‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 11 sur 113 · Quatrevinz et dis · texte numérisé non relu

Quatrevinz et dis

*■ 100. Cent, cens, cenz.

" 4po. Douz cenz.

•^àpo. Mil, mille.

'"' ' J'ai rassemblé, autant que possible, les formes proprement bourguignonnes, et je ne suis pas sûr dy avoir réussi toujours, parce que, pour ces mots, le mélange a eu lieu de très-bonne heure entre les dialectes , et que la prédominance des formes picardes et champenoises se fait sentir dans les meilleurs textes de Bourgogne dès les premières années du xiii6 siècle. Aussi, c'est dans quelques provinces en dehors du mouvement de la langue, et plus constantes dans leurs habitudes de langage, qu'il faut aller retrouver les formes primitives de plu-

sieurs noms de nombre bourguignons; on en verra quelques-unes dans les patois de Lorraine et de Franche-Comté, auxquels je passerai tout à l'heure.

La Bourgogne a eu primitivement une forme du nombre deux pour chacun des deu**genres. Aussitôt que le picard deas s y est introduit [avant 1 aao] , il y a servi indistinctement pour le féminin comme pour le masculin ; mais auparavant , dons avait été réservé exclusivement pour ce dernier genre, et Ton avait dit, au féminin, does, et surtout dees. — Exemples : «dous ane- « mins , » deux ennemis (Serm. de S. Bernard, fol. 48 v. ). « Les does festes de la croix » ( Traduction de J. Beleth, fol. i v. ). «Processions sont dees, » c est-à-dire , il y a deux processions ( Trad. de J. Beleth, fol. 3 r. ). Pour le masculin, ce texte de la traduction de Jean Beleth emploie déjà deas', qui même y est plusieurs fois usurpé au féminin. Aussi la règle de distinction des genres, telle que je l'indique ici, tomba-t-elle de bonne heure en confusion et en désuétude , et Ton trouve quelquefois does employé au masculin ( î a 5o ; Mém* conc. IHist. d'Auxerre, par l'abbé le Beuf, Pr. t. II).

b. En Picardie , on trouve les formes suivantes f que je range toujours , autant que possible , dans Tordre des temps où elles ont régné; j'ai rais à côté de quelquesunes la date précise de la pièce où je les ai rencontrées pour la première fois : i. un, uns, une; plus tard, et pendant fort longtemps , on a écrit ung [ 1 1 7 3 ] , en Flandre et dans la Picardie. Cette orthographe avait même prévalu jusqu'à Paris, vers le commencement du

xvi6 siècle, 2. doi, diaus, deus; deux ( 12A0, dans VHist. e ce lé s. etciv. de Verdun, par l'abbé Roussel, Preuv. p. 1 4; 12/12, dans le G d'Auchy, p. 16a); diaax (ia55); 3. terois, troi, trois, trèix; l\, katre, quatre; 5. chiunck, cùmck, cJuncq, cincq; dans quelques pièces publiées par J. le Carpentier (Hist. de Cambray, i664, 2 vol. in-4°, Preuves, à la fin du tome II), on trouve ce mot écrit chuinck ( 1255, 1269, i3io); il est évident que cette variation vient dune faute de lecture, les trois jambes des lettres 1 et u, qui se suivent, donnant lieu , dans les manuscrits , à quelque incertitude. Je pense que c'est chiunck et cianck qui sont les formes les plus authentiques, sinon les seules-. 6. sies,sis; 7. siet, set, sete, sept (1287); ^eft, dans le ^artm ^- ( ia^7» P- 3 18), est une faute d'orthographe; 8. wict, wickt ( 1 2 55 ) , wit ( 1 280) , uit; 9. nuefy neuf{? 1269); 10. deis, dis ( 1266), dix, deiaû (1307); 1!* **• douze; i3. treize, trese> treze; 1 A. katorse, quatorse, quatorze; i5. kuinze, kuinse, quinse, quinze; 16. sexe; 17. disset, dix set ( 1255); 18. diz et wit; 20. vint; 3o. terente, trente; 3a. trente doi; Ixo. quarante; 5o. chiunequante , chiahkante, chinquante. Je crois que chuinkante, dans le Carpentier {Hist. de Cambray, t. II , Preuves , an 1 3 1 o ) , est une mauvaise lecture de chiankante. 60. sissante, sessante, seissante; et encore : sesante, sixante , sexante. De toutes ces formes , c'est sissante qui est la plus fréquente et la mieux autorisée. 65. sissante chianc; 67. sissante set, sessante set; 70. sietante; 73. sessante treze, sissante treze, sietante trois; 76. sixante quatorse, seissante quatorze; 75. sissante quinze;

80. qaatreviiis; go. quatrevins et dis; g 3. qaatrevins et treze; g5. quatrevins et qainse; 96. quatrevins et sexe; 97. quatrevins et disset; 100. chent, chens, chenz; 100. deus cens; 5oo. chiunck chens; 1 5oo. quinze chens; 1 000. mil, mile, miles; 1275. mil deus cens sissante quinze; 3ooo. trois mil; 5ooo. chiunc mille livres (1991);! 5ooo. qainse mille ( 1291 ).

