ALKES
M. Oreli (À. Fr. Gr. p. 296), qui na point connu le sens primitif de ce mot, l'a rangé parmi les adverbes. Il est incontestable que ce mot l'est devenu, d'assez bonne heure , et dans son acception et dans son usage ; mais il avait commencé par être une forme pronomi-
nale indéterminée; et pour remonter aux commencements de la langue , c'est parmi les pronoms indéterminés qu'il faut le classer. Mais comme il a de bonne heure perdu tout autre emploi que celui d'adverbe, on pourrait tout aussi bien le renvoyer parmi les adverbes.
M. Qrell est tombé d'ailleurs dans une erreur plus réelle et plus grave; il a cherché à déterminer d'après la signification de alkes, son étymologie; et comme il n'avait remarqué que les acceptions détournées et complexes qu'il a prises à la suite d'un long usage, il lui est allé chercher une origine qui ne semble ni assez simple ni assez naturelle. Il fait venir alkes de atiquanio, ou de alitjuoties, à choisir; et il rappelle que M. Diez le dérive de aliqaa vice.
Quelque éloignement que j'aie à hasarder moi-même de ces étymologies toujours équivoques et conjecturales, je ne saurais ne pas dire que alkes paraît dériver, fort clairement, de aliquid. Il en est, dans nos anciennes formes d'idiome, la corruption pure et naturelle; et il lui correspondait exactement pour le sens comme pour la forme.
H a signifié d'abord simplement quelque chose, puis quelque peu d'une chose, puis an peu, assez, au sens indéterminé. Il avait été d'abord pronom, au sens indéterminé, absolu; il fut ensuite employé adverbialement et on le joignit très-communément aux adjectifs* comme nous y joignons maintenant notre adverbe assez, quand nous disons : assez bien, assez large.
Il avait tout à fait alors le sens de cet assez, si ce n'est peut-être encore un peu plus vague; car en des endroits il semble signifier un peu , et en d'autres , beaucoup.
Dans tous les exemples qu'en a rapportés M. Orell, il sa pas d'autre sens.
Mais par une extension dont il y a bien d'autres exemples, il est arrivé qu'on donna à alkes seul le sens de deux ou trois mots, auxquels on avait coutume de le joindre, et qui s'élidèrent; et en ces locutions elliptiques, aUces signifia d'abord quelque temps, soit avant, soit après; et ensuite, en quelque temps, depuis quelque temps, vers ce. temps-là, alors.
Mais alkes n'a pu prendre ces significations que par extension et dans des constructions elliptiques; il n'a jamais été adverbe de temps que comme notre adverbe un peu Test encore , quand nous disons : an peu avant ou un peu après. ,n.
Et il faut remarquer tftoe, longtemps après que alkes a eu pris, en certains cas, ces valeurs extensives, on le trouve encore employé avec son sens propre et primitif de quelque chose, aliquid.
H est donc bien constant que la véritable signification de ce mot ua été que celle-ci : quelque chose, pronom absolu; et puis les extensions de sens qui peuvent dériver de là naturellement. Et comme il était d*un sens toujours très- vague, on éprouve quelquefois de l'embarras à fixer sa valeur précise , et sa signification semble ambiguë 'dans quelques phrases. B faut, pour
lever ces difficultés, se souvenir que toutes les fois que le sens de la phrase le permet, et c'est presque toujours, on ne lui doit attribueçatttfone autre valeur que celle du pronom absolu, ou de nos adverbes indéterminés, un peu, assez, beaucoup, plus ou moins.
Quant à ses formes, il n'a jamais eu de flexion, mais son thème a beaucoup£#arié.
La plus ancienne forme a été alkes, alques, d'où, par le fléchissement général de ces syllabes en/, aukes, auques; cette dernière forme a même été des plus précoces de ce genre, puisqu'elle est déjà assez fréquente dans Villehardouin; puis, en quelques provinces de Bourgogne, dques (Roquefort, Gloss. au mot Acque); de là, dans le langage mouillé de Lorraine, de la comté de Bourgogne et de quelques autres provinces bourguignonnes, aikes, aiqaes. (Roquefort, Gbss. au mot Aiqaes.)
L's final est quelquefois omis; mais les bons textes le mettent constamment, et il y a tout lieu de croire que c'était une faute de le supprimer. Il avait d'ailleurs quelque rapport au sens indéterminé du pronom.
Les formes en doivent être classées ainsi par provinces :
Bourgogne : Alkes, aikes;
Champagne : Auques, de bonne heure ;
Lorraine : Aques, aiques;
Picardie : Alques, auques , aulques , aucques;
Normandie, jusqu'entre ia3o et 1160 : (Mes, alqes.
Voici quelques exemples :
• 0 humilie», vertus de Christ, cum forment tu confons i'or- « goil de nostre vanitetl ju ki ne sai assi cum niant et ki aikes cuyde « savoir, ne me puis coysier. * [S. de S.B. fol. )
Leveiz le chief , si mfesgaardeis ou vis Si vos dirai aikes de mon avis :
Nel lairai por nul home.
Gerars de Viane, 11 58- 1160.
• Et à l'entrée par où on entroit avoit eu anciennement fortresce «de murs, de tors, de fosses; et estoient auques decheu. » (Villehardouû), p. 486 a.)
«Qui uncques se laira forjugier en ceste pais por aucques ou « por pou, sei amin en doient faire ceu ke d'omicide. » (V. 1220 ; HisL de Metz, III, 179.)
Et vos voloie corecier
Por ses paines auques vengier.
Partonop, 8671, 867t.
Un grant lions le voit esrer :
Fors est et granz et auques maigres Juesnes et fameiHox et egres.
Ibid. 5768-5770.
Et si estoit il auques tart.
N. R. de F. et C. I, 37.
Àtant une plainne a veue, Si est auques aseurez.
Ibid. 1, 8.
Moult ot la dame bon talant De lui faire auques de ses boens, Car ele i ratendoit les suens.
N. R.dtF. ctC. I, 39a.
Au bon chevalier qui nripii** Loiauté, prpece et anor Et qui n'ama auques [ ? onques] nul jor Home coart , fax ne vilain.
Ibid. \% 127.