‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 27 sur 113 · IV. R. de F. etC. I, i5a · texte numérisé non relu

IV. R. de F. etC. I, i5a

« En ti sunt ajoint et aliiet ensemble li chars et li airnme : celé « formeye et ceste enspireie. Mais à eux apartîent cette misture et « à cuy aivet eût aunemenz ?• (S. de S. B. fol. 5i v. )

«Tôt ceu. ke cil pardonerat serai pardoneit, car il li loist faire « tôt ce k'il yuelt. t ( Ibid. )

« En cel baptisme. ■ (Ibid. )

« Ces choses et les allres semblanz à cez. » ( Ibid. )

De ce point de départ au temps de Villehardouin , ces pronoms firent un pas : on distingua le nominatif singulier masculin de cil, de son nominatif pluriel, en réservant pour le sujet pluriel seul la forme cil, et en donnant un s final au sujet singulier, au lieu de l : cis.

« Ensi fina cis parlement. • ( Villehard. p. 438.) « Cil dui conte. » (Ibid. 43a.)

« Et il repondirent que il nel pooient faire et cil en par-

t leroient k cels de l'ost. » ( Ibid. p. 455 c. ) « Avec ces deus contes. • (Ibid. 43a. ) « De cel saint home. » (Ibid. 432.) « Celé grant noise. • (Ibid. 436.) «De cels, avec cels. » (Ibid. 436, 43g, 453. ) «Cù< six. *(Ibid. 435.) « Ceste ovre. » (Ibid. 45a. ) «Tuit cil, ^ suj. tous ces gens-ci. [Vers îaao; Hist. de Metz,

« Tuit cist tesmognage. • (Ibid. )

Ainsi réglés , ces pronoms se maintinrent pendant la

plus grande partie du xin* siècle sans subir aucun changement dans leurs deux éléments principaux , savoir :

/, dans le corps du mot, marque distinctive du nominatif masculin des deux nombres; e, marque du régime et du féminin : cis, cil, cel, cels; cist, cest, ont conserré leur valeur très-J£écise de sujets et de régîmes jusque vers la fin du xih* siècle, où 3s commencent seulement ça et là à se confondre.

Une "forme distincte de cis et cil pour le neutre, ayant le sens de cela, et ne changeant jamais d'emploi.

Le Roman de Gerars de Viane ajoute quelques formes à celles que j'ai déjà citées :

sihg. Suj. Ma se. cil, cis Fém. cele,cel Neut. ceu, ceo,

ceou.

Rég.

cel

PLUR. Suj.

celés

Rég.

celz

celés

SING. Suj.

eût

ces te

cest

PLUR. Suj.

cist

ces

Rég.

ces

ces

Et puis les mêmes formes avec une affixe qui n'est point primitive :

Iciljilz, suj. sing. ( Villehardouin , p. 44i); icele (Gerars de Viane, io4); «ça icw jostes» (209); iceo (aa83); icist,s\iy (i585); icest, rég. (i484); iceste, fém. (3563).

Le pronom cist n'avait point de neutre.

Le neutre de cilt ceu, ceo, co ( Parton. de Bbis, 27? ), n'avait point de pluriel; et sa forme unique servait au singulier pour les sujets comme pour les régimes.

Vers la seconde moitié du xin* siècle , la forme cens [R. de la Rose, I, p. 5 s ) s'introduisit dans le langage de Bourgogne et tendit à y remplacer cek, ceh. Les formes avec FafExe se multiplièrent : ice (R. de la Rose, p. 5a ); « icis bachelers » ( ibid. 38).

U. En Picardie :

a sing. Suj. Masc.

. chil chis ckius

Fém.

chele

Neut.

chou, chu, cho, che.

Rég.

chel

chele

PLU R. Suj.

chil

cheles

Rég.

chels cheus

cheles

C SING. Suj.

chût

ches te

chest

cheste

PLDR.Suj.

chist

chestes .

