‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 76 sur 113 · TEXTES · texte numérisé non relu

TEXTES

Essais historiques sur les Bardes, les Jongleurs et les Trouvères normands et anglo-normands, par l'abbé de la Rue; Discours préliminaire, t. I, pp. Ij-lû'j.

Voici, seldn l'abbé de la Rue, la plus ancienne pièce qui existe en langue romane du Nord ; elle est, dit-il , antérieure à l'an mille. C'est une épitaphe en vers de l'annaliste Flodoart, mort à Reims en 966; elle fut écrite sur son tombeau vers le même temps :

Si ti veu de Rein savoir ly evcqve,

Lye le temporair de Flodoon le saige

Y les mor du tam d'Odalry eveque ,

Et fut d*Epernay né par parentaige;

Vequit caste clerc, bon moine, meilleu abbé,

Et d'Agapit ly Romain fut aube;

Par sen histoire maintes novelles sauras

Et en ille toute antiquité auras.

Je crois que l'abbé de la Rue est tombé dans une étrange erreur , et qu'il est possible de démontrer jusqu'à l'évidence la supposition de cette pièce. En tout cas , elle ne saurait être antérieure , tout au plus, à la fin du xiu* siècle.

M. Raynouard m'a dit qu'il était de mon avis et qu'il l'avait fait voir dans le Journal des Savants, il y a près de vingt ans. Cf. Journal des Savants, mai 1817, p. 390; du Cange, Gloss. lat. au mot Alba; Mabillon, Act. Sanct. Ord. S. fi. saec. V, p. 3ag; du Boulay, Histoire universelle, Paris, t. I, p. 579; et bien d'autres livres où cette pièce est rapportée.

Une cause a pu faire que les romans en vers aient paru , même à des gens fort instruits, plus anciens qu'ils ne le sont en effet; c'est que l'habitude d'y conserver beaucoup de formules consa-

crées, d'y répéter souvent certaines tournures de phrases, d'y dire les mêmes choses dans les mêmes termes , d'y appliquer constamment les mêmes épithètes aux mêmes objets, a dû y conserver fort longtemps des formes anciennes , des mots, des locutions , des idées , des représentations d'usages , qui avaient vieilli partout ailleurs. Cette habitude est une des plus fortes preuves que ces ouvrages se chantaient de mémoire.

Pour la classification chronologique des textes , la connaissance des lieux est fort utile , parce que les formes anciennes se sont quelquefois conservées bien plus longtemps en certaines localités écartées.

La difficulté de classer certains textes ne prouve rien contre la certitude des dialectes et de leur distinction. — Causes innombrables de confusion : livre écrit dans un pays et copié dans un autre , postériorité de beaucoup de copies, usage de rajeunir les textes, constant chez nos aïeux. Le xm° siècle est une époque de fixation provisoire de la langue; le xiv' siècle est une époque de rénovation pendant laquelle on a détruit les traces des usages grammaticaux de l'âge précédent : beaucoup de nos copies sont de ce temps.

La confusion des dialectes est arrivée dans le même temps que la confusion des premières règles grammaticales de notre langage.

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