‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne à l'aide de la langue basque, trChapitre 2 sur 52 · VI AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

des formes grammaticales des langues, et reconnurent les lois qui en régissent les transformations, procédé appliqué avec tant de succès par Técole contemporaine.

Dans le vaste cercle des études qui ont rempli sa vie, G. de Humbolt a fait entrer successivement les langues orientales, le chinois dont il acheva de révéler le vrai caractère, le basque et les origines du peuple basque, les idiomes de TAmérique, etc. Son dernier travail, et le plus important, fut TEssaisur la différence de construction des langues, introduction au grand ouvrage sur le kawi, terminé et publié après sa. mort par le docteur Buchsmann ^ Il est aussi l'auteur d'œuvres politiques et littéraires , de récits de voyages, et des Lettres à une amie, recueil devenu populaire en Allemagne, qui montre sous un touchant aspect son âme généreuse.

L'exposé, même le plus rapide, de travaux aussi considérables^ dont l'influence se révèle presque à chaque page dçs philologues français ou étrangers, qui saluent G. de Humbolt comme un de leurs maîtres, demanderait tout un volume et ne saurait être entrepris que par un homme profondément initié à la science du langage. Cette tâche difficile a été remplie en Allemagne d'une façon complète, surtout par M. Haym , (Wilhelmvon Humbolt; Lebensbild und Caracteristik, m-8^ Berlin, 1856).MM. Schasler et Steinthal ont publié

h. On trouvera à Tappendice la liste complète des œuvres philologiques de G. de Humbolt.

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aussi de remarquables appréciations des théories de Humboltsur,le langage. (Die Elemente der philosophischen Sprachwissenschaft W. von Humholt's , m-8®, Berlin, 1847 : Schasler. — Die Sprachwissenschaft W. von HumhoWs und die hegeVsche philosophie^ in-^^^ Berlin, 1848 \^H. /Sfemf^a?.) Chez nous, beaucoup d'excellents jugements sur Humbolt, et d'analyses partielles de ses ouvrages, sont disséminés dans une foule de revues et de mémoires. Voir entre autres plusieurs articles de la Revue germanique^ dont Fun a été publié par son auteur, M. Challemel-Lacour, dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine (Paris, 1864). Les études basques de G. de Humbolt sont les seules dont je puisse traiter ici. C'est à Paris, en 1799, qu'il commença à s'occuper de cette langue presque incon- " nue à cette époque, hors du pays où on la parle. Ses recherches à la Bibliothèque , lui firent découvrir le dictionnaire manuscrit de Pouvreau et les proverbes d'Oïhenart, trésors oubliés sur lesquels il appela l'attention des érudits. En 1800, il voyagea en Espagne, visita le pays basque tout entier, explorant les sites, observant les coutumes et se passionnant de plus en plus pour un idiome qui lui parut ajuste titre l'un des plus merveilleux modes d'expression de la pensée humaine. Il devint l'ami du curé de Durango, don Pedro . de Astarloa, et d'autres savants espagnols connus par de patientes recherches trop souvent gâtées par Tesprit de système. Il nous parle lui-même (ch. vu) de ses longues promenades philologiques dans les campagnes de la Biscaye, en compagnie d' Astarloa. — On

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ne possédait alors qu'un très-petit nombre de livres imprimés en langue basque. Un des plus ancien^, remontant à 1571, était la traduction du Nouveau Testament, dédiée à Jeanne d'Albret.

A la prière de Humbolt, désireux de s'assurer par des expériences répétées de toutes les ressources de la langue, le curé de Marquina, don Antonio de Moguel y Urqui3a, publia en basque la traduction de plusieurs discours et morceaux choisis des meilleurs auteurs latins (Tolosa, 1802). Le passage de la préface qui a trait à G. de Humbolt est curieux ; le voici dans toute sa naïveté :

