‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 16 sur 113 · NOMS DE NOMBRE MULTIPLICATIFS · texte numérisé non relu

NOMS DE NOMBRE MULTIPLICATIFS

De toutes nos formes modernes : double, triple, qaa-

druple, quintuple, etc., les seules dont je puisse citer quelques exemples, appartenant au xnie siècle, sont les suivantes :

Dovule, dotales, double : « dovuîe tesmognage; > — « si il i avoit • dovales navreiz, > c'est-à-dire, deux blessés. [Hist. de Metz, Pr.

t. ni, p. 179.)

Treble, trébles, triple. Roqueftn#(Gfa».) dit aussi trille. M. Orefl (il. Fr. Gr. p. l\l\) a donné un exemple de treble^n voici un second qui est de Rutebuef :

En non de Dieu Tesperité . Qui trebles est en unité.

Barbazan, Fabl. et C. t. II, p. 293, éd. Méoo. 4. NOMS DE NOMBRE FRACTIONNAIRES.

Le seul nombre fractionnaire qui ait eu, au xni* siècle, une forme propre, est le suivant :

Bourgogne : mei, meie; Picardie, mi, mie; ou bien : Bourgogne, demey, demeie; Picardie et Champagne, demi, demie.

Il y a une distinction à faire entre ces mots. Mei, meie exprimait l'idée de milieu, et non celle de moitié; ainsi mei di, midi, voulait dire le milieu du jour, et non pas, la moitié du jour. Demey, demi, au contraire x signifiant proprenjent, par le milieu, en deux parts égales, Remportait que le sens de moitié , et non pas celui de milieu. Aussi les mots, mei, meie ne s'employaient jamais que joints à un substantif qu'ils précédaient immédiatement en manière d'affixes; au lieu que demei, demi s'ajoutaient fort bien à un nombre pour indiquer que sa quantité

était augmentée de la moitié d'une unité : Miedi (Tr. de J. Beleth, f. ), où Ye intercalé est purement euphonique ; « à Tore de meie nuit » [S. de S. Bernard, mst. fol. 57 v.); mi-qaaroime , la mi quareme (12 55; Perreciot, de ÏÉtat des personnes, t. II, Pr. p. 297 ; Chevalier, Mém. sur Poligny, I, 363); le mi qaaresme (1290; Hist de Metz, Pr. p. ?35); mei-p^yti (Histoire de Metz, t. m, Pr. p. 1 78) , se disait d'un tout composé également de deux objets, de deux couleurs, de deux parties distinctes; demey an (Hist de Metz, III, Pr. p. 209), la moitié d'une année; et aux arpens et demi» (1290; le Beuf, Mémoires concern. VHistoire d'Auxerre, t. II, Pr.). Enfin on s'est servi de l'expression demian, pour dire un demi, la moitié d'un, comme dans cet exemple du Oiasloiement :

Onques ne poi tant esploitier Por rien que je fere seusse Que un ami aveir peusse.

Tant fis, nequeden, tant ovrai Que demi un en porchacai.

Conte I, 16-ao, éd. la Bouderie.

Le substantif répondant à la forme mei, meie, était mez et quelquefois mey, masculin; puis, un peu plus tard, 1^ composé meilea, milieu, qui a tout à fait remplacé l'autre. Il s'est écrit longtemps en deux mots sépa-rés qu'on joignait par un trait d'union :

Jusc an mei-leu de la boucle est coiée.

Gtrart de Viane, a 556 , éd. Bekkcr.

Le substantif de tfomt, demeie était meite, qu'on trouve écrit : en Picardie, moitiet; en Lorraine, meitte, monde ; et ailleurs, meité, meitez, meietie. Ce mot était toujours féminin : « La moitiet .... la meité . . . l'une dez meitez . . . « de celey meite. » (Hist. de Metz, t. m, Pr. pp. 1 89, 229. Cf. Roquefort, Glossdfré, au mot Meité.) Quant au mot moitoierie, signifiant partage par moitié, dans le Roman dé ta Rose (ii5l\} éd. Méon) , il est tout à fait barbare et ne sert qu'à montrer jusqu'à quelle licence était porté l'abus de la formation des mots vers le commencement du xrv* siècle.

