BECHEHGHES DE NOMS CELTIQUES DANS DES NOMS DE LIEUX IBÉRIQUES
Oïl découvre encore dans les anciens noms de lieux ibériques d’autres éléments étrangers.
Je citerai d’abord Ehora ou Ebura. Ce nom existait plusieurs fois en Espagne, sur la côte de la Bétique (Mêla, III, 4), chez les Turdules (dans l’intérieur des terres), chez les Edétans (Ptol., II, p. 47), chez les Carpétans (écrit Aebura. Livius, XL, 30; carte de Reichard), chez les Lusitans (Plin., I, 229, 10), chez les peuplades celtiques des Præsamarques (Mêla, III, 1, 8). On y comptait en outre Ripepora, déjà mentionné, également en Bétique, et Eburobritium, chez les Lusitans. Ainsi ce nom était répandu en Espagne et ne se trouvait pas borné à un seul c<iin de terre. On peut le suivre, hors de l’Espagne, dans tous les pays habités par les Celtes, de môme que les noms en briffa et en dunum.
En Gaule se trouvent Eburobrica (Itin. Ant., p. 3G1), Eburodunum (id., p. 342), sur la côte sud, en face de l’Italie; les Aider ci Eburovices (Plin., I, 225), dans la Normandie actuelle ; en Bretagne, la ville bien connue à’ Eboracum ou Eburacurn ; dans l’Allemagne du sud un autre Eburodunum (Mannert, III, 471); dans la Hongrie supérieure Eburum (id., 467). Les E buvons sont môme une peuplade germanique (César, do Bello gai., II, 4),
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L’ESPAGNE Si ce qui n’infirme pas l’origine celtique du nom, car ils habitaient sur La rive gauche du Rhin, près des Trevires , c’est-à-dire au milieu des Celtes, et ce nom n’était peutêtre pas celpi qu’ils prenaient eux-mêmes, mais celui que leur donnaient les Gaulois, de qui César l’avait appris. Tout ce que j’ai déjà exposé démontre clairement qu’il n’est point ibérique. Le nom Eburini de la Lucanie (Plin., I, 165) appartient-il à cette classe? J’en doute, car ce peuple habitait hors des régions où, d’après l’histoire, se sont renfermées les migrations des Celtes. César parle encore d’un Gaulois du nom d ’Eporcdirix (de Rello gall., VII, 38).
Le nom des Segobtnges , plus tard Commones (Ptol.), sur la côte sud do là Gaule, est le même que celui de la ville de Segobriga. Tout indique que non-seulement la dernière partie du mot, mais encore la première, sont bien celtiques. La ville appartenait aux Celtibères; et, bien que des peuplades ibériques habitassent la côte gauloise de la Méditerranée, Justin tient les Segobriges pour gaulois XL1II, 4). Nous avons aussi établi plus haut que les mots commençant par se, et surtout par seg, paraissent avoir peu d’aiünité avec les radicaux basques. Tous ceux que j’ai rassemblés plus haut appartiennent au domaine des noms en briga, et pour la plupart aux Celtibères. Ces noms sont très-répandus chez les peuplades celtiques. Ainsi l’on trouve Segodunum (le même que Segobriga) en Gaule, très-près de l’Aquitaine propre, et dans l’ Allemagne du sud, près du Mein; en Bretagne avec le simple changement de l’o en c : Segedunum (Camden’s Brilannia, 848, Cellarii not. Itin. Anton., I, 346. Mannert, II, p. 124. Reichard, qui écrit inexactement Segodunum) ; Segontia, en Bretagne; Segestica, en Pannonie. Un nom tout à
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fait semblable existe en Espagne. Comme les Pannoniens étaient une peuplade illyrique, il est plus naturel do penser qu’ils trouvèrent ce lieu où ils s’établirent, portant déjà ce nom, que de supposer qu’il n’est pas celtique. »
J’ai plus haut (c. 20) représenté commo hasardée l'opinion d’Astarloa, qui veut que le nom de la ville celtibère Mediolum dérive du basque mendia, montagne. Il est évidemment celtique. Il y avait en Gaule deux Mediolanum, chez les Santones et chez les Aulerci Eburovices. Les Gaulois émigrés en Italie donnèrent le même nom à la nouvelle cité qu’ils y fondèrent (Mannert, ch. 2, p, 22). On trouve aussi en Bretagne et en Allemagne un Mediolanum ou Mcdiolanium, vraisemblablement d’origine gauloise. Au môme radical appartient aussi le mont Mcdulius des Callaïques, qui rappelle les Mcdulli , peuplade gauloise de la côte sud-ouest. Il faut observer aussi que la ville et la montagne appartiennent au domaine des noms en briga.
