‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 30 sur 113 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

IL En Franche-Comté :

«tsiNG. Suj. Masc. cix (laoi) Fém. ceile (is58) Neut. ce Rég. ....

PLU R. Suj.

Rég.

cil (ia53) cils (126A) cex (ia53j) ceux (1282)

€ SIHG. Suj.

PLUR. Suj.

Rég.

y 8ING. Suj.

Rég.

J"sihg. Suj.

Rég.

cist cest

ces (120A)

<»7ài ce/ai cela

cestui

cestuy (1282)

cetoi (1286)

cette

ces ces

ceft

Vers i?5o, dans toute la Bourgogne, la forme ceas commençait à prévaloir et à remplacer toutes les autres; elle s'atténuait même tellement, dans la prononciation, qu'on la voit fréquemment écrite ces dans les chartes. Il y en a de nombreux exemples en Franche - Comté :

• Gye Guûieaume de Chartres faz assavoir à touz ceîs qui

« verront ces présentes leittres. • ( 126A; Chartres , pièce manuscrite. )

« Nous — faisons savoir à toux ceaas qui ces présentes lettres « verront et orront. • (1272 ; Troyes, pièce mste.)

« Nous... fesons savoir à touz cens qui ces letres verront. ■ (1 a58 ; Bourgogne, mst.)

« Je Pierres, sires de Ceys, fais à savoir ces [%ceux] qui verront «ces présentes lettres. • (iao4 ; Perreciot, H, 290.)

« Je fais scavoir à touts cex qui verront ces présentes letres. » (1280; Chevalier, H. de Poligny% I, 36g.)

« Nos Alys de Savoie et de Bergoingne, Contesse Palatine, façons «savoir à toz ces qui verront ces presantes lettres. » (1270; pièce mste.)

« A touz ces qui verront et orront ces présentes lettres. » (1 278 ; Dunod, H, duC.deB. II, p. 602.)

ni. Au Poitou, dans le même temps, céans pour ceux était la forme dominante, et Ton y faisait fréquemment usage de l'affixe : «d'icest men présent testait ment » ( 1 2 5o ; pièce mste. ) ; « totes icestes choses » (i25o; ibid.)

. Les orthographes que j'ai recueillies de tous ces pronoms sont de beaucoup les meilleures et les plus autorisées; cependant il serait possible, en compulsant surtout les manuscrits les moins anciens, d'en ramasser quelques autres, en petit nombre et très-évidemment fautives; tel serait, par exemple, selai au lieu de celai:

Car il n'i ot nul si hardi, Qui osast penre selai nun Tant le tenescnt si a felum.

Marie de France , II , 186 , éd. Roquefort.

Il y a , pour ces mots comme pour beaucoup d'autres, quelques nuances délicates d'orthographe, que les meilleurs textes ne font qu'indiquer, et dont il est diffi-

cile de suivre assez longtemps la trace pour pouvoir se bien assurer qu'elles ont eu cours et qu'on les a suivies. Telle est par exemple la distinction du suj. ces, féminin pluriel , et du régime cez. H est certain qu'en quelques exemples des meilleurs textes du commencement du xiii* siècle, cette distinction se trouve marquée; mais on rentre voit, et bientôt on n'en trouve plus de traces. Dans ces occasions, je n'ai pu faire que comme les textes : j'ai indiqué les nuances , sans me permettre de prononcer sur la réalité de la règle qui s'en pourrait déduire. On pourra toujours se servir de ces indications malheureusement trop légères, pour déterminer l'âge des textes : car il est bien certain que les textes où Ton aperçoit ces distinctions observées avec un peu de suite sont du meilleur temps de ce langage , et tout au plus postérieurs aux premières années du xiii* siècle.

J'ai classé ci-dessus les pronoms démonstratifs d'après leurs thèmes les plus anciens, en démêlant et en distribuant dans leur ordre de parenté toutes les formes que j'avais pu recueillir. Il me reste à répéter, à leur égard , l'observation que j'ai faite à propos des pronoms possessifs : c'est que plusieurs des thèmes étant restés défectifs et la plupart ayant entre eux beaucoup de ressemblance, on a combiné les unes avec les autres les formes qu'on préférait, prises dans tous les thèmes, et ëq en a composé des corps de pronoms nouveaux, dont les parties sont dérivées de thèmes différents.

