PLUISORS, PLUSIEURS
Pluriel des deux genres.
Les grandes différences dialectales ont été : en Bourgogne, plaisors, forme ancienne, sinon primitive; en Touraine, plasors, d'où pluxours (H. de M. III, i64), forme ancienne de Lorraine où le x vaut deux s; en Picardie, dans les cantons de l'ouest et du nord, plasears (ia84; C.d'A. p. s85), pluseur (1282; le Carpentier, H. de C. p. 35), plaùears (1296; C. HA. 391); dans la Picardie champenoise, pluisours; en Normandie, plesur, plusar, plusours (du Chevalier à la corbeille, p. 35, éd. Fr. Michel), plasors.
Il y a quelques autres formes , principalement dans les textes de la seconde moitié du xm* siècle ; on trouvera, parmi les exemples, celles que j'ai rassemblées.
Dans l'usage grammatical, plaisors se distinguait, au
xiii* siècle, de son emploi dans la langue fixée, en ce qu'il prenait fort bien l'article à tous les cas : U plasor, as plasors; et en ce qu'il suivait les flexions ordinaires de la déclinaison du pluriel , perdant le s final lorsqu'il était sujet.
Cet usage semble le plus ancien et le meilleur; mais il faut reconnaître aussi que l'on rencontre déjà, dans les meilleurs textes, plasors, plaisors, employé sans article à tous les cas, et ne perdant jamais son s final. Il semble même , quoiqu'il y ait quelques faits contradictoires, que plaisors n'était déclinable que lorsqu'il prenait l'article, et que quand on l'employait sans article, il était de préférence invariable.
Voici des exemples :
t Car ne fut mies convenaule chose que tuit aussent tôt affait t dit, por ceu ke ceu nos deleitast, ke nos de plaisors puissiens t penre .diverses choses et rendre, à chascun tels grâces cum droiz «fust. » (S. de S. B.)
t Parconieres sont celés festes que l'en foire en un leu et en t autre non : si comme la saint Alaire et plasors autres. ■ ( Tr. de J. Beleth, îol. ai>.)
• Qui menjue une foiz le jor, si vit com anges ; qui does , om ; • qui plasors, comme beste. » (Ibid. fol. 5 r.)
Viles, cités, castiaus et bours, Barons, castelains ai pluisoars, Si sui remese sans mari.
A. de M. 378-38o.
Tout ensi se marieront
Et pluisoar enfant naisteront.
Ibid. iSao, 1821.
Puis servi tant par pîuisors ans Tos les plus nobles paissans Et cels de plus rice parage Qu'il parloit moult bien lor langage.
Partonopew de Biais, 36i-36A.
Pluisor en plorent tenrement Tant de joie, tant de teneor
Por le fille de lor segnor.
Ibid. ioA3a-ioÂ3A.
Ce poise moi, par fois le vos plevi Por ceo ke Ion voz tient por mon ami Si com je l'ai de pîuisors gent oi.
Gérait de Viane, i835-i837-
Par cel apostre por cui Deus fait verlu Par pluisor fois m'ait Gérard irascu.
Ibid. 718, 719.
De colors fut pîuisors enlumenee.
Ibid. 101a.
Plusorz. (Marco Polo, ch. II, p. a, éd. Roux.) Plosor. (Ibid. ch. III, p. 3.) Liplusors. (R. de la Rose, I, 53.)
Mult fut de plesurs choses sages , Mult aprist de plusurs langagges.
Lapidait* de Marbode, 3, &.
Bien est veu et cuneu Et de plesurs aperceu. . ^
ld. de Anato et Gemma.
Plusor e plasor ont poix dit Ke Héraut aveit gent petit Por co ke à li meschaï ; Mais plusors dient e jel di Ke cuntre un home altre enveia.
R. cURou, 13917-12921.
Del duc Normant fu tost alée Par plusors lieus la renomée. . .
Plusors vindrent par covenant Ke il aveient fet avant.
IbùL u5Ao-u55i.
Maint Engleix unt acraventé; Grant mal i firent li plusor E mult i perdirent des lor.
IbU. 13708-13710.
Bien poet l'en saveir as plusors Ke il orent boens ancessors.
IbU. i3666, i3A67.
Cf. liplusur, plaswrs. (Ibii. 65 1 1 , 890&, 9370.)
Des aventures qu'ils oieent Ki a plasur gent aveneient
Marie de France, I, 11A. {Lai (TÉqmittm, y. S, 6.)
Et de plusurt l'avum nus veu.
[bid.126. (V. 166.)
• Cum par plusieurs fois vous aie requis. » (Bourges , ia64 ; Tk% N. An. I, nao.)
M. Orell (A. Fr. Gr. p. 7 a) a rapproché avec beaucoup de raison, des variations de notre mot plusieurs,
une ancienne forme picarde, plurieux, plurieus (Roquefort , Gloss. à ce mot) , dont il ne s'est conservé que peu d'exemples, mais qui semble suffisante pour nous indiquer au moins que les primitifs de toute cette famille étaient en r médial au lieu de s.