SING. Suj
Masc.
mes
Féin.
ma.
Rég.
mon
ma.
PLQR. Sttj.
mea, mi
mes.
Rég.
mes
mes.
a. sing. Suj.
li miens
la moie.
le mien
la moie. •
PLUR. Suj.
li mien
les moi es.
Rég.
les miens
les moies.
3. sing. Suj. Masc. li nos, nostres Fém. la nostre. -Rég. le nostre la nostre.
pldr. Suj. li nostre, no les nos.
Rég. les noz, nos les nos.
Le pronom nos, employé sans article , s'écrivait encore fréquemment no.
, Et de même pour les autres personnes dans les trois dialectes.
L'usage d'employer le masculin mon devant les substantifs féminins commençant par une voyelle n'était f>as encore introduit, ou du moins était fort rare ; pour éviter l'hiatus, on élidaiti'a de ma, ta, sa; ainsi : m'espée, mon épée ( Gerars de Viane, 2896); s'espèe, son épée (ibid. 3oa 1 ) , etc. Les exemples en sont sans nombre. L'élision avait lieu aussi fort bien au masculin , et les poètes en faisaient grand usage : m'ùmor, s'amori mon, son amour (iWa.3993, 3998).
Dans le paradigme que je viens de donner, et qui est pris du langage de Bourgogne , on aura remarqué icf nélange de beaucoup de formes picardes. Les formes du langage de Picardie avaient en effet fait irruption sur la Bourgogne et s'y étaient substituées à beaucoup d'anciennes formes bourguignonnes.
Les primitifs bourguignons du pronom possessif h mei, la meie, qui se voient dans les Serm. deS^Bernard, ne vont guère au delà de l'époque de ce texte; la traduction de la S. de J. Beleth et Villehardouin ne les emploient déjà plus. C'est entre l'époque de ce dernier écrivain et celle où fut écrit le roman de Gerars de Viane ,
qu'eut lieu V introduction des formes au, pronom possessif picard dans le langage de Bourgogne*; la Chronique de ViUehardouin emploie des formes de pronoip champenoises très - rapprochées du bourguignon et fort distinctes du picard; dans Gerars de Viane , dont le langage est plus proprement bourguignon que celui de ViUehardouin , les formes des pronoms sont beaucoup plus mélangées de picard. Les exemples suivants rendront cette distinction fort sensible, et feronftomprendre, mieux que tout ce que je pourrais dire, le- mouvement qui s'était opéré dans le dialecte de Bourgogne entre ces deux auteurs.
ViUehardouin emploie les pronoms possessifs suivants pour la troisième personne :
SING. Suj.
Masc.
ses
Fém.
sa, sud.
son
PLUR. Suj.
ses.
Rég.
ses
ses.
SIHG. Suj.
li suent
la sœ.
Rég.
le saen
lasoe.
iel suen
PLDR.SUJ»
li suen
les soes.
Rég.
les suens
Saa n'est pas commun; en voici un exemple : «Qui a sua soror avoit à famé. » (Pag. 1x1x6, éd. Brial. )
On trouve quelquefois la saen, pour la sienne, au féminin. (Pag. 438.) ■- *
Ces formes, on le voit, sont proprement bourgui-
gnonnes et non picardes : saen est là propre forme de Bourgogne, celle qu'emploie le texte français des Serm. de S. Bernard; soe, son féminin, est une sorte de terme moyen , si l'on peut ainsi dire , entre le bourguignon sue et le picard soae.
L'auteur de Gerars de Viane ne connaît plus suen et soe; les formes de Picardie les ont remplacés ; voici ses pronoms :
sing. Suj. Masc. ses Fém. sa.
Rég. son ....
pldr. Suj. seu ses.
Rég. ses ....
sing. Suj. li siens (y. 27A ) ; la soie.
Rég. le sien ....
pldr. Suj. li sien les soies.
Rég. les siens ....
Enfin , pour dernier terme de comparaison , Henri de Valenciennes, continuateur de Villehardouin, qui a écrit peu de temps après lui , fait usage des formes suivantes :
sing. Suj. ses sa.
Rég. son s'ost (800 camp , pag.
plur. Suj. si ses.
Rég. ses ses.
On y trouve déjà une ou deux fois (p. kgi) ses comme sujet du pluriel masculin.
sing. Suj. li siens v la soie, la siene.
Rég. le sien
plur.Suj. Masc.kU sien Fém. les soies.
les siens ....
Son langage est au fond picard; mais il imite beaucoup de formes de Villehardouin , dont il suit les traces , et d'ailleurs toutes les leçons de son texte sont bien loin d'être sûres.
