TERMINAISONS DBS ANCIENS NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES
Je me suis occupé jusqu'ici des noms qui dérivent de radicaux connus; je- vais parcourir maintenant ceux dont l'origine basque se révèle par leurs initiales ou leurs terminaisons.
Les désinences habituelles des noms ibériques sont : uris (voir le ch. 14), briga (dont nous traiterons par la suite), ba et jpa, tani et tania, gis, ida (v. c. 17), et ippo,
La terminaison &a et^a exprime, comme il a été démontré plus haut, au sujet d^astapa et d'alaba, quelque chose
de bas, de situé au pied d'une autre chose. Mais ha peut souvent appartenir à un autre mot, comme dans Salduba. Ces cas exceptés, on peut citer, parmi les noms terminés en ba : Adeba (PtoL, II, p. 47), Alaba, Astapa^ Ilipa, Noliba (Liv., XXXI, 22), Norba^ Serpa (Itin. Anton., p. 426), Menoba; dans ces derniers noms, la voyelle o, qui indique- la hauteur, précède le ba; encore aujourd'hui, plusieurs localités portent le nom à'Oba.
Astarloa fait dériver les terminaisons tani^ tania^ qui se présentent toujours sou5 la forme etaniy etania, de la terminaison de lieu eta. Dans un sens aussi général, cette assertion est loin d'être exacte. Souvent, en effet, tamis et tania (et non pas seulement mts et nia) appartiennent à une terminaison étrangère. Ainsi Toletanus, de Toîetum, et Beneventanus, de Beneventum.
Cette terminaison d'adjectif se trouve aussi dans des noms tout à fait étrangers à eta, et que les Romains terminaient en is {Bilbilis, BilbilitanuSy Arandis, Arandi-tant), en ia (Belia, BeXeta, Belitani)^ ou en i (Asiigiy As-tigitanus (Plin., I, 139), Acci^ Accitani) *.
La terminaison taniLS arrive dans tous les cas où le radical n'a pas de t, comme dans l'adjectif grec en ir/iç (Priscianus, I^ 2, p. 593). Il est certain aussi qu'on rencontre en Espagne beaucoup plus fréquemment qu'ailleurs des noms de peuples et de contrées finissant en tani et tania, ce qui s'explique par la raison que la terminaison en t emporte toujours l'idée de lieu. Dans Hedeta des Édetans (Ptol.^ II, p. 47)^ eta appartient évidemment au radical. Les noms de cette classe, pour lesquels j'adopte l'étymologie d' Astarloa, lorsqu'elle ne me paraît pas ^tout à fait invrai-
\, Celle lermiiiaison en i est très-fréquenle dans les noms do villes espagnoles. (Schneiders, Langue latine^ 143, 145.) {H.)
r;8 aEGHERGHES
semblable, sont : Ametani, Authetani (avec le 6 sifflant) , de autsay poussière : terre de la poitssièrej de la sécheresse {Apol.y 207, 234); Bastetani, Bergistani, Carpe-tanif de gara, haut, he^ au pied : contrée au pied de la montagne {ApoL, 208); Cerretani, Characitaniy Contes* tant, Cosetaniy Edetani ou Sedetani, Eantani, Lacetani ou Jaccetanif Laleetani, Laetani, si ces derniers noms ne sont pas tout simplement des altérations du précédent (Mannert, I, 434); Lusitani^ de Itccea^ long, étendu, grand (Astarloa, ApoLj p. 212) ; Oreiani, de o, indiquant la hauteur, r euphonique, et eia, comme Voregui actuel, de 0, etegui^ côté de montagne (Astarloa, 211); Stcesse-tant (Liv., XXXIV, 20), Turdetani. Je n'ai pas compris dans cette énumération tous les noms de formation romaine régulière, d'après des noms de yilles, tels que les Accitani, Ossigitaniy Toletani^ etc.
La terminaison gis vient de teguia^ terminaison indiquant le lieu, eguif coin^ angle, ou de l'affixe. privatif ^a ou gui. Aux noms finissant en gis, cités précédemment, sont à joindre encore : Oringis, et à cause de l'analogie de la formation : Conistorgis (Appien, VI, 57) ainsi qu'-imtorgis ou Anistorgis (Livius, XXV, 32), à l'extrémité sudest de l'Espagne. La terminaison est inévitablement urgis, sans eaûf provenant du manque de sources malgré la proximité du fleuve. Mannert (I, 343), compare au mot Coni le nom des Coniens ou Cunéens (Appien). Il fait venir Ani de Anas, D'après la nouvelle édition française de Strabon (I, 402), il est douteux que ces deux noms s'appliquent à la même ville. Le nom des Coniens rappelle aussi Coni-m-hrica,
Je ne connais à la terminaison ippo aucune étymologie basque vraisemblable. Il y avait deux villes à^Hippo en
Espagne, Tune en Bétitiue (Plîn., I, 138), l'autre chez les Garpétans (Livius, XXXIX, 30). Il y en avait en Afrique deux autres, dont les noms présentent cette seule différence avec les noms ibères, qu'ils sont masculins au lieu d'être féminins» Dans ces deux contrées, ce nom est sans doute d'origine grecque, et ce qui achève de le confirmer, c'est que les monnaies d'un grand nombre de villes espagnoles et africaines portent pour figure un cheval. Je ne rencontre pas dans les noms basques le mot cheval {zamaria^ zaldia), du moins avec un sens bien décidé. Pour exemples de noms terminés en ippo, je citerai : Acinippo, Belippo (Plin,, I, 140)^ Baesippo, Basilippo (Itin. Ant., p. 410), CoUippo (Plin., I, 228), IrtppOf Ventippo (Florez, Medallas, 2, 474, 617), connus par les inscriptions et les médailles; Lacippo, Orippo (Plin., I, 138), Osiippo (Itin, Ant., 411), Serippo (Plin., 1, 140), Ulysippo; il est remarquable que la plupart de ces villes, situées en Bétiqua, et toutes celles de la Lusitanie étaient très-voisines de la mer, ce qui porte à attribuer leur fondation à des étrangeiis. ffippo (des Garpétans) fait seule exception.
