‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 24 sur 61 · TERMINAISONS DES ANCIENS NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES · texte numérisé non relu

TERMINAISONS DES ANCIENS NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES

Je me suis occupé jusqu’ici des noms qui dérivent de radicaux connus; je vais parcourir maintenant ceux dont l’origine basque se révèle par leurs initiales ou leurs ter- • minaisons.

Les désinences habituelles des noms ibériques sont : uns (voir le ch. 14), briffa (dont nous traiterons par la suite), bn et jia, tuai et tanin, yis,- ulu (v. c. 17), et ippo.

La terminaison ba et pu exprime, comme il a été démontré plus haut, au sujet û'astapa et d'abiha, quelque chose

de bas, do situé au pied d’une autre chose. Mais ba peut souvent appartenir à un autre mot, comme dans Salduba. Ces cas exceptés, on peut citer, parmi les noms terminés en ba : Adeba (Ptol., II, p. 47), Alaba, Astapa, Ilipa, Noliba (Liv., XXXI, 22), Norba, Serpa (Itin. Anton., p. 42G), Menoba; dans ces derniers noms, la voyelle o, qui indique la hauteur, précède le ba ; encore aujourd’hui, plusieurs localités portent le nom d ’Oba.

Astarloa fait dériver les terminaisons tani , tanin, qui se présentent toujours sous la forme étant, etania, de la terminaison de lieu eta. Dans un sens aussi général, cette assertion est loin d’étre exacte. Souvent, en effet, tamis et tanin (et non pas seulement nus et nia) appartiennent à une terminaison étrangère. Ainsi Toletanus, de Tolctum, et Beneventamis, de Beneventum.

Celte 'terminaison d’adjectif se trouve aussi dans des noms tout à fait -étrangers à eta , et que les Romains terminaient en is (Bilbilis, Bilbilitanvs, A>andis f Amnditani ), en ia (Belia, BeXéia, Belitani), ou en t ( Astigi , Astigitanus (Plin., I, 139), Acci, Accilani) *.

La terminaison tamis arrive dans tous les cas oïl le radical n’a pas de t, comme dans l’adjectif grec en ’.rr,- (Priscianus, I, 2, p. 593). Il est certain aussi qu’on rencontre en Espagne beaucoup plus fréquemment qu’ailleurs des noms de peuples et de contrées finissant en tani et tanin, ce qui s’explique par la raison que la terminaison en t emporte toujours l’idée de lieu. Dans Haleta des Edetans (Ptol., II, p. 47), eta appartient évidemment au radical. Les noms de cette classe, pour lesquels j’adopte l’étymologie d’ Astarloa, lorsqu’elle no me parait pas tout à fait invrai-

I. Celle lerniiuaison en i est très 'fréquente dans les noms do villes espagnoles, (Sclineiders, fanyue latine, 1f3, 143.) (II.)

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semblable, sont : A use tant, Authetani (avec le 0 silllant), de nu (sa, poussière : terre de la poussière , de la sécheresse ( Apol ., 207, 234); Bastetani, Bergi&tani, Carpetuni, de gara, haut, hc, au pied : contrée au pied de la montagne (Apol. , 208); Cerretani, Characitani, Contestant, Cosètani , Edetani ou Sedetani, Exitani, Laéetani ou Jaccetani, Laleetani, Laetani, si ces derniers noms ne sont pas tout simplement des altérations du précédent (Mannert, I, 434); Lusitani, de lucca, long, étendu, grand (Astarloa, Apol., p. 212); Oretani, de o, indiquant la hauteur, r euphonique, et eia, comme Voregui actuel, de o, et egui, côté de montagne (Astarloa, 211); Suessetani (Liv., XXXIV, 20), Turdetani. Je n’ai pas compris dans cette énumération tous les noms de formation romaino régulière, d’après des noms de villes, tels que les Accitani, Ossigitani, Tôle tant, etc.

La terminaison gis vient de teguia , terminaison indiquant le lieu, egui, coin, angle, ou de l’afïlxe privatif ga ou gui. Aux noms finissant en gis, cités précédemment, sont à joindre encore : Oringis, et à cause de l’analogie de la formation : Conistorgis (Appien, VI, 57) ainsi qu’Anitorgis ou Anistorgis (Livius, XXV, 32), à l’extrémité sudest de l’Espagne. La terminaison est inévitablement urgis, sans eau, provenant du manque de sources malgré la proximité du fleuve. Mannert (I, 343), compare au mot Coni le nom des Coniens ou Cunéens (Appien). 11 fait venir Ani de Atias. D’après la nouvelle édition française de Strabon (I, 402), il est douteux que ces deux noms s’appliquent à la môme ville. Le nom des Coniens rappelle aussi Coni-m-brica.

