‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 48 sur 113 · TAN · texte numérisé non relu

TAN

Ce mot, à proprement parler, n'a point eu de formes dialectales, son thème ayant toujours été commun à toutes nos provinces, si ce n'est toutefois le langage normand, où on Ta écrit : taun, taunt, tavrnz.

Tant était le relatif de quant; ce dérpier avait une signification interrogative et voulait dire en quel nombre? Tant lui répondait et signifiait en tel nombre; ou plutôt encore, emportant un sens de comparaison et quelquefois d'exclamation , en si grand nombre.

On déclinait tant :

Masc. tant Fém. tante, tanz tantes.

Et de même que tous les autres adjectifs numéraux du même genre, on le voit employé indifféremment au singulier et au pluriel.

« Tantes fieies, » tant de fois. (S. de S. B. fol. 33 r.) « Par tant tesmoignages et hui, chier freire, confarmeie nostre «foiz; par tanz démos tremenz est ui enforciefe nostre espérance « et nostre chariteiz enflammeie par tanz embrazemenz. » ( Ib.)

Lai veissiez tantes hantes brandie

Et tante anseigne de soie damarie.

Bien s'entrefierent , ne s'antrespargnent mie

Gerartd» Viane, 161 1-161 3.

Maiz jo oi dire à mon père

Bien m'en sovint, maiz varlet ère,

Ke set cenz nés , quatre meins furent. . .

A tantes nés pot l'en saveir

Ke mult i pourgrant gent aveir.

R. de Rou, 1 i56/i-i i5y5.

Si j§ pusse E je le loiser usse Veiez tauntz barrez et tanz murs

Je vodroi estre ou vous afllours En Espaigne ou en Lumbardye.

Le Chev. à la corbeille, p. 39.

« Taun soulement. » (Ibid. p. 35.) Taunt. (Ibid. 36.)

Por bien Partonopeus vengier Quele a fait tante nuit veiller.

Partonopexu d* Bloit, 7009, 7010.

Onques de plus fiere bataille Ne de vasal qui miols asaille Ne de vasal qui miols desfende Ne mellors cols encontre rende Ne de gregnors mésaventures De plus fortes ne de plus dures Ne de tans si bons recovriers Par les cols de deux cevaliers Ne de si fiere contencon Ne en fable ne en cançon N'oi parler à nul des tens De crestiens ne de paiens.

Ibid. 9167-9258.

« A la vie de chacun de lour tant seulement. • (Dunod, H. da comté de Bourgogne, II , 6a 1 . )

En même temps que tant était employé avec le* flexions adjectives, on s'en servait aussi dans les textes d'une manière adverbiale, et il y était souvent indéclinable. On voit même, dès la seconde moitié du xme siècle, les formes déclinées de tant devenir toujours de plus en plus rares ; et il tendait à prendre déjà cette forme invariable qu'il a seule conservée.

Or ai tant joie n'en quier plus.

Parionopeus de Bbis, 9297 .

Li une plaignoit sa biaulé , Tant membres biaus et bien mole , Que lait erent tout li plus biel :

Ensi disent dou damoisiel.

Lai d'igmaris, 597-600.

Sire franz dus , à moi en antandeiz Tant ai conquis et chastelz et citeiz , Tote la terre des ci à bal es guez.

Gtran de Viane, 364i-36£3.

Geu kelai preste m'ait bien randu ,

Car de grans cols i ai tant receu

Pix m'en serait dedans vij ans ou pluis.

Ibid. 3175-3177.

Haut sont li mur ke paien ont fermé.

A ferremans n'a picos acereiz N'en poroit estre un solz quareiz osteiz : Tant es li uns an l'autre saeleiz.

Ibid. 3aa5*3aa8.

On trouve quelquefois, dans les textes de Normandie et de Bourgogne, tante, forme invariable, pour tant. Ce n'est qu'une variante d'orthographe de peu d'autorité , mais qui sert à nous indiquer la prononciation fortement marquée du t final :

Non aurés certes , si respont Olivier, Por tante comme ie vive.

Gtrars de Viane, 2268, 2269.

E rault plus lez les pies d'un es En tante sen formez e fez Coi ne vos seraient retrez.