Je piterai encore Nemefobriga et les Nemetates (Ptol., II, 6, p. 44). Ces noms semblent celtiques, si on les compare avec des noms delà Gaule tout à fait pareils : Augustoncmctum dans l’Auvergne actuelle, Nemctacvm et Ncmetocenna (si ce ne sont pas là deux désignations d’un môme lieu). Le nom des Nemètes pourrait bien aussi s’y ’ rapporter, quoique ce fût une peuplade germanique émigrêe en Gaule. Bullet (I, 71) fait dériver Augustoncmcturn de ncmet (d’après lui temple, lieu saint) ; en irlandais, en effet, naomtha signifie saint. L’ancien nom de Nîmes, Nemausus, semble avoir la même origine *,
1 . Bullet donne de plusieurs mots basques des étymologies tout à fait inexactes. Ainsi il fait dériver Astura du mot celtique Slur, fleuve. Je
Le nom de la peuplade celtibère des Berons se rapporte au mot ber, lance, pique (Owen) , encore usité dans le pays de Galles, et qu’on retrouve en Basse-Bretagne, de même que bir, trait (Le Pelletier). Le mot Berones (Ilirtius, de Bello Alex., 53) ne me paraît être ni un nom de peuple, ni une leçon fausse. C’était sans doute la traduction celtique du mot : armés '.
Le nom des Suessions en Gaule ne suffit pas à déterminer le caractère celtique de celui des Suessétans, qu’on retrouve aussi en Italie (voir plus bas).
Sur amba, voir c. 21 .
Si, avec Mannert (III, 655), on tient mina pour une terminaison celtique, il faut aussi mentionner Talamina, cité des Callaïques (Ptol., II, 6, p. 44), dont l’initiale est commune à Talabriga, autre ville de Lusitanie.
Presque toute la contrée où se rencontrent des noms celtiques, depuis les Callaïques jusqu’aux Cantabres, est traversée parla chaîne de montagnes Vitulius (Ptol., II, 6, p. 43), ou Vinnius , selon la leçon (fausse) de Florus
parlerai plus loin de Stura (c. 32). Si le mot Slur a le sons de fleuve, en celtique, il n’a rien à voir avec le nom espagnol Astures. Au sujet de la Cava, fleuve des Pyrénées, il s'exprime ainsi : Cav, nom appellalif de rivière, devenu propre de celle-ci. On pourrait en conclure qu’il existe, ou qu’il a existé en basque, un mot Cav, avec le sens de fleuve. Il n’en est rien. Presque tous les torrents des Pyrénées françaises portent le nom de Gaves, et sont distingués seulement par les lieux qu'ils parcourent. L’appcllatif est devenu nom propre, mais, à l’origine, il ne signifiait pas fleuve. Le radical gav, comparé avec cocus, *o!Xc{, donne le sens de creux, vide , fente. De là métaphoriquement les mots basques gabenda (manque), gabe (sans), préposition et terminaison négative, et gava, gaba (nuit). Le mot s’explique ainsi par le lit de ces torrents, véritable creux ou fente entre les rochers. (II.)
4. Le nom de la peuplade celtibère des Arevaques parait celtique, si on le compare avec celui des liellovaques gaulois (César, H, 4). Cependant Erro fait dériver areva ou areba des mots basques area et ha, qui signifient plaine basse. (H.)
(IX, 12, 49); non loin de l’extrémité orientale de cette chaîne était située la ville de Vindeleja (Itin. Ant., p. 454), d’après Ptolémée Vendelia (2, O, p. 45). Je ne connais pas de troisième nom analogue dans la Péninsule. En Bretagne et en Gaule, j’en remarque au contraire dix ou onze commençant par vind, et ne différant que par la terminaison. Cela suffit, h mon avis, à les faire reconnaître pour celtiques, et je suis loin de trouver décisives les raisons qui ont porté Mannert (111, 526) à prendre les Vindelici pour les Wendes. L’analogie des noms gaulois et bretons, rapprochée de cello qui résulte de la comparaison des contrées habitées par ce peuple rend bien plus naturelle l’origine celtique de sou nom. Celui d’une de leurs tribus, les Breoris ou lirions, paraît également celtique, et se rapproche de Brigantium et de Briga. Vindobona ou Vindomina paraît aussi tout à fait celtique, et l’élision du d dans Vianiomina et dans la Vienne actuelle n’est pas plus décisive que le changement du mont Vindius en Vinnius (Mannert, p. 655). Vienne a pris son nom du petit fleuve Wien, et dans d’anciennes relations de voyage est désignée ainsi : ville sur le Wien.
Je ne mentionne point Sicor, port de la Gaule, conforme au lleuve Sicoris en Espagne.