XII . AVERTISSEMENT DU RADUCTEUR
additions, Humbolt fit enfin connaître le véritable système grammatical de la langue basque, déjà en germe dans les ouvrages de Larramendi, Oïhénart, Harriet, qu’il rectifia sur bien des points importants ; il exposa les différences des dialectes, donna un recueil de mots et plusieurs morceaux en langue basque ; enfin, il appela le premier l’attention sur les chants populaires euskaricns, dont, au dire des gens du pays, un si grand nombre restent encore à recueillir. (V. Francisque Michel.)
Malgré le mérite incontestable de cct opuscule, où, comme toujours, Ilumbolt s’est montré initiateur et a ouvert la voie où l’on s’est engagé après lui, les juges les plus compétents pensent qu’il est aujourd’hui bien dépassé par les résultats que tant de nouvelles études ont accumulés depuis quarante ans. Sur le nombre des cas qu’il réduisait à trois, sur une foule de particularités des dialectes, sur la théorie du verbe, les idées de Humbolt ont dû souvent être abandonnées par ses successeurs, qui reconnaissent tous combien l’impulsion donnée par ce grand esprit a servi à leurs progrès *.
Le livre sur les habitants primitifs de l’Espagne (Berlin, 1821) s’adresse à bien d’autres encore qu’à des érudits de profession, et présente, ce me semble, un intérêt particulier pour le public français, puisque les descendants des Ibères peuplent encore quelques
1. Yoy. Études grammaticales sur la langue euskarienne , par Th, d'Abbadie et A. Chaho. Paris, 1836. — Dissertation sur la langue basque, par l’abbé Darrigo!, 1838, — Le verbe basque, par l’abbo Inhauspe.
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vallons de nos Pyrénées, et parlent la langue de leurs aïeux.
C’est un problème qui nous touche que celui des destinées de cette race, dont l’histoire ne commence pour nous qu’avec celle des invasions qui l’ont transformée.
De son passé antérieur, il ne subsiste que les plus obscurs vestiges. Sa religion, sans temples, sans corps sacerdotal, simple adoration peut-être des forces de la nature, était déjà un mystère pour Strabon, qui parle du Dieu innommé qu’honoraient les Celtibères durant les nuits de pleine lune. Ses monuments écrits ont péri tous; on s'efforce d’en reconstituer quelques-uns par l’explication conjecturale de quelques légendes de médailles en caractères inconnus, et d’inscriptions lapidaires d’une authenticité fort douteuse. (V. ch. L.) Mais le vrai legs du passé, c’est cette langue parlée encore par bien des milliers d’hommes, si sonore, si poétique, vraiment vivante et non desséchée par l’abstraction comme ces langues analytiques qui ont perdu le sons originel de leurs mots devenus des chiffres; ayant sans doute ses lacunes, ses insuffisances, mais offrant à l’admiration du linguiste un système de conjugaison qui réalise le modèle de la simplicité la plus philosophique ; épuisant en un mot toutes les modifications d'tine manière parfaite, pour emprunter les expressions de G. de Humbolt lui-même.
Dès longtemps, les Basques et leur idiome ont prêté à d'innombrables hypothèses, et l’on peut dire qu’il est peu de sujets sur lesquels on ait déraisonné davantage. G.* de Humbolt, par une admirable application de la
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philologie à l’histoire, a su porter la lumière sur un des points les plus controversés. L’examen des anciens noms do lieux de l’Espagne, presque tous ramenés aux radicaux basques, lui donna la conviction que les habitants primitifs de cette contrée, les Euskucs, ou, comme les étrangers les appelèrent, les Ibères, ne parlaient qu’une langue, le basque, subdivisé en plusieurs dialectes, et occupaient la péninsule entière (Espagne et Portugal), antérieurement aux invasions celtique, punique et romaine.
C’est là l’idée principale, entrevue déjà par le jésuite Hervas, par Leibnitz lui-même (V. Max Muller, Science du langage, p. 140 de la traduction française), développée avec une évidence saisissante dans un livre devenu le point de départ de toutes les recherches ultérieures.
