‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 47 sur 113 · SECL · texte numérisé non relu

SECL

Les formes dialectales de ce mot sont fort distinctes, comme celles de tous les mots du même genre. En Bourgogne, sol; en Picardie, dans l'ouest et le nord, seul; dans les régions de Picardie qui confinent à la Champagne , d'abord soûl, puis, autour de 1 a5o, seul; en Normandie, sui

Les flexions de cas n'ont rien de particulier; le singulier sujet, dans les temps les plus anciens auxquels les textes nous permettent d'atteindre, autour de 1 1 5o, conservait encore régulièrement le I devant s; depuis il le perdit : d'où s'établirent, autour de 1 22 5, ces formes de sujet singulier : soz, sens, souz, qu'on trouve dominantes dans les meilleurs textes du milieu du xm* siècle.

Ainsi, pour l'histoire de ce mot, comme pour celle de beaucoup d'autres, nous trouvons une époque antérieure à l'établis&ment de cette règle qui faisait, par une sorte de contraction , élider certaines consonnes à la fin des mots devant s; et qui, dans ces contractions, changeait s en z : cette règle n'était pas encore suivie du temps de Villehardouin , ou ne commençait à s'étendre alors qu'à un petit nombre de consonnes/

La forme en o pur, proprement bourguignonne , ne s est pas maintenue fort longtemps sans s'altérer, tournant en soûl dans la Lorraine, les confins de la Champagne orientale et méridionale, la Bourgogne et le comté de Bourgogne; en seul, dans le reste des provinces de langage bourguignon. On remarque même, après i25o, une tendance sensible de la forme seul à pénétrer dans toutes les provinces et à s'introduire dans tous les textes'.

Sol est encore dans Villehardouin : « d'un sol home » (p. 456, éd. Brial); mais c'est un des derniers auteurs qui l'aient employé.

Voici des exemples :

Sols. (S. de S. B.) «A lui sol* (Ibid.) • De ceste sole aparition. » (Ibid.)

Mal soit de celle ke vers lui soit aleiz 0 Fors un soûl conte : de Beorges fust neiz.

Gerars de Viane.b'jS, 076.

Vcndreiz an Vile toz 5002: san compaignie Trestoz armeiz el destrier de Surie.

Ibid. ia63, 1 2/1/1.

Etconbatroos asespees.des leiz.

Je por Gérard , le franc duc onoré , Vos por Ktrion , le fort roi coronë , Puis ke serons 50a/ à soûl adobé.

Ibid. 1275-1278.

Sous, seul. (Fabl. inèd. i, 278, éd. Robert.)

Se ai a c*une seule entrée Tant a de lonc com a de lé.

Partonopcut , 6170, 6171.

Car seul de co que je vos voi Sui je tos revenus en moi.

Ibid. 6o85, 6086.

Aucuns dolenz l'i amena

Qui en la forest esgara

Ou toz sels est sanz conpaignie.

Ibid. 5833-5835.

Cil seus soloit a lui aler

Et son pain et s'eve a porter.

Ibid. 55i3, 55i4.

Nostre sires velt entresait

Que uns seus hom x. femmes ait

Et x. maris ait une femme.

R. de M. i8ia-i8iA.

Sul Deus est sachanz e mestre.

B. de S. More, Chroniqut, 59.

« Uns sul. » (R. de Rou, 6286. )

Seal avait son adverbe régulièrement formé : solement, soulement, soulemant, seulement, salement.

Page 1