B. HARMONIE DES LANGUES
I. Classification des langues selon leurs lois générales d'harmonie.
Chaque peuple a son goût très-marqué et très-nettement saisissable, et ses caractères propres, dans la musique, dans les arts de dessin, dans les arts de parole; chaque peuple doit avoir également son goût propre très-marqué dans l'harmonie de sa langue.
Il y a des langues qui affectionnent les voyelles simples et pures, aiguës ou pleines, et qui évitent les diphthongues. Les langues qui affectionnent les voyelles ne permutent jamais les sons des mots qu'elles empruntent, en diphthongues , mais en sons simples; elles ne changent jamais les voyelles qu'en d'autres voyelles : ainsi o en ou, a en o, etc. C'est qu'il y a des voyelles qui, semblant par la nature de leur son tenir à la fois du son de deux autres voyelles à nuance plus décidée, jouent volontiers le rôle de dériva tives.
H y a d'autres langues éminemment diphthongales , c'est-à-dire affectionnant les diphthongues avec autant de soin que les langues à voyelles en mettent à les éviter. Les langues diphthongales forment en diphthongues la plupart des voyelles qu'elles empruntent à d'autres langues : i en ei, en oi, a en ai, en eu, etc. Les langues à voyelles dédoublent la diphthongue dans les mots qu'elles empruntent; les langues diphthongales diphthonguifient la plupart des voyelles qui se trouvent dans les mots qu'elles s'approprient.
Il y a une harmonie secrète entre le goût des langues , dans la permutation des voyelles et la permutation des consonnes. Ainsi les langues à voyelles, dans l'emprunt qu'elles font des consonnes, les décomposent dans un esprit analogue à leur goût pour les voyelles pures ; elles les dédoublent et les simplifient — Les langues diphthonguales recherchent, pour la consonne comme pour la voyelle, les sons média ux, fondus, atténués, larges et gras, et elles suivent ce penchant dans la dérivation.
D y a des principes généraux de l'harmonie du langage qui sont communs à toutes les langues. Ds résultent de ce qu'a de commun, sous ce rapport, l'organisation de la nature humaine.
H y a des principes d'harmonie particuliers à chaque langue , qui résultent de ce qu'a d'individuel et de particulier chaque groupe de population parlant la même langue. Ces principes particuliers d'harmonie sont des extensions, des restrictions, des modifications, dans une limite donnée, des principes généraux, comme chaque caractère particulier de race, de peuple, de famille , n'est qu'une extension , une restriction , une modification de l'un ou de l'autre des caractères généraux de l'espèce humaine.
Les principes particuliers d'harmonie propres à chaque langue se trouvent dans le goût d'un peuple pour certains sons, certains alliages prosodiques. Chaque langue a donc un certain nombre de sons, soit qui lui appartiennent en propre, toit qu'elle affectionne et emploie plus fréquemment que tous les autres.
En français , les voyelles nasales ;
fin d'autres langues, les sons mouillés;
En d'autres langues , les sons siffles ;
fin d'autres langues , les sons aspirés ;
fin d'autres langues t les sons rrrr, roulés , roucoules ou roulades.
Les langues ont des désinences qu'elles affectionnent et dont elles frappent les mots qu'elles empruntent à d'autres langues. Dans ces syllabes désinentielles propres à chaque langue, règne une lettre, surtout une consonne, que cette langue affectionne et qu'elle emploie très-fréquemment, comme intercalaire, dans les flexions, dans les compositions et les décompositions de mots, dans ses dérivations, soit internes, soit externes, etc.
La lettre que chaque langue affectionne, à laquelle elle attribue une fonction fréquente de régulation d'harmonie dans ses mots , prendra ici le nom de lettre harmonique.
Cette lettre euphonique est en effet une des clefs de l'harmonie de la langue dans laquelle elle est employée.
En grec, o*, oi\
En latin, um, us, r, or;
En français, on, an, en, etc. Mais les voyelles nasales sont les lettres harmoniques désinentielles les plus usitées ; en allemand , c'est n, g, sch, t, r; en suédois, c'est a, an, ing , etc. Chacune de ces langues a bien plus de lettres harmoniques désinentielles que je n'en cite ici; mais on doit remarquer, par exemple , qu'en latin, IV désinentiel joue un bien plus grand rôle qu'en grec, et a, notamment dans les verbes passifs , bien plus d'attributions.
Il y a des lettres harmoniques de différents genres : 1 ° lettres harmoniques initiales, Esprit de spiritus, hnelement de schnell; a° lettres harmoniques médiales ou intercalaires de composition et de dérivation; 3* lettres harmoniques médiales ou intercalaires de flexion; 4° lettres harmoniques désinentielles de dérivation ou générales; 5° lettres harmoniques désinentielles de flexion ou particulières, pour marquer les cas , les nombres, les genres, les temps, selon le génie de chaque langue.
Chaque langue , selon son harmonie propre, affectionne en particulier tels ou tels sons; elle en repousse constamment tels ou tels autres. Il y a dans chaque langue une loi constante d'harmonie , par laquelle elle substitue régulièrement, dans les mots qu'elle emprunte, un son qu'elle affectionne à un son qu'elle évite.