‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 19 sur 61 · NOMS DE LIEUX QUI DÉRIVENT DE IRIA · texte numérisé non relu

NOMS DE LIEUX QUI DÉRIVENT DE IRIA

On ne saurait méconnaître l’origine basque des noms dérivés de m'a qui signifie ville et, d’après le dictionnaire manuscrit, lieu, contrée. Ce mot est aussi écrit uria et a bien pu devenir, par la fréquente conversion de IV en l, ilia et ulia (Astarloa, Apol., p. 238, 247). Les noms suivants de ville ont la même origine.

Iria Flavia (Ptol., II, 6, p. 44) chez les Lucenses.

Urium (Plin., I, 136, 16; Ptol., II, 4) chez les Turdules*.

Ulia, en Bétique (Dion Cassius, XLIII, 31) ; les leçons varient entre ces deux noms : ulia et ullia. L’étymologie tranche la question. Ullia est altéré ; c’est ulia 3 qu’il faut dire, comme le portent justement les monnaies (Wesseling, ad Itin. Ant., p. 412); ulia (proprement ula), de ura, eau (Le fleuve des Callaïques, manuscrit de Mêla, III, 2, 8). Ulia était située sur une haute montagne (Hirtius, de Bello alex., 61). Aujourd’hui encore, près de Saint-Sébastien, une montagne porte le nom à' Ulia, mot qui, si 17 n’a pas

1. Oppidum Onoba, Æstuarium cognominatum : interfluenles Luxia et Urium (Pline). Pour Ilarduin, Luxia et Urium sont des fleuves. J'en doute, car interfluentes n’est pas usité comme adjectif. oOjtcv, dans Ptolémée, est évidemment une ville. (Comparer avec interamnium et intereatia.) Si urium est un nom de fleuve, il dérive du basque ura. (H.)

2. On a déjà remarqué que Slrabon transforme ce nom en Julia (III,

î,p. Ul). (U.)

remplacé l’r, signifie mouche. Il y avait du reste, chez les Vascons, un lieu appelé Muscaria, dont le nom n’est probablement que la traduction latine de ce dernier, ou d’un autre semblable.

Ilia, surnom de Ilipa, d’après les inscriptions (Plin., I, 138).

Le radical basque se retrouve avec toutes ses formes dans les anciens noms de lieux. Uria, combiné avec d’autres mots, est presque toujours final, et ilia initial*; il n’en est plus de même aujourd’hui, car on rencontre parmi les familles espagnoles une foule A'iriarte , uriarte , urizart'e, uriona. Cependant un ancien nom de ville commence aussi par uria ; c’est Irippo, qui ne nous est connu que par les monnaies (Florez, Medallas, II, 474).

A la première catégorie appartiennent : Graccuris (Plin., I, 143) chez les Vascons, la ville de Gracchus, rebâtie par lui (Livii epit., I, xli). Antérieurement, elle portait, d’après Festus Pompée, le nom de Illurcis. Ilurci, de ilia et ura : ville d'eau.

Calaguris Fihularensis chez les Vascons, et Calaguris Nassica chez les llergètes (Plin., I, 142.) Les épithètes latines sont prises du genre d’industrie des habitants. La dernière peut se rapporter qu basque. Calamua signifie chanvre et aussi jonc, roseau, employés à la confection des nasses (nassa) *. Pour Fibule l’explication est moins sûre. (Caton, de Rc rusticâ, c. 31). C’était peut-être une espèce de roseau dont on se servait pour tresser des corbeilles.

Ilarcuris (Ptol., II, G, p. 46), en Carpétanie, vient,

1. Tiariulia en Édétanie (Plol., II, 6, p. 17) semble faire exception; mais, d'après le passage de Pline (Teari qui Julienses), la terminaison de c» nom serait Julio et non ulia. (H.)

Z. On a tenté à tort d’expliquer Nassica par Scipio Natioa. (if.)

HECHERCHES

d’après Astarloa ( Apol ., 238), de ilarra, pois : ville des pois ou des vesces. Aujourd’hui encore Illarraza, Irar • raya sont des noms de familles basques.

