‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 50 sur 113 · SING. Suj · texte numérisé non relu

SING. Suj

tous, touz

toute, toutte (v. 1330; H. de M. 176).

tout

PLUR. Suj.

tuit

toutes, touttes (v. 1 2 20; H. de M. 176).

Rég.

tous

Normandie :

sing. Suj.

tuz .

tute.

Rég.

tut

' PLUR. Suj.

tut, tuz, tuit

tûtes.

Rég.

tuz

La plus ancienne de ces formes , tôt, a été primitivement, ce semble, commune à la Picardie et à la Bourgogne. Il s'en voit du moins des exemples dans les plus anciens textes de cette province, et ce n est guère qu'autour de 1220 à i23o que tout commence à s'y mélanger :

« Item tôt li joveles, annels, finkage. ....»( 1 133 ; le Carpentier, H. de C. Pr. 18.)

« Tote [ibid. toute] le terre qui nos vient de par no père et de «par no mère. » ( ia38; Th. N.An. I, 1007.)

Apres cette époque, tout devint la forme commune de Picardie et de Champagne^ tôt, mélangé çà et là de tout, resta propre aux provinces de Bourgogne, à la Lorraine et au Poitou, qui, autour de i25o, employait tôt au moins autant que la forme normande tut .

Le féminin, pour les deux nombres, tote, totes, toute, toutes, est aussi ancien que le masculin, et les formes des deux genres ont toujours été fort distinctes. Dans les provinces bourguignonnes, c'est par le féminin qu'a commencé le fléchissement de tôt en tout; et Ton trouve déjà toutes constamment, toute et tote fort mélangés (Partonop. 10022), dans les textes où tôt se maintient encore pur au masculin.

Tuit, forme de nominatif pluriel commune à tous les âges et à tous les dialectes , semble un débris resté d'une ancienne forme de Bourgogne, qui s'est perdue.

Il est à remarquer, comme une délicatesse d'orthographe, que tous singulier sujet, ou plutôt, à cause de l'âge tardif où il se produit, pluriel régime, s'écrivait toujours par un s final, et toz, toujours par un z, au moins dans le bon âge, avant 1 2 60. La raison s'en peut assigner : z, de sa nature, impliquait contraction et marquait l'élision d'une lettre , habituellement d'une consonne devant s; or toz pouvait être, quoiqu'il ne fût pas, une forme contracte; tous ne le pouvait être ni ne l'était.

On trouve cependant tos dans les textes d'He-de- France et de Champagne; mais c'est vers l'an i2 5o ou 1 260, quand commençait la confusion et l'oubli des anciennes règles.

Ce qu'il y a d'important pour la chronologie, c'est que tôt ne s'est maintenu prédominant, en ses formes pures et sans mélange de tout, que jusque vers 12*20 au plus tard : les Sermons français de S. Bernard , la trad. dé la Somme de J.«Beleth, la Chronique de Villehardouin , n'ont guère encore que tôt, tote, tait, toz, totes : Henri de Valenciennes , continuateur de Villehardouin, a déjà les formes de tout; le R. de Gerars de V iane mêle l'un et l'autre .

Les formes de Normandie sont restées pures jusqu'au milieu du xin* siècle; à cette époque elles s'étaient étendues au midi de l'Ile-de-France, et il s'en trouve des traces jusque dans le Berry :

«O tute révérence e 0 tute heuneor. » (Bourges, 126/i; Th. N. An. I, 1120.)

« Et enqui furent totes les nés ensemble , et tait H vissier et « totes les galies de l'ost. » ( Villehard. 6a , p. 4AG d. )

« Que Johannis emmenoit a tote lor proies et à 'toz lor chars. » ( Ibid. 485. )

« I] meismes toz premiers. » (Ibid. £53.)

Tôt maintenant n'i ot pluis respit quis.

Gerars de Viane, 1/188.

Viane ! escrie : Deus aidiez S. Moris Fereiz i tait, franc chevalier hardi.

Et il si font que n'i ont terme mis , Mais desor toz si aidait Aymeris ....

Et voit les armes et les destriers de pris Ke Francoiz ont de tote pars saisis.

Tout maintenant eust Roi) an coubre A ses ij. poinz, voiant tôt le barné.

Ibul. 2698, a"»99.

Si reguardait tôt entor lui ou pré

De toutes pars se vit si anserré

En nule guise ne puet estre eschapé.

Jbid. 3590-2592.

Si m'aist Deus, ke toz tans iert et fu, Grant tort aveiz del tôt en tôt eu.

Ibid. 3919, 3930.

Dou tout en tout fuiraient visce. . . . Diu sour toute rien ameroient Et son commandement feraient.

R.deM. 1885-1890

Mais li aymans le soustient Par sa nature seulement De toute partie ingaument.