CLASSEMENT DES ANCIENS NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES, d'après LBim SYLLABE ïNITIALBf
Je vais maintenant, parmi les initiales des noms de lieus: ibériques, et sans m'as^reindre chaque fiois à une étjmQlogie rigoureuse, rechercher celles |ui sont communes à
beaucoup de noms, et, combinées avec d'autres mots, peuvent être considérées comme des radicaux.
Ar et aly si celui-ci provient du premier, de ara, plan, arria^ pierre, ariea, chêne, aria, mouton, etc. : Alàba, Alavona, Alone^ Alontigiceli, Alostigi, Aràbriga, Ara-tispiy Araviy Arcilacis (Ptol., II, p. 39), Arcobriga (qui pourrait bien dériver du latin arcus)^ Areva et Arevaci (Plin., I, 140), Uxama Argellœ, Arialdunum (Plin., I, 137), dont la terminaison sera examinée plus loin. Ariorum montes (Itin. Anton., p. 432), et par altération Marioritm et Mariani; Aritiumy Arocelitani (Plin. , I, 142); Arriaca, Arsa, Artigiy Aruci (Ptol., II, 40), Arucci (Itin. Anton., p. 427), Aruiici, Arunda,
As. Cette syllabe; ainsi que afc, atz, et az, est du nombre des initiales les plus usitées en basque, et forme une grande quantité de mots. Comparer (chap. 13) Ascerri, Asido (Plin., 1, iZ9)yAsindum (Ptol., II, p. 39), Aspavia, Aspisy Asseconia (Itin. Anton., p. 430), Asso (Ptol., II, p. 47), Astay Astapay Astigi, Astures.
Bae ou he^ car les manuscrits et les inscriptions donnent ces deux leçons. Be^ de même signification que ha, sert d'initiale à beaucoup de mots basques, et Astarloa {ApoL, 250) en fait dériver le nom du fleuve Bœtis, dans l'acception de : bas, profond. Ihaya, fleuve, peut bien aussi en provenir. Mais ce serait aller trop loin que d'expliquer ainsi les mots commençant par &a, car il faudrait d'abord établir que le nom du Bœtis est réellement indigène. Ce fleuve portait d'autres noms, tels que : Tartessus^ Perces, Cer- Us; les deux derniers sont attribués aux habitants du pays. Certis paraît celtibère, car ce peuple avait une ville appelée Certima. Mais il y a aussi des noms purement ibériques chez les peuplades celtiques de l'Espagne, et il
demeure douteux si Bœtis est un nom ibérique, distinct du celtique Certis (qui vient peut-être des Celtes de Baeturie), ou bien un nom étranger, et peut-être punique. Cette dernière opinion s'étayed'un passage de Pline (II, 621), qui nous apprend que de son temps il existait encore en Espagne des mines d'argent qu'Annibal avait fait ouvrir, et qu'on désignait d'après le nom de leur inventeur ; par exemple : Bebulo. Du reste, la plupart des mots commençant par bae^ sur la côte sud, ou dans le voisinage, appartiennent à des régions qui furent en grande partie occupées par les Phéniciens et les Carthaginois. Il faut en excepter seulement Baedyii, des Callaïques (PioL, II, p. 44), et la ville de Baecula, en Orétanie (Polybe, X, 38), sur les frontières de la Bétique. On pourrait y joindre le Baenis, l'un des noms du Minius, d'après Strabon (III, 153), si cette leçon n'était contestée avec raison (voir Schweighauser sur Appien, VI, 71, 58). Rien ne défend de croire que dans certains noms de lieux le bae ou b soit indigène, et dans d'autres d'origine étrangère. A ceux déjà cités, s'ajoutent encore : Baebro (Plin,, I, 13), Baecor, Baelo, qui est appelé Bailo sur les monnaies (Florez, Medallas, II, 635), Baesippo, Belippo (Plin., I, 140), Besaro, Baetulo, Baeturien.
Bar, initiale très-fréquente en basque : Barbesula, Barcino, Vardulij Bar do (Livius, XXXIII, 21), Bardyetœ^ Bapeta (Ptol., II, p. 39), Bargiacis (Ptol., II, p. 45), Bargusii, Barnacis (Ptol. , II, p. 46). Les mots qui peuvent conduire à l'étymologie de ces noms sont : barria pour berria, nouveau; barrutia, circuit; barrena, barna^ au dedans; baratu, cesser, s'arrêter, demeurer.
J'ai déjà parlé de ber^ pris pour &^, et comme radical de herria^ nouveau. Vergentiitm (Plin., I, 138), Bergidum,
^ (Ml RECHERCHES
Vergilia^ Bergium, Bergula^, Èemama (Ptol., II, p. 47), Berurium. J'y joins les mots commençant par hi: Biaiia (Ptol., II, p. 46); aiia signifie portail, porte. jBthaliy Bigerra, d'où le mot actuel Bigorre; pays des deux hauteurs; Bituris. Comparer, à propos des motscommen* çant par her^ le chapitre 23 (sur Medçibriga). Les noms de lieux commençant par 6^? peuvent, en tant que basques, dériver de belaûa, vallée.
