NOMS D’INDIVIDUS
Les autres débris de la langue nationale consistent en noms d’individus et de familles. Malheureusement, il n’en est venu jusqu’à nous qu’un très-petit nombre. Quelques-uns sont évidemment d’origine basque; d’autres s’accordent en tout ou en partie avec les noms de lieux. Leur comparaison avec les noms gaulois prouve tout à fait que leur son est bien basque. Les fréquentes désinences des noms gaulois en marus (Civis-Marus , Induciornarm ) , en rix (Ambiorix, Cingetorix), en dunus ( Conetodunus ), en viens [Litavicus) sont entièrement étrangères à l’Espagne. Le petit nombre des noms celtibères ne permet pas d’en établir suffisamment le caractère par la comparaison. Comme tous ces noms ibériques sont dispersés dans les auteurs, j’en donne ici un tableau alphabétique, que
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l’on pourra rendre encore plus complet. J’ai pris môme dans Silius Italicus les noms qui ne Sont pas d’origine étrangère, comme Phorcys, Aconteus , et autres, parce que, comme on le voit par les mots Mandonius, Indibilis, et autres, cet écrivain choisit souvent des noms historiques. On ignore même s’il n’était pas d’origine espagnole et s’il ne parlait pas la langue de cette contrée. 11 paraît clair, dans tohs les cas, qu’il a fait figurer à dessein, dans le récit d’un combat, le nom Burrus , qui dérive de Burruca , combat.
Abïlyx, sagontin (Polybe, III, 98), Abia, en basque, buisson. La ville A’Abula (17).
Alco, sagontin (Liv., XXI, 12), peut-être d’origine grecque, comme Tite-Live l’indique, par l’opposition entre Alconem Saguntinurn et Alorcum Jlispanum. Nous trouvons aussi chez cet auteur la ville celtibère A'Alcé. Or al signifie en basque force, courage, résolution, comme on le reconnaît par les mots al, allai, ahala, du dialecte de Labour, et par le mot alaidea, de môme signification en guipuscoan. C’est là évidemment la racine du nom de la cité celtibère.
A le tes, inventeur des mines d’argent dans les montagnes, et, pour ce motif, adoré comme un Dieu. Une colline près de Carthagène avait été désignée d’après ce nom qui, incontestablement, est étranger (Pol., X, 10.)
Allucius, celtibère (Dio. Cass., ed. Reim., volume I, p. 20, fr. 58, n. 2). Les villes de Lucensum, Buda (Liv., XXXV, 7).
Alorcus, sagontin (Liv., XXI, 12). La ville A'Ilorcum (15).
Amusitus, ausétan (Livius, XXI, 01).
Audobales (V. Indibilis).
Ambo, celtibère (Appien, VI, 46), trahit son origine gauloise, si on le compare avec Ambiorix, avec les noms de peuples: Ambiens, Ambivarètes, Ambarres, et avec le mot gaulois Ambactes. Nous en induisons que la ville d ’Amba, que nous connaissons par les médailles seulement, était une ville des Celtes.
Arauricus, de Corduba (Sil. Ital., 111, 403). Arganthonius, roi de Tarte s sus (Hérodot., I, 163); ce nom peut avoir subi bien des changements.
Artanes, turdétan (Livius, XXV1I1, 15).
Avarus, numantin (Appien, VI, 95); ce nom est entièrement basque. L’étymologie en a été fournie plus haut par Abarum (17. V. Octaciolca) ; Audax, lusitan (App., VI, 74), très-probablement d’origine romaine.
Balàrus, vetton (Sil. Ital., III, 3, 78).
Besasis nous vient du siège de Turbo, ville des Bastétans (Tit.-Liv., XXXIII, 44); ce nom pourrait bien venir de Besoa, bras, d’où Bes-cona, arme dont ou se, servait dans les combats corps à corps.
Bilistages, ilergète (Livius, XXXIV, 11).
Budar, cité erx môme temps que Besasis.
Burrus, lusitan (Sil. Ital., XVI, 560) (voir plus haut).
Cœsaras, lusitan (App., VI, 56) d’origine étrangère.
Caraunius, surnom du Numantin Rhétogènes (Ap., VI, 94), de gara, hauteur : Rhétogènes était peut-être son nom celtique, et Caraunius, de gara, haut, et de unea, pays, terre : haute terre, son nom ibérique. Carus , celtibère, de Segeda (App., VI, 45); si ce nom est indigène, il dérive de gara.
Caucænus, lusitan (App., VI, 57); la ville de Cauca.