Ibid. 1908-1910.

Del tôt en tôt sui el desus.

Parionopeus, 9398.

Or en sont tuit à un acort.

Ibid. 9362.

Segnor, fait-il , or escoutés :

Tos lies gars est acordés.

Ibid. 93A5, 93 4 G.

Dans ce texte de Partonopeus de Blois, les formes primitives tôt, tote, sont prédominantes et constamment pures; cependant ce texte ne saurait être d'une grande antiquité; et tos mis toujours pour toz y est une marque certaine de la décadence des bons usages.

Cette exception à la règle que j'ai indiquée, de l'antiquité des textes où tôt pur prédomine , est propre au langage d'Ile-de-France, qui parait avoir conservé ces formes jusqu'assez avant après le milieu du xin* siècle.

• A tas ces qui ces lettres verront. » ( 1 a 59 ; du Cange , Hist. de Constantinople , Pr. p. 8. )

« Tos domaîges. » (1269; ibid. )

ïtocilki

Sez eveskes Est taz mander E à Caem taz asembler.

R. de Bon, 10895, 10687, 10688.

Tut li os li crussirent

Jt. de CkarUm. 196.

Taz li mens granz trésors vus seint abandunez. Taz icil

Ibid. aa2-ao3.

Taz vos consilers.

Ibid. SI.

« Totes honours. » ( 12 56; A. R. I, 339.)

La s'asemblerent li cumunes, Tates propris trent la rivière.

R, de Ron, 8997.

Li nés sunt à un port turnées , Tates sont ensemble arivées Tûtes sunt ensemble acostées Tûtes sunt ensemble aanchrées E tûtes ensemble assechierent.

Ibid. 11613-11616.

Tute nuit lor gent asemblerent.

Ibid. 10017.

Firent tut porpenseement De pel abatre une joée Ke toit porent veir l'entrée.

Tout n'a pas eu beaucoup de composés :

Toz dis, toz jors qui se sont succédé dans la même signification , et dont le dernier est resté avec la valeur d'adverbe de temps; j'en parlerai en son lieu.

Tostans, tostens, composition tout à fait analogue, avec la même signification; son second thème est le substantif temps. Voy. les adverbes de temps.

Atot, composé d'une préposition à, tombée en désuétude, qui signifiait avec, et de tout:.H avait la même signification que la préposition simple, et voulait dire avec.

Apres dist : Bêle suer, merci ; Fu il co qu'orains me tendi Sa lance atot le gonfanon.

Partonopeus de Biais, 8589-8091 .

Ce composé atot, atout, commence seulement à se montrer dans les textes de la seconde moitié du xni* siècle et n'y est encore que peu commun; sa présence dans un texte est un signe de peu d'antiquité. Atot a eu sa grande vogue dans le xivc et le xve siècle ; il est trèsfréquent dans Froissart , dans Monstrelet , dans Jacques du Clercq et dans tous les prosateurs de cet âge.

Trestot, trestout, avec toutes les formes et toutes les flexions de tout; il avait le même sens que tout, dont il est une sorte de superlatif.

On le trouve usité durant tout le xm° siècle; mais vers le milieu de ce siècle, en Lorraine, en Picardie, dans la Champagne surtout et ï Ile-de-France , il devint si fréquent qu'il est des textes où on le trouve presque aussi souvent que son simple.

En voici des exemples :

Grant paour ont trestoz li plus hardis.

Gerars de Viane, 2861.

Lors fois plevisent en bone volante Et conpaignie en trestot lor aé.

Ensi fuit la pais faite.

Ihid. 3096-3098.

Desoz un arbre menuemant ramus Devant son treif ke fu a or batus Fuit l'emperere, o lui c de ses drus, Ke trestuit proient Jesu et ses vertus Por les bairons

Ibid. 3 1 43-3 1/17.

Treslotes. ( N. R. de F. e* C. 1 , 5. ) Enmi trestos ses anemis.

Partonopeus , 860 5.

Trestot son cuer à s'amor tire.

Ibid. 875a.

Gaudins, al s ambiant qu'il en voit Trestot premiers s'en aperçoit.

Ibid. 8709, 8760.

Et a (Miens et à Paris Et par trestot nostre pais.

Ibid. 9l33, 9234.

Trestot» seule i violt aler.

Ibid. 8A67.

Nul mal en lui ne laissoit croistre, Ains se batoit dedens son cloistre Où il abitoit trestons seus.

R. de M. 110-112.

Ahi 1 Deus omnipotent Gel e terre, et ewe, e vent, Trestuz comanablement Sunt al ton comandement.

La Résurrection , myttère, p. aâ.

Totes voies, en norm. tuteveie, dont nous avons (ait toutefois. Voyez les conjonctions.

Partot, partout, adverbe de lieu.

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