Cal-gai forme beaucoup de mots basques dont Tétymologîe me paraît douteuse : Calduba^- Cale, Calenda, CaU laid, Callei (Plin., I, 140), Calpe; ce dernier nom et quelques autres de cette classe, désignant un promontoire périlleux, dérivent peut-être de galdu, détruire, caltea, dommage.
Car-gaVy mot initial fréquent, emportant presque toujours ridée de hauteur. Caracca (Ptol., II, p. 46), Carabis, Caranicum (Itin. Ant., p. 424), à comparer, malgré la terminaison, à Albonica^ Leonica (Plin., I, 142), et Cœcilionicum (Itin. Ant., 434), Carbula, Carca (Ptol., II, 47), Carcubium (Itin. Ant., 448), Càres (Plin., I, 143), Carissa (Ptol., II, p. 39), avec la terminaison qui indique Tabondance (aujourd'hui za), les Caristiens, ou avec la terminaison plus basque de eta, les Carietes (Plin., 1, 143), Carmonia, Caronium (Ptol., II, p. 43), Carpesii (Mannert, I, 385), Carpetani, Carteja. A la môme famille de mots appartient aussi gora, avec la même signification, d'où : Corbio (Liv., XXXIX, 42), Corduba, le promontoire Corn.
Men, écrit aussi maen, commence beaucoup de mots basques, et signifie principalement force, puissance, et
i. Bergara^ en Biscaye, se rapproche beaucoup de ce nom. (ïï.)
hauteur, montagne, d'où Texpression basque mendia. Ce dernier sens s'applique mieux aux noms de contrées; ilf^nrftcwfea (PtoL, II, 41), Mellaria, ou Menla-ria, Menoba, Menosca, le fleuve Menlascus) Mentesa, ou Mentisa. Astarloa (ApoL, p. 242)^ fait dériver de mendia le Mediolum des Geltibères (Ptol., II, p. 46), comme s'il s'appelait Mendiola, de même que beaucoup de localités d'aujourd'hui. Mais c'est sans motifs qu'il néglige l'n.
Ner est rarement la syllabe initiale des mots basques. On le rencontre dans quelques noms de lieux, comme Nertohriga que les auteurs citent deux fois, Nerium et les NerienSy le fleuve Nerua ; à l'exception de ces derniers, tous les autres noms désignent des localités celtiques ou celtibères.
Or peut être compté parmi les plus fréquentes initiales des mots basques; la voyelle o, lettre initiale de ona^ (colline,) et radical de gora et goia (haut), exprime le plus souvent (soit seule^ soit jointe à r par euphonie), l'idée de hauteur.
Actuellement, beaucoup de noms de lieux commencent par o; par exemple : Oiz, Oienguren^ Oienarte, Oion^ Oizate, Oinaz, Oba^ Oca, Ona, Onaiê, Oria, Oguena, etc. On aura le sentiment de l'identité des idiomes en les comparant aux noms anciens que voici : Obila (PtoL, II, . p. 41), le promontoire Oeaso, Orcellis (Ptol., IL, p. 47); Oretani, Orippo, le promontoire Ortospeda (Strab., III, p. 162), dont la terminaison est à comparer avec le promontoire Idubeda : o, haut; r euphonique; 05, mot basque; la racine peut bien être otza, froid, ou otsa, bruit; iduna^ nuque (métaphore indiquant la montagne); be dans la terminaison. — Oria^ Oringis, Orgenomesci
6i RECHERCHES
(Plin., 1, 227), dont la première partie, comme VO-gue-na d'aujourd'hui., signifie la dernière des collines; les O^^niaques; Mannert (I, 419) cite encore un peuple des Orisses, en invoquant un passage de Diodore .de Sicile (XXV, 2); mais, d'après Tinterprétation donnée maintenant à ce passage, c'est à un roi {Or-isson) et non à un peuple qu'il s'appliquait. Quoi qu'il en soit, ce nom indique un séjour dans plusieurs montagnes, et prouve sans réplique que dans l'antiquité, comme de nos jours en Biscaye, les noms propres étaient empruntés aux résidences, coutume dominante partout où un peuple a. renoncé à la vie nomade, sans se partager dans des habitations séparées et se réunir dans des villes. A l'époque où l'Espagne nous est connue par les Grecs et les Romains, ces deux formes d'existence en établissements épars et en groupes permanents, s'y rencontraient déjà, mais la première était la plus usitée dans l'intérieur, chez ceux des indigènes les moins mêlés aux étrangers. On trouve aussi des noms propres ibériques, pris de qualités personnelles : Indortes, de indarra (fort). Gomme les Grecs et les Romains, les derniers surtout, n avaient guère que Vs pour exprimer les sons les plus caractéristiques et les plus difficiles de la langue basque, ils ont bien pu rendre par cette lettre seule le ch (tsch)^ ts, z, tz. Pour ne pas ouvrir un champ trop vaste à l'étymologie, je me borne à 1'^ et au z des mots basques, laissant aux auteurs indigènes^ plus versés dans la connaissance de leur idiome, le soin d'aller plus loin. Parmi les mots basques commençant par sal et zal, utiles à la dérivation des noms de lieux, on compte : salduy acheter, car les villes étaient naturellement des lieux de marchés; saldoa^ troupeau; zaldia, cheval. — Je n'affirme pas que les noms suivants commençant par sal proviennent de ces derniers :
Sala (PtoL, II, 4, p. 39), Salacia, Salaniana (aussi SaU mana, Salamana, Itin. Ant., p. 427), Salaria^ Salduba, Salent (Mêla, III, 410), le fleuve Salia, Salica (PtoL, II, 6, p. 46), Salionca (PtoL, II, 6, p. 45), dont la terminaison est tout à fait basque {ona, bon) ; Salmantica, aussi Salmanuy plus tard Nemanturista (PtoL, II, 6, p. 48), Septimanca (Itin. Ant., 435), Almantica (carte de Reichard), Termantia et Numantia; les fleuves Salo (Martial, X, 103), et Salsus (auct. inc. de Bello liisp.,c. 7); ' Saltiga, (PloL, II, 6, p. 47), avec une terminaison évidemment basque. Gomme Salsus^ beaucoup de ces mots sont probablement, en tout ou en partie, d'origine romaine, et viennent des salines qui existaient dans ces localités. Ainsi Salduba, sur la Méditerranée (Plin., I, 136), a sans doute reçu son nom à l'occasion des sources salées qu'on y voit encore. Par contre, la môme étymologie, appliquée à l'ancien nom de Cœsaraugusta, située dans l'intérieur, paraît douteuse.
