‹ Recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne a l'aide de la langue basqueChapitre 33 sur 61 · RECHERCHES DE NOMS BASQUES DANS LES NOMS DE LIEUX CELTIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES DE NOMS BASQUES DANS LES NOMS DE LIEUX CELTIQUES

Je crois avoir clairement démontré, par ce qui précède, qu’à part môme les mots phéniciens, grecs et romains.

il se trouve, parmi les noms de lieux espagnols, des noms qui ne sont point basques, antérieurs à l’apparition de ces divers peuples dans la Péninsule. Leur origine celtique me paraît hors de doute. Il faut maintenant fechercher si, parmi les noms étrangers, il s’en présente d’incontestablement basques. Nous avons déjà vu que non, en ce qui concerne la Gaule (c. 28). En Bretagne, et dans les régions au sud du Danube, nous en rencontrerons dont l’origine ibérique ne saurait être révoquée en doute. Je vais citer, sans parti pris, tous ceux que j’ai pu recueillir, n’omettant que ceux dont la ressemblance se borne à quelques lettres communes.

En Bretagne, le tleuve lias (Ptol., II, 3, p. 33), à comparer avec ula; isca avec osca; isurium avec l’espagnol esuris, et, malgré la différence de terminaison, avec veru~ Hum et Solurius mous ; le promontoire Ocelum ou OceU lum, avec V Ocelum des Callaïques, et avec d’autres noms semblables en Espagne, mais dans les provinces occupées par les Celtes. Je ne les cite que parce que la trace du basque est indiquée par l’o initial.

Dans les régions du Danube, on rencontre Astura (entièrement basque), entre le Norique et la Pannonie; le lleuve Carpis (Mannert, III, 510), chez les Carpi, peuple dont l’origine est incertaine; et plus loin, vers l’Orient, Urbate, et le fleuve Urpanus.

Je citerai aussi les Berunenses, en Rhétie ; en basque, beruna signifie plomb. Comparer avec ce que j’ai dit plus haut de Medobriga (c. 23). De ce qu’un nom ancien concorde pleinement avec un mot actuel, il ne faut pas se hâter de les expliquer l’un par l’autre, car cette ressemblance n’est presque toujours que fortuite. L’important est d’y retrouver le même radical.

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Quelques-unes de ces ressemblances de noms, celle d’astura par exemple, sont certainement très-significatives, et pourtant elles ne suffisent point, selon moi, à démontrer que les Basques ont occupé ou môme traversé ces contrées.

Des pays bien plus éloignés nous en offrent aussi. Il y avait un Biluris en Assyrie, un fleuve Deba en Mésopotamie, et d’autres noms encore, conformes aux noms espagnols. Je m’empresse de mentionner ces ressemblances , parce qu’on pourrait s’en autoriser pour critiquer, bien à tort, ma méthode de comparaison des noms de lieux. L’examen attentif de ceux de l’Espagne, accompagné de l’étude géographique des régions occupées par les indigènes purs, par les deux races confondues, par les Gaulois, donne la conviction qu’on a bien devant les yeux les pays habités par ces différents peuples. Ni la Gaule, ni la Bretagne, ni les contrées au sud du Danube, ne présentent des mots aussi évidemment basques, et des noms aussi faciles à analyser par des radicaux basques, que ceux que j’ai rassemblés (chapitres XIII-XVII). Pour bien établir la différence entre les noms ibériques et celtiques, l’examen des noms de l’Aquitaine, tout à fait différents de ceux du reste de la Gaule, est ici décisif. Que maintenant il se rencontre dans d’autres pays des noms semblables aux noms basques, il n’y a pas lieu pour bien des raisons d’y attacher de l’importance. Souvent la ressemblance n’est qu’apparente; ainsi des noms identiques, comme Bergium en Allemagne (Bamberg), et Vergium, ou Bergium, des Ilergètes, ont des racines entièrement différentes. Des langues parlées par des peuples fort éloignés les uns des autres, présentent des mots semblables, comme le basque gora, le polonais gàra (prononcer gura), le sanscrit giri, qui tous trois signifient montagne, hauteur. Ces particularités n’autorisent

SU» LES HABITANTS PRIMITIFS BE L’ESPAGNE «7 nullement à en conclure l’identité des nations. De -purs hasards peuvent les avoir amenées, sans émigrations ou mélanges des peuples. Il faut soigneusement distinguer en histoire les faits empreints du vrai caractère de la nature humaine, de ses besoins et do ses passions, de ceux qui ne sont dus qu’à l’arbitraire ou à la manière d’ôtre des individus. 11 y a notamment à se préoccuper de la nature des noms, surtout des noms de villes, ou, si on l’aime mieux, des établissements permanents destinés à l’habitation ‘ . Fonder ces établissements, leur donner des noms, était chose importante et difficile, indiquant un certain degré de civilisation, et il est probable que les noms, de même que la manière de bâtir des maisons et de se fortifier par des murailles, furent empruntés à d’autres peuples. Ces noms avaient sans doute presque toujours pour type un mot général, comme habitation, ville, etc., qui revenait trèssouvent. Aussi, ces noms forment presque toujours des groupes. Dans toute une contrée par exemple, les uns finissent en heim, et dans une autre en leben, etc. Les peuplades isolées, les familles, les individus donnaient à leurs nouvelles résidences les noms des anciennes. Cela nous explique pourquoi des noms basques isolés se rencontrent dans les contrées lointaines, et pourquoi des deux terminaisons celtiques briga et magus, la seconde ne se retrouve point en Espagne, tandis que la première y est très- fréquente et s’y rencontre presque exclusivement. 11 ne faut cependant pas considérer ces terminaisons comme

I. Voy. la description que Strabon donne des villes (toMi;) des Bretons (IV, p. 200). Ce n’étaient que des clairières entourées d’abalis d’arbres, et renfermant des rabanes et des étables; mais les villes gauloises et ibériques présentaient un autre aspect, et étaient presque toujours closes de murs. [H.)

des différences de dialectes, mais se rappeler que les migrations des peuples ont eu lieu à des époques très-éloignées les unes des autres. Les noms de lieux en ont aussi gardé la trace. L’histoire ne devra cependant attacher de l’importance qu’à ceux qui sont significatifs, et qui se rencontrent fréquemment, sans s’occuper d’un nom entièrement isolé. Les anciens noms de lieux ibériques lui indiqueront clairement que les Ibères mêlés aux Celtes ont occupé l’Espagne ; que vers cette époque, ou peut-être un peu plus tôt, les Ibères ont habité ou du moins traversé le nord de la Gaule et les régions du Danube. Cola peut s’accorder avec des migrations plus récentes, dont il est resté quelques indices isolés. C’est ainsi que les ditïérentes couches terrestres nous offrent les débris des êtres organisés ; mais les recherches historiques sont encore plus ardues que les travaux du géologue, et tant que les vestiges du passé seront aussi rares qu’ aujourd’hui, il sera plus sage de* u'enrien conclure.

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