Cerdubellus (Livius, XXVIII, 20) se trouve avec d’autres Ilispani convenœ in Castulo, ce qui n’explique
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 89 point son origine. La terminaison bellm accuse une origine celtique. Le commencement du mot offre de l’analogie avec le mot celtibérien certima.
Colichas (Tit-Liv., XX VIII, 13) ou, d’après des leçons différentes, C nichas, Colcàs, Culcas, et même Scolchas. Il régnait en Bétique,
Connobas (App., VI, (58).
Corbio (Tit.-Liv., XXVIII, 21), ville des Snessétans. Corbis, de gara, haut.
Corribilo, aussi Corbilio, de la ville de Litabrum dans la même partie de l’Espagne (Tit.-Liv., XXXV, 22).
Ditalcon, lusitan (App., VI, 74).
Edeco (vol. X. 34) dérivé du basque, nommé moins exactement dans Tite-Live : Edesco. Les deux syllabes initiales sont la racine du nom des Edétans, et la désinence est celle des adjectifs basques. Il n’est point formellement exprimé que Edeco fût un Edétan, mais, d’après ce que nofis savons de lui, il parait avoir régné dans le voisinage de Tat'ragone (voir Polybc).
Galbus , carpétan (Tit.-Liv., XXVI), parait celtique. Galba était aussi le nom d’un roi belge (César, de Bello gallico, II, 4), et Galba signifie, en gaulois, un homme très-gros (Suétone, Galba , III).
Gargoris, un des plus anciens rois des Tartessiens (Just., XLIV, 4) ; d’après le dictionnaire manuscrit de Paris, gaina veut dire maigre, grêle, mince de corsage.
Glagus (v. 11).
Habis, le Triptolème ibérique, si souvent exposé aux dangers et miraculeusement sauvé (Justin, XLIV, 4). Comme il vivait dans les forêts avec les cerfs, son nom vient de habea , bois, en dialecte biscayon abia, en labourdan abea, avec un sens un peu différent ; Hilermus,
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et d’après une autre leçon Hilemus (Tite-Live, XXXV, 7), est nommé à l’occasion d’un combat entre les Vaccaens, les Vettones et les Celtibères. Hiltcea (en dialecte de Labour, tuer).
Ermua, encore aujourd’hui nom de lieu en Biscaye.
llerdes (Sil. ital., XVI, 567), simplement peut-être imaginé par le poète d’après la ville d'Ilerda ; Imilce (de Gastulo), épouse d’Annibal (Sil. Ital., III, 106; Tit.-Liv., XXIV, 41); ce nom paraît plutôt punique qu’ibérique. Silius l’appelle une altération du nom grec Milichus.
Indibilis, dans le pays des Ibères, qui, d’après un passage de Tite-Live (XXVIII, 24), était un Lacétan, et, d’après un autre , qui paraît moins exact , un Ilergète (XXVIV, 1); il avait combattu contre les Romains avec ces derniers, et aussi avec les Suessétans. Polybe l’appelle Andobales, peut-être de andtia, grand.
Intibili, ville.
Indortes, en Bétique (20).
Indo (auctor incertus de Bello hispanico, 10). Beaucoup de mots basques commencent par indan; indarra, fort, indea, douleur.
Istolatius, en Bétique (Diod., XXV). La désinence est étrangère, mais on reconnaît facilement dans le mot la terminaison de lieu ola. Le commencement du mot peut dériver de istilia, marais, bourbier, ou de istoa, llèche, selon que le nom aura été formé d'après une habitation, ou d’après une qualité.
Lamits (Sil. Ital., XVI, 465).
Larus, cantabre (Sil. Ital., XVI, 46).
Lcuco, celtibère (App., XI, 46).
Lilenno , celtibère (App., VI, 60), nom celtique, en Gaule Litavicns.
Luscinus, dans l’Espagne citérieure. Ce nom paraît romain (Liv., XXXIII, 21).
Mandonius a été nommé plus haut avec Indibilis. C’était un Lacétan, mais non pas comme celui-ci un llergète. Peut-être dérivent-ils de manatu. Mandiota est une salle d’apparat, de réunion. Mandoa, mulet, pourrait aussi s’y appliquer. Mais on trouve en Gaule les Mandubiens et MandubratiuSj ce qui rend l’étymologie très-douteuse.
Megara, et d’après d'autres leçons Megaravictus et Megaravistus, numantin (Florus, II, 12, 4).
Mericus (Liv., XXV, 30) ; plusieurs villes de Meri et Merobriga (c. 23).