On voit de bonne heure des. exemples de cette combinaison :

«Tous chûuu [pi. de celai] et toutes cheles [pi. de chil], • (1257 ; C. d'A. p. 197.)

« Cilx doo commun d oient tesmoingnier ceulx de Lyoey et cenlz « de Virey. » (H. de Metz, m, a 00.)

t A cheus [pi. de chil] d'Auchi et k chiaus [pi. de chelni] qui droit « i dévoient avoir. > (1226 ; C. d'A. p. 1 13.)

Suj. iCkâ Robers. » (Ibid. 3i3.)

Rég. «De cAWia (lis. cfc/ai] Robert »

« De chelui Robert. » (Ibid. 3i3.)

Suj. « CTiis Wilars. » (Ibid. aa6. )

Rég. « Le terre cfeftii Wilart. > (Ibid. 226.) »

Si ai totes celés trenchies

Qui tôt entor ce paliz sont.

N- R. de F. et C. I, 27, 84o, 861.

où Ton voit ce perdre son emploi primitif de neutre et absolu, pour devenir pronom démonstratif masculin.

Mais, du reste» la fixation des paradigmes de ces pronoms, telle que nous l'avoas encore : ce, cet; cette, ces; celai, celle, ceux, est postérieure au xnr* siècle et même peut-être à la première moitié du xiv\ Je ne la vois encore ni dans la Chronique de Join ville, ni dans les Poésies d'Eustache Deschamps.

C'est aussi après le xm* siècle qu'est venu l'usage de donner à ces pronoms, avec quelque régularité, les particules ci et là, en manière de suffixes. On n'en voit que peu d'exemples et comme par hasard dans les textes d'avant 1 3oo ; l'affixe î qui est encore employée par Jbinville et les auteurs du xrv* siècle, semble quelquefois en tenir lieu. (Cf. Partonopeus de Blois, 1*98, 12 58; R. de Renart, 4533, 4895.)

$ IV. PRONOMS RELATIFS. -;.;r^.

La langue française n'a que deux pronoms relatifs et n'en a jamais eu davantage; on les trouve formés dès les plus anciens textes ; et s'ils ont varié , c'est plus dans l'usage qu'on faisait de leurs flexions que dans ces flexions ellesmêmes.

a. Le premier a même été constamment identique en tous les dialectes ; c'est :

sing. Suj. Masc. ki, qui Fém. ke, que.

Rég. indir. dont de- cui.

cui, cuy cui, cuy.

Rég. dir. cui, cuy ke, que.

plur. Rég. ki , qui ke, que.

Rég. indir. dont cui, cuy.

Rég. dir. cui, cuy ke, que.

Ce règlement est te plus ancien qu'il soit permis de présenter avec toute certitude; il avait cours dès avant le commencement du xin* siècle. Je vais l'établir par une suite d'exemples détaillés : -*

Sing. suj. masc.

i Cil plorent lo grief jug ki est sor tos les filz Adam. > (Serm. de

S. Bern. fol. )

Sing. suj. fém.

« Li paslor ceurent et si atruevent la parole ke dite fut a ois , as «altres l'anoncent , et tuit cil kiYoent s'en merveillent. • (Ibid. fol. )

« 0 sapience ke de deilenz est traite f » (Ibid. fol. )

Plur. suj. masc.

« Wai a vos, riche home, ki aveiz vostre solaz, par cuy vos des- « serviei ke vos n'en aies lo celestien saichent bien li home ,

« ke cil ne desçrvent mies qu'il aient lo visitement des engles , ki « ne sunt en la labor des home. » (Serm. de S. Bern. fol. )

Phir. 8Qj. fém.

• Et li charnels hom ne conoist mies celés choses ke sunt de l'es- « pirit de Deu. » (Ibid. fol. )

Sing. rég. masc.

« Ke feroie ju , se d'espérer non , quant ju oroie dire ke cil vient « coi loi ju ai si grièvement trespesseit. » [Ibid. fol. )

« Lo chief coi li engles aorent , eux li poosteiz honorent et cuy « les altres vertus de «el redottent. > (Ibid. fol. )

« Cil coi il tesmoignet est ses parenz. > (Ibid. fol. )

« A cd jor que Dex les avoit délivrez par la prière saint Pol, « coi il avoent apelé en lor aide. * (Tr.de J. Beleih, fol. 3 r. )

Sing. rég. fém.