Se précède très-souvent les anciens noms espagnols. Il est aussi très-commun dans les noms basques, où il se change en ce (celaya^ plaine). Peu de noms de cette catégorie se prêtent à une étymologie bien exacte, et Astarloa, sans s'expliquer sur ce point, n'en cite aucun. Tous ceux qui commencent par sege et segi ont une physionomie étrangère. Je ne connais aucun mot basque de cette formation. — Sebendum (PtoL, II, 6, 48), Sece^^œ (Itin. Ant., 398), Segeda (probablement le même que Segida, Segestica et Segobriga : Mannert, I, 403); Segisa (PtoL, II, 6, p. 47), Segisama, Segisamum^ Segisamunclo , Segobmga, Segoma {Segubia de Ptolémée, II, 6, p. 46). On pourrait faire venir ce dernier nom du basque gubia, arc, à l'occasion de l'aqueduc romain, mais la ville portait
66 RBGHERCHSS
06 nom antérieurement à la oonstmction de ce monument. — Citons encore : Segontia, Seguntta, Selambina (Plin., I, 137), Selensis, Selia (PtoL, II, 4, p. 39), Sepelaci (Itin. Ant., 400), Sepontia (PtoL, II, 6, p. 45), Serra (Plin, I, 139), Serippo, Setabis, Setelsis (PtoL, II, 6, p- 48), Setia (PtoL, II, 4, p* 39), Setida (PtoL, U, 4, p. 39), Setisacum (PtoL, II, 6, p. 45), Setortialacia (PtoL, n, 6, p. 46).
Tixr et ter commencent rarement les mots basques : TarracOj Tarracay Tartessus, Termaniia, Termesstis.
NOMS d'individus.
Les antres débris de la langue nationale consistent en noms d'individus et de familles* Malheureusement, il n'en est venu jusqu'à nous qu'un très*petit nombre. Quelques-uns sont évidemment d'origine basque; d'autres s'accordent en tout ou en partie avec les noms de lieux. Leur comparaison avec les noms gaulois prouve tout à fait que leur son est bien basque i Les fréquentes désinences des noms gaulois en marus (Civis-Marus , Induciomarus), en rix {AmbiorioOf Cingeiorix), en dunus (Conetodunus), en vicus (Litavicus) sont entièrement étrangères à l'Espagne. Le petit nombre des noms celtibères ne permet pas d'en établir suffisamment le caractère par la comparaison, (jomme tous ces noms ibériques sont dispersés dans les auteurs, j'en donne ici un tableau alphabétique, que
l'on pourra rendre encore plus oomplet. J'ai pris mâme dans Siliiùs Italiens les noms qui ne sont pas d'origine étrangère^ conime Phorcys^ Aconteus^ et autres, parce que, comme on le voit par les mots Mandoniusy Indibilis, et autres, cet écrivain choisit souvent des noms historiques» On ignore même s'il n'était pas d'origine espagnole et s'il ne parlait pas la langue de cette contrée. Il parait clair, dans tous les cas, qu'il a fait figurer à dessein, dans le récit d'un combat, le nom Burrus^ qui dérive de Burrucaj combat.
AhilyoOj sagontin (Polybe, III, 98), Ahia^ en basque, buisson. La ville à'Abula (17).
Alco^ sagontin (Liv., XXI, 1^, peut-être d'origine grecque, comme Tite-Live l'indique, par Topposition entre Alconem Saguntinum et Alorcum Hispanum. Nous trouvons aussi chez cet auteur la ville celtibôre diAké. Ot al signifie en basque force, courage, résolution, comme dti le reconnaît par les mots aly ahaly ahala, du dialecte de Labour, et par le mot alaidea^ de même signification en guipuscoan. C'est là évidemment la racine du nom de la cité celtibère.
Aletes^ inventeur des mines d'argent dans les montagnes, et, pour ce motif, adoré comme un Dieu. Une colline près de Garthagène avait été désignée d'après ce nom qui, incontestablement^ est étranger (PoL, X, 10.)
Allucius^ celtibère (Dio. Gass., éd. Reim., volume I, p. 26, fr. 58, n. 2). Les villes de Lucensumy Hucia (Liv., XXXV, 7).
Alorcu% sagontin (Liv., XXI, 12), La ville dilloriùum (15).