L'usage de ces pronoms est resté fixé ainsi jusqu'à la fin du xin* siècle : le R. de Renaît et le R. de la R. sont à peu près au même point , pour l'emploi de ces pronoms, que Gerars de Viane et les autres textes du milieu 4u xm* siècle. -■ *""
Tous les pronoms personnels se sont primitivement construits avec l'article, et tous ont conservé pendant longtemps la faculté de se pouvoir construire avec et sans lui. Ceux qui s'en sont passés les premiers sont mi, mes, mon, noz, commençant à se séparer de nostre, et leurs formes correspondantes des trois personnes; et si l'on voit encore, dans des textes assez tardifs, mon, ton, son employés avec l'article, absolument comme nous mettons le mien, le tien, le sien, c'est qu'il faut bien remarquer que, dans les langages de Normandie, de Touraine, d'entre Chartres et Poitiers, et, par suite, de l' De-de-France, les formes le mon, le ton, le son, les sons, etc. étaient correspondantes non point à mon, ton, son, d'à présent, mais aux formes bourguignonnes le mien, le tnen, le suen. On sait qu'en ces provinces la syllabe on représentait le ien picard, le an et le uen de Bourgogne. Ainsi:
« E est assaveir que por la davant dite rencon que ge ai Dut à
« mon seignor le conte de Peiters, si cum dessus est dit, e aus « sons, il m'en a doné oict cena libres de Peitevins en deners con- « tei. » ( 1 a5o ; charte de Poitou mite. )
«Tuit soient ton» [Rom. de Renart, 533 1 Y
« Un son compaignon » (ibid. 3701 ).
• Tôt son, » tout sien (ibid. 3738).
• Le 507i affere, » son affaire (ibid. 371a ).
Au surplus , je vais rassembler divers exemples de ces pronoms, -pour justifier les citations que j'en ai faites et pour montrer leur emploi :
Meifd, plur. suj. mes fils (S. de S. B. fol. 46 v.). « Mon airnme at aut soif en ti » (ibid. fol. 18 r. ). « Moye est li rondece de la terre » (ibid. ).
• Et ki suys ju ou quels est ceste meie parole » (ibîd. ) ?
• Meies sunt ces choses et por mi les fait om » (ibid.).
« C'est très boen aivor apelons en totes noz oyvres et a cest si « feaule combatteor commandons nos airnmes en tottes batailles. » {Ibid. fol. 19 r.)
« Ki por ceu mismes vint el munde kil habitanz ens homes enlu- « minest 1102; ténèbres , et mananz ensemble les hommes alligest noz t travalz et estanz por les hommes ostast noz perilz. » (Ib. fol. 1 9 r. )
« Nostre besoigne » ( ibid. fol. 1 8 v.).
« Nos tre aveuleteit » (fol. 19 r.).
« D se combat jai encontre tes anemins • (ibid. fol. 48 v. ).
« Tuit a fait morons et nuls hom n'en est ke vivet ki ne voiet la « mort. Plais ce kiert, chier sire Deus, mais raparilliee ton 9jyre. » (Fol. 5a». )
« Sire el ciel est ta miséricorde et ta veritez enjoska nues » ( fol. 47 v.).
• De la teie* (ibid.).
« Loet tu altruy boche et si se taiset li teye » ( ibid. ). « Tant cum tu k> sien raparillement encombres , tant encombres « lu lo tien mismes • \ ibid. fol. 1 7 r. )
« A ton peule » (Serm. de S. Bern. fol. 5 1 r. ).
« Sei an , • plur. suj. ses ans (ibid. fol. 28 r. ).
« Davant la fazon de «m signer » ( &•£ 17 v. ).
« Deci à tant ke deus varit en lei son ymagine reformeie » (f. 1 ?r.) .
« De «es serjanz » ( i6û2« ),
« Les *eye* oyvres » ( t'6t<i. ).
« Lo siec mismes» ( ibid. ).
« Quant tu repris fus el larencin por kai ne dottesses tu ou porkai • ne fuesses tu de devant sa fazon » (ibid. fol. 48 r.).
« Ceos ki par totes lor osses sont enviezeit » (fol. A3 v. ).
« Se* ahaneues, » sing. suj. son fermier (Tr. de S. Grég. If. I. rfe Fr. XIII, 10).
« D'asuagier la derverie de sa forsenerie » ( ibid. ia ).
« Li ministre de la sus cruelteit » ( ibid. 1 a }.
« Mes gens » (H. & Metz, Pr. m, 188). *
« De noz voisins » ( ibid. 177).
« De nos vesins » ( ifoW. ).
«Tous les nos* (ibid. 2187).
« Nostre anneie » ( îiûZ. 196).
• Son paraige, sa maison et .rai bien » (iti^aog).
« Par son mallice » ( ibid. 1 66 ).
« Par sa leigiereteit » ( ibid. ).
« De son moule , • meuble ( ibid. 177).
« De son mueble » ( ibid. 197).