Si Goethe, en un jour de mauvaise humeur, a pu dire, et non sans raison, que les Allemands possèdent le don de rendre les sciences inabordables, llumbolt échappe pleinement à ce reproche. Chez lui l’érudition la plus solide n’embarrasse jamais la pensée. Sa méthode simple et claire consiste à laisser parler les faits, sans les forcer à démontrer un système préconçu, et à se garder de baser des assertions généralos sur des analogies peut-être fortuites.' — Fidèle à l’adage cuskarien : le sage croit peu , il a soin quand il doute, ce qui lui arrive souvent, de provoquer de nouvelles recherches, préférant l’ignorance aux conjectures. 11 commence par critiquer la méthode peu scientifique des savants espagnols, qui se perdaient en
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hypothèses sur l’origine do la langue basque, fille ou mère de l hébreu , langue primitive de l’humanité, parlée dans le Paradis terrestre *, et se livraient aux plus étranges fantaisies étymologiques dont il cite de singuliers exemples. Il déplore la rareté et l’insuffisance des documents ; car à cette époque, on n’avait pas dressé le glossaire comparatif des différents dialectes basques. — Il eût applaudi avec toute l’Europe savante aux publications du prince Louis-Lucien Bonaparte, auquel la science du langage doit encore tant de remarquables études sur différents idiomes européens *.
Les monuments les plus anciens, les plus authentiques du peuple qui a primitivement occupé l’Espagne, sont les noms de lieux, montagnes, lacs, fleuves et villes, qui ne nous sont guère parvenus qu’altérés et défigurés par les historiens et les géographes de l’antiquité, qui les accommodaient à la prononciation grecque et latine. Ce sont ces noms qu’il faut ramener à leurs radicaux, en distinguant (ce qui n’avait jamais été fait) les mots dérivés du basque de ceux dérivés des idiomes de tous les peuples successivement envahisseurs do l’Espagne.
Cette recherche que rendaient si ardue les permutations phonétiques, accomplie avec une patience et
1 . Ce dernier point fut décidé affirmativement par le chapitre métropolitain de Pampelune, il y a environ deux cents ans. (Max Muller, Science du lamjage, p. 140.)
2. Le catalogue a paru à Londres, chez Barclay, 1858-1 862-1 8G3. — On trouvera à l'appendice la liste complète des publications de philologie basque du prince Lucien.
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une sagacité rares, étendue aux noms de lieux de la Gaule, de l’Italie, des trois grandes îles de la Méditerranée et de la Thracc, ce grand chemin des envahisseurs de V Europe occidentale, remplit la plus grande partie du livre et amène les conclusions suivantes :
1° L’étude comparative des noms de lieux de la péninsule ibérique et de la langue basque démontre que cette langue était celle des Ibères, qui n’en parlaient qu’une, et l’identité des peuples ibériques et des peuples parlant le basque.
2° On trouve des noms de lieux basques dans toutes les parties de la Péninsule, sans exception, do même que les Ibères y étaient partout répandus.
3° Parmi les noms de lieux de la Péninsule, il en est d’autres dont la comparaison avec les noms de lieux des pays habités par les Celtes atteste l’origine celtique; ils servent à faire connaître, là où font défaut les témoignages historiques, les localités où les Celles se trouvèrent mêlés aux Ibères.
4° Les Ibères n’habitèrent, sans être mêlés aux Celtes, qu’autour des Pyrénées et sur la côte méridionale. Les deux peuples mélangés occupaient l’intérieur, la Lusitanie et la plus grande partie de la côte nord. .
