‹ Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècleChapitre 92 sur 113 · TRADUCTION DES ROIS ET DES MÂCHÂBEES · texte numérisé non relu

TRADUCTION DES ROIS ET DES MÂCHÂBEES

Le manuscrit de la Traduction du livre des Rois et des Mâchabées, dit manuscrit des Grands-Cordeliers de Paris, in-folio, parchemin, avait appartenu à l'abbaye de Longchamp, près Paris, ensuite à celle des Cordeliers de la même ville, puis à la bibliothèque de l'Arsenal.

On en a deux copies; l'une faite par les ordres de Sainte-Palaye et corrigée par lui sur l'original, est à la Bibliothèque royale; l'autre, moins sûre peut-être, est à l'Arsenal.

Voy. Hist littér. de la France, XIII, i3 et iâ.

1 Voici une note que M. Leroux de Lincy a bien voulu nous remettre fur ce manuscrit:

«Le manuscrit original des quatre Livres des Rois appartient aujourd'hui à la «bibliothèque Maxarine. C'est un volume in-folio, en vélin écrit sur deux colonnes «avec beaucoup de soin ; il est composé de 1 9 A feuillets , et recouvert d'une an- «cienne reliure en bois en assez mauvais état. Les quatre Livres des Rois finissent «au folio i54 veno; le reste du volume contient les deux Livres des Machabées. «Cette dernière partie n'est pas de la même date que celle qui la précède, elle ne «remonte pas plus haut que la première moitié du xiu* siècle : les initiales, le « petit nombre des abréviations et leur forme , le titre courant des pages en lettres «onciales, tout le prouve. Chargé par le premier comité historique, celui de la «langue et de la littérature françaises, de publier les plus anciens textes de la « Bible en langue vulgaire , j'ai dû m'empresser de commencer mon travail par la « publication de ce texte, qui est en ce moment sous presse à 1 Imprimerie royale. » — P. A.

On a jugé ce manuscrit du xn* siècle.

La traduction des livres des Rois (Hist. litt. de la France, XIII, i3-3o),et celle des livres des Machabées (ibid. ai-?3), données pour être du même traducteur, sont écrites dans un dialecte différent ou tout au moins d'une autre époque. '

La traduction des Machabées est la plus récente, et de beaucoup.

Il y reste quelques traces de dialecte de Normandie, mais avec de fortes altérations. Les syllabes y sont mouillées , et Yo y a remplacé partout l'a et Ye normand. Il y a, quoi qu'il en soit, une fort grande différence dans le langage de ces deux traductions , qu'elle provienne ou de distance des lieux, ou de distance des temps , ou de l'un et de l'autre.

11 y a mélange de formes normandes dans la seconde : cela doit provenir de ce qu'elle a été copiée à la suite de l'autre , par un même copiste qui, par habitude, y aura introduit des formes de la première.

Formes bizarres.

Voy. la Pais ans Enghis, pièce de vers , publiée par M. Jubinal , pp. 170 et suiv. du volume intitulé Jongleurs et Trouvères /Varis t i835, in-8°.

La pièce de vers intitulée la Pais ans Englois, publiée par M. Jubinal, Joncteurs et Trouvères, pp. 170-174, a été écrite par un auteur angevin ou tourangeau, à ce que je crois, qui s'amuse à dénaturer son langage, pour imiter le baragouin des Anglais, lorsqu'ils essayaient de parler français. Cela est d'autant plus évident , que son baragouin augmente très-visiblement lorsque dans le corps de la pièce il fait parler un personnage anglais. Au surplus, l'artifice de l'auteur pour produire du baragouin ne consiste guère qu'à mettre le pronom la pour le, ma pour mon, à supprimer les e muets à la fin de quelques mots, à doubler quelques consonnes, et à mettre des 0 pour des a.

Cette pièce doit avoir été écrite vers le temps de Philippe de Valois ou du roi Jean.

Le Privilège aux Bretons. (Jubinal, Jongleurs et Trouvères, pages 52-62.)

Cette pièce est exactement du même langage que la Pais ans Englois, publiée ibid. pp. 170 et suiv.

L'artifice de ce langage consiste à mettre les articles et les pronoms au féminin, au lieu du masculin, et vice versa, et à retrancher les e muets à la fin de tous les mots qui en ont ; à dire :

Mafrer, mon frère.

Best, test; bête, tête.

Sauvach* domach , usach, linguach ; son chimis , sa chemise.

Ces pièces en baragouin sont du milieu du xiv* siècle.

On voulait, par ce baragouin, imiter les façons de parler des étrangers , des Anglais , des Bretons , etc.

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