« Tout son moibles • ( ibid. 1 83 ) .
« Ad sun meis , • à son jardin ( ibid. p. 1 78 ).
« En soin hosteil , • en sa demeure (ibid. p. 208).
«Sei parent, • suj. plur. ses parents (vers îaao; ibid. 177).
Sai parant ( ia5o; ibid. a 00 ).
« D ne sui , «lui ni les siens (ibid. i65 ).
« Tuit iui ami » (liid. a 1 o).
« Seu freire » ( 1296 ; ibid» p. a 45 ).
«Seu hoir • (16Û/. a 33). Cf. Gerars de Viane, 38 1 A, éd. Bekker.
«De cez [lis. sez] maimbourst (H. de M. p. a36).
Pour Deu et pour s'aime » (Hist. de Metz, i85). Dous de ses amins convenaules» (ibid. 19&). Dou sien, » du sien ( ibid. 1 77 ).
Lou sien 9 (ibid. a33).
De la *eie chose • ( ibid, 177).
A bor lius » ( 125; ibid. ao8).
En for leus » ( ia5; iWd. a 09 ).
Par bar auctoriteit» ( î6i<2. p. i65).
Por ouïs et pour for hoirs » ( ihW. 2 36 ). Qm panrroit ous ou de for chose » ( 1 a a 1 ; ibid. i83 ). La four chose » ( i&dL ) .
Sour four leialteit et sour four sarment • ( id'd. 1 78). De leurs lieus» (ioitf. a3o).
Afi heirs » ( ia53; Perreciot, de l'État des pers. Pr. t. II). De mes devantiers » ( 1 ao4 ; ibid.).
Per mon serement » ( 1 a6g ; ibid. p. 3 1 a ). De Jehannate ma feme et de Belin mon fil » (1 a 7 1 ; ift. p. 3i l\ ). Je ai done moi et me* hoirs et les moies choses à la noble dame • Lore» (1275; ibid. 3a5).
Moi suers, t ma sœur (Dunod , Hist du C. de Bourg. II, 6aa ).
Ma arme, » mon âme (ibid. 619).
Du mie scel » ( 1 a6g ; Perreciot , de l'Ét. des pers. II , 3 1 1 ) .
Des miens » (ia55; 1 61J. ) .
As moies » ( 1 a 55 ; ibid. ).
A m» autres en&ns • ( 1378; Dunod, p. 60a ).
Apres nostre deces » ( ibid. ).
Son frère» (ibid.).
Il et soi hoir» (i'6ûi.).
Et à ses hoirs » ( ibid. p. 6o3).
De «on aluef» ( ia6g; Perreciot, p. 3io).
Soi ancessours» (îaoA; i6i<2. ).
Asai vie,» à sa vie (Dunod, p. 6a 1).
Pour sai poinnes » (ibid. ).
A la dicte dame et es suens » ( 1275; Perreciot, p. 3a5) .
«De hur alluy » (iao&; Perreciot, p. 2190). «An ce fonrfylz» ( ia63; ibid. p. 3o5). « A lovurs hommes » ( 12 53 ; ibid,).
« Li abbés d'Auchi mes amis et mes compères, » sing. soj. (C. JtA. p.aa7).
« Mes fiex, » sing. suj. mon fils ( C. SA. p. 38 1 ).
« Mes fies, » mon fief (ibid. p. 3o3 ).
Mais „[suj* mon?] es* (FaR întU. I, 46i, éd. Robert). .
« A men propre ooust • [ibid. 3aa ). . *
« Men neveu, » sing. rég. ( ibid. 35 1 ).
«De men père» (iWA 276).
« L'arme men peire et les armes de mes anchiseurs » (ibid. 169).
« Pour le sauveté de marne » ( ibid. 17a ).
« De me mère » ( i&ûZ. 27À ).
«De me vie» (ifo'A 3a 3).
• De met vie » ( ibid. 3aa ).
« Jou acatai à Peronain me sereur » ( ibid. a 57 ) . «Pour le pourfit de 110 église» (ibid. 3a o).
• No molin et nostre peskerie» (ibid. 3ao). « Mi oir, » plur. suj. (ibid. a 1 A).
« Mes oirs, » plur. rég. (ibid. ai3).
« Jou et Andrieus mes freires » (i&W. 1 94 ). v
« A le requeste Andrieu men freire » ( ibid. i$b). «A Jehan Piket men serourge et à me sereur » (ibid. 197). « Apres le deches de 110 peire et de no meire » ( ibid. 1 g4). « Bonement et de no grei » ( ibid. i$à). « Le vente ke nos oncles avoit faite al église d'Auchi et nos peires • et no meire otriié» (ibid. 194).
• Ses pères» [ibid. n3).
« Sen fil et sert oir » (i&M. a 1 5 ).