« Car li enfens qui naist est Deus , et li meire de cuy il naist est f virgine et li enfentemenz est senz dolor. > ( Ibid fol. )

« Guydiez vos , chier fireire, ke poc nie deust graveir, si je savoie

• ke ceste parole, ke ju or parole à vos, duist périr en vos cuers ? • (Ibid. fol )

« Ma char receut, ne mies la char Adam : c'est celei coi Adam

• est davant la colpe. > (Ibid. fol. )

i Ke cil fu neiz en ténèbres et en si grant confusion d'acre, cuy

• li yver est , et li esteiz et cuy est li jors et li nuiz. » (Ibid. )

Plur. rég.

• Gst sunt li vaissel d or et d'argent dont om aministrent ui a « nos besognols en la taule nostre signor. > (Ibid. fol. )

• Et encor après tôt ceu, li poverteiz et li vailles des pastor à « cuy li naissance del salvaor fust premiers anoncie. > (A. f. )

« li Romain regardèrent qu'il estoient eschapé de sièges et de « mainz autres perilz par les prières des sainz cui il requeroient. » ( Tr. de J. Beleth, fol. 3r.)

Le classement des formes de ce pronom reposait donc d'abord : pour les genres , sur la distinction , que

nous avons déjà vue en d'autres pronoms, de i lettre masculine et de e muet, lettre féminine; pour les cas, sur la différence d'orthographe entre ki et qui sujet, et cui ou cuy régime.

Cette dernière distinction 's'est maintenue fort longtemps et elle est fondamentale dans notre vieux langage : pendant tout le xin6 siècle, et encore depuis, on la trouve observée avec régularité et sans aucune exception : qui et ki, formes équivalentes également autorisées, dont la dernière même prévalait en Normandie et en Picardie, marquaient toujours le sujet; cui, écrit quelquefois cwf, marquait le régime ; et quand on se fut permis d'introduire que, avec la valeur de régime direct masculin , cui resta comme régime indirect et régime des prépositions.

Ki pour cui est une faute d'orthographe , dans tHist. de Cambray, 1 269 , Pr. II, 3 1 .

La distinction, au contraire, de qui, ki, exclusivement masculin, et de que, ke, exclusivement féminin, n'a pas été longtemps suivie avec exactitude. On commença d'abord à l'enfreindre en se servant de qui pour sujet féminin, au pluriel, puis en usant de que comme régime direct du masculin singulier; puis enfin on la viola tout à fait, et l'on employa qui comme sujet des deux genres , que comme régime direct des deux genres, et cui comme régime indirect, avec ou sans prépositions.

Cette révolution d'usage s'est opérée presque complètement entre l'âge des S. de S. Bernard et l'époque où Villehardouin rédigea sa Chronique.

Ainsi , dam les S. de S. Bernard, la distinction de qui masculin et de que féminin est encore fort régulière et constante au singulier; mais au pluriel, on commence à y voir quelquefois qui pour le sujet féminin :

• Trois merveiflouses choses eswart, chier freire/ën çeste ne- • xance de Nostre Signor, ki sont diverses et forment' dessem- «blanz.i (Fol. )

Villehardouin emploie déjà qui pour sujet des deux genres et que pour régime masculin :

« Ensi chevauchierent tote nuit et lendemain à grant dote et « «grant paine, tant que il vindrent à la cité de Rodestoc, qui ère « poplée de Grex, mult riche et mult forz. » ( 197 ; pag. £76 d , éd. Brial.)

« L'empereres Alexis de Constantinople prist dé son trésor ce « que 3 eftjtot porter. » (Ibid. 9A , p. 453 d. )

* Totales paroles qui la furent dites ne vos contera mie li li- « vres. » (Ibid. 67, p. M7 e.)

« B y a ysles ci après [ auprès] , que vos poez veoir de ci, qui sont ha- « binées de genz et laborees de blez et de viandes et d'autres biens, b [Ibid. p. 447 E.)

Quant un valiez a que doner Bien se sofrent à acoler.

N. R. de F. etC. 1 , 38.

Don*, dans ces temps anciens, commençait seulement à passer, de son sens primitif d adverbe, à celui de pronom relatif; il était peu usité, cui le remplaçant dans beaucoup de phrases; et lorsqu'on l'employait, il conservait toujours, dans le sens ou dans la construction, quelque chose d'adverbial.