Minurus, lusitain (App., VI, 74).
Norax (c. 32).
Olonicus ( Epit . Liv., XLIII), confondu avec Salonicus (Supplem. Freinshemii, XLIII, 4) ; pourtant le point est très-douteux.
Orisson (c. 20).
Orsua (Liv., XXVIII, 21). La ville d 'Urson s’appelle aussi Or son.
Retogenes ; voir Caraunius. (Dans Val ère - Maxime V, I, 5, Rhétogènes.)
Rhyndacus, celtibère (Sil. Ital., III, 384). Quand Silius Italicus parle des murailles sarmates de la ville à’ Uxania, il se fonde probablement sur la tradition de l’origine étrangère de ses premiers habitants.
Salondicus, celtibère (Florus, II, 17, 14). V. Olonicus.
Spanns (c. 18).
Tangimis (App., VI, 77).
Tantalus (App., VI, 75), lusitain ; ce nom est probablement altéré. Diodore (Fragm., XXXIII) appelle le même individu Tautamos.
Turrus ou Thw'rus, celtibère (Liv., XL, 49).
Viriat-he, le célèbre chef lusitain. Si ce nom est indigène, il rappelle les Viriœ celtibericœ, sorte de bracelets destinés surtout à la parure des hommes (Plin., II, 609). On prétend que ce mot vient de vir; mais, puisque, d’après Pline, cet objet a été importé de la Gaule et de la Celtibérie, il est probable qu’il n’a pas reçu son nom en Italie : en basque, biruncalu signifie tourner, et cette idée, qui répond si bien fi l’idée de bracelet, est exprimée par le radical bir. Si le nom est celtibère, il rappelle le celte bir, ber, pique, lance, épieu.
CONFORMITÉ DES NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES AVEC LALÀNGUE BASQUE EN GÉNÉRAL.
J’ai voulu montrer jusqu’ici que, pris en masse, les anciens noms de lieux ibériques dérivent du basque, et que cette origine se laisse suffisamment apercevoir aujourd’hui. Pour cela, j’ai d’abord établi l’identité de l’alphabet pour la langue et pour les noms; j’ai présenté ensuite le tableau de ces derniers selon leurs radicaux basques ; enfin j’ai classé, d’après leurs iuitialeset leurs finales, un grand nombre d’autres noms , dont l’analogie est frappante , bien que leur étymologie ne puisse être encore parfaitement déterminée. J’ai fortifié tous ces indices du témoignage des auteuis anciens. Je crois avoir atteint mon but, et démontré que le basque était la langue des habitants primitifs de l’Espagne. 11 s’élève maintenant la question de sa-
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE 73 voir si le basque était l’unique langue du pays, et, dans le cas contraire, de déterminer les limites de son domaine. Après avoir établi l’identité, il faut indiquer les différences existant entre la langue Jusque et une partie des anciens noms. Cette tâche offre de bien plus grandes difficultés ; les langues n’étant qu’un même fonds d’idées exprimé par les mêmes sons, leurs points de contact paraîtront toujours nombreux , et Von ne sera que trop porté à conclure à leur parenté. 11 est tellement dans leur nature de se rapprocher et de se confondre, qu’il sera toujours beaucoup plus difficile d’élever entre elles des murs de séparation , que de leur découvrir des affinités. Nous avons remarqué plus haut trois catégories de noms (ceux commençant par ner et par se, et ceux finissant en ippo) et bien d’autres encore, isolés, qui ne se laissent point aisément dériver du basque. Mais cela ne suffit point. 11 faudrait prouver que ces noms ne proviennent point du basque, et, pour être décisive, cette preuve demanderait une connaissance approfondie de tous les dialectes basques. On devrait se rappeler aussi qu’une foule de mots, et même des dialectes entiers, ont pu disparaître par l’effet du temps.
Malgré toutes ces difficultés, il existe une catégorie d’anciens noms ibériques, non dérivés du basque, qui, à mon avis, servent indirectement à reconnaître si la Péninsule ne comptait qu’une race d’habitants, ou plusieurs races parlant des langues distinctes, avant les invasions des Phéniciens, des Grecs et des Romains. Je veux parler des noms de lieux finissant en briga, que j’ai recueillis plus haut avec soin Mais pour ne pas paraître décider la question trop légèrement, je vais présenter le tableau de tous les noms de cette espèce et de leur situation géographique
HECHERCHES
en l’accompagnant, quand il y aura lieu, d’observations sur les mots liés à la terminaison briga.