5° Les Celtes ibériens se rapportaient pour le langage aux Celtes, d’où proviennent les anciens noms de lieux de la Gaule et de la Grande-Bretagne , et les langues encore vivantes dans ces contrées. Mais probablement ce n’étaient point des peuples de pure souche gallique, détachés d’une nation restée derrière
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eux. La différence de caractère et d’institutions le démontre suffisamment. Peut-être s’établirent-ils dans les Gaules avant les temps historiques, ou du moins avant les Gaulois. En tout cas, dans leur mélange avec les Ibères, c’était le caractère ibérien qui dominait, et non le caractère gaulois, tel que les Romains nous l’ont fait connaître.
G 0 Hors de l’Espagne, vers le nord, on ne trouve aucune trace des Ibères, excepté dans l’Aquitaine ibérique et une partie de la côte de la Méditerranée. Les Calédoniens, nommément, n’appartenaient pas à la race ibérique, mais à la celtique.
7° Vers le sud, les Ibères étaient établis dans les trois grandes îles de la Méditerranée; les témoignage s historiques et l’origine basque des noms de lieux le démontrent. Toutefois ils n’y étaient pas venus, au moins exclusivement, de llbérie ou de la Gaule, mais ils s’y trouvaient de temps immémorial , ou bien ils y vinrent de l’Orient. *
8° Il n’est pas encore prouvé que les Ibères appartinssent aux peuples primitifs de l’Italie continentale.
Cependant le grand nombre de noms de lieux d’origine basque, que l’on y remarque, donne du poids à cette opinion.
9° LesJbères diffèrent des Celtes, tels que nous connaissons ceux-ci par les débris de leurs langues, et par le témoignage des Grecs et des Romains. 11 n’y a cependant aucune raison de nier toute parenté entre les deux nations.
Humbolt a toujours judicieusement interprété les
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témoignages historiques, et son tableau comparatif des mœurs, du caractère et de la religion des Gaulois, des Ibères et des Celtibèrcs est du plus grand ifitérèt. (Ch. xliii.)
De curieux rapprochements entre le basque et les langues américaines (v. ch. xlviii) et quelques considérations sur la numismatique et I’épigraphie des Ibères, qui n’avaient encore rien révélé sur le prétendu alphabet national de ce peuple, servent de complément à l’ouvrage.
Ilumbolt, on l’a vu, ne fait qu’effleurer la question si débattue de l’origine des Basques. S’il semble plusieurs fois incliner à considérer ce peuple comme un rameau détaché dès les temps les plus reculés du grand arbre celtique, il a soin de présenter comme une pure hypothèse cette opinion tout à fait abandonnée aujourd’hui.
Il est reconnu que le basque ne se rattache en aucune façon au groupe des langues indo-européennes. C’est même le seul point sur lequel on paraît d’accord ; mais le problème subsiste tout aussi obscur, à en juger par tant d’explications diverses.
Ce n’est guère qu’à la langue basque qu’on a pu demander le secret des origines du peuple basque, tous les autres documents ayant péri. C’est {là une des applications de la méthode ambitieuse, si chère aux Allemands, qui prétend découvrir, entre chaque langue et l’état social du peuple qui la parle, des rapports nécessaires, et lire l’histoire inconnue des migrations des races sous les mots et les formes gram-
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maticales. Jusqu’à quel point est-on autorisé à identifier ainsi les langues et les races? L’expérience dopne de continuels démentis à cette théorie, car il y a bien des exemples de peuples envahis, transplantés ou simplement mêlés à d’autres, qui ont adopté un autre langage que leur langage primitif. De nos jours, le comique a cessé d’être parlé en Angleterre. (V. Max Müller). Qui croira cependant que la race celtique soit éteinte dans la région où régnait cet idiome? Une communauté de langage n’implique donc point nécessairement une même origine. Il sera bien plus hasardeux encore de reconstituer l’histoire d’une nation sur la foi de quelques analogies de langage. '
Ces réserves faites, nous croyons utile de mentionner en peu de mots les principales opinions récemment émises sur les origines du peuple basque, recherchées à l’aide de son idiome, en nous dispensant toutefois de citer les auteurs qui ont voulu voir dans les Euskariens les descendants des Grecs ou des Phéniciens.