C'est ainsi, qu'au lieu d'être restreint à l'usage dé génitif, on le voit employé comme instrumental, Mgûk fiant avec lesquels , ou au moyen desquels.

On en a déjà vu ci-dessus un exemple.

«Que il lor donroient navie à bone foi, sans mal engins, dont

• il porroient aller en Surie. » ( Villehardouin , 5g , p. 446 c. )

Olivier fut prous et amanevis , "

Prant le destrier don li donzeh chàï.

Gerartde Vtane, 855» 856.

Li mostier Toz sainz l'apelerent Por li cors sainz donc tant i out.

R. de Ron, 10&26, 10627.

« Et lors commença la guerre avec les Grex endroit soi, et H « Hemin delà te^cre, dont il y en avoitmult, commencierentà torner « devers lui, qui haoient mult les Grex. » ( Villehard. A69 s. )

« Ne sai par coi conseil [par le conseil de qui] Tempereres res- « pondi qu il voloit aller toutes voies vers Salenike. » (Ib. p. 465 s.)

«Pour la volonté de WiQaume ma famé, de coi chief [du chef « de qui] Borbone dèsus nommée est. . . . » ( i2o4; Berger de Xivrey, Lettre à M. Hase, p. a 10.)

« Coi cousin il ère. 1 ( Villehardouin , p. 438. )

« En cui garde [à la garde.de qui] le roi Phelippe l'avoh com- « mandé. » ( Ibid. p. 446 . )

«De coi li awe muelt. » ( ia36; Hist. de Metz, Pr. m, 190.)

« Monseigneur Jaique, evesque de Verdun , coi homez lièges y « sunt. » ( ia54; ibid. p. 207;)

t Celui coi li justice en courperoit , • celui que la justice en accusera. ( 1280; ibid. m, aai.)

«Sor coi. » (Vers 1220; ibid. 177.)

Dont a conservé , du reste , pendant tout le xiu6 siècle , cette sorte de caractère mitoyen entre l'adverbe et le

pronom relatif; il est une foule d'exemples où il est beaucoup plutôt adverbe que pronom :

Or me redit tes, 8*3 vos plait, vérité : Dont estez vos et de kel parante ?

Gtrors de Vian*, 1809, 1810.

Il résulte des observations que je viens de faire, pour la chronologie des textes :

i° Qu'il faut remonter avant l'âge de la Chronique de Villehardouin , ou à peu près ayant 1210, pour trouver les pronoms relatifs employés avec régularité : qui, ki, exclusivement comme masculins; que, ke, exclusivement comme féminins , au moins au singulier.

a0 Que par conséquent ce n'est guère que jusqu'à cette époque que la forme cui a servi avec régularité de régime direct singulier masculin ; elle a été peu après remplacée dans cet usage par que. Il s'en rencontre encore plus tard des exemples , mais épara* peu nombreux, et je crois que ceux d'autour de iïi5o peuvent être regardés comme d'une date déjà bien récente.

J'ajouterai que bientôt après cette époque , l'usage des pronoms qui et que se confondit : on perdit l'intelligence des règles qu'on avait cessé de suivre; et l'empilement des formes de Picardie, où l'usage de qui et de que ne paraît avoir jamais été réglé aussi nettement qu'en Bourgogne, acheva de brouiller l'emploi de ces pronoms.

Ainsi, après ia3o, on trouve bien encore, en général , qui nominatif des deux genres , que régime , et c'est

leur emploi le plus fréquent; mais souvent aussi que usurpe l'usage de sujet, au masculin comme au féminin. On ne voit nulle règle pour cela; on peut seulement remarquer que cette confusion est plus fréquente dans les textes picards, et qu'elle est d'autant plus fréquente dans les textes bourguignons qu'ils sont plus mélangés de formes picardes.

Il faut donc établir qu'en Picardie, dès avant ia3o, et en Bourgogne , à peu près depuis cette époque , on trouve l'usage consacré de se servir de que, comme équivalent de qui, sujet des deux genres et des deux nombres.

Mais l'inverse n'avait nullement lieu, qui ne se montre jamais comme régime.