Amusitv^^ ausétan (Livius, XXI, 61).
Andobales (V. Indibilis).
AmbOy celtibère (Appien, VI, 46), trahit son origine gauloise, si on le compare avec Ambiorico, avec les noms de peuples : Ambiens, Ambivarètes, Ambarres, et avec le mot gaulois Ambactes. Nous en induisons que la ville d'Amba, que nous connaissons par les médailles seulement, était une ville des Celtes.
ArauricuLS, de Corduba (Sil. Ital., III, 403). Arganthoniics, roi de Tartessus (Hérodot., 1, 163); ce nom peut avoir subi bien des changements.
ArtaneSy turdétan (Livius, XXVIII, 15).
Avarus^ numantin (Appien, VI, 95); ce nom est entièrement basque. L'étymologie en a été fournie plus haut par Abarum (17. V. Octaviolca); AudaXy lusitan (App., VI, 74), très-probablement d'origine romaine.
Balarusy vetton (Sil. Ital., III, 3, 78).
Besasis nous vient du siège de Turba^ ville des Bastétans (Tit.-Liv., XXXIII, 44); ce nom pourrait bien venir de Besoa, bras, d'où Bes^cona^ arme dont on se servait dans les combats corps à corps.
Bilistages, ilergète (Livius, XXXIV, 11).
Budar, cité en même temps que Besasis.
* Burrus, lusitan (Sil. Ital., XVI, 560) (voir plus haut).
CœsaraSy lusitan (App., VI, 56) d'origine étrangère.
CarauniuSy surnom du Numantin Rhétogènes (Ap., VI^ 94), de gara y hauteur : Rhétogènes était peut-être son nom celtique, et Caraunius, de gara, haut, et de unea, pays, terre : haute terre y son nom ibérique. Carus^ celtibère, de Segeda (App., VI, 45); si ce nom est indigène, il dérive de gara. $
Caucœnus, lusitan (App., VI,^57); la ville de Cauca.
Cerdubellus (Livius, XXVIII, 20) se trouve avec d'autres Hispani convenœ in Castulo, ce qui n'explique
point son origine. La terminaison hellus accuse une origine celtique. Le commencement du mot offre de l'analogie avec le mot celtibérien certima.
Colichas (Tit-Liv,, XXVIII, 13) ou, d'après des leçons différentes, Colchas, Colcas, Culcas, et môme Scolchas. Il régnait en Bétique,
Connohas (App., VI, 68).
Corhio (Tit,-Liv., XXVIII, 21), ville des Suessétans. CorbiSj de gara^ haut.
CorrihilOj aussi Corbilto, de la ville de Litàbrum dans la même partie de l'Espagne (Tit.-Lîv., XXXV, 22).
Ditalcon, lusitan (App., VI, 74).
Edeco (vol. X, 34) dérivé du basque , nommé moins exactement dans Tite-Live : Edesco. Les deux syllabes initiales sont la racine du nom des Edétans, et la désinence est celle des adjectifs basques. Il n'est point formellement exprimé que Edeco fût un Edétan, mais, d'après ce que nous savons de lui, il paraît avoir régné dans le voisinage de Tarragone (voir Polybe).
GalbuSj carpétan (Tit.-Liv., XXVI), paraît celtique. Galba était aussi le nom d'un roi belge (César, de Belle gallico, II, 4), et Galba signifie, en gaulois, un homme très-gros (Suétone, Galba^ III).
Gargoris, un des plus anciens rois des Tartessiens (Just., XLIV, 4); d'après le dictionnaire manuscrit de Paris, garia veut dire maigre, grêle, mince de corsage.
Glagus (v. 11).
Habis, le Triptôlème ibérique, si souvent exposé aux dangers et miraculeusement sauvé (Justin, XLIV, 4). Gomme il vivait dans les forêts avec les cerfs, son nom vient de habea^ bois, en dialecte biscayen abia^ en labourdan abea^ avec un sens un peu différent; Hilermus,
70 RBGHÇRCHES.
et d'après une autre leçon Hilernus (Tite-Live, XXXV, 7), est nommé à l'occasion d'un combat entre les Vacoaens, les Vettones et les Geltibères. Hiltcea (en dialecte de Labour, tuer).
Ermua, encore aujourd'hui nom de lieu en Biscaye.
Herdes (Sil. ital., XVI, 567), simplement peut-être imaginé par le poète d'après la ville d'Ilerda; Imilce (de Gastulo), épouse d'Annibal (Sil. Ital., III, 106; Tit.-Liv., XXIV, 41); ce nom paraît plutôt punique qu'ibérique. Silius l'appelle une altération du nom grec Milichus.
Indihilisy dans le pays des Ibères, qui, d'après un passage de Tite-Live (XXVIII, 24), était un Lacôtan, et, d'après un autre, qui paraît moins exact, un Ilergète (XXVI V, 1); il avait combattu contre les Romains avec ces derniers, et aussi avec les Suessétans. Polybe l'appelle AndobaleSj peut-être de andia^ grand.
Intibili, ville.
IndorteSj en Bétique (20).
Indo (auctor incertus de Bello Mspanico, iO). Beaucoup de mots basques commencent par indan; indarra, fort, tndeaj douleur.
IstolatiuSy en Bétique (Diod., XXV). La désinence est étrangère, mais on reconnaît facilement dans le mot la terminaison de lieu o/«. Le commencement du mot peut dériver de istilia, marais, bourbier, ou de istoa, flèche, selon que le nom aura été formé d'après une habitation, ou d'après une qualité.