Benoît de S" Maure, Chronique, i63-i45.

On employait ensemble les deux relatifs tant et quant, dans cette* phrase négative, tant ne quant, qui signifie ni peu ni beaucoup, nullement, point du tout (Roquefort, Ghss. à ce mot), et en quelques autres locutions analogues.

Tant avait divers composés avec de simples préfixes : l tant y Normandie : itaunt (R. de Horn, mst. fol. 85 r.) avec le même sens que son primitif; il a été employé vers le milieu du xme siècle :

Mais n*i voient riens qui face à desplaire, N'en cors, n'en bras, n'en bouche, n'en menton, Fors seul itant qu'ele ne me fet don De li amer por alongier ma vie.

Chantons du sire de Coaci, p. a3.

A son plesir me fait plaindre et plorer Et sospirer et veillîer sanz dormir; Mes itant fu à moi reconforter Que , nuit et jor, en plorant la remir.

• Ibid. p. 66.

Mes d' itant sui esbahis Que j'ai si très haut pensé Qu'à painnes iert acomplis Li servirs dont j'atent gré.

Ibid. p. 69.

Itant savom bien que li munz Est tuzegaus e tuz rouns.

Benoit de S. More, 29, 3o.

Altant, autant, qui n'est point des premiers temps de la langue et dont je croîs qu'il n'y a guère d'exemples avant la seconde moitié du xm* siècle. B a été usité d'abord avec le même sens que son primitif tant, et ce n'est que depuis qu'il s'en est séparé pour prendre la signification propre que nous lui donnons encore.

Composés avec d'autres mots :

AUretant, aatretant, tr estant, le seul de tous ces composés , dans lequel tant put rester déclinable ; et encore ne le trouve-t-on guère employé que comme adverbe; il signifiait : autant d'autres.

En tôt li mond n'a altretant De si fort gent ne si vaillant Come vos estes asemblez.

R. <U Rou, ia585-i a5S7.

■ Sainz Benooiz aspiranz à la dignité de la perfection de vie, « establi el premier nocturne vi. saumes , îv. leçons , quatre res- « pons, et altretant d segoot. » ( Trad. de J. Beleth, fol. 9 v. )

Aatretant. (1266; du Gange, Hist. de Constantinople, pag. 17.)

Atant, qui signifiait alors et^lont je parlerai en son lieu parmi les adverbes. *

Tantost, autre adverbe de temps dont je parierai ci-après.

Tandis, adverbe de temps.

Tanque, tant que, tant cum, tant comme, qui voulait dire : jusqu'à ce que, à tel point que, si bien que, pendant que; il y en a beaucoup d'exemples dans tous les textes, mais surtout dans ceux d'autour de 1 a5o :

« Ensi chevauchierent tote nuit et lendemain à grant dote et à « grant paine, tantque il vindrent à la cité de Rodes toc.... » (Villehardouin, 197, p. 476 d.)

L'uns contre l'autre par si fier maulelant Se conbatirent ensamble maintenant, Tant ke tuit furent recreut et sanglant.

Gtrars de Vian», 1918-1920.

Longemant buit por sa soif restainchier Tant com il vot, le nobile guerrier.

Ibid. 3726, 3737.

Non ferai, sire, dist Rollant li manbreiz Ne m'en irai tant com voz i sereiz.

Ibid. 3360, 3s6i.

Toutes les ama plus d'un an , Tant c'une feste saint Jehan K'esjoist toute créature S'en alerent par aventure. . . .

Lai d'ignaurù, 6A-67.

Souvent repairoit en l'ostel Cheli qui folement se cuevre , Tant k"û aperchut toute l'uevre.

Ibid. 388-390.

Ignaures tu nous as bien déchûtes Tant con en sommes aperchutes.

Ibid. 3^9» 35o.

Tantant, forme équivalente d' autant, qui n'est point ancienne et tout au plus, je crois, des derniers temps du xme siècle.

Enfin les diminutifs, formés par une suffixe, tante t, tantin, tantinet. J'ignore si ces mots appartiennent au xin0 siècle, et j'avoue que je n'en ai sous la main aucun exemple. Je ne les cite que pour mémoire et sur l'autorité de M. de Roquefort (Gtoss. au mot Tantet).

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