelles. La terminaison en es, dans les féminins, était de deux sortes : ou avec Ye grave et ouvert, comme dans Agnès;, ou avec Ye muet, ne servant guère qu'à marquer la longueur de Yi précédent, comme dans Alies, que nous écririons maintenant Alice.

Mais, indépendamment de ces formes primitives, les n*ms de baptême féminins avaient aussi leurs suffixes servant à former de petits noms, des noms de caresse ou de familiarité. .^

Les suffixes propres, exclusivement et sans exception, aux noms féminins, étaient : en ain, forme essentiellement féminine, et qu'il faut distinguer avec soin de in f suffixe propre aux noms masculins; en oui; en eult, eut; en ine; en oie ou ette.

De plus, quelques suffixes du masculin se joignaient aussi à des féminins ; mais ce ne sont guère que celles

en ot et en on , et Ton observe que ces deux suffixes , étant proprement du masculin, ne se joignaient jamais qu'à ces noms féminins qui n'avaient point de forme masculine correspondante, et dont le genre, exclusif et très-connu, ne pouvait donner lieu à aucune méprise. Je vais réunir quelques exemples de ces suffixes de noms féminins :

Aude ( G. de V. ioo5) ; Audain [ibid. io46, 1771); Oedain ( 1 287 ;

tf.efeC.36).

Catherine; Katerinain ( C. d'A. 3g A ). Enune; Emmeht (iSo8\ H. de C. ai )■ Jehane; Jehanain (1292; ibid. 36).

Mahaut, Mahauz ( ia5o ; le Beuf, H. d'Auxerre, II, 55 ; Chevalier,

H. de Poligny, Il y bbg), Mehaut (117$, H. de C. 34). Cest le

latin Mathildis et le féminin de Mathieu. Marie; Marion (1293; B. de C. 38).

Marguerite; Margote ( 12 55 ; ib. 29 ) ; Margoton, Margotine (1307;

ibid. 4o) ; « à Margain leur sereur • ( 1289; C. d'A. 3i8). Do masculin Pierre : «jou acatai à Peronain me sereur. • ( 1278 ;

Du reste, ces noms féminins étaient sujets aux mêmes règles que les masculins; et Ton a pu voir déjà qu'assez régulièrement , lorsque leur terminaison ne s'y opposait pas , ils prenaient un 5 au nominatif singulier.

Les formes de terminaison du féminin qui, en Picardie et en Lorraine, étaient très-souvent en ette, et quelquefois en 'ote , étaient en aie dans le langage de la comté de Bourgogne. Ainsi : Jehannate ( 1271; Perreciot, H, 3i4); Jehanate, Guyate (Dunod, II, 621 ); Adelinate (Pcrreciot, II, 3 1 6 ).

Je n'ai guère autre chose à faire , pour les mots de ce genre , qu'à rassembler les variétés de leurs formes selon le langage des différentes provinces.

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