S8 RECHERCHES
d'après Astarloa (ApoL^ 238), de ilarra, pois : ville des pois ou des vesces. Aujourd'hui encore Illarraza^ Irar raga sont des noms de familles basques.
Lacuris (Ptol., II, 6, p. 46) des Oretans. Le mot initial qui devient en Lus^tanie Lacohriga (Mêla, III), Laconi-- -twwr-^î chez les Celtiques de la Bétique* (Plin.,1, 139, 17), Laconimurgum chez les Vettons (Ptol., II, 5, p. 41) avec adjonction àe mur (de murûa^ colline)^ Lacetani près des Pyrénées (Plin., I, 141, 12), Lacibi et Lacippoen Bétique (Plin., I, 140), et Lacipea chez les Oretans, ne peut être dérivé du basque avec certitude, comme Astarloa le démontre lui-même par ses explications embarrassées. Je crois que Laco n'est autre chose que le latin Lacus. Festus (de Verb. signif. V. Lacobriga) le dit formellement, et nous avons dans Flamo-briga et Glando-merum d'autres exemples de noms composés de mots indigènes et étrangers. Antérieurement à ce changement dû aux Romains, le nom basque devait être Langotua, qui désigne une eau tranquille. On retrouve Lango dans Langobricay près du Durius (Itin. Ant^y p. 421), et dans Lancobriga des Celtiques (Ptol., II, 5, p. 41). Plutarque {Sertorius, c. 13) parle des sources nombreuses qu'on remarquait dans le pays des Langobrites. Wesseling croit qu'il faut lire LangobricaSy qui serait le même que le Lacobriga de Mêla; mais. nous voyons par Plutarque que cette ville était située en Lusitanie.
Un bourg de VAla'oa s'appelle aujourd'hui Langarica.
Il sera plus loin question dUlduri.
Esuris {Itin. Ant.y^. 425, 431) de esiy rempart, et uris : mile entourée d'un rempart.
4. Quelques manuscrits portent : Lacimurgœ, ce qui est plus simple et plus analogue à d'autres noms de lieux de l'Espagne. (H.)
Aux noms de villes commençant par il ou par iliy appartiennent les suivants :
Iligor déjà cité, et la plupart de ceux dont le radical est ur.
Hipula magna et Twmor (Plin.,1, 137, 139), en Bétique, de ilia et pulua, pointe d'après Astarloa (Apol., 240), amas d'après le dictionnaire de Paris, c'est-à-dire haute montagne au pied de laquelle était située la première des deux villes. Ula n'est peut-être qu'une autre terminaison du nom Ilipa, comme Deohrigula de Deobrigay Obulcula de Obulcumy Saetàbicula de Saetahis (Ptol., II, 6, p. 47), Turbula de Turha (Liv., XXXIII).
/K6m (Plin., I, 137), aussi en Bétique, nouvelle mlle^ de herri^ neuf; l'épithète liherini parait formée d'après le basque pour la facilité de la prononciation.
Souvent les épithètes ne sont que des traductions des noms ; beaucoup de celles rapportées par Pline, tout à fait étrangères aux noms eux-mêmes, sont prises d'autres circonstances. Ainsi Colonia accitanay de la légion Gemella qui y fut transplantée (Harduin sur Pline, 1. III) ; ileosca des Ilergetes * (Strabon, III, 4, p. 161) donne etosca, d'où osca (Velleius Paterculus, II, 30).
Elyhyrge (l'e et Vi sont souvent pris Tun pour l'autre dans le mot initial), ville sur le TartessuSy d'après Hécatée (Etienne de Bjzance). La terminaison paraît prise du grec iHipyoç (tour).
Je ne fais pas mention à^Ilerda et des Ilergetes dont l'étymologie n'est pas bien sûre.
4. Le traducteur français de Strabon (I, 470, n. 5) conteste l'exactitude de ce nom. Pourtant le témoignage de Marca est tout à fait décisif. Ces rectifications arbitraires des noms de lieux mentionnés par les auteurs anciens ont déjà fait dire à Lorit, avec beaucoup de raison : Quanquam ego haud $cio liceat ne ad ewm modum emendare libros. (H.)
NOMS DE LIEUX QVl DÉRÏVÉNT DÉ URA.
Les dérivés de ura, eau, sont :
Astt^es «t Asturioa.
Ulta (|>lus exactetoent Ula).
Ilurci.
Urce <Ptol.> Iï> 6, p, 43), chez les Bàstétans, nctotûée atissi Urgisy d'où : urgitaims finis (Plme, 1, 136, 1) *.
Urcesa, en Geita)érie (Ptoi., 2, 6, p. 46).
t/r^ et wr^dfo, en B^ne (Pline, I, 140, 137). Les àésinenoes^a et gui sont négative en basque; et Astarîoa (ApoL, 249) traduit les notas de ces villes par : sans eixu.
Urso (Hin., 1, 13Ô, 6; Strabon, III, 2, p. 141), aussi.
TJrsaon <amct. incért. de Belio hisp., 41), et daM Appien (VI, 16) Orson, également en Bétique. La terminaison est le za d'aujourd'hui qui signifie abondance, quantité. Les alentours de cette ville étaient tellement dépourvus d'eau qu'on renonça à l'assiéger; mais, dans la ville, les habitants n'en manquaient point et pouvaient soutenir un mége. Cette abondance relative dans la cité, en opposition avec la disette dans lé pays, a bien pu occasionner la dénomination. Ce genre de preuves n'a cependant rien d'absolu. Car presque teutes les locaBtés
%. VtÉahÀ adcfpte Èurgis; màfe qt^è le tidin dérive de ^ra ou de «ittrtja, son oHgine basque n'è^ est paB thoitis certaine. (IT.)
