NOMS BASQUES EN ITALIE
Je n’ai pas compris l’Italie dans ce travail, car cette contrée demande une étude particulière. Les noms celtiques qu’on y rencontre, comme Medxolanum, les deux torrents Duria qui se jettent dans le Pô (Plin., I, 173), Segesta Tiguliorum (Plin., I, 150), en Ligurie, etc., etc., appartiennent presque toujours à des provinces jadis occupées par les Gaulois, qui leur ont donné ces noms. Les
Sl! H I.F.S HABITANTS PRIMITIFS DE L'ESPAGNE IN terminaisons celtiques si connues : briga , dunum, et vices paraissent pourtant étrangères à l’Italie. On trouve magus dans l’ancien nom de la cité ligure d 'Industriel : Bodincomagurn (Plin., 1, 174), ainsi nommée de sa situation sur le PO, que les Ligures appelaient dans leur langue Bodincus (Ptol., II, 16, Boàeyxo?), le : sans rives. Pline, dans ce passage, distingue la langue ligure de la celtique. Aux Celtes appartient le mot Padus, qui indique un rivage bordé de pins. Bodincus rappelle l’allemand boden et bodensee, et d’autres mots d’autres langues, formés avec ceux-ci. Profond et bas sont des idées analogues, comme en grec fiuôci; et it'JÔfATiv, et les appellatifs qui les désignent servent facilement à donner des noms aux fleuves et aux mers.
Les noms celtiques ne dominaient donc pas en Italie. Nous manquons encore d’indications sûres, permettant de reconnaître les noms véritablement anciens et indigènes de cette contrée, qui sans doute fut jadis occupée par un grand peuple. Toutes les antiques langues italiques ont cessé d’être en usage ; les monuments écrits qui en restent, mêlés de grec et de latin, attendent un travail préparatoire qui en présente les résultats. Les deux nations de l’antiquité dotées des langués les plus complètes et de la littérature la plus florissante, la Grèce et l’Italie , partagent cette singulière ^destinée , que leurs habitants primitifs nous sont bien moins connus que ceux des contrées barbares. Cela vient naturellement de la perfection même de leurs langues qui ont rejeté le passé dans l’obscurité et dans l’oubli. Aussi les noms de lieux de l’Italie ne peuvent servir, comme les noms celtiques en Espagne, à reconnaître la trace de l’étranger. Nous nous bornerons û distinguer ceux qui paraissent réellement ibériques, sans tirer pour le moment de conséquence de cet examen.
Iria des Tauriaieas (Plia., I, 150), rappelle le mot qui signifie ville en basque, et Iria flavia des Callaïques (Mannert, III, 487). Ptoléinée nomme la ville espagnole : ïpia, et la ville italienne : tïpia (II, p. 44, III, p. 71). Étymologie douteuse.
, Les Ilienses, en Sardaigne. Ce nom vient-il à' Ilium, et faut-il les croire troyens ? De pareilles suppositions sont toujours plus que douteuses. Pausanias leur attribue les mœurs et les vêtements des Libyens ; ils vivaient dans les montagnes en barbares, n’olfrant aucune trace d’une origine troyenne que leur nom seul a fait penser à leur donner, en imaginant un récit des compagnons d’Énée, jetés par la tempête sur les côtes de l'île, s’y établissant, et plus tard devenus un peuple, qui s’est réfugié devant l’invasion des Libyens, dans des montagnes inaccessibles. D’autres raisons portent à penser <\u.’ Ilienses n’est qu’une altération de Jolaenses, et il est très-probable que des barbares aborigènes, ou venus dans l’ile, dès les temps les plus reculés, portaient ce dernier nom; on s’explique ainsi la résistance qu’ils opposèrent aux Romains, et qui les fait appeler par Tite- Live : Geniem ne nunc quidem omni parte pacatam. Leur nom est basque ; leur principale forteresse portait le nom d’Iria ou Ilia, et ils étaient eux-mêmes appelés par les Grecs et les Romains îluî; et Ilienses. Pausanias dit expressément que les Ibères émigrèrent en Sardaigne et y fondèrent une ville, dont pourtant le nom Nora, et celui du chef ibérique Norax, ne se rapportent à aucun radical basque (Ritters vorhalle, 356).
Uria (Plin., I, 167), en Apulie, rappelle le mot basque uria, et Urium, cité des Turdules. Ptolémée écrit Hyrium, mais il n’est pas certain qu’il ait voulu parler du même lieu.
