BASQUE
Il importe d'exposer les principes qui serviront de base à nos recherches étymologiques. Erro et Astarloa ont adopté sur le caractère des langues anciennes, et du basque en particulier, des vues quelquefoîs exactes, mais qui, entendues d'une façon trop générale, ne sauraient enfanter la conviction ni conduire à des résultats certains. Voici comment Astarloa se représente la langue basque. D'après •lui, chaque lettre, chaque syllabe de cette langue renferme un sens propre qu'elle garde dans les composés *. Chaque mot peut ainsi être analysé dans ses éléments. Par exemple, dans un mot formé de deux lettres, la première exprimera l'espèce; la seconde, la différence spécifique du sujet ; ou bien, la première marquera le contenant, le possédant; la seconde, le contenu, le possédé. Du reste, le sens n'est pas arbitraire, mais correspond aux sons articulés par l'homme, aux bruits de la nature.
désigne ce qui est rond ; ^, ce qui est aigu, tranchant ; Uy ce qui est creux, etc. Il est facile de reconnaître qu'Astarloa n'a fait ici que suivre la théorie de Davies sur le
1. D*après M. Alfred Maury (Rewke des Deux Mondes, 45 avril 4857), U langue basque compose de toutes pièces le mot idée, et supprime souvent des syllabes entières dans cette œuvre de composition, ne conservant parfois qu'une seule lettre du mot primitif. (Trad.)
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE il
celtique *. Les racines^ dit ce dernier, sont très-simples : une voyelle ou une diphthongue isolée forme non-seulement une particule, mais souvent un substantif ou un verbe; une voyelle, précédant ou suivant une consonne originelle, possède un sens propre, et sert de souche à toute une famille de dérivés. Les purs mots celtiques les plus longs se laissent ramener à ces radicaux qui, cependant, ne désignent pas les objets réels, la terre, Teau, Tarbre, mais expriment seulement les différentes manières d'être et d'agir. Un auteur comme Davies, qui dans ses ouvrages a tant hasardé d'hypothèses, inspirera peut-être peu de confiance. Nous voyons cependant Owen, dont le dictionnaire et la grammaire (trop courte) sont si appréciés, adopter le même système, et aller plus loin encore. Il assure que chaque dérivé peut être régulièrement ramené au radical par un simple changement de lettres, et dans son dictionnaire, il donne à la plupart des mots le sens adopté par Davies '. Suivons maintenant ces linguistes dans l'application de leurs principes. Astarloa fait dériver ule (laine) de u (creux) et le (artisan) : catcse de beaucoup de vides; axe (air), de a, dilaté, et œe, diminutif: menue dilata-tion; itz (le mot), de z, pénétrant, et fe, signe d'abondance : abondant en subtilités pénétrantes. — D'après Davies, l'irlandais ur signifie recouvrir, répandre sur quelque chose, d'où la désignation de terre, feu, eau, malheur, meurtre, etc. — Dans Tidiome du pays de Galles, a signifie aller devant, avancer, monter, et dans un dia-
4. Celtic researcbes on the origin, tradition and language of tbe ancient Britons^ p. 235 (édition de 4804. Il en a été publié une deuxième en 4807), (H.)
%. V. Reuss, Grammatiea celtiea. 2 vol. in-S» (Leipzig, 4863).
(Trad.)
lecte du même pays , colline, promontoire , char. Owen décompose le mot tân (feu) en ta, ce qui se répand, et an, commencement, élément. On voit Tarbitraire et le danger de cette méthode, qui ne se fonde pas sur Tobservation directe de la parenté des mots, et prétend descendre des idées générales à tous les cas particuliers. Souvent même la théorie abstraite et systématique d'Astarloa empêcherait de reconnaître que bien des mots à peu près semblables s'accordent aussi par le sens, comme c'est peut-être le cas pour le basque ule et l'allemand vjolle.