, ches

Rég.

ches, <

:hies

ches

Ces formes étaient employées tout à fait comme leurs correspondances de Bourgogne :

« Chil conteus, » ce débat. ( 12 . . ; C. <£A. i58. )

« Et fu fais ckis amortissemens desudis. » ( 1287; !^- 3i 1 )

« De chel memme Hu. » ( 1287 ; ibid. 3i3. )

« Chil de Conchi. » ( 1 239; ibid. 1 58. )

« Chele meisme vente. » (Ibid. 16 A. )

« Et après chele dicte enqueste. ■ (Ibid. 212.)

« Ches choses. » ( Ibid. 211.)

« Ch'est assavoir rat, murdre et arsin et les autres cas saulaos « a ches sauves les droitures del église devant dite et si retenons « encore avoec chou ke devant est dit, le resort, etc. » (Ibid. 3 1 2 . )*

Chius, sing. suj. (121 5; ibid. p. 107.)

c En chest pais. • ( C. JTA. 1 13. ) Ckeste. {Ibid. 16a.)

t Chist tîesmoing, ■ plur. suj. (Ibid. a43.) « Cftîrf noef journel. » (i&d. a a 6. )

Voilà toutes les formes principales , mais on y pourrait ajouter des variantes d'orthographe peut-être assez nombreuses; je dois indiquer : chile ( 1 3 1 6 ; le Carpentier, Histoire de Cambray, II, Pr. 4a) pour chel?; chiles, ichiles ( 1 3 o 7 ; ibid. Ao ) ; cilles , celles-ci ( 1 3 1 o ; ibid. Ix 1 ) . Ces î, au féminin, sont caractéristiques du langage picard.

m. En Normandie, je ne connais que peu de formes des pronoms démonstratifs simples distinctes des formes de Bourgogne. H n'y a tout au plus à recueillir qu'un petit nombre de différences dans les temps primitifs; mais , dès les premières années du xin* siècle , dans les textes que j'ai pu voir, l'identité est complète.

Voici les formes normandes que j'ai notées : il faut remarquer qu'il en est plusieurs qui sont ou douteuses , ou de pures anomalies d'orthographe :

Cil, suj. sing. et plur., cel, rég. sing. sont fréquents et bien authentiques (L. de G. 5, 6, 33, 4o, 1); mais en quelques endroits, dans ce texte des Lois de Guillaume le Conquérant, on trouve écrit til et sil ( 3, 46, 5o), pour cil. Je penche à croire que ces deux variantes sont des fautes , et que cil est, en tous ces passages , la seule bonne leçon.

• Cil reis, • suj. sing. (jR. de Ch. 19.)

Cil, suj. plur. (jR. de Boa, 6697.)

« De ce! endreit. • ( Ibid. 6701 . )

Celé. (R. de Ch. 12 ; Marie de Fr. Lai cTÉquiian, a 86. )

« De cel geere, » de cette guerre. ( n65; Archae. XXII, 3i6. )

Ceb. (fl.efe flou, 6694.)

Cost, suj. sing. forme neutre de cist. — • Cost est la custume en « Merchenelae. » (L. de G. 4.)

Co, ceo, cho, ce (ibid. a, 1, 12, 17, Ai), suj. et rég. sing. formes neutres de cil.

Ces formes se sont introduites dans le langage de l'Ilede-France et de Champagne , et elles y sont communes après le milieu du xiii* siècle.

Cho ne se trouve qu'une seule fois dans les Lois de Guillaume le Conquérant , au S 1 2 . M. Reinhold Schmid pense que le passage qui le contient est une glose interpolée tard dans le texte. Je suis complètement de son sentiment, et je ferai observer que cho étant une forme picarde, ce que j'ai dit ci-devant de l'introduction des formes du dialecte de Picardie dans le normand et de l'époque de cette introduction, que je ne crois point antérieure à la fin du premier tiers du xin* siècle , autorise dune raison philologique la conjecture de M. Reinhold Schmid.

Co, véritable forme normande , et primitive en ce dialecte, se prononçait presque toujours comme s'il eût été écrit ço; c'est ce que nous représente l'orthographe fréquente en ceo.