Vers le même temps aussi , et comme par une sorte de contre-poids, cui se restreignait k un usage plu» précis : il perdait la fonction de régime direct et ne gardait que celle de régime indirect, masculin et féminin , des deux nombres. On commençait même à l'employer plus rarement sans prépositions , si ce n'est lorsqu'il signifiait proprement à qui.

On a déjà pu voir, par quelques-unes des phrases que j'ai citées , quelle précision elliptique ce pronom régime cui donnait souvent aux constructions; voici de nouvelles preuves de l'emploi de ces pronoms, où l'on en trouvera d'autres exemples :

« Tole le terre qui nos vient de par no père et de par no mère. » (ia38;77i. N. An. I, 1007.)

«Cil à qui [lis. cui) il l'acenBiroit. • (12 38; ibid. 1008.)

t En le court le dit Pierron et demisele Jebanain se famé devant « nommée, de kui [lis. coi] costé li fief vient. » (C. (TA. 3io.)

(Horiouz peires ke soufris passion t Et suscitais de mort S. Ltizaipn.

6eNtf+& Viant, *4oi, a4o3.

Cil ke chaserent an la salve ramue Avoc Kallon a la barbe chanue , •' A Kant de lui n'orent oie ne veue. Ariere as trois ont lor voie tenue.

le voil mostrer de mon esforcemant A Karlemaine cui douce France apant.

Ibid. 458, 459.

Li dus Gerars don n'est il parjuré Envers Karlon ki est rois coroné , Cui il plevit et foi et loialté ?

Ibid. ia5i-ia53.

Si ait Tonor cui Dex Tait destiné.

Ibid. 1979.

L'estacbe prent Olivier li hardis :

Cui il consuit, toi est de la mort fis.

Ibid. i435, i436.

Bien iert de France ke vos i amereiz : Coi vos haires, mar i serait troveii.

Ibid. 3896, 3896.

Sers de son chief , pour voir, esloit

A 1. baron cui il servoit

Ki riches ert de grant manière.

R. <U M. ia58, v. 64-66.

« A cm ge sert. • (Tr. de S. Gr. H. I de Fr. XQI, 11.) « Et cil jureraient sor sains que il esteraient à empereor celui « cui il cuideroient que fust plus à profit de la terre. • ( Vâlehard. 122; p. A5g d.)

« Et se aucuns arrestere homme ou femme ou la Idr chose > et «cil qui rarresteroit disoit qui [lis. qu'il] fut pièges ou d'atres et « cil cui om arrestroit le denoieret , li wairdour de la pais enquar- « raient sor lor sarment par oulx ou par celui que savoir km. por- « raient, ce sil [î lis. cil] en fut pièges ou d'autres. 1(1321; Hitt. de Metz, TU, i83.)

Et riche qui art et escume Seur le poore cui sanc il hume.

Ver$ sur la mort, XLI, p. 37.

C'est cil ki de plus haut renom Est chevaliers de cest empire. . . .

Cest cil à cm' je sui donnée.

Lai cTlgnaurès , 109, u4>

Et se li die

Cui elle aimme en concession.

Ibid. 89, 90.

On voit encore , dans ces phrases, cui employé comme régime des verbes ; et en plusieurs , comme régime direct. Cela est devenu plus rare après cette époque.

Nen Olivier ke vos issi veeix

Par coi je suix de prison eschapeiz.

Geran d* Viane , 1 4 1 V , 1 6 1 8 .

Se or l'ancontrent paissant à l'issue A cui il ait point de terre tolue, Tost li feront une desconneue.

Ibid. 3732-37 ad.

« Des hosteis en cui hosteilz cil trairont qui vin venroni qaerre. » (ia4i; Uist.de Metz, IU, ig5.).

« Que nuk meutiers ne habergent homme qui vigne querre vin « ne qui Tan voille meneir, ne ne voise avec lui pour vin acheteur « ne pour aplegier, ne autres pour oulz, nés pour lou mesureir, « auci ce cil coi li vins est non mandoit dont querre. » (Ib. p. 1 g5.)

« Li trese de cui paraige que cil ce [lis. se] tanroit qui encour- « peit en seroit • (Ibii. p. aa 1. )

« Per le cui cornant, » par Tordre duquel. ( ia65 ; Perreciot, II , 3og.)

«Ou molin que siet »(ia7i ; ibid. 3i4.)

« E se alquons meist main en celui qui la mère yglise requireit, « se ceo fust u evesque , u abçie , ou yglise de religion , rendist ceo « que il i avereit pris e cent solz de forfait. . . . » (L. de G. 1 .)