Constatons d’abord que plusieurs des plus illustres philologues contemporains n’ont pas cru pouvoir se prononcer.
Jacob Grimm ( Histoire de la langue allemande, p. 8) s’exprime ainsi :
« De tous les idiomes ibériques, le basque s’est con- » servé seul jusqu’à nos jours dans toute sa richesse. » Il serait très-intéressant de rechercher si cet idiome » possède des affinités réelles avec les langues cauca- » siques, ou si tout rapport se borne à quelque vague
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» ressemblance dans la forme extérieure des mois. »
M. Max Müllcr (Science du langage) imite cette réserve, et le basque ne figure pas au nombre des langues qu’il a classées à la tin de son livre.
Déjà, en 1836, M. Théodore d’Abbadie, dans ses Études grammaticales sur la langue cuskarienne, avait signalé avec une remarquable sagacité ce qui dans le sanscrit, le géorgien, le finnois, dans plusieurs langues de l’Afrique et de l’Ataériquc du nord, se rapproche ou s’écarte de la syntaxe basque; mais il ne s’était point cru autorisé par scs recherches à déterminer le groupe auquel se rattache la langue basque, encore moins les origines du peuple lui-même.
M. Augustin Chaho, adoptant les idées d’Eichoff sur Y originalité africaine de la langue basque, a cru pouvoir rattacher les Ibères aux populations indigènes du nord de l’Afrique, qui, à une époque anté-historique, auraient envahi l’Espagne comme le firent plus tard les Arabes. M. Boudard a signalé des ressemblances entre l’alphabet touareg et celui des Turdétans, peuplade ibérique, qui, selon beaucoup d’auteurs, aurait parlé une langue distincte du basque, mais qui, d’après G. de Humbolt, se servait d’un dialecte basque aujourd'hui perdu.
M. Mommsen ( Histoire romaine) a prouvé que tous ces alphabets prétendus originaux n’étaient que l’alphabet phénicien plus ou moins altéré.
M. Bergmann(il/d»ioiVcsur les Gèles, p. 71) considère les Basques comme un peuple de race sabméenne (lappofinnoise), venu des bords de la Baltique en Germanie
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et en Gaule, et successivement refoulé par les Celtes jusqu’au pied des Pyrénées. Leur langue offrirait, quant aux formes grammaticales, une grande ressemblance avec celles de souche sabméenne, telles que le groënlandais et le lapon. Le savant professeur de Strasbourg croitmômeque les grammairiens nationaux ont singulièrement exagéré la richesse de formes du verbe basque. Cette richesse provient, d'après lui, de ce que, en euskaru, le verbe est encore ce que dans l’origine il a été dans toute famille de langues, et ce qu’il est resté aujourd’hui dans beaucoup de langues américaines, savoir : un adjectif verbal, qui, comme tel, est susceptible d’ôtre composé et d’ètre non-seulement conjugué, mais encore décliné. De là, dans le verbe basque, ces formes grammaticales innombrables qui sont possibles au point de vue de lu grammaire, mais sont loin d’ôtre toutes usitées.
Pour M. Alfred Maury ( Revue des Deux Mondes, 1857), comme pour M. Schleicher, le basque est une langue polysynthétique, dont l’organisme rappelle d’une manière assez frappante celui des idiomes du Nouveau-Monde. Elle présente ces particules adjonctives que les philologues nomment postpositions, et qui servent à distinguer les cas. C’est de la sorte qu’elle constitue sa déclinaison. Ce caractère paraît dans les langues tartares, qui appartiennent à l’Asie centrale. La langue cuskarienne apparaît donc comme un chaînon qui lie les langues américaines aux langues ougro-tartares , car le finnois offre aussi , quoique à un moindre degré, le caractère d’aggluti-
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nation que l’on remarque dans le basque. On pourrait donc supposer, s’il était permis de tirer une induction d’un caractère isolé, que les Ibères étaient d’une race alliée à la race tartare.
