‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 71 sur 113 · III. Permutations. Irrégularités dans l'étymologie interne · texte numérisé non relu

III. Permutations. Irrégularités dans l'étymologie interne

La dérivation d'une langue à une autre est soumise à des lois régulières : toute langue dérivant d'une autre en procède avec une certaine régularité et en suivant des lois de permutation qu'il est possible d'assigner à l'aide de l'observation. *

La dérivation d'une langue en elle-même, son étymologie interne, ou son travail intérieur sur ses familles de mots, est soumise également à des lois régulières ; ses flexions, aes formes de genres, de nombres, de temps, de modes, de personnes, sont également régulières.

Or il est impossible que ces deux ordres de lois constantes auxquelles est assujettie une langue dérivée, les unes envers la langue dont elle procède, les autres envers elle-même dans son mouvement interne, ne viennent pas parfois à se rencon-

trer et à se croiser : ce qui arrivant, il faut croire que ce seat les régies de la formation interne qui fléchiront, parce que les autres les précèdent naturellement et les dominent : toute langue dérivant se tirant d'abord de sa primitive, avant de s'organiser en elle-même. — Donc on peut affirmer que toute langue dérivée sera soumise, quant à la formation de ses mots, de ses flexions, à son étymologie interne, sera soumise, dis-je, k des irrégularités fréquentes, mais qui seront logiques et régulières, eu égard au rapport de la langue dérivée avec sa primitive.

Ainsi, en français, cueillir, offrir, souffrir, ouvrir, font je cueille, j'offre, etc., cueillant, offrant, etc., tandis que finir, tarir, fournir, font : je fin w, je tarif, unissant, tarissant Cela est irrégulier quant au mouvement interne de la langue; mais cela est conséquent au rapport de ces mots avec leurs primitifs latins.

IV. Lois de la mutation des voyelles : i° fugitives; a° vivaces.

Je découvre et j'établis que, dans la dérivation des lettres, les voyelles doivent se diviser en deux classes et sont de deux sortes, selon qu'elles ont Tune des deux propriétés constantes et permanentes que voici :

i° Les unes (o, u, a, e) sont fugitives ,. transmutables , périssables, et s* effaçant souvent; elles sont encore extensibles et développâmes, se développant, se déroulant, s'arrondissant pour former des diphthongues , ou pour appleinir, aggraver, assourdir leur son. Elles se marient volontiers, et, par une sort1 de pente naturelle , tendent à s'allier avec d'autres voyelles ; de sorte que , deux mots étant donnés, l'un où Tune de ces voyelles se trouve simple, seule, avec un son sec et bref, et l'autre où la même voyelle se trouve arrondie, développée, englobée dans une diphthongue , 0 y a lieu de croire que le mot où la voyelle est simple est le primitif de l'autre.

s° Les autres voyelles sont de leur nature vivaces , tenaces , impérissables, ne disparaissant et ne s effaçant jamais complètement, s'altèrent rarement; mais, au contraire, absorptives, con-

tractant et absorbant en elles les voyelles qui les ont entourées y tendant à se dégager de la diphthongue primitive et à la résoudre en leur son simple, attirant en elles et convertissant en leur nature les autres voyelles , pour peu que celles-ci y aient d'affinité : la voyelle i (Ught, angl. de leicht; lig, de liegen; Ufe, de leben; mind, de meinen) vient à l'appui. — Lingua, dont Yi a cédé devant l'a dans langue, ne contrarie peut-être cette règle qu'en apparence.

Page 1