Cependant, en Normandie tout au moins, je n'oserais affirmer qu'on n'a pas prononcé co ferme et dur.

Et avec faffixe : icil (Marie de France, Lai d'Èjuitan, 287); ice, ico (L. de G. 44); iceo (ibid. a5); icez, ces (ibid. 2);u en icest furmé» ( 1259; A. fi. I, 38 1 ).

b. Pronoms démonstratifs composés.

I; En Bourgogne.

a 8ING. Suj. Masc.

celai Fém.

celei.

Rég.

celai

celei.

. PLUR.Stlj.

Rég.

ceolz, ceos

cealz, ceas

ceelz, ceus

t SING. Suj.

cestui

cestei

Rég.

cestui

cestex

PLU R. Suj. cestui ....

Les formes du langage de Bourgogne , jusqu'au milieu du xrir* siècle, se réduisent à cela. Depuis, leur nombre s'est augmenté de quelques variantes d'orthographe venues avec la confusion, et de quelques emprunts au langage picard. Voici des exemples :

t Ces choses n'en apartienent mies à nos : om ne nos donnent • mies l'escuele d'or ou la hanap, mais celai ki en ois est. » (S. de S. B. fol. )

t Ma char receut, ne mies la char Adam /mais celei cui Adam t est davant la colpe. » (Ibii. fol. )

« En celei parole del Apostle. » (Ibid. fol. )

t Délivrer ceas ki periUent. » (Ibid. fol. 19 r. )

« Nuls de ceos. » (Ibid. fol. )

« Donkes li mais est li deleiz del cors , car cestui esleit et cestui t refuseit li saiges enfens. » (Ibid. fol. )

« Sa tierce aparition atrovons nos assi en fev angle el de cestei « faisons nos ui la feste. » (Ibid. fol. )

« Car dont venroit ne sens ne vie a celei partie del cors ki al chief « n'en est aherse. » ( Serm. Je 5. Bern. fol. m r. ) « En leu cestuis, » au Ueu de lui. ( Villehard. p. 438.)

Par amor ceolz de France.

Voiant cealz de Viane.

Gerars de Viane, 64 , i3y.

Et avec l'affixe que nous avons déjà vue : <c icestui con- « venant. » ( Villehardouin , p. 454. )

La forme du féminin célei passa de bonne heure , et elle fut remplacée par une forme empruntée du picard , celi, qui d'abord fut exclusivement féminin :

« Il n'y avoit celi qui ne fust graindre que une des lors. • ( Villehardouin, p. 453.)

«Fils celi qui l'norri. » (Partonopeus, 3a 3. Cf. noo.)

Ces pronoms composés n étaient nullement soumis à la règle que nous avons remarquée dans les pronoms simples, de réserver une forme en î pour les sujets et une autre sans i pour les régimes. Je n'ai vu cette règle observée à leur égard dans aucun texte littéraire; mais quelquefois on les voit, dans les chartes de Bourgogne et de Franche-Cpmté, perdre leur i au régime :

« A cela due; de cela duc. » ( 1269; Plancher, Hist de Bourgog. t. II, Pr. p. xxiv.)

U. En Picardie :

a sing. Suj. Masc. chelui Fém. cheli.

Rég. chelui cheli.

plu R. Suj, chiaa, chia ....

Rég. chiaus ....

Rég. Blase.

, cheaus chant chiaas (< R. de

[/rd. des Fr. I,

£sing. Suj.

chestui

cesti, chesti

Rég.

chutai

cesti.

PLUR. Suj.

chestui

Rég.

Les mêmes formes se rencontrent aussi écrites , en Flandre et en Picardie, sans h; ainsi :

a Blase, dus (Arch. du Fém. celé [ib.) Neut. cou (ibid.). N. I, i83)

ce!(iU,i33) cil ( ibid. )

ceife (C. et A.

icex (pi. r. 1278;

Bern. Hist. de

Bfow,Pr. pag.

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