Les affinités du basque avec certains idiomes de l’Oural ont été signalées également par M. II. de Charencey (Paris, 1862), mais ces affinités n’excluent point des différences très-considérables. Les unes et les autres sont exposées dans l’ouvrage du prince Louis-Lucien Bonaparte, intitulé : la Langue basque et les idiomes finnois (Londres, 1862, in-4°).
L ? auleur fait remarquer, que parmi les langues finnoises, le lapon du Finmark et le hongrois forment seuls le pluriel de leurs noms en k comme le basque. Dans cette dernière langue, les noms ne sont susceptibles de pluriel qu’au défini, qui se termine toujours en a, et il n’y a qu’une seule manière de former le pluriel, qui consiste à ajouter un k au nominatif du singulier défini.
En lapon, les noms dont le génitif singulier se termine en voyelle, forment leur nominatif pluriel en ajoutant un k à ce génitif, tandis que ceux qui reçoivent une consonne finale au même cas, demandent en outre un a euphonique.
Le morduin seul, parmi les langues finnoises, possède une déclinaison définie qui correspond exactement * à celle de la langue basque.
Le basque, le morduin, le vogul, et le hongrois peuvent exprimer dans leur verbe le sujet et le régime direct à la fois.
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Le basque, en exprimant dans son verbe les vingthuit rapports qui résultent de la combinaison des sujets avec les régimes directs, ne confond qu’une seule fois (dans le dialecte guipuscoan) une forme avec l’autre. Zaituste signifie tout aussi bien : ils t’ont que il vous a. Pour vingt-huit rapports cette langue fournit donc vingt-sept formes différentes.
Gomme le basque, le morduin exprime vingt-huit rapports, mais le nombre des formes qui y correspondent ne se monte qu’à quinze.
Le vogul seul possède le duel qui est inconnu dans la langue basque.
La conjugaison objective pronominale, à régime direct et indirect à la fois, et les traitements masculins, féminins et respectueux sont exclusifs au basque, qui seul, en Europe, possède un verbe aussi riche en formes logiques.
En basque, la voix transitive du verbe est toujours objective pronominale.
Dans les langues finnoises, le verbe n’cst pas nécessairement objectif dans la forme.
Le basque compte six voyelles : a, e, i, o, u, ü, qui subissent plusieurs changements déterminés par la présence d’une autre voyelle qui précède ou qui suit immédiatement, soit dans la syllabe antérieure du même mot, soit dans la dernière syllabe du mot qui précède.
Les langues finnoises en général, mais plus particulièrement le finnois et le hongrois, observent au contraire les règles de l’harmonie des voyelles. De même
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que dans plusieurs dialectes de la langue basque une voyelle en appelle impérieusement une autre, dans la langue finnoise, et surtout dans la hongroise, certaines voyelles ne veulent absolument s’associer qu’à leurs alliées.
Mais il est à remarquer que la sympathie des voyelles ne se manifeste, en basque, qu’entre celles d’un groupe différent, tandis que dans les langues finnoises elle a lieu entre celles d’un même groupe.
Les dures avec les douces, et les douces avec les dures, c’est là la règle du basque : Y antagonisme . Les dures avec les dures, et les douces avec les douces, est celle des langues finnoises : le dualisme.
On s’était donc trop hâté de conclure de certaines analogies à l’identité des formes grammaticales du basque et des idiomes finnois, et partant à l’identité des races. Le basque ne peut être rangé dans la mémo classe ni même dans la môme famille, et l’on est autorisé jusqu’ici à le considérer comme la seule langue européenne, c’est-à-dire comme la seule dont l’origine asiatique, ou, en tout cas, étrangère à l’Europe, n’est pas scientifiquement démontrée.