J'aimerais mieux, au lieu de qui, lire cui; cependant le passage se peut entendre des deux manières.

Ce texte , en général , fort maltraité par les copistes et les éditeurs, est plein d'incorrections dans les pronoms relatifs : qui et ki y sont très-fréquemment écrits pour cui. Je pense que ces anomalies ne doivent être attribuées qu'à f ignorance des copistes; à moins toutefois, conjecture d'ailleurs peu probable, que fcî n'ait été une ancienne forme normande pour est. Ainsi :

« E cil qui li plait aurat de remied vers lui xii ores e le seignur « en ki [lis. coi] fin il maindra x ores. » (L. de G. 3. )

Il y a d'autres exemples de la même faute dans les chartes.

t En qui [lis. coi] main, • dans la main de qui. ( 1367; C. (TA.

p. ai A.)

« En qui main. > (iagi ; charte mste. delà comtesse d'Alençon.)

• Cil ki prendra larun sanz suite e sanz cri , que cil enleist à qui « [lis. coi] Si aurad le damage fait. » (L. de G. 5.)

• Home qui plaide en curt, à qui [lis. coi] curt que co seit, fors i la , ou le cors le rei est. > (Ibid. a 8.)

t Silarecin est troved, en fat[lis. coi] terre que ceo seit e le « laroun ovecque , le seignour de la terre e la femme avérant la metted del aveir à laroun. > [Ibid. 3 1 . )

E se cil i défait, de ki [lis. eut] il se daime , <fanf prenge congé. » (Ibid. ai.)

« Nuls nereceithomeultre m. nuis si til [Ks. cil] ne licommand, « od qui [lis. coi] il fust ainz. t (Ibid. 46.)

Qui, ki, cui souffraient volontiers f élision de leur i final , devant les voyelles :

Beneoiz soit k' a [qui à ] moi entendera : Je suis ehleu de Deu ke tôt forma E de S. Pierre que à Rome estora A coi poioir des pecbeors dona De pardoner

Gtran de Vian*, âoo2-Aoo6.

Veus tu dédire per ta grant van tarie , Li dus Gérard k'il n'ait sa foi mantie . Envers Kallon , eu ill'avoit plevie ?

Ibid. 1235-1237.

Dans toutes les provinces, mais principalement en Normandie et vers la fin du xme siècle en Champagne et dans l'Île-de-France , on trouve employée l'orthographe qi, qe, au lieu de qui et que :

Kar parole qe n'est oie Ne vaut pas un aillie.

1 a65 ; dans YArchaeologia, XXII, 3i 5.

Sacfai de ce en funi qe sage.

ia65; dans rttrcAocofoyia , XXII , 319.

Enfin, qui se combinait quelquefois avec les pronoms personnels, et Ton trouve, par exemple, quis pour qui se, kis pour qui les.

Ses [-si les] ont si durement feras Qu'es nies les ont abatus.

Et Parlonopeus lor guencist.

C'est li premiers quis renvaist.

Parlonopeus, 8771-8774.

1 E s'il pot dedenz un an e iv jurs trover le larun e amener à la «justice, si li rendra les vint solz kis aurad dut e seit faite la jus- « tice de larun. • (L. de G. 4.)

En la vile but une abeie Durement riche e garnie.

Mun escient , nuneins i ot E abeesse kis guardot.

Marie de France, L. del Freinte, i5i-i5â, I, i£8.

b. J'ai réservé, pour en parier à part, une forme particulière de pronom relatif, quoi, qui paraît n'avoir été primitivement qu'une forme régime de qui.

Qu'il se rattache à la déclinaison de qui, c'est d'abord ce que sa forme indique d'une manière tout à fait évidente.

Quoi n'a jamais pris aucune marque quelconque ni de genre ni de nombre. H se trouve écrit, très-anciennement, en Bourgogne kai, koi, coi, quoi; en Picardie koi, qoi, quoi; en Normandie kei, qei, quei; toutes ces formes sont invariables.