Lamus (Sil. Ital., XVI, 465).
LantSy cantabre (Sil. Ital., XVI, 46).
LeucOy celtibère (App., XI, 46).
Litenno^ celtibère (App., VI, 60), nom celtique, en Gaule Ldtavicus.
Luscinusy dausi TEspagne eitérieure. Ce noiA paraît romain (Liv., XXXIII, 21).
Mandonius a été nommé plus hjamt avec Indibilis. C'était un Lacétan, mais non pas comme celui-ci un Jlergète. Peut-être dôriyent-ils de manatu. Mandiota egt une salle d'apparat, de réunion. Mandoa, mulet, pourrait ^ussi s'y , appliquer. Mais on trouve en Gaule les Manduhiens 0t MandubratiuSy ce qui rend l'étymologie très^douteuse.
Megara, et d'après d'autres leçons Megaramctm ^t MegaravistuSy ^umanti^ (Florus, II, 12, 4).
MeHcus (Liv., XXV, 30) ; plusieurs villes de iferii^t Merohriga (c. 23).
MinuruSj lusitain (App., VI, 74).
Norax (c. 32).
Olonicus (Epit. Liv., XLIII), confondu avec Salonictts (Supplem. Freinshemii, XLIIJ, 4) j pourtant le point est très-douteux.
Orisson (c. 20).
Orsua (Liv., XXVIII, 21). La ville d'Urson s'appelle aussi Orson,
Retogenes; voir Caraunms, (Dans Valère - Maijçime V, I, 5, Rhétogènesî,)
Rhyndaousy celtibère (SU, Ital., III, 384). Quand gilius Italiens parle des murailles sarmates de la ville dillçoarm, il se fonde probablement sur la trs^dition de l'origine étrgingère de ses premiers habitants.
Salondicus^ celtibère (Florus, II, 17, 14). V. Olonicus.
Spamcs (c. 18).
Tanginus (App., VI, 77).
Tantalus (App. , VI, 75), lusitain ; ce nom est probablement altéré. Piodore (Fragm., XXXIII) appelle le môme individu Tautamos.
Turrus ou Thurrus, celtibère (Liv., XL, 49).
Viriathe, le célèbre chef lusitain. Si ce nom est indigène, il rappelle les Vtriœ celtibericœ, sorte de bracelets destinés surtout à la parure des hommes (Plin., II, 609). On prétend que ce mot vient de vir) mais, puisque, d'après Pline, cet objet a été importé de la Gaule et de la Geltibérie, il est probable quMl n'a pas reçu son nom en Italie : en basque , hiruncaiu signifie tourner , et cette idée, qui répond si bien à l'idée de bracelet, est exprimée par le radical hir. Si le nom est celtibère, il rappelle le celte Ur^ hevy pique, lance, épieu.
CONFORMITÉ DES NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES AVEC LALANGUB BASQUE EN GÉNÉRAL.
J'ai voulu montrer jusqu'ici que, pris en masse, les anciens noms de lieux ibériques dérivent du basque, et que cette origine se laisse suffisamment apercevoir aujourd'hui. Pour cela, j'ai d'abord étabU l'identité de l'alphabet pour la langue et pour les noms; j'ai présenté ensuite le tableau de ces derniers selon leurs radicaux basques ; enfin j'ai classé, d'après leurs initiales et leurs finales, un grand nombre d'autres noms, dont l'analogie est frappante, bien que leur étymologie ne puisse être encore parfaitement déterminée. J'ai fortifié tous ces indices du témoignage des auteurs anciens. Je crois avoir atteint mon but, et démontré que le basque était la langue des habitants primitifs de l'Espagne. Il s'élève maintenant la question de sa-
voir si le basque était Punique langue du pays, et, dans le cas contraire, de déterminer les limites de son domaine. Après avoir établi l'identité, il faut indiquer les différences existant entre la langue basque et une partie des anciens noms. Cette tâche offre de bien plus grandes difficultés ; les langues n'étant qu'un même fonds d'idées exprimé par les mêmes sons, leurs points de contact paraîtront toujours nombreux) , et Von ne sera que trop porté â conclure à leur parenté. Il est tellement dans leur nature de se rapprocher et de se confondre, qu'il sera toujours beaucoup plus difficile d'élever entre elles des murs de séparation , que de leur découvrir des affinités. Nous avons remarqué plus haut trois catégories de noms (ceux commençant par ner et par se^ et ceux finissant en ippo) et bien d'autres encore, isolés, qui ne se laissent point aisément dériver du basque. Mais cela ne suffit point. Il faudrait prouver que ces noms ne proviennent point du basque, et, pour être décisive, cette preuve demanderait une connaissance approfondie de tous les dialectes basques. On devrait se rappeler aussi qu'une foule de mots, et môme des dialectes entiers, ont pu disparaître par l'effet du temps.
Malgré toutes ce.s difficultés, il existe une catégorie d'anciens noms ibériques, non dérivés du basque, qui, à mon avis, servent indirectement à* reconnaître si la Péninsule ne comptait qu'une race d'habitants, ou plusieurs races parlant des langues distinctes, avant les invasions des Phéniciens, des Grecs et des Romains. Je veux parler des noms de lieux finissant en briga, que j'ai recueillis plus haut avec soin. Mais pour ne pas paraître/décider la question trop légèrement, je vais présenter le tableau de tous les noms de cette espèce et de leur situation géographique
li, REGHERGH£:S
en raccomps^gnanty quand U y aura lieui d'observatiosB mv les mots liés à la terminaison briga.