Lacuris (Ptol., II, 6, p. 4G) des Oretans. Le mot initial qui devient en Lusitanie Lacobriga (Mêla, III), Luconimur-gi chez les Celtiques de laBétique 1 (Plin.,1, 139, 17), Laconimurgum chez les Vettons (Ptol., II, 5, p, 41) avec adjonction de mur (de murua, colline), Lacetani près des Pyrénées (Plin., I, 141, 12), Lacibi e t Lacippoen Bétique (Plin., I, 140), et Lacipea chez les Oretans, ne peut être dérivé du basque avec certitude, comme Astarloa le démontre lui-même par ses explications embarrassées. Je crois que Laco n’est autre chose que le latin Lacus. Festus {de Verb. signif. V. Lacobriga) le dit formellement, et nous avons dans F/avio-briga et Glando-merum d’autres exemples de noms composés de mots indigènes et étrangers. Antérieurement à ce changement dû aux Romains, le nom basque devait être Langotua , qui désigne une eau tranquille. On retrouve Lango dans Langobrica, près du Darius (Itin. Ant., p. 421), et dans Lancobriga des Celtiques (Ptol., II, 5, p. 41). Plutarque ( Sertonus , c. 13) parle des sources nombreuses qu’on remarquait dans le pays des Langobrites. Wesseling croit qu’il faut lire Langobricas, qui serait le même que le Lacobriga de Mêla ; mais nous voyons par Plutarque que cette ville était située en Lusitanie.

Un bourg de YAlava s’appelle aujourd’hui Langanca.

Il sera plus loin question d 'Ilduri.

Esuris (Itin. Ant. , p. 425, 431) de esi, rempart, et uris : mile entourée d'un rempart.

\ . Quelques manuscrits portent : Lacimnrjm, ce qui est plus simple et plus analogue à d’autres noms de lieux de l'Espagne. (H.)

Aux noms de villes commençant par il ou par ili, appartiennent les suivants :

Iligor déjà cité, et la plupart de ceux dont le radical est ur.

Ilipula magna et «imor (Plin.,I, 137, 139), en Bétique, de ilia et pulua, pointe d’après Astarloa (Apol., 240), amas d’après le dictionnaire de Paris, c’est-à-dire haute montagne au pied de laquelle était située la première des deux villes. Ula n’est peut-être qu’une autre terminaison du nom Ilipa, comme Deobrigula de Dcobriga, Obulcula de Obulcum, Saelahiciâa de Saetabis (Ptol., II, 6, p.47), Turhula de Turba (Liv., XXXIII).

Iliberi (Plin., I, 137), aussi en Bétique, nouvelle ville , de berrî, neuf; l’épithète liber ini paraît formée d’après le basque pour la facilité de la prononciation.

Souvent les épithètes ne sont que des traductions des noms ; beaucoup de celles rapportées par Pline, tout à fait étrangères aux noms eux-mêmes, sont prises d’autres circonstances. Ainsi Colonia accitana, de la légion Gemel/a qui y fut transplantée (Harduin sur Pline, 1. III); ileosra des Ilergetes 1 (Strabon, III, 4, p. 101) donne etosca, d’où osca (Velleius Paterculus, II, 30).

Elybyrge (Ve et 1’* sont souvent pris l’un pour l’autre dans le mot initial), ville sur le Tartessus, d’après Hécatée (Étienne do Byzance). La terminaison paraît prise du grec nisyo{ (tour).

Je ne fais pas mention à'Ilerda et des Ilergètes dont l’étymologie n’est pas bien sûre.

4. Le traducteur français de Strabon (I, 470, n. 5) conteste l'exactitude de ce nom. Pourtant le témoignage de Marca est tout à fait décisif. Ces rectifications arbitraires des noms de lieux mentionnés par les auteurs anciens ont déjà fait dire à Lotit, avec beaucoup de raison : Quanguam ego hauti teio liceat ne ad eum modum emendare libros. (H.)

Page 1