APPLICATION DE CES PRINCIPES A L’ÉTYMOLOGIE DES NOMS DE LIEUX
Si l’application de cette méthode étymologique à l’analyse des langues entraîne beaucoup d’erreurs, elle est plus périlleuse encore dans l’étude des noms, à cause des changements bien plus nombreux que le temps, ou tant d’autres causes, leur ont fait éprouver. Quand il s’agit surtout, comme ici, des noms de lieux dont la situation n’est pas toujours bien connue, l’imagination n’a plus de contre-poids. Une foule d’étymologies, présentées comme certaines par Erro et Astarloa, sont entachées de ce vice essentiel. Ainsi Astarloa explique le nom des Edetans par edea, doux, et par la terminaison de lieu eta : qui habitent sous un climat deux, étymologie qu’on adopterait si l’on ne se rappelait le passage de Pline : Regio edetania amœno prœtendente se stagno (I, 141, 3). Astarloa fait aussi dériver A rcobriga de areu, lieu en forme d’arc; Turbo, la, de ura, eau, et bola, ce qui tourbillonne et tombe avec violence : ville de la pluie, de l’oi'age ; le fleuve Anas, de a qui indique l’extension, et du diminutif na ; le fleuve Saduce, de zan, veine, una, eau, et ce, cia, fin, clair : veine d'eau claire. Erro décompose le nom des Lumbentains, dont la capitale était llimbclz d’après les monnaies, en il, ville, im haut, et bel:, noir : située sur une hauteur noire ; ajoutant que la ville actuelle de Lumbier, bâtie à la même place, se trouve en effet sur des mon-
tagnes couvertes de nuages. Plus arbitraires encore sont les étymologies tirées par ces auteurs de particularités que rien ne démontre. C’est ainsi qu’ils expliquent : Cosetans, par terre de la faim; Cerretaris, par fabricants de scies (Apol., 209); Sagonte, par terre des souris 1 . Même lorsque les dérivations d’Astarloa sont probablement les vraies, il n’est pas toujours possible d’accepter ses analyses, par exemple, celle du mot Navari -a. Naca signifie plane.plaine, et même (selon la remarque judicieuse du dictionnaire manuscrit de la bibliothèque de Paris) 3 : plaine voisine d’une montagne. Ce mot est encore nsité dans un grand nombre de ses formes. Il existait très-probablement du temps des Romains, et avec le même sens. Car Ptolémée (II, 6, p. 42) parle d’une ville de Flavionavia, chez les Paesikes, très-près de la Biscaye actuelle. Non loin on ‘ trouve encore aujourd’hui le port de Xavia. En espagnol, le mot a gardé le même sens, comme l’atteste le nom du fameux combat livré aux Maures, l’an 1212 de Jésus- Christ, en las Navas de Tolosa. Arra est une terminaison très-fréquente des mots basques, et Xavarra peut s’expliquer ainsi : plaine attenante aux Pyrénées. Astarloa, sans s’arrêter à ces faits, décompose Nabarra (comme il l’écrit) en na (plane), be (bas), ar (homme),
1 . Astarloa Tait aussi dériver le nom de la peuplade des Indigetes du
verbe indigere. (//.)
2. Ce dictionnaire a pour auteur Sylvain Pouvreau; c’est un manuscrit petit in-folio de 336 pages, qui figuro à la Bibliothèque impériale, sous le n° 7700. 3. 4. L’une des feuilles porte la date du 30 mai 1663. Il contient l'explication en français de 10,000 mots basques, parmi lesquels beaucoup tirés des dialectes souletin et navarrais, et qui manquent au travail de Larramendi. — Les lettres A et B manquent, et la première page ne commence qu’au mot çafarda. On croit qu’Oyhénart, dont les proverbes y sont cités plusieurs fois, n a pas été étranger à ce travail.
(Trad.)
a (article ou pronom) : Y homme de la basse plaine. Une pareille méthode entraîne à attribuer la même étymologie à tous les mots qui olïrent quelque similitude. Erro fait venir Asie de asi, commencer, parce que Y Asie fut le berceau du genre humain; Cilicia de ili (proprement ville), mais pris ici pour pays, et cia, pointe (avec le c euphonique) : terre pointue , étroite; et Nazareth de na, plane, z, qui indique la foule, combiné avec ar, et de la terminaison eta, qui indique le lieu. Je cite ces exemples pour montrer que ce qu’il y a d’incontestablement vrai dans les assertions de ces auteurs, demande à être prouvé par d’autres raisons que par les leurs, pour échapper à la défiance trop fondée que leur méthode inspire.