A défaut delà linguistique qui ne répond que par le doute, ou par Y anarchie dans les opinions, à desquestions d’ethnographie qui dépassent peut-être sa compétence, l’anthropologie, cette science toute récente aussi, présente une solution digne d’examen et qui aurait vivement intéressé G. de Humbolt, qui, un moment, avait conçu le plan d’un essai d’anthropologie générale. On avait admis jusqu’ici que les Basques
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étaient brachycéphales. On se basait sur l’étude de » deux crânes déposés dans la collection de Retzius à Stockholm, et sur ce que, dans plusieurs contrées de l’Europe, oh les races actuelles sont dolichocéphales, on trouve dans les couches profondes du sol des crânes brachycéphales. De là l’opinion qu’avant l’arrivée des races indo-européennes, l’Europe était occupée par des races autochthones brachycéphales. Il n’est pas douteux que les Basques sont les descendants d’une de ces races autochthones, puisque leur langue n’a rien de commun avec les langues indo-européennes. Il était donc naturel de penser que les Basques devaient être brachycéphales.
Toutefois, une théorie aussi importante réclamait des preuves plus décisives. L’authenticité des crânes examinés par Retzius ne paraissait point établie. 11 était désirable aussi de continuer les expériences sur un plus grand nombre de sujets. Le secrétaire de la SociétéanthropologiquedeParis.M. le docteurPaul Broca, a rendu un nouveau service à la science en enrichissant ses collections do soixante crânes provenant d’un cimetière du Guipuscoa, dans une localité où les Basques, depuis, les temps historiques n’ont subi aucun mélange de race. Ces crânes ont été mesurés et comparés avec diverses séries de crânes de races différentes. Cette étude n’a pas confirmé la théorie de Retzius. M. Broca n’a reconnu dans sa nombreuse collection que très-peu de crânes brachycéphales. Voici sesconcl usions:
En premier lieu, les crânes dolichocéphales des Basques de Z... diffèrent beaucoup des crânes dolicho-
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céphales des autres races d’Europe. Au lieu de présenter une dolichocéphalie frontale , ils présentent 'une dolichocéphalie occipitale due à la fois au développement exagéré des lobes postérieurs du cerveau et au peu de développement de sa région antérieure.
En second lieu, les Basques, si différents des dolichocéphales d’Europe, se rapprochent au contraire beaucoup des dolichocéphales d’Afrique; mais ils se distinguent à, leur tour de toutes les races d’Afrique, môme des plus blanches et des plus orthognathes, par la petitesse de leur mâchoire supérieure, par le peu de développement de leurs bosses cérébelleuses et par l’atrophie relative de leur protubérance occipitale. Ces caractères d’ailleurs différencient aussi les Basques des races d'Europe.
Aussi, si l’origine des Basques de Z... devait être cherchée en dehors du pays basque, ce ne serait ni parmi les Celtes, ni parmi les autres peuples indocuropéenô qu’on aurait la chance de trouver leurs ancêtres, et ce serait plutôt vers la zone septentrionale de l’Afrique que les recherches devraient se diriger. Il est assez probable qu’à une époque très-reculée l’Espagne se continuait avec le nord de l’Afrique. On ne devrait donc pas s’étonner de trouver des analogies assez étroites entre les populations primitives de ces deux régions, quand même on ne saurait pas que, depuis les temps les plus anciens, de nombreuses migrations ont eu lieu de l’une à l’autre rive du détroit de Gibraltar.
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Ces résultats sont bien dignes d’attention. Toutefois le docteur Broca connaît trop bien les difficultés des problèmes dont il poursuit la solution pour présenter comme définitive une explication que trop peu de faits confirment encore.
Le livre de Humbolt n’a donc pas vieilli, bien que quarante-quatre années nous séparent du jour de sa publication; le seul point que l’auteur eût entrepris de démontrer, l’identité des Basques et des habitants primitifs de l’Espagne, demeure presque universellement admis, et toutes les questions qu’il a traitées incidemment attendent encore une solution définitive. Peut-être môme Yeuscara, dont le domaine est envahi de toutes parts, cessera-t-il d’ôtre parlé avant qu’on ait pénétré le mystère des origines du peuple basque.