On pourrait dire de ce pronom , que sa fortune a été l'inverse de celle de dont. Ce dernier, primitivement adverbe, est devenu, par extension, une des formes du pronom relatif, et il l'est resté; au xin* siècle il était bien plus souvent employé comme adverbe que comme pronom; aujourd'hui, nous ne nous en servons plus qu'en ce dernier seps. Quoi, au contraire, est primitivement une forme de qui ; et peu à peu il a perdu son acception pronominale , pour ne nous plus servir aujourd'hui que comme adverbe ou comme conjonction.

Quoi n'était jamais sujet.

On a vu déjà qu'en divers textes anciens de Bourgogne , la formg régime cui faisait auprès des verbes l'office de régime direct.

Il est remarquable que, dans les mêmes textes, on rencontre coi employé comme forme régime de 90Î, avec les prépositions, et jamais autrement.

Ainsi , en suivant l'autorité de ces textes, on pourrait reconstruire l'ancienne déclinaison de qui, en langage de Bourgogne , de la manière suivante :

Pour les deux nombres : r

Suj Masc. qui, ki Fém. que, ke.

Rég. dir. des verbes , cui que , ke.

Rég. ind. des verbes, cui ....

Rég. des prépositions , coi ....

à coi . . . . *

par coi

Il y a lieu de douter que, dans les temps primitifs, les formes cui et coi fussent des deux genres. D est

beaucoup plus probable qu'elles ne furent d'abord que masculines , et qu'elles ne commencèrent guère à s'usurper au féminin que lorsqu'on prit l'usage d'introduire que comme régime direct masculin : il y eut une sorte d'échange.

A ce tableau il faut joindre la forme de génitif des deux genres dont, qui commença de fort bonne heure à s'employer dans ce sens.

L'arrangement que l'on vient de lire n'est peut-être pas le plus ancien qui ait existé dans la langue pour ces pronoms, mais c'est le premier auquel les textes qui me sont connus aient pu me permettre d'atteindre.

Il a précédé l'arrangement que j'avais déjà présenté ci-dessus, et qui appartient, ainsi que je l'ai dit, aux derniers temps du xii6 siècle et aux premières années du xnf.

Aucun texte ne nous présente plus formellement le pronom qui décliné comme on vient de le voir; dans les meilleurs et les plus anciens, quoi en semble déjà le plus souvent détaché, restreint à un sens vague et à diverses locutions spéciales. Seulement, en quelques provinces du langage de Bourgogne , coi se maintint plus longtemps avec sa valeur propre de pronom relatif; et comme cette valeur, ne variant point, y est toujours distincte de celle de cui, j'ai pu sans trop de hardiesse en reconstruire le tableau de cette déclinaison.

Mais ce tableau n'est guère que conjectural; et c'est pourquoi j'ai jugé à propos de l'exposer à part, au lieu de 4e confondre avec la déclinaison certaine de qui.

Il serait même possible, en suivant la chaîne des analogies, de remonter plus haut dans les antiquités de notre langue. On voit coi employé toujours avec les prépositions exprimées; c ai, au contraire, semblait, de sa nature , impliquer en lui une préposition sous-entendue, et réservé à servir de régime indirect aux verbes.

Or, en toute raison , l'analogie doit être , non point entre les deux régimes direct et indirect du verbe, qui de leur nature doivent être distincts, mais bien entre le régime direct du verbe et le régime des prépositions exprimées; le régime indirect des verbes, impliquant dans sa forme la valeur d'une préposition sous-entendue, est à part.

Donc il fcut croire que c'est déjà par suite d'une perturbation survenue dans l'usage de ces pronoms, qu'on y voit le régime direct des verbes semblable à leur régime indirect; la forme de ce dernier, mieux adaptée au ton général de l'harmonie de la langue, aura supplanté celle du régime direct; mais, dans les temps primitifs et tout à fait barbares , la déclinaison du pronom qui aura dû être au masculin :

Suj ki, qui.

Rég. dir. des verbes , coi.

Rég. des préposit . coi.

Rég. ind . des verbes, coi.

Ces formes paraissent avoir toujours servi pour les deux nombres.

L'époque ou les textes qui nous restent prennent la langue, vers la seconde moitié du xn* siècle, est

précisément celle qui suivit cet arrangement et *qù s'accomplit la destruction de cette règle. On y voit cui ayant déjà remplacé coi dans son usage de régime direct des verbes; mais coi s'y maintient' encore comme régime des prépositions et n'a été définitivement banni de ce dernier emploi, que plus d'un demi-siècle plus tard, quand le mélange des formes des deux genres fut venu augmenter la confusion et commencer un arrangement nouveau.