« Un noble y sabio Prusiand, llamado varon de )) Humbolt se dedico in Paris à la lectura del arte y )> diccionario vascongados. Logrô leer alli la version » vascongada del Nuevo Testamento, y algunas obras » de Oyenarto. Ha venido desde esta capital sin mas » objeto que el tratar en estos paises con los mas ver- » sados en este idioma ; le he tratado, y quedé ad- )> mirado de las luces que adquiriô, de las reflexiones » que hacia, de la agudeza de sus preguntas, y como » estaba instruido en las lenguas hebrea, griega, ale- » mana y otras del norte, se hacia luego cargo del arti- » ficio de la conjugacion, y de los primeros de las » inflexiones. Venia Comisionado de alguna sociedad de » sabios, que intentan descuhrir las lenguas matrices^ » primitwas y originales. Va à publicar en brève, al- » guna obra sobre este idioma despreciado por muchos » sabios espanoles que debian confundirse en seme- » jante exemplo, El sabio Prusiano quere demontrar

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» que el idioma bascongado es éloquente, puro, y » fecondo.

» Por su suplica y influxo, he hecho las versiones » de varias arengas, y oraciones selectas de Q. Cur- » cio, Tito-Libio, Tacîto, Salustio, y tambien las de » dos exordîos de las dos oraciones de Ciceron contra » Catilina, todas piezas de la mayor elegancia, etc. »

Moguel se trompait : Humbolt n'avait pas reçu de mission et ne voyageait point à la recherche des langues

mères, primitives et originales. Aux yeux du bon curé, son suffrage vengeait bien Veuscara des dédains ridicules de certains auteurs espagnols qui, n'ep comprenant point le mécanisme, le traitaient de jargon barbare et sans règles (V. Mariana).

Revenu en Allemagne, G. de Humbolt voulut entreprendre un tableau complet, vraie monographie de la race basque, comprenant la description du pays, son histoire et l'analyse de la langue, étudiée aussi au point de vue des recherches sur les habitants primi-

. tifs de TEspiagne. Il fit part de ce projet dans un article inséré dans le Muséum allemand de Frédéric Schlegel, et qui n'a pas été publié dans ses œuvres complètes. Il porte ce titre : « Annonce d'un ouvrage sur la langue basque, et sur la nation basque étudiée d'après les données fournies par sa langue. j> (An-hundigung einer Schrift ûber die baskische Sprache und Nation, nebst angabe des Gesichtpuncktes und Erhaltes

' desseïben.) Le docteur Mahn l'a reproduit en entier xians l'introduction de son livre : « Monuments de la langue basque » {Denkmaler der baskischen Sprache.

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Berlin, 1867). Après aroir exposé sa théorie des langnes qu'il considérait déjà (arec son îllnstre compatriote Schlegel) comme des créations d^un seuljet^ des êtres organisés qui ont lears formes propres et dont les variationsf accidentelles penrent être ramenées à des types constants , exprimant chacun une manière de voir et de sentir particnlière à nn peuple, Humbolt tfaçait en ces termes le plan du lî^re qu'il méditait : « Cet ouvrage aura trois parties :

> La première contiendra mes obserrations sur la » contrée et ses habitants durant mon séjour dans le » pays basque espagnol et français. J'y peindrai le sol, ]» les mœurs et le caractère de cette race vive et întel- B ligente, disséminée dans les vallées pyrénéennes, et » sur la côte de TOcéan, à la fois montagnarde et mari* B time , constituée depuis une haute antiquité en B groupes indépendants unis par un lien fédératif, » â^ la manière des petits peuples de la Grèce an- B, tique.

B Je laisserai à ce tableau la forme d'une relation de l YPyage.

1^ La seconde partie contiendra l'analyse de la langue \ basque, accompagnée de morceaux écrits en cette -Si langue à diverses époques ; on aura ainsi une idée B complète de la grammaire et du vocabulaire. Dans 9 cet ei^amen, je ne perdrai pas de vue les autres lau- B gués, car, pour moi, la connaissancd du basque n'est B qu'un des éléments de Tétude comparative qui per- }p) mettra d'édifier un jour V Encyclopédie générale du » Umg^age. Je comparerai le basque avec les autres

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» langues, et j'indiquerai (si cela est possible) à quelle )) classe et à quelle famille il se rattache.

» La troisième partie sera la conclusion des deux

» premières, sous forme de recherches. historiques et

» philosophiques sur le peuple basque et son idiome.

» Elle fera connaître le rang auquel cette nation a droit

.» dans l'histoire de l'humanité. »

Si, distrait par tant d'autres travaux, G. de Humbolt n'a pas exécuté en entier ce plan si vaste, ses études basques ont valu à la science des fragments précieux et un livre qui est un chef-d'œuvre.

