VOYAGE DE CHARLEMAGNE A JERUSALEM
D'après le manuscrit de Londres. [Britisk Muséum, King's library, 16 E. VIII.] Cest un manuscrit in-8°, écrit en Angleterre, de diverses mains, sur peau de vélin. Il a été écrit dans le xiv* siècle , selon Casley ; dans le xm\ selon les éditeurs du Voyage de Charlemagne , publié à Londres en i835, préface, p. xxn. Ce manuscrit renferme différents autres opuscules en français et en latin, dont les mêmes éditeurs, ibid. pp. xxn-xxvi, ont donné la table.
Le Voyage de Charlemagne y est intitulé : Ci comence le Livere comment Chareh de Fraunce voiet in Jerhusalem e pur parois sa feme a Constantinnoble pur vere roy Hugon. Il a 871 vers de douze syllabes.
Ce petit poème me parait être une des meilleures pièces et des plus pures qui nous soient parvenues en langage normand. Le langage en est ancien, probablement même antérieur aux .premières années du xm' siècle et de la seconde moitié du xnV C'est
1 Ce texte se trouve imprimé dans A Dictionary of the Norman or old Franck, langnage. To wick are added the Lawt of William the Conqnêror; London, Edward Broocke, 1779, in-8-. — P. A.
la plus ancienne rédaction que j'aie vue jusqu'à présent d'aucun fragment de poème de chevalerie, en langue d'oil; mais toute sa con texture , d'un bout à l'autre, prouve jusqu'à l'évidence que les compositions de ce genre étaient déjà fort communes et fort répandues dans le temps où l'auteur l'écrivit, et qu'il n'est qu'un court détachement d'un ouvrage beaucoup plus étendu.
La copie qui nous a conservé ce poème le rend fort précieux pour la philologie. Elle est (chose très-rare dans les copies d'ouvrages de ce genre) d'une grande correction; l'orthographe en est excellente, aussi correcte et aussi régulière qu'en aucun autre texte, du meilleur normand et des moins mélangés.
Je crois que ce texte est, pour le langage normand , le plus ancien que j'aie vu (1200), après les Lois de Guillaume le Conquérant (1 i4ô-i i5o), et avant la traduction normande du Lapidaire de Marbode (12^0-12 l\o). Après celui-ci on peut placer, je crois» les ouvrages de Marie de France (1 360).
J'ai dû communication du texte du poème du Voyage de Charlemagne à l'obligeante libéralité de M. Raynouard, qui m'a prête une bonne copie qu'il en avait reçue de Londres. Nous en aurons bientôt une édition , grâce aux soins infatigables de M. Francisque Michel1.
Le Roman de Rou, publié par Frédéric Pluquet; Rouen, Édouart frères, 1827, a vol. in-8°.
Le dialecte de Normandie y est mélangé en bien des parties ; 3 y a de longs fragments où il n'en reste que fort peu de traces. Il y a çà et là, et presque partout, quelque mélange de picard.
La copie n'est pas ancienne : on ne voit plus la correction et la rigide observation des règles, qui caractérisent les bons manuscrits. L'usage de li, celui des s finals, sont souvent pervertis. 11 y a sous cette incorrection des marques d'antiquité , et Ton peut
1 Cet ouvrage a été publié sont le titre de : Chahlimagm , an Angb-Norman poem of Ou twelflh catory, by Francisque Michel; London, WflHam Pkàering; Techner, Paris, i83.6. — P. A.
croire que la copie qui a servi à l'impression est du xiv* siècle , et faite sur quelque autre de la première moitié du xm*.
Le véritable texte de Wace, dans l'édition de Pluquet, a l'air de ne commencer qu'au vers 5i65. Tout ce qui précède, et notamment'les vers 75 1 à 5i64« sont une refonte complète ou plutôt, je crois, une interpolation de l'ouvrage de Wace.
Ce qui précède, v. 1-750, est le langage normand, altéré assez fréquemment par les copistes, qui probablement avaient l'habitude d'un autre langage, mais fort reconnaissante et ayant conservé tous. ses traits généraux.