« Si sairement, » plur. suj. ( ia5a ; 7%. AT. An. I , io5o).
« Si oir, » plur. suj. ( C. d'A. 2 1 9 ).
« Ses oirs , » plur. rég. ( ibid. ).
« Apres sen dechies » ( ibid. 3a 1 ).
v& terre» (C. <TA. n3).
t De se mère • ( ibid. 274 ).
• 5e frère, »sing. rég. (ia5a; Th. N. jin.I,p. io5o). *« Sœfiii pères , » suj. son père ( C. d'A. 1 56 ).
« De sum cors, » de son corps ( 1 279; du Chesne, H. gèn. des ducs 3e Bourg. deVtm.de Fr. in-4% Pr. p. 178).
• De se maison » ( C. d'A. p. 1 57 ).
1 Ses maris et ses espeus » ( ibid, p. 38o ). m
« Pour oeu ke jou i vi le preu monsigoeur men père et le mien » fflût p. aiA). • * ;^s
Suj. me* chiers oncles ; rég. mon cfejfrr oncle {ftÀJM Th. N. An. I."S6). ^
« Del mien » (C. <fiï7i yo ).
« De le mieve [lis. mieue] part » ( îfaïl. 169 ).
« Le «ne tierche » [ibid. 229 ).
« Lot loi et for assis » (vers 1 226 ; ibid. 1 1 3) .
Depuis, et constamment , leur.
« Leur seiiaus » ( i&ûf. 3 1 8) .
« Leur rester » ( ibid. 2 43 ) . ;</
«En ban orisons» (ibid. 169).
t D'un mes qui estoit leur, ke on apele le manoir d'Arras • (ibid.
« A lieur oirs » ( 1307 ; le Carpentier, Hist. de Cambray, Pr. 4o).
« Me fiels , » plur. suj. mes fils ( 1 255 ; le Carpentier, H. de Corn» bray.Vr. 29).
« Sour mi censé » (ibid. 29).
« Sour me censé » (ibid. 29).
• MessireAsse mes maire, Rogiers Grognes mes provos, Jean Sa- « varis, Hues Savaris , Jehans Cornes mi home » ( i23o; ib. p. 27).
« Par nous [nos] commandemenz • (1 204 ; Berger de Xivrey, L. à M. Hase, p. 208).
« La moitiet 4e nom 11. melin que cient sus Saille » ( 1 236; Hist. de Metz, m, 189).
• Les ressaige de nous moulins »' ( Hist. de Metz, 189).
• De la soue ame » (Ord. des R. de Fr. XI, 189).
« Ti mal, » suj. plur. tes maux (R. de la Rose, I, 108).
« 7"amie» (ibid. 10g).
« Tes alees et ti tour» (ibid. 97).
« Je te pardoins le tuen meffet » ( R. de Renart, 4728).
« Li tiens doiz» [H>id. 80).
« Tis quers, » s. ton cœur (tr. des Mach. dans Y H. I. de F. XIII, 1 7) .
Tes, suj. sing. (R. de Rou, 8o5o).
Tun, rég. sing. (ibid. 80^9).
• Sis nies» (ibid. 655o).
• Sis huem, » son homme (ibid. 8i3i ). <t A si cumpaingnuns » ( ibid. 6572 ).
• Si duifiz» (ibid. 6484).
« De sa muillier » (ibid. 8o54).
« La reine sa muillers » (R. de Ch. 5).
« En sun ped » ( ibid. 17b).
« La sue, » la sienne (ibid. 88 ).
« Mis barnages » ( ibid. 319).
«Tuz li mens granz trésors, » plur. suj. (ibid. 111).
• Oàme [ma] espee ctacer* (ibid. 25).
Mamisted, mon amitié (ibid. 54).
S'escrepe, son écharpe (ibid. 86).
« Sez baruns * (R. de Rou, 6616).
Meie, mienne (ibid. 5544)- Del suen (ibid. 6575, 82 54).
Mon, sun, sa (Marie de Fr. 1. 1, passim). Les soens (ibid. L. d'Equitan, 2 58).
«Le sœn* (ibid. Lai du Freisne, 268).
« Dou men et dou Jehan mon frère » (1 248; du Cange, Hist. de Constantinople, Pr. p. 5).
Men, en Picardie, correspondait à notre mon; men, en Normandie, était notre mien.
« Une sem fille » ( 1262 ; Crapelet, Lois de Howel, p. 67 ).
« Aindeus far nuns • { 1 a 6 5 ; poème dans YArch. XXII, 317).
• Lure baners,» leurs bannières (Aid. 317).
$ III. PRONOMS DEMONSTRATIFS.
Nos pronoms démonstratifs sont simples et composés.
a. Pronoms démonstratifs simples.
Il y en a deux thèmes distincts dont voici les paradigmes :