II. — TIGES FOLIÉES
Les tiges foliées que j’ai analysées ont été récoltées, à Brutinel-en-Champsaur, le 21 septembre 1912, en même temps que les racines dont il vient d'être question. Voici les résultats de l’essai biochimique de ces organes :
Rotation initiale (1=2). — 2“24’
Rotation après action de l’invertine. — 3’22’
Rotation après action de l’émulsine. -|- 2°14’
Sucre réducteur initial. 1 ,gr.,358
Sucre réducteur après action de l’inverline 2 , 232 Sucre réducteur après action de l’émulsine 3 , 720
Sous l’action de l'invertine, on a constaté un faible recul de la déviation gauche de 58’, avec formation de 0 gr.,874 de sucre réducteur, soit un indice de 904.Cet indice est déjà fort élevé, et, dans le chapitre suivant, à l’essai des tiges foliées de Gentiane Pneumonanthe, on trouvera un indice plus de deux fois plus fort : il est de 2145.
Avec les tiges foliées de la Gentiane jaune et de la Gentiane à feuille d’Asclépiade, on a obtenu des indices voisins de ceux
du gentianose et du saccharose et assez éloignés des indices obtenus avec les racines Avec la Gentiane Croisette, les différences sont encore plus marquées, 904 et 702.
Sous l’action de l’émulsine, le retour a été sensiblement le même que pour la Gentiane jaune, S'SO’ au lieu de 5°48’, mais l’indice est près de deux fois plus fort, 265 au lieu de i40. L’émulsine a, d’ailleurs, ici aussi, exercé son action sur deux principes différents, ainsi que le montre l’examen détaillé de la marche de l'hydrolyse : en vingt-quatre heures, le retour a été de 2“10’ et l’indice de 173, et, du deuxième jour à l’arrêt de l’hydrolyse on a constaté un retour de 3”26’ et un indice de 314.
Etant donné l’indice observé en vingt-quatre heures, on pouvait penser que si la gentiopicrine existait dans ces organes, elle devait s’y trouver en proportion assez faible. On a cherché à extraire la gentiopicrine d’un extrait alcoolique provenant de 500 grammes de tiges foliées fraîches.
On a traité cet extrait en suivant le procédé décrit à la page 33 pour les tiges foliées de la Gentiane jaune, procédé qu’on a employé également pour les tiges foliées de la Gentiane à feuille d’Asclépiade et qui nous a permis d’obtenir assez facilement la gentiopicrine.
On s’est heurté ici à une difficulté produite par la faible proportion de principe existant dans l’extrait. L’éther acétique n’a pas laissé déposer de gentiopicrine, comme dans les deux cas précédents. L’observation polarimétrique de cet éther ayant permis de reconnaître que le glucoslde s’y trouvait en trop faible proportion pour cristalliser, on a évaporé l’éther acétique à sec, sous pression réduite. On a repris par l’eau l’extrait obtenu ; on a filtré et on a distillé le filtrat, à sec, sous pression réduite On a traité ce nouvel extrait par 50 cm® d’éther acétique anhydre, à l’ébullition, qui a laissé déposer, par refroidissement et repos, une gentiopicrine cristallisée, mais assez impure On l’a recueillie et on l’a fait recristalliser dans l’éther acétique. On a obtenu ainsi 0 gr.,20 de produit pur que son pouvoir rotatoire identifie avec la gentiopicrine :
Pouvoir rotatoire : «d =— 197»,08.
ün a donc pu extraire de la gentiopicrine des tiges foliées de Gentiane Croisette, mais, tandis qu’avec les tiges foliées de Gentiane jaune et de Gentiane à feuille d’Asclépiade, on a obtenu de 3 à 4 grammes de gentiopicrine par kilogramme, on n’a pu en retirer ici qu’une minime proportion, ce que laissait prévoir, l’indice élevé de 265 obtenu sous l’action de l’émulsine.
Il n'en est pas moins établi que cette Gentiane, comme les deux premières, renferme de la gentiopicrine aussi bien dans les racines que dans les tiges et les feuilles.