NOMS PB LIEUX FINISSANT EJî BRIGA.
Les uoms finissaut en briga se trpuvent :
P chez les peuplades celti(jues.
1° Gbez les Celtes de la Bétiqu^ :
Nertobriga.
Turo-brica (Plin., I, 140).
2° Chez les Celtes de la Lusitanie :
Caetobrix (Mannert, 1, 342), ou Cetofcriga {Itin. Anton, y page 417, v. Catobriga).
Lancobrica.
Medobriga et plusieurs Meribriga et Merobriga, Medubriga, Medobriga, et Meribriga et Merobriga sont incontestablement les mêmes noms (Mannert, I, 344). Nous avons déjà montré que dans le basque d'aujourd'hui IV se prononce à peu près comme le cZ * . Pline parle des
4. Au Bengale, le d se prononce comme un r sourd (very obtuse). (Wilkins, Sanskrit grammatik,ip. 8.) C'est le son de IV qui s'ajoute au d pour le rendre plus fort. Il est probable que cette ressemblance tient à ce que ces deux consonnes sont proponcées du fopd de la cavité supérieure de la bouche. Le d que Ton prononce ainsi au Bengale est ce même d que l'alphabet sanscrit appelle le d cérébral, comme si le son sortait de Fintërieqr de la tète. C'est la troisième lettre de la troisième classe des consonnes, dans l'alphabet devahagari. En basque, au contraire, c'est IV qui perd son ronflement et se rapproche du d. Le d de l'alphabet basque an^a toiijours pani savoir le môme son qpe le d allemand. {H,)
Meduhricenses , surnommés Plumharii évidemment à cause de leurs mines de plomb. Beruna signifie plomb en basque. Souvent le b se change en n^ (d-oà Merô'briga).
S9 Chez les Celtes de Textrémité nord-est dé la province tarraconaise :
Adobrica (Mêla, III, 1, 9) etAbobrica (Pline, I, 227); ces deux noms désignent probablement le môme lieu, et le dernier paraît être le véritable. Mannert (I, 359) tient Abobrica et -Bn^anfez^m pour une* même ville, mais Reichard les a plus justement, à mon avis, distingués dans sa carte.
4° Chez les Geltibères, en comprenant sous ce nom les six peuplades celtibériques :
Arcobriga.
Augustobriga.
Çentobrtgay si ce nom se rapporte à un lieu distinct, ou ne sert pas à en désigner un autre, ou n'est point altéré (Mannert, I, 403) ; Nertcbriga.
Segobriga.
IV* Chez les peuplades ibériques :
1® Chez les Turdétans, entre VAnas et la côte de rOcéan;
Lagobriga.
Merobrica.
Plus loin, en Béturie : Mirabriga.
2^ Chez les Lusitains :
Arabriga.
Conimbrica.
Ercobriga (carte de Reichard).
Jerabrica (Itin. Anton., p. 419).
Mç^dobriga (iim. Anton., p. 420).
Talahriga.
3* Chez les Vettons :
Augustohriga.
Cesàrohriga.
Castobrix (cart. de Reichard) : comparer, pour la détermination du lieu et les différentes leçons du nom, avec les commentaires de l'Itinéraire d'Antonin, 417.
Cottaeohriga (Ptol., Il, 5).
Deohriga: comparer avec le Dca des Voconœs y en Gaule*.
4° Chez les Gallaïques :
Coeliohriga (Ptol., II, 6, p. 44).
Tuntobriga (id.).
5® Chez les Astures :
Nemetobriga.
6° Chez les Ganlabres :
Les JuKobrigenses, habitante du Portus Victoriœ, sur la côté.
JuUobriga, dans Tintérieur du pays (Mannert, I, 370).
7^ Chez les Murboges :
Deobrigula.
Sur les limites des Murboges et des Vaccaens:
Dessobrica (Itin. Anton., p. 449).
8® Chez les Antrigons :
Deobriga.
Flaviobriga.
9^ Chez les Vaccaens :
Amallobrica (ïtin. Ant., p. 435).
Lacobrica.
i. Sur ce que Dea n'est pas le mot latin, voy. Wesseling (Ad Itin. Ant., p. 367). Ce mot s'accorde bien avec le mot celtique Divona. (Mannert, t. n, 86.) [H.)
10* Chez les Orétans :
Merohriga (Ptol., II, 6, p./i6)-
Nous trouvons dans la géographie de l'anonyme de Ravenne, les noms de lieux suivants en hrica : Ahulo^ brica, dans le voisinage à^Intei^catia, chez les Vaccaens (IV, 44); Porbriga^ près à' Ahelterium et d^ Aritium Pretorium (chez les Lusitains) ; Sobobrica et Tonobrica dans le pays de Virovesca et de Segisamum (chez les Gantabres et les Antrigons); Terebrica, près à'Olysippo^ et Langobrica en Lusitanie; Tenobrica sur l'Océan.
Je les cite ici tous ensemble, parce qu'on ne peut s'en rapporter à cet auteur pour l'exactitude des noms, ni pour la situation des lieux.