Je ne connais à la terminaison ippo aucune étymologie basque vraisemblable. Il y avait deux villes à'IIippo en

Sun LES HABITANTS PRIMITIFS DE L’ESPAGNE 5«

Espagne, l’une en Bétique (Plin., I, 138), l’autre chez les Carpétans (Livius, XXXIX, 30). Il y en avait en Afrique deux autres, dont les noms présentent cette seule différence avec les noms ibères, qu’ils sont masculins au lieu d’ôtre féminins. Dans ces deux contrées, ce nom est sans doute d’origine grecque, et ce qui achève de le confirmer, c’est que les monnaies d’un grand nombre de villes espagnoles et africaines portent pour figure un cheval. Je ne rencontre pas dans les noms basques le mot cheval ( zanuiria , zaldia), du moins avee un sens bien décidé. Pour exemples de noms terminés en ippo, je citerai : Acinippo, Belippo (Plin., I, 140), Baesippo, Basilippo (Itin. Ant., p. 410), Collippo (Plin., I, 228), Irippo , Yentippo (Florez, Medallas, 2, 474, 017), connus par les inscriptions et les médailles; Lacippo, O v ippo (Plin., I, 138), Ostippo (Itin. Ant., 411), Serippo (Plin., 1, 140), Ulysippo; il est remarquable que la plupart de ces villes, situées en Bétique, et toutes celles de la Lusitanie étaient très-voisines de la mer, ce qui porte à attribuer leur fondation à des étrangers. Jlippo (des Garpétans) fait seule exception.

CLASSEMENT DES ANCIENS NOMS DE LIEtfX IBÉRIQUES, d’après LEUR SYLLABE INITIALE.

Je vais maintenant, parmi les initiales des noms de lienx ibériques, et sans m’astreindre chaque fois à une étymologie rigoureuse, rechercher celles qui sont communes à

fin

IlECIIEnCHES

beaucoup de noms. et. combinées avec d’autres mots, peuvent être considérées comme des radicaux.

Av et al, si celui-ci provient du premier, de ara, plan, avvia, pierre, aviva, chêne, a via, mouton, etc. : Alaba, Alavona, A loue, Alontigiceli, Alostigi, Arabriga, Aratispi, Arari, Arcilacis (Ptol., II, p. 39), Avcobriga (qui pourrait bien dériver du latin avens), Arcra et Arcvaci (Plin., I, 1 10), Uvama Argellœ, Avialdunum (Plin., I, 137), dont la terminaison sera examinée plus loin. Aviorum montes ( Itin. Anton., p. 432), et par altération Mari an nn et Mariant; Arit mm, A rocelitani (PI i n . , I, 142); Arriaca, Arsa, Artigi, Aruci (Ptol., II, 40), Arucci (Itin. Anton., p. 427), Arunci, Arunda.

As. Cette syllabe, ainsi que ats, al:, et a:, est du nombre des initiales les plus usitées en basque, et forme une grande quantité de mots. Comparer (chap. 13) Ascerri, Asido (Plin., I. 139), Asindum (Ptol. ,11, p. 39), Aspavia, Aspis, Asseconia (Itin. Anton., p. 430), Asso (Ptol., II, p. 47), Asta, Astapa, Astigi, Aslures.

Bac ou be, car les manuscrits et les inscriptions donnent ces deux leçons. Be, de même signification que ha, sert d’initiale à beaucoup de mots basques, et Astarloa (Apol., 250) en fait dériver le nom du lleuve Bœtis, dans l'acception de : bas, profond. Jbaya, ûe> uve, peut bien aussi en provenir. Mais ce serait aller trop loin que d’expliquer ainsi les mots commençant par ba, car il faudrait d’abord établir que le nom du Bœtis est réellement indigène. Ce fleuve portait d’autres noms, tels que : Tavtessus, Perces, Cevtis; les deux derniers sont attribués aux habitants du pays. Ccrlis paraît celtibère, car ce peuple avait une ville appelée Cevtima. Mais il y a aussi des noms purement ibériques cheü les peuplades celtiques de l’Espagne, et il

SU K LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 61 demeure douteux si Bœtis est un nom ibérique, distinct du celtique Certis (qui vient peut-être des Celtes de Bæturie), ou bien un nom étranger, et peut-être punique. Cette dernière opinion s’étaye d’un passage de Pline (II, 621), qui nous apprend que de son temps il existait encore en Espagne des mines d’argent qu’Annibal avait fait ouvrir, 'et qu’on désignait d’après le nom de leur inventeur ; par exemple : liebulo. Du reste, la plupart des mots commençant par bae, sur la côte sud, ou dans le voisinage, appartiennent à des régions qui furent en grande partie occupées par les Phéniciens et les Carthaginois. Il faut en excepter seulement Baedyii, des Callaïqucs (Ptol., II, p. 44), et la ville de Baccula, en Orétanie (Polybe, X, 38), sur les frontières de la Bëtique. On pourrait y joindre le Baenis, l’un des noms du Minius, d’après Strabon (III, 153), si cette leçon n’était contestée avec raison (voir Scliweighauser sur Appien, VI, 71, 58). Rien ne défend de croire que dans certains noms de lieux le bae ou b soit indigène, et dans d’autres d’origine étrangère. A ceu\ déjà cités, s’ajoutent encore : Baebro (Plin., I, 13), Baeeor, Baelo, qui est appelé 'iîfliïo sur les monnaies (Florez, Medallas, II, 635), Baesippo, Belippo (Plin., I, 140), Besaro, Baetulo, Baeturien.

