GERARS DE VI ANE
C'est un roman en vers monorimes , texte en langue d'oil , que je crois de la première moitié du xm" siècle, publié par Imm. Bekker dans la préface de Roman von Fierabras Provenzalisch , Berlin, 183g, in-4°, pp. xij-liij, 4o6o vers, d'après le Coi. reg. 7535 , copié par Uhland.
Le texte de ce roman est en dialecte de Bourgogne,- de cette partie de la Bourgogne qui touche à la Champagne , de Wassy , de Joinville , de Langres, et a la Lorraine par Vaucouleurs. Ce sont encore les formes principales du patois bourguignon. Je le crois écrit vers le milieu du xm* siècle.
C'est un des textes les plus purs pour les formes de Bourgogne , quoique le manuscrit n'ait point assez d'antiquité.
J'ai lieu de croire qu'il est traduit du provençal, et cela pour deux raisons :
1 ° L'étude attentive et minutieuse que j'ai faite du langage , l'analysant jusque dans ses moindres détails, me fait apercevoir
dans les expressions un certain reflet provençal assez marqué ; il y a des termes évidemment empruntés de la langue d'oc; il y en a plusieurs autres dont la forme semble modifiée par l'influence provençale et qui sont plus rapprochés de la tournure des mots, provençaux, que ne le sont ordinairement les mêmes mots dans la langue d'oil. Cette action du provençal est sensible, non-seulement dans les formes des mots et dans leur orthographe, mais aussi quelquefois dans la contexture des phrases , et elle est trop faible et trop fugace, sa nature est ici trop particulière, pour qu'on puisse l'attribuer à aucune autre cause qu'à l'influence naturelle que, dans un langage fort mal fixé, la langue de laquelle on traduisait a dû exercer sur la langue dans laquelle on traduisait, ces deux langages étant d'ailleurs fort rapprochés, et le poète de langue d'oil imitant son modèle de langue d'oc , d'aussi près qu'il le pouvait. a° Le poète a les sentiments provençaux; il est partisan de Gerars de Viane , ennemi de Charlemagne ; il parie constamment de Charlemagne , de la France et des héros français , comme d'étrangers et de pays étrangers.
Langage.
Les patois de France qpi affectionnent les formes très-mouillées, qui entourent certaines voyelles de beaucoup d'i, et qui ont les syllabes grêles ai ou ei, de préférence aux syllabes pleines oi, oui, ont toujours en revanche une plus grande quantité de syllabes en ou, o, au lieu de eu.
Les dialectes dans lesquels, au contraire, on voit prédominer les syllabes pleines en oi au lieu de ei, ont en revanche plus fréquemment eu au lieu de ou.
Formes du patois de Bourgogne, vers 1260, d après Gerars de Viane,
éd. Beltker.
Abait, abat; i64o. Ait, &\i6bo.
Ai, à; 1008. Avoc, avec; 1088.
Airmes, âmes; 3o5o. Boin, bon; 1076.
fiait, but; 3736.
Chanbrehinz, chambellan; 1637.
Ciertes, certes; 1186.
Cleis, clefs; 2 658.
Conait , connut ; 1081.
Damaige, dommage; 387a.
Doignaist, daignait; io34.
Dui, deux; 2925.
Duit, dut; 2871.
Es voz, est vu; i465.
Flori, i648.
Frapier, frapper; 2742.
Freire, frère; io64.
Glanons, 2981.
Joste, juxte; 2647.
jLai, là; 11 56.
Loialtè, loyauté; 1253.
Meire, mère; 1273.
Millor, meilleur; 100 3.
Mesaige, message; 11 55.
Nevoa, neveu; 1057.
Obli, oubli; i652.
OU, oui; 1 io3.
Orgoil, 2923.
Orguilous, orgueilleux; io53
Ont, eu; 102 4.
Panre, prendre; 344.
Peire, père; 2o4.
Plaisors, plusieurs ; 1837.
Poe, peu; i833.
Pointure, peinturé , peint ; 1 o 1 4 .
Poissant, puissant; 1188.
Poisse, puisse; i84i-
Por, pour; 1420.
jPo/, peut; 434.
Preiz, prés; 12 63.
Prou, preux; 1467.
Boit, roide; i653.
Solaus, soleil; 1272.
Sor, sur; 2928.
Tanrement, tendrement; io65.
Tochier, toucher; 2747.
Tôt, tout; i488.
Tote, toute; i5o4.
Toz, tous; i5oo.
Truis, trouve; 2743.
Vai, va; 2658.
Vancu, vaincu; 2933.
Veeiz, voyez; i4io.
Ver tait, vertu; 2798.
Vot, veut; 2727.
Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, par M. l'abbé le Beuf , Paris , 1 743 , 2 voL in-4°. Preuves à la fin du tome II. — Les pièces françaises y paraissent bien copiées , et les leçons y sont généralement bonnes ; cependant je crois que la fidélité devrait être encore plus scrupuleuse.