Les autres nombres partitifs ou fractionnaires ne s'exprimaient guère que par les locutions suivantes : la tierce pcmfye , pour dire le tiers (1262; Chevalier, Mèm. sur Poligny, t. I, p. 35a); la quarte partie (Dunod, Hist. du comté de Bourg. H, p. 620); la diziesme part (Trad. de J.Beleth, fol. k r.), etc. Mais il était si naturel, ces locutions données, de sous-entendre le mot partie , de prendre substantivement l'adjectif numéral et de dire enfin, le tiers au lieu de la tierce partie, etc. qu'on a dû , dans le genre de relations ou d'écrits où ces formules de nombre étaient fréquemment employées, y arriver de très-bonne heure. Voici des phrases qui sont en quelque sorte intermédiaires entre les deux manières: «Et totes ces justices (c'est-à-dire, de toutes ces- «amendes) suint les dous parz l'eveske etlo conte, et la « tierce [et la troisième part celle de] la ville. » (Hist. de Metz, t. m, Pr. p. 177.) « De totes les justices outre «deix sols sunt les douz parz l'eveske et lo conté, et li

« tierz [la troisième celle de] la citeit. » (/&. p. 1 78*) De là il n'y avait pas loin à dire, comme dans la phrase suivante où la locution nouvelle est bien nettement employée : « que li treize . . * aient lou tiers de toutes les « albanaises [amendes] du clostre, de la paix brisiée, et « feu tiers de toutes les sommes. » (i 2 44 ; Ib. p. 1 96. Cf. encore ib. pp. 1 75, 1 76.) On trouve, un peu plus tard, cette forme d'expression déjà employée à des locutiofts qui en montrent l'emploi général; ainsi : à quair meu, c. à d. à quart muid, pour dire au quart d'un muid [ia83; ib. p. 228]; mais je crois que ce n'est qu'assez avant dans le xiv* siècle que l'usage d'exprimer les fractions par un seul mot a tout à fait prévalu.

Avant de dire, comme nous faisons encor^fe quart pour la quatrième partie, on avait eu cependant une expression particulière : on avait dit un quartier. Ainsi : « Si remaint uns jorz et arts quartiers à dismer . . . encor «remaint uns jorz et uns quartiers qui font xxx ores. » (Trad. de J. Beleth , mst. foL li r.) Cela nous est resté dans les quartiers de la lune et peut-être encore en quelques autres locutions.

On a dît aussi de fort bonne heure disme, absolument, pour dire le dixième. Les deux genres, le disme et la disme, étaient également usités et à peu près sans distinction : depuis on n'a conservé que le féminin , et c'est comme nom spécial de l'impôt de la dixième partie de la récolte des biens. On trouve dans la même page et presque dans la même phrase: uQuaresme fu estait biîe por la disme des jorz, car en fan a cce et lxv jorz,

«si en avient de disme. . . .Prenez des quarante jora ccini. por redi&me et jostez o les xxxvi. don disme. . . . i> ( Trad. de J. Beleth, fol. 4 r. ) Et encore : le disme, del ' disme, el disme, enfin toutes les formes du masculin. Je crois avoir remarqué que ce dernier genre était plus souvent employé que le féminin.

On avait dès lors formé sur ce mot les expressions : dismer, prendre la dîme, et redisme, des deux genres, la dixième partie de la dîme ; de même que des mots quartier et quart on avait formé les noms de certaines mesures de capacité pour les grains, et le substantif lom quairtaige (Hist. de Metz, t. III, Pr. p. 189), qui signifie mesurage de grains, ou même mesurage en général.

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