Les Esquisses de voyage en Biscaye, morceau assez étendu, offrent un vif sentiment des beautés de la nature, et abondent en observations pleines d'intérêt, dont un grand nombre sont reproduites dans les autres écrits de Humbolt.

En 1817, parurent les rectifications et additions à la première partie du deuxième volume du Mithridaie d'Adelung , sur la langue cantabrique ou basque. (Berlin, in-8% 83 pages.)

Le Mithridate d'Adelung, dont le premier volume parut en 1806, était destiné à présenter un tableau de toutes les langues connues, fondé principalement sur la division géographique. Un procédé si peu scientifique ne laisse guère aujourd'hui à cette immense compilation que la valeur d'une collection de mots. Les trente premières pages du second volume étaient consacrées à la langue basque. Adelung s'était beaucoup servi de Larramendi et d'Oïhénart, maïs son travail renfermait de nombreuses erreurs, -« Dans des

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additions, Humbolt fit enfin connaître le véritable système grammatical de la langue basque, déjà en germe dans les ouvrages de Larramendi, Oïhénart, Harriet, qu'il rectifia sur bien des points importants; il exposa les différences des dialectes, donna un recueil de mots et plusieurs morceaux en langue basque ; enfin, il appela le premier l'attention sur les chants populaires euskariens, dont, au dire des gens du pays, un si grand nombre restent encore à recueillir. (Y. Francisque Michel.)

Malgré le mérite incontestable de cet opuscule, où, comme toujours, Humbolt s'est montré initiateur et a ouvert la voie où l'on s'est engagé après lui, les juges les plus compétents pensent qu'il est aujourd'hui bien dépassé par les résultats que tant de nouvelles études ont accumulés depuis quarante ans. Sur le nombre des cas qu'il réduisait à trois, sur une foule de particularités des dialectes, sur la théorie du verbe, les idées de Humbolt ont dû souvent être abandonnées par ses successeurs, qui reconnaissent tous combien l'impulsion donnée par ce grand esprit a servi à leurs progrès*.

Le livre sur les habitants primitifs de l'Espagne (Berlin,^ 1821) s'adresse à bien d'autres encore qu'à des érudits de profession, et présente, ce me semble, un intérêt particulier pour le public français, puisque les descendants des Ibères peuplent encore quelques

4 . Vdy. Éludes grammaticales sur la langue euskarienne^ par Th. d'Abbadio et A. Chaho. Paris, 1836. — Dissertation sur la langue basque, par l'abbë Darrigol, 48^9, -<• fje^^verbç içksque^ par Tabbé lahauspe.

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vallons de nos Pyrénées, et parlent la langue de leurs aïeux.

C'est un problème qui nous touche que celui des destinées de cette race, dont l'histoire ne commence pour nous qu'avec celle des invasions qui l'ont transformée.

De son passé antérieur, il ne subsiste que les plus obscurs vestiges. Sa religion, sans temples, sans corps sacerdotal, simple adoration peut-être des forces de la nature, était déjà un mystère pour Strabon, qui parle du Dieu innommé qu'honoraient les Celtibères durant les nuits de pleine lune. Ses monuments écrits ont péri tous ; on s'efforce d'en reconstituer quelques-uns par l'explication conjecturale de quelques légendes de médailles en caractères inconnus, et d'inscriptions lapidaires d'une authenticité fort douteuse. (V. ch. L.) Mais le vrai legs du passé, c'est cette langue parlée encore par bien des milliers d'hommes, si sonore, si poétique, vraiment vivante et non desséchée par l'abstraction comme ces langues analytiques qui ont perdu le sens originel de leurs mots devenus des chiffres; ayant sans doute ses lacunes, ses insuffisances, mais offrant à l'admiration du linguiste un système de conjugaison qui réalise le modèle de la simplicité la plus philosophique ; épuisant en un mot toutes les modifia cations (Tune manière parfaite y pour emprunter les expressions de G. de Humbolt lui-même.

Dès longtemps, les Basques et leur idiome ont prêté à d'innombrables hypothèses, et l'on peut dire qu'il est peu de sujets sur lesquels on ait déraisonné davantage. G. de Humbolt, par une admirq4)le application de la

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