Telles sont les principales variations des noms de nombre dans les provinces picardes. Quelques autres, qu'il serait possible d'y ajouter, telles que dex, forme contracte de deus et diex ayant la même valeur, sont ou récentes et contemporaines tout au plus de la fin du xiu4 siècle, ou peu autorisées et ne se rencontrant qu'en quelques textes; d'autres encore : doal pour deux ; cet pour sept; ouict ( 12/18; dans les Mémoires pour servir de pr. à l'Histoire de Bretagne, par dom H. Morice, I , 935), vuit (Beau vais, i3ii; dans YHist. du duché de Valois, in-4°, t. III, Pr. pag. lxxxiii), pour huit; chin ( chin gevelines , cinq poules, ainsi écrit, ibid. 1& consonne finale ne se prononçant pas); diu pour dui, suj. deux (dans les Mém. pour tHist. d'Auaperre , par l'abbé le Beuf , an ia5o, t. II, Pr. pag. 55); ving ( 1227, pour vingt, Hist. de Metz, t. III, Pr. pag. 187 ); quarente pour quarante; ceux pour cent, ne sont guère que des fautes d'orthographe sans importance et sans autorité ; il était naturel que les chartes alors en continssent beaucoup, puisque aujourd'hui la plupart de nos actes n'en sont point exempts.

En Lorraine, voici les orthographes de la première

moitié du xin* siècle; on pourra remarquer qu'elles sont fort mélangées de bourguignon et de picard.

1. un, uns, une; la forme ung commence déjà à s'y montrer vers cette époque (entre 1 2 2 o et 1 2 3 o) ; 2 . dai, dons, douz; S.troi, trois; A. quaittre, quaitre; 5. cinc; 6. seix; 7. set; 8. <$£ eut; 9. niaf; 10. deix; 1 1. unze; 1 3. treze; 1 6. saze; 17. rfeir 5epf ; 20. vint ; 5o. cinquante; 60. sexante; 80. quaitrevins; 100, cens; 1000. wiife, roîife.

Il faut remarquer la forme dai, sujet, pour doi. Villehardouin, dans son langage champenois* dit ordinairement aussi dai au nominatif, mais deas pour les régimes. Dans Partonopeus de Blois, texte de l'Ile-de-France, on a dui [1 85 1], doi [2069], deas souvent, et, plus dune fois peut-être, dels [i853], que je regarde comme une licence bizarre , du copiste ou de fauteur, mais dont il y a quelques autres exemples; deux, qui s y rencontre [vers 1827], sert à marquer que la copie de ce texte n'est point antérieure à la seconde moitié du xme siècle.

La forme eut , huit, se prononçait exactement comme notre voyelle française -eu , et le t final s'y faisait fortement sentir; c'est la dérivation primitive et naturelle, dans ces langages, d'oclo. Elle est commune à la Lorraine et à la Champagne; je la trouve écrite heut dans une charte de Chaumont en Bassigny , de fan 1 285 , que j'ai copiée sur l'original. Quant à notre orthographe hait, que donne aussi cette charte, elle se voit déjà dans urte pièce de 12/18 publiée par dom Plancher ( Hist. de Bourgogne, in-fol. t. H, Pr. p. v, col. 1 ), et dans une autre

de la même année, publiée par dom H. Morice (Mém. pour servir de pr. à VHist de Bretagne, 1. 1, col. glxi ).

Une autre charte, de Bourbonne-les-Bains , de 1 2o5, donne les formes suivantes : 1. un, une; 2. dai, deus; 3. troi, trois; 5. cinc; 10. dis, diz; i5. quinze; 2 cf. vint

A Auxerre, entre ia5o et 1290 (Mém. cône* THist XAuxerre, par l'abbé le Beuf, t. II, Pr.), les formes, surchargées de même d'un grand mélange de picard, semblent cependant avoir conservé quelques restes d'un fonds primitif bourguignon : 1. an, une; 2. does, daez (129/1), deus, deux; 3. trois; £. quatre; 5. cinq; 6. six ( ia56); 7. sept; 9. neuf; 10. dis; 1 1. unze; i4. quatorze; i5. quinze; 16. seize; 20. vint; 25. vint et cinq; 35. trente et cinq; 4o. quarante; 5o. cinquante; 60. sois* santé, soixante : c'est la forme la plus commune; mais on trouve aussi sexante, qui est proprement d'orthographe champenoise; 71. soixante unze; 76. soixante et seize; 94. quatrevingt et quatorze; 200. deuz cens, deus cenz, deus cent; 1000. mil.

Enfin le langage de Franche-Comté , rude et grossier mélange des formes lorraines ou champenoises avec le bourguignon , n'a guère d'orthographes qui lui soient propres dans les noms de nombre. J'y ai recueilli :

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