Pour bien reconnaître les peuples où ces noms existent et déterminer leur domaine, il faut tracer une ligne qui parte de la côte nord de l'Océan, vers les frontières des Antrigons, placés à l'est, s'élève au sud de manière à laisser à l'ouest les Garystes et les Vardules, jusqu'à ce qu'elle atteigne les frontières des Vascons et des Geltibères, puis des Orétans, et suive enfin le Bœtis jusqu'à la mer. Tout ce que cette ligne, courant à travers l'Espagne, laisse au nord et à l'est, constitue le domaine des noms terminés en briga, qui ne se rencontrent jamais au sud et à l'ouest, vers les Pyrénées et la Méditerranée. Gette dernière portion de la Péninsule n'offre aucune peuplade celtique ou celtibérienne. Elle comprend au contraire la Biscaye, sa côte depuis Bilbao, la Navarre entière, la plus grande partie des provinces où l'on parle encore aujourd'hui le basque, et toute la côte de la Méditerranée. Dans le domaine des noms en briga, figurent au contraire les Gantabres, les habitants de la côte de l'Océan jusqu'au Bœtis, toutes les tribus celtiques et celtibériennes, et les peuples de Tinté-
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rieur vers l'ouest. Cette région forinela pltm grande pôiftie de TEspagne. On pourrait objecter, il est vrai, que si ces noms en &re^a se. sont répandus à travers l'Espagne tout entière, ce n'a été qu'à l'imitation des races dont nous venons de parler 4 Ce serait là un étrange hasard, et la division de là Péninsule en deux parties aussi nettenient tranchées, séparées d*un côté par VIberus et le Bœtis, de l'autre par la chaîne de montagnes Ibuheda^ est si remarquable, qu'on ne comprend point qu'elle n'ait jusqu'ici attiré l'attention de personne.
NOMS DB LIBUX DANS LESQUELS l'R EST PRÉÛÉDÉE DE CONSONNES MUETTES.
Dans la terminaison hriga^ le hr n'est pas basque; mais la liaison de IV avec une consonne muette qui la précède est beaucoup fdus fréquente que celle de 1'/, et je tiens à compléter ce que j'en ai dit plus haut.
En Bétique : Ahra (Sestini, Description des médailles espagnoles)^ Baebro,Brana (Plin., 1, 140, 7),Brutobria (Steph. Byz.)- Bpesibrium (Plin., 1, 137, 17); Merucra (Plin., I, 139, 8)^Nebrissa. Sucrana (Plin., I, 139, 8), Trite (Steph. Byz.). Ipagrum ou Bgabrum (Itiû. Anton., 412).
Chez les Celtes de la Lùsitanie : Bretolaèum, Catraleucus (Ptolé, II> 5^ p. 41).
Chez les Lusitains : Chretina^ EburobriUvm (Plin.^
1,228, 7), rfle Londohris. Landohris (PtoL, II, 5, p. 41), ou Laudobris (Marcianus Heracleota, Hadson, Géog. min.)j Oxthracae. Tribula,
Chez les Gallaïques : les Callaici Bracarii. Brevœ. Brigantiumé Flama lambris (Ptol., II, 6, p. 44), aussi Lambriaca (Mêla, 3, I, 8), les Gravii ou Grovii. Pria (Itin. Ant., 430), Trigundum (Itin. Ant., p. 324). Volo- 6Wa(Ptol., 11,6, p. 44).
Chez les Celtes de rextrémité nord-est de la Tarracouaise : les Prœsamarques.
Chez les Astures : Brigœcium; œcium paraît être d'origine grecque, ou une altération du mot grec oîxia>, combiné avec le mot indigène 6n^; les Trigaednes^ si ce nom est exact (Mannert, I, 367)*
Chez les Cantabres : Brauon (Ptol., II, 6, p. 45), les AntrigonSy et chez eux Lucronium (carte de Reichard). Tritium.
Chez les Vardules : Tritium iuboricum.
Chez les Vascons : le fleuve Magrada.
Chez les Vaccaens : Sarabris (Ptol., II, 6, p. 45).
Chez les Garpétans : Brutobria (carte de Reichard). Consabrum (Itin. Ant., 446), Contrebia.
Chez les Orétans : Trogilium {c^rte de Reichard).
Chez les peuplades celtibériques : Tritium metallum, Tucris.
Chez les Gontestans : Eliocroca (\Xm. Ant., 401), Su^ CTO. L'île Strongyle (Avieni Orà maritima, V, 463).
Chez les Ilergaoniens : Tenebrium, Traete.
Chez les Lalétans : le fleuve Rubricatv^s.
Chez les Indigètes : le fleuve Sambroca.
Dans l'Espagne citérieure, sans que la situation en soit exactement connue : Litabrum (Liv., XXXV, 22).
m EBCHERCHBS
J'ai négligé Cantabria, Cantabri et Artabri, dont les terminaisons sont probablement grecques et romaines.
Les noms de cette catégorie sont répandus dans toute la Péninsule. Je les mentionne, parce que de leur comparaison avec; les noms finissant en briga résulte plus clairement encore l'explication de la présence de ces derniers dans une portion déterminée du pays. En effet , ceux de ces noms qui ont pour initiales ou finales bri, brig, brum, bret, brttium^ ne se rencontrent que dans les provinces où régnait leur parent briga. Ainsi Brutobria (Et. de Byzance) était située près du Bœtis. Les autres noms de la Bétique ou de la côte de la Méditerranée sont, ou donnés parles Grecs et les Romains, comme Strongyh^ ou altérés par eux, comme Episibrium, Tenebrium^ et autres. Car ces peuples n'avaient pas tardé à accommoder les noms indigènes à leur prononciation et à leur alphabet, bien que Silius Italiens assure, à propos des Groviens et des Gastules, que la langue barbare renfernaait originairement beaucoup de noms grecs (3, 107, 366). J'ai naturellement passé sous silence les noms évidemment grecs ou latins, éomme Scombraria, Contributa^ Transducta, Bvandria.