Bar , initiale très-fréquente en basque : Barbesula, Barcino,Varduli, Bar do (Livius, XXXIII, 21), Bardyetœ , Bapaa (Ptol., II, p. 39), Bargiacis (Ptol., II, p. 45), Bargusii, Barnacis (Ptol., II, p. 46). Les mots qui peuvent conduire à l’étymologie de ces noms sont : barria pour berna, nouveau ; barrutia, circuit ; harrena, barua , au dedans ; baratu , cesser, s’arrêter, demeurer.

J’ai déjà parlé de ber, pris pour bi, et comme radical de berria, nouveau. Vergentiwh (Plin., I, 138), Bergidum,

Vergilia , Bergium, Bergtda *, Bemnma (Ptol., II, p. 47), Berurium. J’y joins les mots commençant par bi : Biafia (Ptol., II, p. 46); a lia signifie portail, porte. Bibali, Bigerra, d’où le mot actuel Bigorre; pays des deux hauteurs ; Bituris. Comparer, à propos des mots commençant par ber, le chapitre 23 (sur Mcdobriga). Les noms de lieux commençant par bel peuvent, en tant que basques, dériver de belaüa, vallée.

Cal-gai forme beaucoup de mots basques dont l’étymologie me parait douteuse : Calduba, Cale, Calenda, Callaid, Collet (Plin., I, 140), Calpe ; ce dernier nom et quelques autres de cette classe, désignant un promontoire périlleux, dérivent peut-être de galdu, détruire, caltea, dommage.

Car-gar, mot initial fréquent, emportant presque toujours l’idée de hauteur. Caracca (Ptol., II, p. 46), Garabis, Caranicnm (Itin. Ant., p. 424), à comparer, malgré la terminaison, à Albonica , Lconica (Plin., I, 142), et Cœcilionicum (Itin. Ant., 434), Carbtda, Carca (Ptol', II, 47), Carcubium (Itin. Ant., 448), Cares (Plin., I, 143), Carissa (Ptol., II, p. 39), avec la terminaison qui indique l’abondance (aujourd’hui z a ), les Caristiens, ou avec la terminaison plus basque de cia, les Carictes (Plin. , I, 143), Carmonia, Caronium (Ptol., II, p. 43), Carpesii (Mannert, I, 385), Caipelani, Cartcja. A la même famille de mots appartient aussi gora, avec la même signification, d’où : Corbio (Liv., XXXIX, 42), Corduba, le promontoire Coi'U.

Men, écrit aussi maen, commence beaucoup de mots basques, et signifie principalement force, puissance, et

1. Bergara, en Biscaye, se rapproche beaucoup de ce nom. {H.)

sim les h ahitants primitifs de l’espagne sa hauteur, montagne, d’où l'expression basque mendia. Ce dernier sens s’applique mieux aux noms de contrées; Mendiculea (Ptol., II, 41), Mellaria, ou Metdaritt, Menoba, Menosca , le fleuve Menlascus, Mcntesa, ou Mentisa. Astarloa (Apol., p. 242), fait dériver do mendia le Mediolwn des Celtibères (Ptol., II, p. 40), comme s’il s’appelait Mendiola, de même que beaucoup de localités d’aujourd’hui. Mais, c’est sans motifs qu'il néglige 1’».

Ner est rarement la syllabe initiale des mots basques. On le rencontre dans quelques noms de lieux, comme Nertobrifja que les auteurs citent deux fois, Neriurn et les Neriens, le fleuve Nerua ; à l’exception de ces derniers, tous les autres noms désignent des localités celtiques ou celtibères,

Or peut être compté parmi les' plus fréquentes initiales des mots basques; la voyelle o,' lettre initiale de ona, (colline,) et radical de gora et goia (haut), exprime le plus souvent (soit seule, soit jointe à r par euphonie), l’idée de hauteur.

Actuellement, beaucoup do noms de lieux commencent par o; par exemple : Oiz, Oienguren, Oienarte, Oion, Oizate, Oinaz, Oba, Oca, Ona, Ouate, Oria, Oguena, etc. On aura le sentiment de l’identité des idiomes en les comparant aux noms anciens que voici : Obila (Ptol., II, p. 41), le promontoire Oeaso, Orcellis (Ptol., II., p. 47); Oretani, Orippo, le promontoire Ortospeda (Strab., III, p. 102), dont la terminaison est à comparer avec le promontoire ldubeda : o, haut; r euphonique; os, mot basque; la racine peut bien être otza, froid, ou otsa, bruit; iduna, nuque (métaphore indiquant la montagne); be dans la terminaison. — - Oria, Oringis, Orgenomesci

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