On peut voir que tout ce qui vient d'être dit de la déclinaison de qui se trouve confirmé par ce que nous avait montré déjà la déclinaison des pronoms personnels de la troisième personne.

Voici maintenant quelques exemples de quoi, pronom relatif, en rapport avec un objet déterminé et régime des prépositions :

Voit l'Olivier : dolanz fa et mariz.

H passe avant , si ait un paison pris , A coi li treû fut tandus et assis.

Gtrars de Vian*, &A3o->iA3a.

Le malinet kant solaus iert leveiz, N'i moinrois home qui de meire soi neiz Fors le destrier sor coi sereiz monteiz. Et combatrons as espees des leiz.

Ibid. 1272-1275.

Kant il seront devant celé cité, Angins feront tôt à lor volante Par coi seront li mur escreventé.

Ibid. 1750-1752.

Mes qui m enseignast la medicine Par quei ele fust asourdee Je l'en douasse grant soudée.

Le Ckev. à la cort>. p. 37, éd. Fr. Michel.

Escorpions et autres bestes Qui feu gitoient par les testes De coi il ist moult grant puor.

N. R.deF. etC. I, 7.

(Cf. Orell, A. Fr.Gr. p. 63.)

Au nombre des causes qui ont fait perdre à quoi sa qualité de pronom relatif, il faut remarquer celle-ci : c'est qu'on prit f habitude de le prendre absolument, dans un sens indéterminé et sans le rapporter à aucun objet direct, comme dans ces phrases interrogatives où nous en faisons encore un si grand usage : a por hai esleita il dons lo staule?» (S. de S. Bernard, fol. ) Quoi

devint ainsi comme une sorte de neutre de qui; et au xiii* siècle , sous ce rapport , on peut dire qu'il était à cui ce que ceu était à le, tous deux formes régimes de il, comme cui et coi Tétaient de qui.

Cela est rendu évident par le texte de Gerars de Viane; coi ne peut s'y rapporter qu'aux choses, aux animaux, et jamais aux personnes; avec ces dernières on met toujours cui. Toutes les phrases que j'ai citées ci-dessus en sont des preuves; j'en ajouterai deux :

Drois emperere , rie vos esmaiez ci.

Laisiez venir le prou conte hardi.

Lors savereizkel plaît il ont basti, Par coi, sont bien ensamble.

Gtrars de V urne, Siiy-Zi 20.

Xi dos RoHant est fors de file issus Et Olivier à ad s'est conbatas.

Gernrr <2e Kûue, 3 1 36, Z1Z7.

Je résume ainsi, pour en finir, la chronologie du premier pronom relatif:

i° Avant 1 160.

Saj Blase, ki, qui Fera, ke, que.

Rég. dir. des verbes , coi ke.

Rég. des prépos. . . coi

Rég. ind. des verbes, coi

a° Depuis 1 1 60 , à peu près , jusque vers 1 2 00- 1210.

Saj. ki, qui ke, que.

Rég. dir. des verbes , cai ke.

Rég. des prépos ... coi ....

Rég. ind. des verbes, coi cai.

Rég. génitif dont dont.

Cui au féminin e«t rare encore et peut être douteux dans cette période, mut pour les deux genres, commence à s'ymontrer.

3° Depuis 1 a 1 o environ jusque vers 1 3 00.

Suj ki, qui.

Rég. dir. des verbes , ke , que.

Rég. indir coi.

Rég. des prép coi.

Rég. génitif. ' dont.

formes devenues communes aux deux genres, et qui, sauf quelques perturbations dont j'ai parlé, se sont maintenues jusqu'à la fin du xuf siècle.

Il faut bien remarquer que dans cette dernière période, on voit encore coi régime des prépositions» puisque les exemples que j'en ai cités sont presque tous de cette époque; mais il y était restreint au sens neutre, et le plus souvent il ne servait qu'en des locutions déterminées, comme conjonction ou pronom interrogatif.

Ces distinctions chronologiques ne peuvent d'ailleurs jamais être rigoureuses, ni pour les temps ni pour les lieux; je ne les hasarde que comme des guides généraux, qu'on pourra sans doute, par des recherches plus profondes , rendre plus sûrs et rectifier en beaucoup de cas.

c. Notre second pronom relatif avait pour formes :

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