Les noms que l’on peut faire dériver des précédents ou de ura, eau, sont : Urba Scifovia, chez les Picènes (Ptol., III, I, p. 172), leçon douteuse, mais non quant au radical; Urbinum, le lieu des deux eaux ; Urcinium (Ptol,, III, 2, p. 75), en Corse, comme Urce des Bastétans; Urgo (Plin. I, 159, d’après Étienne de Byzance, Orgo), petite lie entre la Corse et l’Étrurie, conforme à Urgao en Béti— que, les Ursentini en Lucanie (Plin., I, 166), conforme à Urso, Ursao en Bétique ; peut-être Agurium en Sicile (Ptol., III, p. 79), quoiqu’il n’existe pas de nom analogue en Espagne, Agiria ou Argiria, très-douteux (Itin. Ant., p. 447).
Astura (Plin., I, 152, 16), tleuve et lie près à'Antium. Festus nomme le fleuve : Stura, et s’exprime ainsi : Flumen quod quidam Asturarn vocanl ; soit que Va appartint originairement au mot, soit au contraire qu’il ne fût qu’un auxiliaire de la prononciation. En Espagne, beaucoup de localités portent ce nom, auquel le système de formation de la langue basque no permet de donner d’autre étymologie que celle rapportée plus haut (ch. 13). En Italie le même mot a été formé différemment, et par une autre langue. Ce lieu ne présente en effet aucun rocher , comme j’ai pu m’en assurer par moi-même, surtout près de la tour qui porte aujourd’hui le nom à' Astura. Tout le rivage jusqu'à Nettuno ( Anlium ) est uni et sablonneux.
Asta, dans la Ligurie intérieure, comme le mot basque asta (rocher), et Asta des Turdétans. Je ne trouve ailleurs aucun autre nom dérivé de ce radical; l’Espagne en offre beaucoup, même actuellement. A propos de ces noms, il ne faut pas oublier qu’ils pourraient bien dériver du grec icîu, acTuf&v (Astura), et qu’une telle origine grecque est possible pour tous les noms italiques.
Osci ne se rapporte’pas à l’espagnol osca et à d’autres noms de villes analogues. Il est contracté d’opici, ojisci.
Us du milieu n’appartient pas au radical. Nous ferons encore moins figurer ici les Volsci, dont le nom semble provenir d’une racine entièrement différente.
Ausones, analogue à l’espagnol Ausa, et Ausetani. Pour se lier à Aurunci, il lui faudrait un autre radical.
Le fleuve Arsia, enlstrie (Plin., 1, 175), rappelle .4 rsa, en Béturie.
Basta, en Calabre, conforme à Basti des Bastétans (voir c. 18).
Les Basterbini (Plin., I, 108), branche des Salentins; de crbestatu, émigrer, changer de pays ( erria ), et de basoa, forêt; Erbiia , en Sicile.
Bifurgia (Ptol., 111, 1, p. 72), en Étrurie, presque entièrement conforme à Bituris des Vascons.
Campania. Étienne de Byzance (v. xâp.w;, xau.mmi) fait venir ce nom de la ville de Campus, dont Campanus fut le fondateur. Mais la vraie racine est campus, champ (Etymol. magnum, v. xa^wT!) (Eusthathe, Vossius, Etym ). Ce mot latin dérivait du grec xap.ro;, qui signifie lice,' hippodrome. On n’entendait pas par là l’enceinte destinée aux courses, mais la plaine tout autour. Le mot grec xapw> 4 , originaire de la Sicile, comme beaucoup de mots grecs passés dans la langue latine, se rapporte au basque campoaii (au dehors), par opposition à banman (au dedans). (Larramendi, Grammaire, 324). De là les deux verbes aller au dehors, prendre le dehors. Campoan est trèsrarement usité pour exprimer champ ou plaine. Le mot crétois xxjjwcv, qu’on a fort inexactement fait dériver de xa{i.vci>, parait s’y rapporter. Je ne connais pas de noms de
SUR LES HABITANTS PRIMITIFS DE L’ESPAGNE 103 lieux ibériques qu’on puisse y rapporter avec quelque certitude.
Curenses des Sabins, comme lit tus Corcnse de la Béti— que (Plin.,4, 169) et Gwrulis en Sardaigne (Ptol., III, p. 7), mais le premier nom a une origine plus naturelle et plus italienne.
Hispellum, en Ombrie.
Le fleuve Lambnis (Plin. , I, 173), qui se jette dans le Pô, è comparer avec Lambiaca et Flavia Lambris des Callaïques.
