‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 17 sur 113 · NOMS DE NOMBRE COLLECTIFS · texte numérisé non relu

NOMS DE NOMBRE COLLECTIFS

Sans me piquer, à beaucoup près , de rassembler ici tous les noms de nombre collectifs qui se peuvent rencontrer dans les textes du xm* siècle, je donnerai ceux qui sont les plus fréquents; ils suffiront pour indiquer la forme des autres.

Doazenne, écrit selon l'usage lorrain, douzaine : ««4 lai doa- *zenne. » [Hist de Metz, t. III, Pr. p. 189.)

Quinzaine, également du féminin comme tous les mots de cette ferme. (1267; le Beuf, Mèm. conc. V Histoire dAaxerre, t. II, Pr. pag. 64. )

Je ne sais si l'exemple suivant, étant le seul que je connaisse , peut avoir assez d autorité pour faire croire que l'on a dit en Normandie, la qamzeme au lieu de la quinzaine : « Dedenz la quinzeme après les termes avant-

«nomez. » (1269; Act. Rym. t. I, pag. 48 1.) Ce n'est peut-être qu'une faute d'impression.

On trouve encore la même forme appliquée à bien d'autres nombres : trezaine, cité par M. de Roquefort; quarentaine, pour dire un espace de quarante jours : «De la quarentaine geuner nos dona il essample, car il «meismes le geuna. » [S. de M. de Sally, d. I, sept, etc.) Et de ces mots on en a fait d'autres, comme dizainier, etc. (Cf. Roquef. Gloss. aux mots Dizainier, Quinzenier, etc.)

Cent , le cent. — § Li cent de queurs ( cuirs) . » (H. de Metz, t. III, Pr. p. 17a.) *Li cent (de) cœvre [cuivre ]. » ( Ibid.)

Millier, le millier. — « Li millier de yaire euvré. » ( Ib. p. 173.) t Une nuit descendi feus de ciel qui en ardie quatrevinz et cinc « milliers. • (Tr.de J. Beleth, fol. I\ r. )

Je crois bon de placer ici quelques mots qui, à la vérité, ne sont pas des noms de nombre, mais qui y tiennent par une dérivation tout à fait directe; ce sont :

Prinsoir, ou autrement l'anuitant, l'heure de la tombée de la nuit, le commencement de la soirée. Le temps qui suivait l'heure du premier sommeil, entre cji* heures et minuit, s'appelait prinson, primson, dit encore le premier nocturne ou vigiles; puis venait mienuit, entormiennit ou le segont nocturne; puis l'aube, l'aube apare'tssant, ou bien le tierz nocturne.

D'autres mots, en rapport avec l'adjectif premier, tels que primitif, primitive ( Tr. de J. Beleth. fol. 1 r. ), prémices (ibid. fol. 6 v.),prin$eigniez (? catéchumènes, ibid. fol. 6 r,); priort fém. priorte (Roquefort, Gbss. à ces mots), et bien d'autres sans doute, font voir combien,

au commencement du xiif siècle , les familles des mots étaient déjà complètes.

La Trinité, mot qui se trouve ainsi fixé dans les plus anciens monuments de la langue.

L'octave, les octaves, le huitième jour d'avant une fête. Il est écrit : lez octavez ( 1 a3a ; dans Y Hist de Metz, Pr. t. m , pap. 1 89) ; Voctave (Chevalier, Mèm. sur Poligny, II, 6o4) ; les octieves (12 85; dans YHist. de Blois, de J. Bernier, Pr. pag. xvin); les wittaves ( Thés. N. An. 1 , 1 1 as ) ; les octaables ( i ?84 ; le Carpentier, Hist. de Cambray, t II, Pr. p. 35); Vhuitive (1279; Chevalier, Mèm. sur Poligny, I, 369); az octaves (Hist de Metz, III, Pr. 201 ).

Li milliaire, li milUair, masc. ,

expression qui équivalait à peu près à la nôtre : le millésime, et qui ne signifiait pas autre chose que la date, Tannée du siècle , ou bien les mille ans , la révolution de mille ans, en un sens indéterminé. Elle se rencontre très-fréquemment dans la formule finale des actes de Lorraine au xm* siècle. Elle était usitée aussi, mais beaucoup moins, dans la comté de Bourgogne, et on ne la voit guère ailleurs que dans ces deux provinces. Un exemple pris au hasard pourra donner une idée précise de son emploi : « Ces letrez furent faites à l'aiparicion , « quant li milliaire corroit par m ne et xxxv ans. » (Hist. de Metz, t. III, Pr. p. 1 90.) Cette date répond au 6 janvier ia36.

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