SUR LES HABITANTS PBmiTÎFS DE L'ESPAGNE àl
présentent nn rui^eau, bu \xné colline, sans en prendre leur nom, a ce n'e^ loirsque ces objets ùaïurels sè distinguent par un aspect caractéristique. -^ Ici, ni leé historiens ni les géograpiies n'en font inentîoîi, et leur silence doit augmenter noti'è réserve. Les éditeurs de Gêsàr (éd. Oberlin, p. 763) sô sont justement prononcés eïitre les variantes ursaon 'eft ^ersaon, pour celle qui permet Tétymologie basque.
Urbiaca \Itin. Ant.^ p. 447), dans Tintérieur de l'Èspagne, et Urbicuà (Liv., XL, i'6). Ces deux noms sont telleinent de purs noms basques, qu'ils pourraient se prononcer encore aujourd'hui de la môme façon. Dans les deux on trouvé ura et hi (deux); dans le premier, la désignation de lieu aga\ dans le second^ la terminaison adjectivale coa (en dialecte biscayen cua) : lieu des deux eaux^ comme aujourd'hui encore : urbina^ urhieta, et autres noms de lieux. D'après Wesseling, ces deux derniers appartiennent au môme lieu.
On reconnaît facilement Vona basque dans VUrbonà des Turdétans (Ptol., II, 4, p. 40). Je ne décide point si le b est simplement euphonique, comme le veut Astârloa (Apol., p. 24), ou appartient à un autre radical, ou enfin, si, dans lal)oùche des Romains, le mot indigène est devenu le latin Bona.
Dans Ucubis (auct. înc. de Éello hisp., 7), près de Gordoue, je considère l't^ initial comme l'équivalent de urà, le c comme euphonique, et ubis, avec sa désinence latine, comme dérivé de ubera, gué, guéable. Le nom actuel de lieu et de famille, U-gar-te^ entre les eaux, prête à un semblable rapprochement, ainsi que le nom du fleuve Uduba (Plin., 1, 141).
Composés avec Ilia^ ville : Iluro (Plin.> î> 141) <5feet
les G)sétans ; c'est la leçon reconnue exacte. (Pourtant le DUuron de Ptolémée résulte d'une modification conforme aux lois du langage.)
lUurgis (PtoL, II, p. 39) chez les Turdules, Blurco (Plin., I, 138) en Bétique, mêmes formes dans la composition que plus haut. Je ne décide pas ^Uorcum (Plin., I, 137) est le même nom avec changement de voyelle, et qui a conservé Vo dans le Lorca d'aujourd'hui.
Hurbida chez les Carpétans (PtoL, II, 6, 46), de tlia, uray et hidea, route, ville sur un chemin d'eau, Iturhide, route dHeau, est le nom d'une famille hasque que j'ai connue moi-même.
Si la leçon Hlurgavonenses (Caesar, de Bello civ.y 1, 60, dans Pline, Ilergaones, probablement une abréviation d'un nom trop barbare) est exacte, ce mot a aussi la même origine, et est analogue kVUrgao déjà mentionné. Je crois romaine l'intercalation du v.
Verurium (PtoL, II, 5, p. 41) des Lusitans, selon la juste remarque d'Astarloa : lieu des deux eaux, de bi, deux, qui se change en her au commencement des mots ; herogueiy quarante : littéralement deux fois vingt; hereun, deux cents, et le lieu aujourd'hui nommé Beroija, lieu des deux collines. U eût été à désirer qu'Astarloa se fût expliqué sur Biiuris (PtoL, II, 6, p. 48), qui d'après moi vient de bi, combiné soit avec ura et le t euphonique, Soit avec iturria, source. Car bi ne se change pas toujours en ber, surtout devant les consonnes; exemples : bilan ambat, encore une fois; biderbia,dovihle; bidertatu.
Solorius mons (Plin., I, 136), ou Solurius d'après Isidore (Orig., XIV, 8) ^ actuellement Sierra de las
4. Isidore explique ce mot : Ab a sîngalaritate quod omnibus Hispaoiae montibus scias altior videatur, slve quod Orîenti sole ante radius ejus io eo quam ipse ceroatur. (H,)
SUR LES HABITAiNTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 33
vertientes, montagne des ruisseauœ; de ura et soloUy prairie : mont des prés arrosés, en adoptant la seconde leçon.
Le nom de ville Ostur, connu seulement par les médailles, s'y rapporte également (Florez, Medallas, 111,1 12). O^f est susceptible de plus d'une étymologie. La plus naturelle serait ostean : derrière Peau *, mais dans les mots composés cette préposition est placée après le substantif; exemple : escuostean, ce qui est derrière la main, difficile à avoir. Il y a encore aujourd'hui, dans le royaume de Valence, une contrée à!Ostur qui abonde en sangliers, et cet animal figure sur les monnaies de la ville. En basque, le sanglier est désigné par hasaurdea et basa, de hasoa, forêt. La terminaison du nom de la ville pourrait bien venir diurdea, et l'initiale de ostoa, feuille, feuillage.