Murgantia, ville des Sicules (Diodore, XIV, 78), dont les auteurs donnent plusieurs variantes, fondée d’après Strabon (VI, 24) par un peuple barbare de même* nom. Strabon distingue ce peuple des Ibères, qui seraient venus en Sicile antérieurement; mais il ne faut point prendre cela à la lettre, et puisque nous trouvons une race portant un nom basque, dans un pays où les auteurs nous apprennent la présence des Ibères, nous sommes autorisés à la considérer comme ibère. En Espagne : Mur gis (radical murua) ' , et ce qui prouve l’origine du nom, c’est que la forme Morgetes, Morgantina vient des Grecs qui altéraient tous les noms barbares, tandis que la langue latine adoptait les sons italiques anciens dont l’w était le principal *.
1. Je crois Murus un ancien mot italique, se rapportant au basque.
2. On me permettra île rassembler ici quelques noms trop semblables pour n’avoir pas la même origine.
D'après Servius, curia était un ancien mot italique ; il ne dérive certainement point de cura. Je lui reconnaîtrais plutôt la même racine que urbs. Le c n’importe nullement. U nus est le même que cureu*, qui signifie une courbe qui revient sur elle-même; d’où urvars, urvum aratri, environner; et l’idée principale de urbs et urCut est clore, séparer de tout le reste une place déterminée. — Il y avait sans doute un temple destiné aux assemblées de la curie; d’où curia. — De la même famille sont
Suessa, en Latium et en Campanie (Plin., I, 154, 10, 383), comme les Suessétans, branche des llergètcs. A Suessa se rapporte Suessula (Plin., I, 155, 9), comme Deobrigula à Deobriga, et comme se rapportent les uns aux autres beaucoup de noms de villes espagnoles déjà cités 1 .
sans douto le latin arare, le grec dbu, l'allemand wren, le basque ara-tu, qui tous signifient labourer, tracer une ligne. En basquo : gur, courbe; «ra, trio, ville. L'allemand orl (lieu) parait s'y rapporter.
Ces rapprochements, que je ne crois point forcés, nous démontrent l'affinité des Basques et des Romains, qui seraient rattachés l’un à l'autre par l'intermédiaire des Étrusques. Je suis loin d'affirmer cependant que les Étrusques soient les aïeux des Ibères, ni leurs descendants.
4. Depuis les recherches de Humbolt, on a cru apercevoir dans beaucoup d'autres noms de lieux, et même de noms propres italiens, les traces d’une origine basque. Dans son Histoire romaine à home, le regrettable M. Ampère a parfaitement résumé les découvertes les plus récentes sur ce point si curieux.
D'après une tradition, les Ligures ( Li-gor ), peuple de race ibérique, qui occupa la Gaule méridionale, et l’Italie du Varà la Macra, ont eu un établissement à Rome avant les temps historiques. L’étymologie semble venir en aide à la légende, car c’est à Rome et dans le voisinage qu'on trouve dans les noms de lieux les signes les plus frappants de la présence des Ligures. Ainsi Albe semble avoir reçu son nom des Ligures, car, s’il y avait non loin de Rome deux villes d’Albe ( Alba longa, Alba Harsorum), il y avait aussi plusieurs villes du même nom ou d’un nom très-semblable chez les Ibères de l’Espagne (Humbolt, c. 36), de la Gaule méridionale, Alba Helviorum (Viviers), Albiga (Alby), et de la Ligurie ( Albium ). Près de Home, Tribola, Norba, Corbio sont aussi des noms purement ibères.
C'est à Rome même que cette attribution par le basque de certains noms de lieux aux lbériens Ligures a surtout de l’importance; elle confirme les conjectures sur le Septimontium, dans lequel on a vu une Anté- Rome habitée par les Sicules et les Ligures.
Or, le nom de la Subura, colline du Septimontium, est do souche ibérique (Voy. Subur des Lalétans : Humbolt); le mot Esquilice (l’E-quilin), voulait dire : demeure des Ligures (ilia, ville; esk, nom ou peuple basque). Au bas de l'Esquilin et aux confins de la Subura, s'élevait le bois Argiletum. (Voy. Argilla : Humbolt). Le quartier des Carints pouvait luimême avoir un nom ligure (car, cer, se lie è l'idée de hauteur),
Jl en resuite qu'on a parlé basque ou à peu prés à Rome.
Certains noms propres latins paraissent indiquer une origine ibérique.
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